CHAPITRE III
DES PATURAGES
La presque totalité des pâturages alpestres appartient aux communes :
On distingue :
1® Les pâturages inférieurs, dits de printemps et d'aufomne, dont j'évalue la surface à 100,000 hect.
2** Les pâturages supérieurs, dits pâturages d'été, d'une contenance approximative de 300,000 —
Total 400,000 hect.
g !•'. — Des' pâtiaragres de printemps. Leur état de dégradation complète et de leur restauration.
Le rôle des pâturages de printemps et d'automne est de sustenter, joints aux jachères qui les environnent, les moutons indigènes, pendant 5 à 6 mois de Tannée. Ces pâturages présentent partout un aspect de ruine presque complète. Ils se composent de rares touffes de gazons, circonscrites par des rigoles creusées latéralement par les eaux, et de petits sentiers horizontaux tracés par le bétail. Relativement restreints en Savoie, ils embrassent, à partir de Grenoble, des superficies de plus en plus considérables, au fur et à mesure qu'on
descend vers le Midi^ et comprennent les berges de tous les torrents et des grandes vallées.
Chaque village s'est taillé un parcours printanier à proximité de ses habitations.
L'héliogravure II fait voir de près ce qui s'est passé sur tant de points : jadis la forêt descendait à Ville-Vallouise jusqu'aux bords du Gyr ; on en a fait disparaître toute trace dans le bas^ pour ne créer à la place qu'un pacage des plus pauvres ; des ravins se sont formés aussitôt^ et la stérilité du sol est devenue presque complète.
L'héliogravure V (vue du Mont-Genèvre) fait ressortir des pâturages de même nature sur des surfaces beaucoup plus étendues, comme on en voit sans interruption le long des deux versants delà vallée delà Durance, sur environ 140 kilomètres, depuis sa source jusqu'à son confluent avec la Bléone.
L'état de dégradation de ces terrains provient de l'introduction de trop nombreux moutons à chaque printemps, aussitôt que la neige disparait, avant la reprise complète de la végétation, avant même que les herbes soulevées par la gelée aient raffermi leur assiette. Les animaux détruisent alors une masse de bourgeons naissants, et préparent le sol en le piétinant, à devenir victime de Taction érosive des pluies. En somme, tous ces inconvénients résultent de l'insuffisance des fourrages d'hiver, qui pousse une population placée dans l'impossibilité de conserver ses animaux à l'étable plus de quatre ou cinq mois, à exploiter trop prématurément des versants rapides qui se seraient couverts de pelouses complète si l'on avait pris l'habitude de les ménager.
Le mouton en effet, habilement employé, améliore les pâturages, loin de les abîmer. Ses déjections sont puissamment
fertilisantes^ et sa dent ne devient meurtrière que si la pauvreté du pâturage, par rapport au nombre d'animaux introduits, l'oblige à attaquer les racines ; autrement, elle provoque le développement des germes nombreux qui enceignent leur collet, a: Rien ne contribue autant que le pacage des bêtes à laine, a écrit Mathieu de Dombasle, à épaissir l'herbe en la faisant taller, c'est un des soins les plus importants dans la formation des prairies de graminées. »
D'autre part, la réussite de l'exploitation ovicole peut être compromise par l'ouverture prématurée du pacage. Les herbes nouvelles ne sont pas sans entraîner des inconvénients plus ou moins graves : trop aqueuses, elles exposent les moutons aux maladies putrides; simplement fraîches et tendres, elles les déshabituent des fourrages secs qu'ils refusent parfois, si une température froide ou la neige oblige à les remettre à Tétable.
Les frais de garde occasionnés par ces pâturages ruinés, dans lesquels l'irrégularité des gazons et les dangers d'éboulements ne permettent pas de former de grands troupeaux, sont relativement très onéreux, car on est obligé de conduire les moutons par groupe de 10 à 15 têtes, tandis qu'une culture avancée ne comporte pas de troupeau de moins de 150 têtes par berger.
La construction de canaux d'arrosage restaurerait indirectement ces pâturages misérables, en favorisant en dehors de leur enceinte rétablissement de prairies, dont le produit dispenserait de recourir à eux, et rendrait à surface égale 100 fois plus.
Ceux d'entre ces pâturages à pente faible, pourront même être restaurés d'une manière directe à l'aide d'irrigations, car ils sont presque toujours compris dans des périmètres arrosables.
Mais il faut reconnaître qu'en général ces terrains découverts depuis si longtemps^ extrêmement abîmés et pauvres en substances azotées ne sauraient être mis en valeur économiquement par rapport d'engrais; il en faudrait trop, et que les seuls moyens d*y accumuler des substances organiques sans frais excessifs, sont la mise en défends et le boisement.
