NATURE DES CÉRÉALES
Froment Seigle .
Orge .
CONSOHHATlOIf INDIVIDUELLE
PAB JOUR.
300 gr.
Ed UlogT. En beetol,
Ce tableau permettra de calculer la superficie arable qu'une commune doit strictement conserver pour satisfaire à ses propres besoins; on l'obtiendra, en multipliant par le nombre des habitants le rapport entre les chiffres de la 4"" colonne et le rendement par hectare dans la localité.
BésumoDS les propriétés spécifiques des plantes fourra*
Ces plantes maintiennent puissamment les terrains mouyants; — elles procurent indirectement d'abondantes fumures, qui permettent de faire prospérer les autres cultures; — elles ne fournissent à la vérité des produits vraiment intensifs, qu'à la condition de recevoir elles-mêmes des engrais; toutefois, leur exploitation est de beaucoup la moins
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épuisante^ attendu qu'elles soutirent de Tatmosphère des doses d'azote considérables par leurs organes foliacés si largement développés et qu'elles peuvent à la rigueur être alimentées uniquement par des eaux d'irrigation, grâce à un système radical qui multiplie énormément leurs contacts souterrains avec la terre et les eaux; — enfin, les longues racines des légumineuses amènent du sous-sol aux couches superficielles d'importantes quantités d'azote, d'acide phosphorique, de chaux et de potasse, dont le mélange avec leurs propres débris constitue un engrais réel ; et c'est pourquoi on donne à leur culture le nom à' améliorante.
En 1821, Farnaud, secrétaire général des Hautes-Alpes, publia un mémoire couronné par la Société centrale d'agriculture de France, démontrant que, par leur conversion en prés à l'aide de l'arrosage, les terres de ce département triplent de valeur. Cette évaluation, ajoutait-il, est même audessous de la vérité, car avec l'eau, pas de terrain désert ou inculte qui ne puisse être promptement couvert d'une belle végétation.
J'entends toujours objecter contre une forte restriction des céréales, qu'il faut absolument beaucoup de paille pour fabriquer le fumier. La paille joue, en efiet, un rôle très important dans la conifection des engrais animaux, par sa décomposition propre, et surtout comme agent d'absorption des déjections liquides. Mais une foule de substances peuvent la remplacer. Les bruyères, fougères, genêts, feuilles mortes s'emploient partout; la tourbe ainsi que la sciure de bois jouissent d'un pouvoir absorbant considérable et offrent aux bestiaux un lit des plus doux ; la terre elle-même suffit parfaitement aux moutons. Enfin, dans toutes les hautes vallées savoisiennes et suisses, on supprime totalement la litière.
même pour les vaches ; on a soin en revanche de recouvrir le sol avec des planches légèrement inclinées^ d'où les déjections liquides et solides s'écoulent par une rigole dans une fosse^ où elles sont brassées ensemble avec un peu de terre. L'engrais ainsi préparé reçoit le nom de lizier, et est excellent pour les herbages.
L'objection tirée de la litière ne saurait donc peser péremptoirement dans la balance.
g IV. — Morcellement du sol.
A l'insuffisance des capitaux et à la routine^ s'ajoute un autre obstacle aux modifications rurales désirables^ c'est le morcellement du sol. Les 100,000 hectares de propriétés particulières existantes sur les versants montagneux, sont divisés en plus de cinq millions de parcelles.
Cet émiettement de la terre, conséquence de l'antique usage de partager chaque espèce de cultures composant un domaine entre tous les héritiers, empêche les hommes de progrès de réaliser, pour leur compte, les améliorations qui nécessitent absolument une entente entre tous les propriétaires d'un même quartier.
Veut-on niveler un pré ? C'est chose impossible, il faudrait rejeter les pierres chez le voisin. Convertir un champ eu prairie ? mais les moutons des jachères contiguës viendront dévorer cette prairie au printemps; en tout cas, au moment de la fenaison, on sera fort gêné pour l'extraction du produit par les champs environnants non encore moissonnés.
