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CHAPITRE IV

LE BETAIL

I I^*. — Rapports entre les existences en bétail et les superficies territoriales.

Le bétail étant le consommateur nécessaire des produits du tiers au moins de la zone que nous avons déterminée^ on comprend l'importance capitale des questions qui s'y rattachent.

Le département des Hautes-Alpes^ que nous choisissons saos cesse comme type des parties de cette zone où le progrès pastoral est si désiré^ compte :

i chevaline, Espèce / asine et

20,900 animaux.

' malassière

bovine 25,600

ovine . 262,000

porcine 23,000

caprine 24,400

En réduisant ces nombres en unités de même espèce et en comptant comme équivalents : i bœuf^ 1 cheval^ 10 moutons ou 10 chèvres et 4 porcs, on arrive au chiffre de 14 têtes de gros bétail par 100 hectares, inférieur de 26 unités à notre moyenae nationale, qui égale 4U. Cette proportion est un signe de culture très pauvre et épuisante.

76 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

La prédominance de la race oviue^ accusée par les chiffres ci-dessus^ existe encore dans les Basses-Alpes^ la Drôme, les Alpes-Maritimes et une bonne partie de risère. Ce trait est le plus saillant de la population animale de ces régions; il dénote une économie pastorale très différente de celle adoptée en Suisse^ la contrée alpestre qui utilise le mieux ses herbages. Le territoire helvétique^ dont la superficie est de 40,370 kilomètres carrés, nourrit, en effet, 368,000 moutons et 1,036,000 bêtes bovines; cela fait, sur 100 hectares, 9 moutons et 25 bêtes aumailles. Dans les deux tiers de notre zone, au contraire, nous trouvons cinq fois plus de moutons et cinq fois moins de bêtes aumailles qu'en Suisse.

g II. — Calcul des reveniiB animaux. Métli.ode à employer.

Nous allons examiner les principales méthodes zootechniques en usage et rechercher quels produits elles procurent ; nous ferons ressortir les résultats obtenus avec les deux catégories d'animaux les plus nombreuses. Nous verrons alors si la substitution de l'espèce bovine au mouton serait assez avantageuse pécuniairement, pour engager le pays à la réaliser dans les limites assignées précédemment et à déterminer les améliorations qu'on en attend.

Quelles sont, dans nos Alpes, les meilleures machines vivantes de transformation des fourrages en fumier et en produits échangeables, élèves, laine, viande ou lait? Voilà le problème. J'en chercherai la solution par la méthode tracée par M. Samson. Cette méthode consiste à estimer la quantité de fourrages consommés en un temps donné et à établir la somme retirée des produits dans le même temps; cette somme fixe le prix des fourrages dépensés et de Tengrais ; si elle

égale le prix que Ton aurait obtenu des fourrages, en les vendant en nature, le prix de revient de Tengrais est nul ; si elle est supérieure, il y a accroissement du capital engagé ; si elle est inférieure, la différence représente le prix de revient du fumier; l'opération est bonne, si cette différence fait ressortir Tengrais à un taux plus bas que celui du marché.

Ayant pour but uniquement d'établir une comparaison entre les rendements des races ovine ou bovine, les seules que l'on rencontre en grand nombre dans les pâturages, je négligerai, dans les calculs, l'intérêt et l'amortissement des capitaux, les frais de garde, de main-d'œuvre et les pertes, qui, à égalité de fourrages consommés, sont sensiblement les mêmes pour l'une et l'autre espèce. Je ferai remarquer seulement que, si une différence existait, elle serait défavorable à la rîïce ovine, car tous les cultivateurs admettent que, relativement aux autres animaux, les moutons ont besoin de locaux plus vastes, plus salubres et de plus de soins.

Je ne tiendrai pas compte non plus des taxes pastorales perçues par les caisses municipales, puisqu'elles se convertissent en améliorations communales quelconques, au profit des contribuables de la communauté, c'est-à-dire des usagers même du pâturage.

§ m. — Le mouton. — Exploitations diverses auxquelles il donne lieu.

Le mouton se retrouve aux deux extrémités de l'échelle agricole; il caractérise à la fois la culture la plus perfectionnée et la plus arriérée.

Dans le premier cas, on Télève, en vue de la viande et de la production du plus grand poids de chair, dans le moindre temps possible; il en découle un parcours bien conduit et

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I)oint destructeur, le but poursuivi ne pouvant être atteiut qu*à la condition d'une nourriture abondante, fondée sur une relation normale entre le nombre des animaux et la fertilité des pacages.

Dans le second cas, le manque de débouchés, la difficulté des échanges, la routine, ne font envisager au cultivateur que la production de la laine dont il se vêt et surtout de l'engrais indispensable à ses terres. Le propriétaire se déclare satisfait, s'il n'a point à subir une perte par suite de la différence entre le prix d*achat et le prix de vente. Le bétail ainsi exploité, appelé justement «: mal nécessaire ]», n'excita à aucune sorte d'amélioration.

L'oviculture alpestre se rattache généralement au second cas. Néanmoins, le commerce dont les bêtes à laine sont l'objet est très varié.

Les communes dépourvues de montagnes pastorales achètent, en automne, des moutons de deux ans, qu'elles revendent engraissés au printemps. Celles, au contraire, qui sont pauvres en prairies et riches en pâturages, n'en reçoivent qu'en été : agneaux que leur envoient les localités voisines pour être simplement entretenus, moutons indigènes à engraisser pendant la campagne, moutons de Provence, etc....

Dans les montagnes très rocheuses et tourmentées, des moutons sont abandonnés complètement à eux-mêmes, cernés par des limites naturelles, crêtes de rochers au-dessus et au-dessous, ravins à droite et à gauche, et y vivent à l'état sauvage, pendant 3 mois. On ne s'en préoccupe que pour leur porter chaque semaine du sel, sur des rocs où ils s'accoutument à venir le prendre.

Ailleurs, on achète ou on loue, dans des régions plus basses, des brebis laitières pour les quatre mois de belle saison, afin de relever la qualité des fromages bleus, en mélangeant leur lait, si gras et si substantiel, à celui des vaches.

Ces brebis ont besoin d'être abondamment nourries pour fournir du lait; aussi, la possibilité du pâturage est-elle ordinairement respectée avec elles.

Enfin les localités dont les territoires renferment à la fois prairies d'hivernage et vastes pelouses d'été, entretiennent des brebis en vue de l'élevage d'agneaux qu'elles vendent à six mois ou à un an.

Entrons maintenant dans les détails.

L'Engraissement d'hiver est la spéculation du Trièves, du Bas-Champsaur, du Gapençais, du Diois.

Nous sommes arrivé aux moyennes suivantes, en compulsant des livres de comptabilité soigneusement tenus par dix propriétaires :

Achat d* an monton en automne . 29^15

Vente an printemps, [après 42 jours de pâturage en automne et 125 jours de stabulation complète 34 34

Produit 5'19

Plus 3"»,070 de laine à 1 fr. 55 c 4 76

Total 9'95

Les frais s'élèvent à 3 fr. 17 c. dépensés en achat de grains et de farines, plus 0 fr. 30 de sel 3 47

Reste 6U8

La quantité de fourrages secs consommés a été de . 194 kil.

CeUe broutée dans les prairies, de la S -Michel à la S'-Martin, représente 66 —

Total 260 kil.

Le foin se trouve ainsi payé à raison de 2 fr. 49 c. le quintal métrique.

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