11 n'y a pas d'obstacle insurmontable à cette solution^ car le progrès agricole tendra sans cesse à faire diminuer rattachement des populations aux pâturages de printemps. Les régions alpestres d'économie pastorale avancée n'en ont plus (lu tout. Dans les Beauges, où, depuis le développement des t'ruitières, le mouton a complètement disparu, et où la chèvre n'est conservée qu'en vue d'utiliser l'herbe des sommités rocheuses qu'elle seule peut fréquenter, les communaux de printemps ont été loués par bail emphytéotique de 18 ans, ou vendus entre 1860 et 1870; après défoncement et plâtrage, suivis d'ensemencement en sainfoin, trèfle et fenasse, de landes qu'ils étaient, ils se sont transformés insensiblement en très belles prairies naturelles *.
Les vaches ne seront en aucun cas un empêchement à l'adoption de ces mesures, car elles ne vont pour ainsi dire jamais dans les pâturages de printemps, toujours trop pauvres pour elles ; en cette saison, on ne les envoie que dans les cantons défensables des forêts communales. L'essentiel est donc de faire diminuer le nombre des moutons. Nous verrons plus loin les moyens d'y parvenir.
Le reboisement des pâturages de printemps exercera moins d'eflTet sans doute sur le régime des eaux, que celui des
1. Cette opération s'est accomplie remarquablement an Noyer, à la Compote, AiUon-le-Jenne, Sainte-Reine, Arith, Lescheraines, Bellecombe, Ecole et Doucy.
48 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
bassins de réception des torrents principaux ; en revanche^ aucune opération ne serait plus fructueuse sous le rapport économique pour deux motifs : I® leur situation rapprochée des villages^ du bas des vallées et des routes, donnera de la valeur aux bois ; S"" sous le couvert des arbres poussera beaucoup plus d'herbe qu'on n'en trouve aujourd'hui sur ces sols si découverts et secs.
Mais il faudra un régime administratif spécial, pour assurer à la fois la conservation des arbres et l'usage du gazon. Nous parlerons de ce régime au chapitre XI, § IV.
Pour remplacer les bois communaux disparus, les particuliers laissent croître dans leurs plus beaux prés quantité d'arbres qui diminuent énormément la production du fourrage. Ces noyers, frênes, érables, aunes, etc., ne sont pas à leur place. La reconstitution des forêts sur les landes communales permettrait de les supprimer.
De deux points très visités des Alpes, de la promenade d'Embrun et de la terrasse de Conflans qui domine Albertville, le regard embrasse de magnifiques panoramas d'une analogie frappante : mêmes altitudes des crêtes, mêmes perspectives lointaines, mêmes déchiquetures pittoresques des cimes rocheuses. Mais, à Embrun, d'immenses taches noires ou grises déparent les premiers plans, et étalent des teintes discordantes sous ce beau ciel bleu des Alpes Cottiennes, presque sans cesse limpide et pur, si poétiquement décrit par Surell. Ce sont les communaux de la Ville, de Saint-Sauveur et de Saint- André. A Albertville, au contraire, aucune steppe aride; partout la verdure luxuriante des épicéas, des hêtres, des chênes et des prairies. C'est la vallée enchanteresse, joignant aux effets magiques d'un cadre grandiose, l'absolue perfection des détails. Quelle est la cause de
cette différence? le mouton. Dans la vallée de la Durance, le pacage prématuré détruit le communal ; dans celle de la Haute-Isère, la stabulation prolongée le maintient en bon état.
?, II. — Dca préfi-bois.
Le type de communaux connus sous le nom de Prés-bois dans le Jura, mais mal nommés puisque ce sont des pâturages et non des pelouses fauchées, est loin d'être aussi répandu dans les Alpes qu'on le souhaiterait.
Ce mélange d'herbages et de bosquets représente un mode de traitement excellent, l'idéal en quelque sorte pour les hautes pelouses, à la condition que les arbres soient bien à leur place, c'est-à-dire réunis sur les parcelles à pente rapide ou pauvres en terre. Ils rendent alors les plus grands services : ils apportent aux gazons une fraîcheur bienfaisante, ils fixent l'humidité de l'atmosphère, tempèrent l'inffuence desséchante des vents, servent d'abris au bétail, et procurent des produits inappréciables pour l'entretien et l'exploitation des chalets.
On voit de magnifiques prés-bois dans toute la Savoie, formant une zone plus ou moins large entre les forêts véritables et les pâturages purs.
A partir des confins des Hautes- Alpes, les pâturages à'bosquetssont beaucoup plus rares, cependant, on en trouve encore des spécimens assez nombreux pour faire ressortir leurs avantages à tous les yeux. Névaches, Puy-Saint-Vincent, L'Argentière, Guillestre, Vars, le Col d'Izoard, Molînes-en-Queyras, Orcières, Saint-Paul, Jeausiers, Barcelonnette, Seyne, Saint- Martin-Lantosque, etc... en présentent de fort beaux types.
Les essences dominantes de tous nos prés-bois sont : l'épicéa, les érables plane et sycomore et le mélèze.