Cet état de choses, toutefois, n'est pas irrémédiable ; des échanges fondés sur Tévaluation en bloc d'un ensemble de propriétés, et leur répartition en un aussi petit nombre de lots que possible y mettraient fin. C'est ce genre de muta-
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tiens que Tune des dernières législatures s'est proposé d'encourager en abaissant de 3 fr. 50 c. à 0 fr. 20 c. les droits qui les concernent. De telles opérations seront toujours longues^ délicates et difficiles, mais toujours aussi assez pleines de promesses fécondes pour décider les intéressés à en poursuivre le succès. En attendant^ le groupement sur un même points comme il s'est fait déjà dans beaucoup de communes^ de toutes les parcelles qui doivent être mises en jachères ou en culture au même moment^ constitue im progrès incontestable et un acheminement vers le mieux à imiter partout.
§ V. — Helation nécessaire entre le cliiflCre de la population, l'état du sol, les cultures.
L'étude des chiffres et des mouvements de la population conduit aux mêmes conclusions que l'examen du milieu géographique dans lequel elle vit.
Une relation déterminée doit logiquement unir l'état du sol et le nombre des habitants; or, actuellement^ le rapport normal n'existe plus dans les Alpes.
Dans les Hautes- Alpes^ par exemple :
l'' Le nombre des habitants depuis 1846, date des premiers recensements dignes de foi^ est descendu de 133,000 à 116,000;
â"" Le rapport entre la population rurale et la population totale, qui égale 20 : 35 sur la totalité de la France, atteint 89 : 100 seulement.
La décroissance qui s'est produite depuis cinquante ans, démontre que le pays est incapable de nourrir une population serrée ; quant au rapport de 89 à 100, il fait voir qu'à l'intérieur du département on trouve neuf producteurs pour
un acheteur, c'est-à-dire que la concurrence y est presque nulle en faveur des produits agricoles locaux.
II y a longtemps, d'ailleurs, que cette cause d'infériorité économique a été ressentie : depuis 1838 jusqu'à ces derniers temps, le conseil général des Hautes-Alpes n*a jamais cessé de solliciter des augmentations de garnisons, comme Tilnique moyen d'élever à un prix rémunérateur la valeur des produits du sol. Et lorsqu'en 1866, on décida la suppression de la maison centrale d'Embrun, qui ne renfermait cependant que 850 détenus ou employés, les représentants du pays en obtinrent promptement le rétablissement, en prouvant que cette mesure entraînerait la ruine de toute une région, en la forçant à transformer brusquement ses cultures. En 1893, nouvelle suppression, on affirme qu'aucune amélioration ne s'est produite, et l'on réclame de nouveau une compensation.
§ VI. — Echanges et courants commerciaux indispensables.
Mais, garnisons et établissements pénitentiaires ne peuvent être considérés que comme des palliatifs d'attente. Pour améliorer définitivement leur sort, c'est à un actif courant d'échanges avec le dehors, que les Alpes doivent se préparer. Elles y parviendront quand chacun s'efforcera de produire, non plus les denrées de toutes sortes qui concourent à l'entretien de la vie, mais seulement celles que le sol est le plus apte à fournir aux moindres frais, en plus grande quantité, et de qualité supérieure.
L'extension de la culture pastorale est certainement le progrès qui répondra le mieux aux exigences de cette situation : Dans la culture pastorale perfectionnée, les salaires ne
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diminuent que d'une portion minime le produit, deo: tOp. 100 tout au plus ]> ; au contraire^ dans celle des céréales, les salaires absorbent a: 40 à 50 p. 100 du produit t^, soit 4 ou 5 fois plus. Donc, « les ouvriers, c'est-à-dire la portion de la population qui vit exclusivement de son travail, n'ont qu'une place limitée dans les pays à culture exclusive d'herbages, et la population agricole doit être forcément moins nombreuse que dans ceux à organisation rurale difiërento* ». Réciproquement, si les bras diminuent quelque part comme dans les Alpes, il y faut adopter le système qui s'harmonise le mieux avec la rareté des travailleurs.
