YaUée de la Byaisse, à 24 kilom. au sud de Briançou
population systématique dont elles furent Tobjet, il y a quatre-vingt-dix ans, décrite avec des expressions si fortes par Walter Scott : « They lived like hounds in a kennel. » Privera-t-on ces infortunés des pâturages, seule ressource des chèvres, leur unique bétail ? Ce serait inhumain. 11 n'y a donc vraiment que deux moyens de concilier les intérêts de certaines populations, et ceux de la restauration des montagnes : il faut, ou organiser une expatriation avantageuse, ou faire surgir sur les lieux, au moyen d'abondants capitaux, de nouvelles sources de produits agricoles.
Mais quelquefois, il est trop tard pour que le capital puisse exercer à temps un effet utile : peu d'années après notre visite, la population non moins infortunée de Dormilhouse, voisine de Mansals et de la même commune, s'est préparée à quitter ses foyers en masse sur la proposition du comité cité plus loin, page 180. La moitié des habitants déjà, se trouve aujourd'hui fixée en Algérie; le reste en fera bientôt autant; c'est alors que cet endroit méritera tout à fait son nom qui signifie : n Lieu du sommeil ».
L'héliogravure I représente ce village, fondé par des Vaudois refoulés par les guerres de religion, comme type de localité à émigration forcée, par suite du recouvrement continuel, par des pierres roulantes, des champs qui l'entourent, du ravinement de ces propriétés et du communal qui les domine, conséquence de l'absence d'une écharpe forestière protectrice. Ces champs sont à l'altitude de 1,600 mètres, et le sommet du fond du paysage à 3,000.
Pourquoi donc écarter, comme on le fait trop souvent par des considérations de pur sentiment, cette solution de Témigration totale de quelques coins des Alpes, rares, je le veux, mais enfin qui existent. Par elle, au contraire, se trouve-
32 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
raient satisfaits à la fois les intérêts alpins et ceux de la France colonisatrice^ ceux de la petite et ceux de la grande Patrie. Que plutôt le Gouvernement instruise les habitants de ces tristes endroits, les dirige, les installe et les protège dans nos plus belles colonies. On ignore, dans nos villages alpins, les avantages offerts aux Français qui s'y rendent, tandis qu'ils devraient être portés à la connaissance de la population par tous les moyens de publication dont dispose l'administration.
En Algérie par exemple, suivant le nombre des membres d'une famille, des concessions de 20 à 40 hectares, et le passage sur mer gratuit peuvent être obtenus. Lorsque 20 familles se réunissent, TÉtat construit des chemins d'accès au village qu'elles fondent, une mairie, des écoles, une église, assainit les terrains, etc... L'esprit d'association nécessaire à ces fondations a jusqu'à présent fait le plus souvent défaut à la colonisation ; mais on le trouverait tout développé, en transplantant en masse les habitants de certains hameaux. Les meilleures conditions de succès sont réalisées lorsque chaque famille dispose d'un capital de 5,000 à 6,000 fr. pour acheter des outils aratoires, des animaux, et attendre l'époque des premières récoltes. Cette somme correspondant à 100,000 ou 120,000 fr. pour vingt familles, pourrait être précisément obtenue très facilement par elles, comme prix des terrains particuliers ou communaux que le groupe céderait à l'État en quittant les Alpes.