ECOXO»TK ALPF.8TKB.
50 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
g TH. — Puturagres d'«-té.
Les pâturages d'été occupent, nous l'avons vu, 300,000 hectares environ. La conservation et l'amélioration de cet immense domaine se lient étroitement à la question de la formation des torrents et du régime des eaux, et sont par conséquent affaire d'intérêt général.
Les exploitations en lesquelles ils se partagent se nomment : Montagnes pastorales, ou simplement Montagnes.
Sur ces 300,000 hectares, 50,000 situés en Savoie sont des pâturages à vaches appartenant à des particuliers ; les 250,000 autres sont presque exclusivement réservés aux moutons indigènes ou transhumants.
Des abus analogues à ceux signalés pour les pâturages de printemps, abîment les pâturages d'été communaux : dates trop hâtives ou tardives pour l'introduction ou la sortie des animaux, nombre excessif de bêtes, le défaut d'ordre et de méthode dans la conduite des troupeaux, enfin et surtout le manque de fumure. — Les obstacles à leur régénération sont aussi les mêmes : habitudes séculaires et pauvreté.
g IV. — Des règlements de patiirage en général.
Ce sont ces pâturages d'été que le législateur de 1882, afin de répondre à des vœux émis et répétés sans cesse par les conseils généraux de 1840 à 1860, a visés principalement dans le chapitre II du titre II de son œuvre intitulé : m De la Réglementation des pâturages communaux. »
La promulgation des lois provisoires de 1860 et 1864 sur le reboisement et le regazonnement avait bien mis fin aux discussions locales sur cette question, mais sans donner au pays la satisfaction qu'il attendait.
Il n'y avait pas, rapportait le préfet des Hautes-Alpes en 1851, une seule commune de ce département qui ne dépassât du cinquième, ou plutôt du quart, le nombre des bestiaux que retendue et la qualité des pâturages comportaient. Mais si (c le mal commis était immense », il était réparable encore. Pour cela, il fallait au plus tôt : classer les communaux en bons, médiocres et mauvais — déterminer, pour les terrains des deux premières catégories, les nombres de bestiaux admissibles — examiner dans chaque localité, si la population était en état de supporter les réductions nécessaires — favoriser l'émigration quand les réductions équivaudraient à peu près à une suppression de parcours — fixer en cas d'excédent possible dans les pâturages bons et médiocres, le nombre de têtes de bétail étrangères susceptibles d'être admises — provoquer la soumission au régime forestier des montagnes interdites — solliciter enfin du Gouvernement des allocations d'indemnités.
Le Conseil général, tout en déclarant que le problème ne saurait être définitivement « résolu que par l'État », adopta ce programme, et nomma pour en préparer l'exécution une . commission spéciale, à laquelle il alloua de 1852 à 1857 un crédit annuel de 2,000 fr.
En 1853, les troupeaux se trouvaient déjà réduits de 2,400 moutons sur un groupe de 27 communes, et une portion correspondante des pâturages communaux avait été soumise au régime forestier. Mais, en 1858, le travail commencé fut malheureusement abandonné pour des motifs budgétaires, et en raison des oppositions auxquelles on commençait à se heurter.
L'obstacle principal, constatait le préfet, provenait de l'intérêt qu'attachent les propriétaires les plus influents à ne
52 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
voir introduire aucune innovation dans un système qui leur procure de très grands avantages, les droits de jouissance étant le plus souvent fondés sur le principe de la proportionnalité des fortunes foncières.
Ce principe, injuste en apparence, se comprend cependant pour un pays où les exploitations des vallées et des montagnes se complètent réciproquement, et sont absolument solidaires, ainsi que nous Tavons vu. Par suite de Tengrais que les premières doivent recevoir des secondes sous le régime agricole actuel, il est vraisemblable que les défricheurs, à répoque où la propriété s'est constituée, aient acquis sur la montagne des droits correspondant aux superficies mises en valeur par eux dans les vallées, droits dont les détenteurs actuels ont naturellement hérité. Mais toute injustice disparaîtrait si Ton adoptait des taxes progressives et proportionnelles aux nombres d'animaux envoyés dans le communal, comme celles insérées plus loin page 60, au lieu de ne faire payer aucune taxe, ainsi qu'il arrive souvent, pas plus aux gens qui chargent les pâturages de 200 moutons, qu'à ceux qui sont inscrits pour 10 seulement.
Remarquons d'ailleurs que l'égale répartition du droit de pâturage ne présenterait plus d'inconvénient agricole, si les progrès dont nous parlons sans cesse, la conversion des champs des vallées en prairies, et simultanément celle des prairies hautes en pâturages, s'accomplissaient, car alors les pâturages supérieurs pourraient conserver nuit et jour le bétail qu'ils nourriraient, et devenir complètement indépendants des propriétés particulières d'en bas.