L'exemple de la Normandie confirme cette thèse avec éclat. C'est celle de nos contrées fortunées qui, depuis cent ans, a perdu le plus de population agricole ; malgré cela, elle a quintuplé sa richesse. C'est qu'elle n'a jamais cessé de remplacer progressivement la culture des grains par celle des herbages, de façon à maintenir sans cesse, entre le travail nécjessaire et la quantité de bras disponibles, le rapport le plus favorable au bien-être. Dans la période de 1850 à 1880, elle a transformé 67,000 hectares de terres labourables en herbages, élevé parallèlement le rendement du froment de 13 à 17 hecllplitres, et le total de sa récolte annuelle, de 40,000 hectolitres au-dessus de la moyenne obtenue précédemment.
Des résultats analogues ont été obtenus dans le Nivernais, où toutes les anciennes fermes à céréales sont devenues de magnifiques prés d'embouche.
Le retour aux idées de protection qui se manifeste présentement, ne doit ébranler en rien la théorie qui vient d'être
1. Dabost, MUlot) Massât, Samson, professears à TËcole de Grignon. Excursions agricoles en Belg^qne et en Hollande. Journal dt V Agricultttre dn 24 mars 1877.
émise. Ce retour n'est qu'une oscillation en arrière dans le mouvement général qui entraîne fatalement les peuples à supprimer les barrières internationales, par suite des progrès de toutes les entreprises de transport et de communication. Des temps d'arrêt, des reculs et des crises inévitables signaleront encore la marche en avant ; mais le libre échange est la situation finale en vue de laquelle il est le plus sage de s'organiser.
§ VII. — Ij'éniigratioii.
Le déboisement et le dégazonnement étant le résultat des usages pastoraux exercés par la population, ont forcément avec rémigratioh des rapports étroits qu'il est intéressant d'étudier.
Comment l'émigration se pratique- t-elle? doit-elle être favorisée ou combattue? et dans quelles limites?
Un statisticien briançonnais, Faure, calculait en 1823 le budget d'une famille rurale de chacun des cinq cantons de son arrondissement. Partout, en se bornant à l'évaluation des ressources locales, il trouvait un excédent de dépenses sur les recettes, variable de 310 à 54 fr. par ménage, excepté dans le canton de Briançon, où il y avait équilibre ; il en déduisait l'impossibilité de vivre sans le produit de l'émigration hivernale.
La conclusion de Faure est encore vraie aujourd'hui. Dans notre zone pastorale, l'émigration est représentée actuellement par la proportion de 50 p. 100 pour les célibataires des deux sexes, et l'on ne saurait la blâmer dans toutes ces communes sans industries où, par suite des neiges, la durée possible du travail de la terre ne dépasse pas six mois.
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L'émigration est indéfinie ou temporaire, ou simplement hivernale ou estivale.
L'émigration indéfinie caractérise les coutumes actuelles de là Haute-Maurienne, du Quejrras, et de la vallée de rUbaye. Les émigrants partent jeunes et célibataires, et choisissent la République argentine, le Mexique, l'Uruguay. Beaucoup réussissent brillamment. De très importantes maisons de commerce de ces trois pays ont été créées par leur intelligente initiative. Fortune faite, les émigrés rentrent en France ; ils se axent à Paris ou dans les grandes villes du Midi, d'où ils dirigent encore le maniement des intérêts qu'ils ont conservés en Amérique; mais ils reviennent dans les Alpes en été, habiterja maison familiale transformée en villa confortable, souvent élégante. A Tétranger, ces négociants rendent de grands services à la Métropole, par l'écoulement qu'ils procurent à nos produits français. Dans leur département, ils deviennent les auxiliaires de Tœuvre de la restauration des montagnes, en travaillant, dans les discussions locales, à éclairer leurs compatriotes sur les moyens d'améliorer leur sort. Ils attachent d'ailleurs le plus grand prix à voir conserver ou rétablir ces forets et ces gazons qui, seuls, peuvent donner à leurs vallées le charme qu'ils désirent y trouver toujours. Croyez-vous que ces riches demeures, qui forment aujourd'hui le bourg d'Aiguilles en Queyras, se seraient élevées sur les ruines de deux incendies consécutifs qui détruisirent entièrement le village en 1886 et 1889, sans la superbe vue qu'oflfre de leurs terrasses et de leurs galeries le splendide massif de mélèzes de Marassan ?
