CHAPITRE XXV
DEUX GRANDS MOYENS d'aCTION A LA DISPOSITION DE l'initiative PRIVÉE
g I". — Sociétés d'économie alpestre.
Le 25 janvier 1863, dix-neuf économistes de la Suisse allemande, réunis à Olten, s'engageaient, afin de faciliter Fapplication d'une nouvelle loi forestière fédérale, à unir leurs efforts, en vue d'obtenir des communes et associations pastorales existantes de bons aménagements de pâturages. A côté du service oflSciel des forêts, ils voulaient stimuler et seconder oflScieusement les efforts spontanés et libres des agriculteurs, et en première ligne l'industrie laitière, avec l'élevage des bêtes bovines. Aidée par quelques allocations budgétaires de la Confédération et de certains cantons, cette œuvre a réussi. Conférences, traités scientifiques, écrits populaires sur la question mixte des pâturages et des forêts, journaux périodiques chargés de mettre en lumière les travaux les plus intéressants exécutés sur n'importe quels points des montagnes helvétiques, distributions de prix, stations d'essais et alpages modèles, furent les principaux moyens de propagande employés. Des travaux de consolidation, barrages, assainissements, drainages et irrigations, des nettoiements et extirpations de plantes nuisibles ou inutiles, des fumures convenables, des constructions d'étables- abris, des rotations de
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parcours et aménagements-règlements, des rendements supérieurs en produits animaux, des mises en défends, la formation enfin d'un bon personnel de directeurs d'exploitations alpines, tels furent les principaux résultats obtenus par la Société fondée il y a trente ans à Olten, sous le nom de Société suisse d'Économie alpestre.
Il nous faudrait, à nous aussi, des Sociétés d'Économie alpestre. Nous en souhaitons une par arrondissement. On eu trouverait les cadres tout formés dans les syndicats agricoles, issus de la loi du 21 mars 1884. Ces Sociétés devraient être des Sociétés d'encouragement et financières à la fois, dont les statuts seraient basés sur les principes fondamentaux suivants :
Chaque Société d'Économie alpestre s'organiserait sous le patronage de TAdministration des forêts et se donnerait pour mission de favoriser l'application de la loi du 4 avril 1882, dans ses rapports avec la question pastorale.
Elle émettrait à cet effet : 1^ des obligations destinées à fournir des avances de fonds, pour toutes les œuvres d'améliorations pastorales, propres à faciliter, en augmentant les ressources locales, les acquisitions de l'État, les mises en défendii et les réglementations de pâturages ; 2^* des actions pour lancer elle-même quelques-unes de ces œuvres, à titre d'exemples.
Elle s'attacherait spécialement à la création de fruitières d'hiver et d'été, de chalets et d'étables de montagne, à la construction de canaux d'irrigation, à l'extension des prairies naturelles et artificielles, à la propagation des engrais commerciaux.
Elle solliciterait des subventions du Gouvernement, en vertu de l'article 5 de la loi du 4 avril 1882, et avancerait aux associations pastorales locales le reste des fonds, en les prélevant sur ses propres capitaux.
LIVRB V. — QUESTIONS DIVERSES. 511
Supposons que Ton puisse obtenir des subventions égales à la moitié des dépenses. Dans ce cas^ les associations subventionnées pourraient se libérer rapidement^ par un versement annuel dans la caisse de la Société de 2 p. 100 seulement de la somme dépensée.
En effet, il suffirait pour cela de diviser en deux parts cette annuité : Tune, égale à 1 l/*2 p. 100 du capital entier, permettrait de payer aux obligataires de la Société l'intérêt de leurs avances, à raison de 3 p. 100; l'autre, de 1/2 p. 100, soit 1 p. 100 du prêt, amortirait la somme due à ces mêmes obligataires, en moins de 50 ans.
Afin de stimuler particulièrement l'initiative locale, d'attirer les capitaux du pays vers les travaux alpestres, de retenir, en un mot, dans les Alpes, tous les bénéfices de l'œuvre, ne seraient admis comme actionnaires que les propriétaires fixés dans l'arrondissement de la Société.
Les organisateurs devront même s'efforcer de recruter les actionnaires et obligataires dans les communes appelées à profiter plus spécialement des améliorations projetées, afin de procurer aux populations les plus voisines des montagnes à restaurer les plus grands avantages possibles, et notamment aux montagnards aisés, la faculté de cumuler les qualités de prêteurs et d'emprunteurs en même temps.
Les conseils d'administration ne seront composés que d'actionnaires; une exception serait faite cependant à cette règle en faveur des agronomes, forestiers, professeurs départementaux d'agriculture, savants et techniciens connus par leurs études spéciales sur les industries pastorales.
Toutes les fonctions desdites sociétés seront gratuites. On fera appel, pour les gérer, au zèle désintéressé de leurs membres. Les frais d'imprimés, de correspondances, de publications quelconques seraient payés, sur les subventions que les conseils généraux et les sociétés d'agriculture ne refusent ja-
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mais aux œuvres de ce genre. Les missions extraordinaires des spécialistes seraient soldées volontiers par TÉtat. Les frais d'administration ne diminueront donc^ en aucun cas^ les avantages financiers prévus plus haut pour les intéressés.
La durée des Sociétés d'Économie alpestre ne sera pas limitée; mais le concours de l'État ne leur sera promis que pour une période déterminée, trente ans, par exemple. Au bout de ce temps, il est permis d'espérer voir la routine vaincue, et le triomphe définitif des méthodes culturales en harmonie avec les intérêts bien entendus du pays.
Les avantages de cette organisation peuvent être en définitive résumés ainsi :
Détermination d'un mouvement d'ensemble, qui parviendra peut-être, plus aisément, à fonder un régime pastoral progressif dans toutes les Alpes que des efforts isolés n'y arriveraient dans une seule commune ;
Esprit de suite assuré aux projets sérieux et de longue haleine, réclamant des efforts persévérants et continus ;
Développement des industries alpestres avec l'appui du Gouvernement, mais sans intervention exagérée de sa part ;
Réduction des subventions de l'État à un maximum égal à la moitié des dépenses, et restriction de ces subventions à une courte période d'années;
Malgré cela, point d'avances de fonds de la part des populations pauvres qu'il s'agit de seconder;
Amortissement complet de leurs emprunts à bref délai, au moyen de versements annuels très réduits et peu gênants;
Propagation rapide des méthodes nouvelles de laiterie; par suite du nombre et de l'importance des opérations sociales, constructions de fruitières et achats du matériel nécessaire à ces établissements dans les conditions les plus économiques, débouchés avantageux rendus plus facilement accessibles à leurs produits.