Mais la proportionnalité que je viens de signaler, parfaitement admissible en vue de la prospérité des terres arables, n'est même pas d'habitude exactement observée. Certains propriétaires s'arrogent des droits illimités, tandis que la masse n'use que du droit minimum de faire pâturer deux
vaches et cinq ou six brebis, nombres considérés comme indispensables à l'entretien d'une famille moyenne.
Quelques communes ont adopté des règlements basés sur les nombres des bêtes hivemées par chaque habitant, au lieu de Tètre sur le montant des contributions dos chefs de famille. Cette mesure, fort simple, est très conservatrice, parce que généralement en raison de Tétroitesse des vallées, les territoires où la contenance des prairies permet d'entretenir en hiver plus de bétail que ne peuvent en nourrir les pâturages dété sont très rares.
Une règle analogue est appliquée dans plusieurs cantons suisses, où Ion admet en principe que la montagne ne doit recevoir que le bétail provenant, sinon de la commune, du moins de la vallée.
La plupart des communes se contentent, comme rétribution, du remboursement des frais de garde, quand elles se chargent d'organiser des troupeaux communs. Ces frais sont environ par mouton, de 0 fr. 75 c. ; par vache, ils sont de 1 fr. 50 c, auxquels on ajoute pour le berger un pain de seigle de 3 kilogr. valant 0 fr. 50 c.
Plusieurs communes, cependant, ont prouvé T influence amélioratrice des hautes taxes. Ainsi Guillaume-Peyrouse et Clémence -d'Ambel en Valgaudemar*, ayant constaté la dégradation rapide de leurs montagnes, décidèrent en 1862 d'imposer sur les bestiaux de commerce une taxe de 2 fr. 25 c. Comme on ne pouvait guère gagner que 2 fr. par tête, en trois mois d'été, le commerce qui s'exerçait au détriment des raontagues tomba tout à fait. Depuis ce changement, les pelouses 88 sont améliorées au point de pouvoir supporter aujourd'hui
1. Valgaademar, vaUée de la Séveraisse au sud-ouest da Pelvoux.
54 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
un nombre d'animaux deux fois plus considérable qu'il y a trente ans, et cette mesure n'est pas étrangère à Textension donnée dans la vallée à la culture du trèfle, en vue de nourrir de plus en plus de bétail en hiver, et de profiter tous les ans davantage de Tamélioration des pâtures.
En outre, Guillaume-Peyrouse a rétabli Téquité, en 1887, en faveur des pauvres, en décidant que les gens qui, faute de ressources, se trouvent dans T impossibilité d'hiverner du bétail, recevraient désormais par personne une indemnité de 3 fr. 50 c, fournie par une surtaxe de 0 fr. 50 c. payée sur tous les moutons envoyés au pâturage au-dessus du chiffre de 3 têtes et demie par membre de chaque famille.
g V. — Les rè gaiement s de pâturagre en Savoie.
Mais, de toutes les Alpes, ce sont les Communes de Savoie qui se sont jusqu'à présent distinguées le plus, de beaucoup, en matière de réglementation pastorale.
L'analyse suivante d'un certain nombre de règlements de ce pays établis pour des situations et des exigences diverses, fera connaître quantité de bonnes dispositions pratiques, applicables à de nombreuses localités d'autres départements qui ne possèdent encore aucun règlement, et démontrera que Ton ne doit pas désespérer de triompher des difficultés que rencontre l'application de la loi de 1882, puisque certaines populations alpestres sont arrivées à s'imposer à elles-mêmes une sage réglementation.
Sous le régime sarde, les règlements pastoraux étaient l'objet d'une instruction non moins complète que celle établie par la nouvelle loi française : avis de l'intendant, rapport
(l'un membre du Sénat de Charabéry, conclusions de Tavocat général^ arrêt du Sénat, etc.
Dans des préambules soignés^ ces règlements posent en principe: que Ton doit se proposer avant tout d'empêcher des minorités aisées de jouir des communaux sans mesure^ au détriment des majorités pauvres^ et de procurer aux communes des ressources ânanciëres par des taxes rationnelles.
Ils constatent que Finclémence des saisons ruine presque tous les ans les récoltes de céréales^ et qu'une organisation pastorale perfectionnée peut seule procurer des bénéfices aux habitants.
Ils appuient sur la nécessité d' un aménagement véritable, afin d'empêcher l'envoi de nombreux moutons dans les sites les plus fertiles et du plus facile accès, avant que Therbe ait suffisamment poussé pour être broutée par les vaches laitières, auxquelles ces pâturages doivent être réservés.
Trop souvent, ajoutent-ils, on tolère le pâturage « désastreux > de vaches et de brebis mélangées : les brebis plus agiles mangent les meilleurs gazons, et les vaches dépérissent pendant que beaucoup d'herbes se perdent dans les sommités, qui devraient être affectées exclusivement aux bêtes à laine.