A ce premier genre d'émigration appartient encore l'expatriation de nombreuses familles extrêmement pauvres, qui désertent sans espoir de retour, sans appui et sans plan
d'avenir bien arrêté^ les plus misérables hameaux épars un peu partout, mais qui n'échouent que trop souvent.
L'instinct de départ définitif suit certainement de près la disparition des forêts ; l'attachement au clocher ne me semble plus exister en général dans les Alpes dénudées du Centre et du Midi^ aussi vif que dans les pittoresques vallées boisées de la Savoie, où la romantique verdure des sapins verse sur la vie rurale un charme pénétrant.
Véfiùgration temporaire est représentée par Texpatriation d'environ 80,000 jeunes gens, n'ayant pas d'autre ambition que de réunir, en dix ou quinze ans, les économies voulues pour acheter un petit domaine dans leurs communes, et s'y établir.
^émigration hivernale est celle à laquelle s'adonnent 20,000 individus, qui vont exercer à Paris, dans tout l'Est et le Midi de la France, divers métiers ne les occupant que six ou sept mois, et leur permettant de rentrer chez eux pour l'époque des grands travaux de la montagne. Chaque commune a son métier de prédilection. Les sommes que les émigrants d'hiver rapportent chaque année sont évaluables à 4 millions.
L'émigration estivale est la plus rare. Elle ne fait de recrues que dans la Haute-Savoie. 3,000 hommes en partent au printemps comme tailleurs de pierres pour la Suisse et les dépaitements voisins; leurs économies s'élèvent à 240 fr. par tête, en tout à 720,000 fr. Cette émigration n'est compatible qu'avec une industrie pastorale développée, exigeant peu de bras pendant la belle saison. C'est le cas précisément de l'arrondissement de Thonon, le seul où cette émigration s'exerce sur une large échelle.
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Abriès et Aiguilles en Queyras, Jeausiers près de Barcelonnette, sont des types remarquables de communes à émigration indéfinie. L'ensemble des fortunes acquises grâce à elle s'y compte par dizaines de millions. Le Perrier en Valbonnais, mais surtout Valloires en Savoie, sont au contraire des types de localités à émigration hivernale, enrichies par le simple colportage.
Cependant les territoires des émigrants, sauf exceptions encore très rares, ne profitent pas comme ils le devraient des capitaux acquis par un certain nombre de leurs habitants. Aussi, serait-il fort opportun d'y faire ressortir avec persévérance, par des conférences agricoles et des champs d'expériences, la puissance du capital dans les Alpes, et les intérêts élevés que rapporteraient de grandes entreprises pastorales bien conduites, aux propriétaires capitalistes qui seraient disposés à faire fructifier autour d'eux une partie de leurs revenus.
Les émigrations hivernale et estivale désagrègent la famille, et sont très regrettables au point de vue moral, mais elles sont d'impérieuse nécessité, et ne sauraient être supprimées que par l'implantation d'industries quelconques dans les villages, la restauration des forêts, et le perfectionnement du système pastoral, qui augmenteraient les ressources et adouciraient l'existence des ménages.
Quant à la décroissance continue de la population de certaines vallées très élevées, de prime abord, on la déplore ; mais^ rétlexion faite, on finit par reconnaîtra qu^elle se jnstifie parfois. La prospérité locale n'est pas forcément en rapport direct avec le nombre des travailleors, et il faut reconnaitie avec Léonce de Lavergne, que si Témigration est
lâcheuse dans les pays dont la terre peut fournir plus que le nécessaire, pour faire vivre à Taise la population qui Toccupe, elle n'est pas aussi regrettable dans les localités où, par suite de circonstances étrangères aux forces productives du sol, la population s'est développée à un moment donné d'une façon exagérée, souvent dans un intérêt de défense, pendant les temps guerriers du passé, ainsi que cela s'est souvent produit dans les Alpes.
LlUustre économiste dit avec quelque exagération, quant à l'altitude, mais en toute vérité pour le reste, que vers 1,000 mètres d'élévation, l'habitation permanente entraine pour l'homme, même sous nos latitudes méridionales, tant de dangers et de privations, qu'il n'y a là de vraiment possible que des forêts et des pâturages ; et qu'à part quelques plateaux un peu plus susceptibles de culture, l'homme n'y devrait paraître que pendant les mois d'été. Or, dans la région délimitée précédemment, 150 communes environ ont leur chef-lieu compris à beaucoup plus de 1,000 mètres et à près de 1,500, et 50 entre 1,500 et 2,000 mètres.
Rappelant les merveilleux résultats obtenus par le dépeuplement des Highlands, avec Taide du Gouvernement anglais, au commencement de notre siècle, on dirait que l'éminent écrivain prévoyait les difficultés que soulève aujourd'hui la restauration de nos montagnes :
c Ne gagnerait-on pas doublement à une émigration semblable des points du territoire français qu'habitent des populations trop denses, et dans le pays qu'elles quitteraient, et dans ceux où elles trouveraient de l'emploi? N'y gagneraient-elles pas elles-mêmes de meilleurs salaires et une existence plus heureuse? Ce ne pourrait être que le résultat d'une nécessité librement reconnue par les intéressés ; mais n^ devrait-on pas d'avance y préparer les esprits? La solitude faite, tout est devenu facile dans les Highlands. Ces
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montagnes étaient tout à fait déboisées le déboisement
était dû en grande partie à la même cause qui détruit si rapidement^ dans nos propres montagnes, toute espèce de terre végétale, le parcours illimité des troupeaux. Dès que la population s'est retirée, on a fait au pâturage sa part, h la forêt la sienne ; les chefs écossais, devenus grands propriétaires, ont entrepris de gigantesques plantations. y>
Barrai était du même avis. Témoin en 1879, dans une tournée à travers les Alpes, de l'immense somme d'efforts qu'impose Tagriculture alpine, il écrivait : « Peu d'hommes peuvent s'acharner à un tel travail. Aussi beaucoup s'en
vont Peut-il en être autrement? Je n'hésite pas à
dire non. Les contrées où l'homme ne peut faire œuvre féconde, où la misère est certaine, doivent être quittées. Il y faut faire des plantations forestières, à moins que l'on puisse y amener des eaux fertilisantes, par la création de canaux. >
En comparant dans leurs détails les derniers recensements et celui de 1846, antérieur d'un demi-siècle, j'ai constaté que les diminutions de population s'opèrent, en défitinive, logiquement : les villages au-dessus de 1,000 mètres ont perdu 12 p. 100 de leurs habitants et les autres 8.8 seulement.
L'agrandissement des gazons est la conséquence de ces changements : vers les limites supérieures de la végétation agricole, des enherbements naturels verdissent les anciens champs devenus incultes; et les 0.8 des chalets utilisés pour l'exploitation des cultures et des prairies les plus élevées tombent en ruines.