Lajouissance des communaux voisins de groupes de chalets est reconnue appartenir seulement aux propriétaires de ces chalets.
Les usagers sont soumis à deux déclarations : l'une en hiver, l'autre entre le 20 juin et le 15 juillet. Des conseillers délégués, assistés du garde champêtre, vérifient la première
56 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
déclaration dans les étables entre le 1" janvier et le 31 mars, la seconde dans les pâturages et les chalets.
Les pâturages spéciaux affectés à chaque genre de bétail sont délimités nettement quelquefois par des indications de fossés et de bornes, mais généralement par des confins naturels.
Quatre exceptions au principe d'affectation de chaque quartier à une seule espèce de bétail sont toutefois tolérées : 1" au printemps, afin de diminuer les frais de garde; 2° en été, au profit des gens qui ne possèdent point de propriétés en montagne, et qui n'y transportent pas leur ménage; ceux-ci sont autorisés à faire paître ensemble, dans un même quartier voisin de leur village, la quantité de bestiaux nécessaire aux besoins de leur famille; cette quantité varie, suivant l'état des pâturages, de 2 à 5 vaches, 3 à 15 brebis, 1 ou 4 chèvres; 3^ en cas de neige subite pendant l'estivage; le maire a le droit en cette éventualité de permettre le parcours de tous les animaux dans les quartiers inférieurs; 4** enfin, à partir du mois d'août ou de septembre, on admet les moutons à glaner partout où les vaches ont passé.
Les animaux, en dehors des chemins existants, doivent suivre des passages que tracent des délégués du conseil dans les endroits les moins préjudiciables. Ces passages reçoivent une largeur de 40 mètres. Les troupeaux ne doivent ni pâturer, ni s'arrêter chemin faisant.
Les nombres de bestiaux admissibles dans les communaux sont limités par des chiffres maxima fixés par habitant, excepté dans les montagnes à vaches, où ces nombres ne sont aucunement déterminés. On suppose que les propriétairei*
se trouvent sufGsammeDt engagés à éviter les surcharges^ par la crainte de voir leurs vaches privées de la nourriture indispensable pour obtenir un produit laitier convenable.
Les maxima varient de commune à commune, entre 40 et 100 bêtes à laine par ménage. Ils sont basés tantôt sur Thivemage, tantôt sur les contributions, à raison de 8 à 10 bêtes par franc payé par la propriété donnant droit au parcours ; des taxes très élevées, en réalité prohibitives, frappent les animaux qu'on veut introduire au-dessus du maximum, et empêchent les abus.
Il va sans dire que ces chiffres ne sont rationnels que lorsqu'ils se trouvent combinés avec Tétat de la production pastorale, car de fixation précise et rigoureuse de la possibilité, il n'y en a que très rarement.
Les droits de chacun sont rigoureusement personnels, et ne peu vent être l'objet d'aucune cession ni spéculation quelconque.
Les plus anciens règlements interdisent de conduire aucun bétail au pâturage, en dehors de certaines dates arrêtées par les procureurs et conseillers de la commune.
Les conseils municipaux d'aujourd'hui maintiennent ces restrictions, tout en laissant ordinairement au maire la faculté de retarder le commencement ou d'avancer la fin du pâturage, si l'aridité de la saison le réclame.
Les dates les plus fréquemment adoptées sont les suivantes :
OOUSCBVCBMBVT.
Pâturages de printemps . 1" an 20 mai. 5 au 24 juin.
— d'été .... 6 au 25 juin. 10 au 20 septembre .
— d'automne . . 11 an 21 septembre. 5 an 20 octobre.
58 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
La date de la fin du parcours en automne manque le plus souvent. Dans cette saison^ le bétail reste trop fréquemment au pâturage indéfiniment, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il en soit chassé par les premières neiges.
Les conseils municipaux prolongent aussi parfois, au delà des dates précitées et d'une manière dommageable aux pâturages d'été, le parcours de ces terrains, dans la crainte de voir les troupeaux redescendre trop tôt des montagnes, et abîmer les propriétés particulières encore chargées de récolte ou ensemencées récemment.
Dans les localités où les brebis sont exploitées en vue du lait, les béliers ne peuvent être conduits dans les communaux avant le i*' octobre, ou bien ils sont cantonnés jusqu'à cette date dans des quartiers particuliers, ordinairement ceux affectés aux chèvres, afin, disent les règlements, d'empêcher le € dessaison nement des bestiaux », c'est-à-dire de ne pas déranger l'époque de la parturition. La lutte a donc lieu en octobre, de sorte que les brebis, après cinq mois de gestation suivis de trois mois d'allaitement, reviennent au pâturage à répoque où la floraison des plantes permet de les entretenir dans un état de lactation abondante et parfumée.
Le règlement de Bourg-Saint-Maurice prescrit aux conseillers de se rendre compte chaque année des quartiers où la suspension du pâturage est nécessaire par suite de sécheresse ou d'épuisement, d'y provoquer l'interdiction du parcours, et de les remplacer par des parcelles appartenant aux pâturages inférieurs.