L'abandon de ces petits chalets, qui apparaissent si nombreux entre 1,500 et 2,000 mètres sur les cartes do l'étatmajor de Saint-Jean-de-Maurienne, de Briançon et autres, favorisera-le reboisement des hauteurs, car ce sont les besoins de leurs exploitants qui ont le plus contribué à faire dispa-
raitre les arbres des grandes altitudes^ et à abaisser le niveau supérieur des forêts. Leur remplacement par un autre genre de chalets que nous recommanderons plus loin, par des exploitations importantes, peu nombreuses, plus économiques et bien dirigées, les fera remonter.
Sans doute, de Temigration résultent pour ceux qui restent, des difficultés graves, une crise pénible : Tagriculture ne suit pas, dans les modifications qu'elle réclame, un mouvement aussi rapide que la dépopulation, les salaires renchérissent, et le prix des propriétés diminue; mais ce malaise ne sera que passager ; et Ton ne saurait s'en prévaloir pour mettre obstacle aux réformes que réclame la vocation agricole des hautes vallées.
Une importante dépopulation est bien loin, toutefois, de notre pensée et de nos désirs. Si je m'arrête quelque peu longaement sur cette question, ce n'est en définitive qu'afin de provoquer un courant desympathies et un patronage pratique, en faveur de ces exodes qui s'accomplissent par la force des choses, en des lieux où la dégradation des montagnes, poussée au dernier degré, est devenue incompatible avec le maintien des habitants. Les Alpinistes qui connaissent les Panissats de Cohennoz en Savoie, et, dans les Hautes- Alpes, les Escrios à Vars, Méollion h Champoléon, la Cluse en Dévolu?, Mansals et Dormilhouse à Freyssinières, le Bourg, Rif du Sap, le Clôt en Valgaudemar, Bonneval dans la Drôme et quelques autres points analogues, seront sûrement d'accord avec nous.
Ces villages nous coûtent aujourd'hui des sommes énormes pour expropriation de périmètres de reboisement, corrections de lits torrentiels, chemins vicinaux, ponts, bâtiments scolaires, etc... Qu'on le souhaite ou non, ils ne compteront
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plus un seul habitant avant un siècle. En dépensant d'un coup l'argent que trois ou quatre administrations y engouffrent séparément, en travaux que la dépopulation prochaine rendra stériles en partie, on métamorphoserait ces territoires en superbes forêts et lucratifs pâturages, que la nature seule, légèrement aidée, se chargerait de créer, et l'on doterait les émigrants des capitaux nécessaires pour assurer absolument leurs succès là où ils s'établiraient.
Désirez- vous être fixés par un exemple? Un jour explorant les montagnes de Freyssinières* avec les trois hommes de bien nommés au chapitre X, nous entrâmes au hasard dans une chaumière du hameau de Mansals. Ce n*était qu'une écurie obscure dans laquelle vivaient, sans la moindre séparation entre elles, sans cheminée — un simple trou percé dans la toiture au-dessus de l'âtre, en tenait lieu — quatre familles avec leur bétail. Un lit de paille par famille. Au moment de notre arrivée, une seule femme s'y trouvait. Elle nous raconta son histoire en fondant en larmes ; Tannée précédente, son mari s'était livré à Tune de ces <r hideuses agences d'émigrations )» flétries par Cézanne à l'Assemblée nationale, le 19 février 1873 ; on les avait conduits à Rio de Janeiro, mais n'ayant pu s'acclimater ni trouver un travail suffisant, ils avaient dû dépenser, pour revenir au pays, le peu d'argent emporté. Quel terrain leur restait-il? Un champ produisant vingt -huit gerbes. Quel bétail? Une chèvre. Avec cela, peu ou point de travail pour le compte d'autrui dans les environs. Sans doute, cette affreuse pauvreté n'est pas commune ; mais c'est assez qu'elle existe sur quelques points, pour que l'on s'en préoccupe. C'est exactement cette misère des anciennes tribus de la Haute-Écosse, avant la dé-