Aucune herbe ne doit être fauchée dans le communal, sans autorisation du conseil, avant le 15 septembre sous peine d'une amende de 3 fr. une première fois, de 5 fr. en ré-
cidive; après cette date, le fauchage est permis dans les rochers, précipices, et tous lieux inaccessibles au bétail.
Quelques communes prescrivent la fourniture d'une journée de travail par famille, pour la création de chemins, et consacrent aux mêmes travaux le produit de toutes les amendes qu'entraînent les infractions au règlement.
Les taxes varient avec les ressources et les besoins de la commune, les chiffres exposés dans le tableau suivant sont des moyennes convenables. On y remarquera surtout que les animaux non hivernes dans la commune, c'est-à-dire de commerce, paient toujours des taxes très fortes, par rapport aux autres, en vue d'empêcher les abus.
Tableau.
ÉTUDES SUR l/ÉCOXOMIE ALPESTRE.
Taxes imposées par tète d'animaux.
a:«imadx hiyrbxAs.
AHIICAUX KON HITKRV1É8.
BessanB.
Bœafg, vaches et
(^niBses .... 0^50 Ghôvres jasqa'à 2
par ménage . . 0 40 ChévrcB aa-dessnt
(le S par mé-
uago 0 60
Bœafs Jusqu'à 4 .
— an-dessus .
Veaux jusqu'à 4 .
— au-dessus .
Vaches jusqu'à 2 .
— de 2 à 4. .
— au-dessus de 4
Moutons et brebis jusqu'à 40 . . .
Moutons et brebis de 40 à 50 . . .
Moutons et brebis au-dessus deSO.
Bonvillaret.
I Hœufs.
, Vaches.
If .1 0 50|
Boorg-Salnt-Mauxice.
1* Pour le parcoun dans k* pdturayei de printemps.
Vaches
I (îénisses
I Chèvres et moutons
ir .
a» Pour U parcourt dans les pâturages d'été.
Vaches
(rénisses
Chèvroâ et montons
3* Pour h parcourt du printemps, en été et en euttomne.
I Vaches
I (4cnisso8
I Chèvres et mou- I tons
Braxnans.
Moutons et brebis.
[Jusqu'à 100 .. .
Au-dessus de 100 .
Lans-le-Villard.
Moutons et brebis.
S vaches j -f 1 géniisse ' , + 40 brebis ( ' -|- 2 chèvres ) Par vache ajoutée à la proportion précédente. . .
Par génisse ajoutée à la proportion précédente.
Par brebis (de 40
Par brebis (de 50
AVIHAUX HIVBBiriB.
AHIICAUX XOV HIVBKXB8.
Les ChapelleB.
Vache» Ut »
Montons et brebis. 1 40 Chèvres • •
Modane.
Vaches
Taxe spéciale do pour celles qui ne sont pas inalpées et continuent à parcourir on été les pâturages de printemps.
Génisses , boucs , chèvres et chevreaux ....
Veaux, moutons, brebis et afseni .
Gros bétail.
Petit bétail
Saint-lCariiii-la-Porta.
Gratuite pour tout bétail liivemé ou acheté avant le 1" février.
I vache
1 chèvre
2 brebis
Au-dessus de ces
nombres , par bâte aumaille .
— bouc, chèvre, mouton, brebis, agneau ....
Sollières.
Vache , génisse , veau, au-dessus de l.h mois :
Une seule tête . .
Au-dessus ....
Veau de 8 à 12 mois et brebis .
Gratuité en faveur des pauvres.
OfâO
Moutons, brebis, dans les pâturages d'été exploités par les
propriétaires des chalets voisins du communal jusqu'à 100 .
Au-dessus de 100, par tête ....
Par bélier au-dessus de 3 p. 100 brebis 20
Vache
Petit bétail. . .
Bâtes aumaiUes Bâtes ovines . .
Bétes ovines .
Thyl.
Vallolres.
Jusqu'à 20 ... , Au-dessus ...
Jusqu'à 20 . . .
Au-dessus de 40
0 20 5 • 0 10 0 ÎA) 3 •
▼almelnler.
0^251 de0r40à0fti0
. Ces proportions entre les dlrenes espèces d'animaux sont considérées comme les plus (trorabla à U production do froniage blra dit
Les animaux nourris en dehors de la commune pendant moins de trois mois, ne paient que la moyenne entre les consignes d'hivernage et de commerce.
Dans les communes où il y a des taxes différentes pour les vaches et les génisses, on applique aux génisses la taxe des vaches à partir de l'âge de 15 mois.
Des taxes exceptionnelles sont appliquées quelquefois au pâturage de certaines montagnes, remarquables par l'abondance ou la qualité de leurs herbages.
Des remises de taxes sont faites pour les animaux qui périssent avant le 20 septembre.
A Bourg-Saint- Maurice il est défendu d'introduire aucune bête aumaille étrangère qui ne soit en état de lactation, sous peine d'une taxe double de celle imposable sur les bestiaux de commerce : cette clause a pour but de protéger l'industrie de l'élevage, en empêchant des vaches sans lait ou des bœufs de venir disputer aux génisses de la commune l'abondante nourriture qu'on veut leur réserver.
Des concessions spéciales sont souvent accordées aux gens peu aisés ou pauvres. On leur octroie, par exemple, pour l'été, les mêmes droits que s'ils avaient hiverné deux vaches, et on les autorise à faire pâturer le menu bétail qu'ils possèdent sans payer aucune taxe, et en le remettant en garde jusqu'à concurrence de cinq têtes par ménage, à des propriétaires de chalets dont ils font connaître les noms.
Toujours dans les pâturages de printemps et d'automne chacun garde ses propres animaux. Mais en été on forme des troupeaux communs ; les frais sont les mêmes que ceux cités plus haut pour les Hautes-Âlpes.
Un règlement de Seythenex de 1684 impose une pénalité
de deux florins pour la plupart des contraventions. Un autre de Cevîns de 1782 punit les infractions d'amendes de 3 à 4 livres, dont un tiers destiné au dénonciateur, les deux autres tiers aux pauvres de la commune.
Les règlements récents déclarent punir d'amendes de 2 fr. par bête à laine, et 5 fr. par bête bovine, ou de surtaxes égales à une fois et demie la taxe ordinaire, et deux fois en cas de récidive, l'introduction des animaux en fraude, sans préjudice de l'application des articles 471, 475 et 479 du Code pénal.
Les articles 475 et 479 ne figurent pas dans la loi du 4 avril 1882, le conseil de Lans-le-Villard les a rappelés en vue de frapper les infractions aux dates d'ouverture et de fermeture des pâturages, et les extractions de matériaux des communaux*.
Certaines communes, dans ces dernières années, ont poursuivi énergiquement les contrevenants, et obtenu des indemnités de plus de 500 fr. pour infractions à leurs règlements relatives à la possibilité.
Un ou deux conseillers sont chargés de contrôler l'application du règlement, de parcourir chaque quartier au moins une fois par saison, assistés du garde champêtre, afin de constater si les nombres d'animaux autorisés ne sont pas dépassés.
Le garde champêtre reçoit un tiers des dommages-intérêts
1. Art. 475. — Seront punis d'amendes depuis six jusqu'à dix francs inclnsivement : 1° ceux qui auront contrevenu aux bans de vendanges ou autres bans autorisés par le règlement, etc..
Art. 479. — Seront punis d'une amende de onze à quinze francs inclusivement... ceux qui, sans y être dûment autorisés... dans les lieux appartenant aux communes, auraient enlevé les terres ou matériaux, à moins qu'il n'existe un usage général qui l'autorise.
fixés par transaction ou jugement^ plus une indemnité de l fr. 50 c. ou de 3 fr., suivant que les infractions ont été constatées dans les hauts ou dans les bas communaux.
Afin d'empêcher toute fausse déclaration et de rendre le contrôle possible^ les règlements défendent à tout particulier de réunir sur sa propriété à aucun moment^ ni dans ses parcs^ ni dans ses chalets^ d'autre bétail que celui qu'il a déclaré^ et imposent de laisser libre accès dans les chalets à tous les ugente chargés de la police des pâturages.
La vaine pâture est conservée dans les propriétés en jachères et la plupart des prairies de montagne^ mais elle ne peut être exercée qu'au profit des animaux hivernes.
La RÉGLEMENTATION DES PATURAGES COMMUNAUX LOUÉS UC
devrait jamais rencontrer d'obstacles sérieux, car il ne peut jamais en résulter d'autre inconvénient pour la commune, que celui d'une réduction de quelques centaines de francs sur les prix de location, et encore, cette réduction sera-t-elle toujours facilement récupérée, au bout de quelque temps, par une plus-value du pâturage et une augmentation de la possibilité.
Les dispositions principales des meilleurs cahiers de charges adoptés en Savoie sont les suivantes :
La durée des baux est de neuf ans. Quelques communes seulement ont adopté un délai plus court, diminuant ainsi, à tort, rintérêt de leurs locataires à réaliser des améliorations
Les adjudications ont lieu aux enchères.
Les locataires doivent jouir en bons pères de famille, ne causer et ne laisser commettre aucune dégradation, empêcher tout empiétement et usurpation, veiller à la conservation des bornes et limites.
64 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
On leur impose d'habitude les réparations que réclament les bâtiments existants, et souvent aussi le défrichement annuel d'une superficie donnée de broussailles, de bruyères, landes, etc.
Les arbres nécessaires pour les réparations imposées sont, ainsi que le bois de chaufiîige exigé par l'exploitation, délivrés gratuitement dans les forêts communales.
Si la montagne est un pâturage à vaches, les fermiers peuvent entretenir la quantité de moutons nécessaire pour manger T herbe des endroits complètement inaccessibles au gros bétail, mais ailleurs, l'interdiction de faire pâturer les bêtes à laine est formelle.
Les adjudicataires sont tenus de faire parquer leur bétail successivement pendant la nuit, sur toutes les parcelles, où la conformation topographique permet aux animaux de se coucher, et les écuries des chalets ne doivent être utilisées qu'en cas de mauvais temps.
Deux membres du conseil sont chargés de tracer, à travers les communaux non loués, des chemins d'une largeur suffisante pour permettre aux troupeaux de l'adjudicataire de se rendre dans les montagnes qui leur sont destinées, ou de celles-ci aux abreuvoirs. Les mêmes conseillers surveillent l'exécution des constructions ou des améliorations imposées, et de toutes les clauses spéciales.
^ VI. — La fiimiire des montag'iies.
La culture pastorale est moins épuisante, sans doute, que Tagriculture proprement dite, en raison du peu d'exigence des espèces spontanées qui composent les gazons, et des propriétés dont jouissent les plus importantes d'entre elles de tirer une portion de leur nourriture de l'atmosphère. Les pelouses
alpestres^ en particulier^ s'imprègnent très probablement de quantités appréciables d'ammoniaque diffusé dans Tair et de nitrates formés sous l'influence de l'électricité atmosphérique, que les longues neiges leur apportent. Mais, malgré tout, le pâturage détermine chaque année dans le sol un déficit de principes minéraux et Ton constate toujours, à la longue, un amoindrissement sensible dans la production des gazons en qualité et quantité, si l'on ne restitue rien au sol des éléments que les animaux lui enlèvent.
Cependant, il n'y a qu'en Savoie, dans les propriétés pastorales particulières et quelques rares communaux, que l'on fume les pâturages convenablement.
Partout ailleurs, le fumier produit pendant le repos des animaux est, pour ainsi dire toujours, extrait de la montagne d'une manière ou d'une autre. Sur les deux versants du Lautaret et du Galibier, on fait sécher le fumier de vache après l'avoir pétri, pour en fabriquer des mottes qui remplacent le bois en hiver. Dans les Basses- Alpes et la Drôme, le fumier des moutons, abandonné aux bergers soit à titre gratuit, soit à la condition qu'ils fournissent le sel nécessaire aux troupeaux, est vendu par eux dans les vallées sous le nom de mison. Dans l'Isère et le Dévoluy, on impose aux pâtres communaux de ramener tous les soirs les troupeaux parquer sur les terres arables, moyennant une rémunération de 0 fr. 25 c. par 100 moutons. Dans l'Embrunais et le Queyras, les habitants de chaque commune se distribuent le contenu des parcs et chacun va chercher lui-même la part qui lui revient. Le nUson, mélangé avec des feuilles de mélèze, y a la réputation de favoriser au plus haut degré la multiplication des espèces fourragères supérieures dans les prairies.
Ajoutons que lorsque les montagnes sont très éloignées, on n'a quelquefois pas le temps d'aller enlever les fumiers, ils restent alors abandonnés dans les parcs, sans aucune utilisation.
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66 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.
Le PARCAGE DES MOUTONS est si puissant que les riverains des communaux remploient sans cesse pour agrandir leurs prés. Ils rassemblent leurs moutons sur les confins du communal. L'herbe pousse là, haute et drue ; le terrain devient rapidement fauchable, et d'aspect semblable à celui de la prairie voisine; on l'exploite alors comme propriété privée, sans que cela soulève la moindre réclamation et même sans qu'on le remarque. La réussite de ce procédé d'empiétement est infaillible.
Un parc mobile *'est pas autre chose qu'une litière de terre d'épaisseur illimitée, qui évite tous frais de transport d'engrais. Présente-t-il réellement une supériorité incontestable sur tous les autres procédés de fertilisation ? L'analyse répond affirmativement comme la pratique : des expériences faites en 1885 à l'Institut agronomique en vue de déterminer le rapport entre les éléments fertilisants contenus dans les aliments et ceux qu'on retrouve dans le fumier, ont établi, en effet, qu'une litière de terre de quelques centimètres d'épaisseur retient deux fois plus d'azote qu'une litière de paille et tout autant d'acide phosphorique et de potasse \
Les cultivateurs considèrent une terre arable comme fumée :
Suffisamment par le séjour de 1 mouton par mètre carré pendant 6 heures ; Fortement — — 12 —
Très éneri^quement — — 24 —
Le parcage de six heures représente une diffusion de 10,000 kilogr. de fumier de ferme sur 1 hectare ; c'est peu pour des champs*. Mais c'est assez pour des pâturages à restaurer et plus qu'il ne faut pour des pâturages à entretenir