‹ Les Alpes françaisesChapitre 34 sur 212 · BIT 8BL · texte numérisé non relu

BIT 8BL

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de la br(>bM.

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60kU. k 0f,20= 12 fr.

165 fr.

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UM'UlSfr. .

Le quintal métrique de foin se trouve payé 3 fr. 90 c.

Je me suis placé dans Thypothèse la plus favorable, celle

d'une brebis mettant au monde deux agneaux par an. Mais si la brebis ne produit qu'un agneau annuellement^ on n'obtient plus comme rendement net du foin que 2 fr. 60 c. — En réalité, une brebis alpine ne met au monde deux agneaux par an que dans les 30 centièmes des parts ; en tenant compte de cette proportion, on arrive au prix de 2 fr. 99 c. pour représenter la rémunération moyenne de Télevage.

Telle est la spéculation dominante dans l'Embrunais et les vallées de l'Ubaye, du Buëcli, de la haute Drôme et de rÉbron.

Brebis laitières. — En Tarentaise, en Maurienne et dans le Briançonnais, on se procure des brebis laitières en vue, comme nous l'avons dit, d'améliorer les fromages bleus au lait de vache fabriqués en montagne.

Ces brebis sont achetées au printemps en moyenne 20 '

Et revendues en octobre 18

A la perte de 2 ' »

provenant de la différence entre la valeur d'une brebis en lait et celle d'une brebis

sèebe, il faut ajouter une dépense en sel de. 0 30

Total 2^

La quantité de lait produite par chaque brebis est à peine de 25 litres qui donnent un poids de fromages évalués à 4 »

Le revenu par tête est donc de . . . 1 ' 70

La consommation a été au moins de 120 kilogr. en 120 jours. Le fourrage se trouve payé, par conséquent, 1 fr. 40 c. au plus.

Sur la frontière, afin d'éviter les pertes provenant de la différence entre les prix de vente et d'achat, et de profiter à la fois du produit laitier et de l'agnelage, les propriétaires

86 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

sans rien négliger de ce qui peut élever au plus haut degré de perfectionnement leur race ovine. Sans doute, la civilisation y fait reculer tous les jours les limites des parcours, mais les squatters chassés d'une région en envahissent de nouvelles qui leur procurent les mêmes avantages que les premières. Avant 1860, nos importations de laines atteignaient à peine la valeur de 50 millions; elles dépassent maintenant dix fois ce chiffre. La baisse des laines est donc le résultat d'événements commerciaux qui présentent des probabilités de durée indéfinie et contre lesquels le protectionnisme n'essaie même pas de lutter. On ne saurait négliger ces considérations, lorsqu'on suppute les chances de gain sur les diverses espèces animales, entre lesquelles le cultivateur alpin est appelé à fixer son choix à 1* avenir.

Le MOUTON ALGÉRIEN, à SOU tour, envahit de plus en plus les marchés qu'alimentaient presque exclusivement les Alpes. Ce mouton n'a pas encore toutes les qualités désirables, mais on s'occupe fort de le transformer ; une bergerie nationale a été créée dans ce but à Mondjebeur. Actuellement, les immenses steppes des Hauts-Plateaux font vivre 7 millions de têtes. Le manque d'eau ne permet pas d'en nourrir davantage. Ayant besoin d'être abreuvés tous les deux ou trois jours, les troupeaux ne peuvent être éloignés des sources de plus d'une ou deux journées de marche. Dans ces rayons, les pâturages sont très appauvris par une dépaissance continuelle, tandis qu'en dehors, des fourrages abondants sont inutilisés. Mais on se préoccupe de créer des ressources artificielles, au moyen de barrages et de forages, et d'organiser des réserves fourragères pour les temps de disette, d'installer enfin des abris pour supprimer l'effrayante mortalité qui décime les troupeaux. Après ces améliorations, on espère utiliser les trois cinquièmes des super-

ficies encore inexploitées; en tout cas, on augmentera encore sûrement les exportations en France, qui, parties de 16,000 en 1865, dépassent maintenant le chiffre de 700,000.

Il nous reste à parler de Texploitation de certains moutons étrangers connue sous le nom de Transhumance de Provence.

Dans le sud-est de la France, on appelle transhumance le passage d'un assez grand nombre de troupeaux de moutons, des départements méditerranéens dans des montagnes pastorales, que les propriétaires provençaux louent pour les trois ou quatre mois d'été aux communes des Alpes, à raison de 0 fr. 75 c. à 1 fr. par tête comptée dans le bail.

C'est un revenu peu avantageux pour nos communes, comparativement à celui qu'elles pourraient obtenir directetement ; toutefois, cette coatume est beaucoup moins désastreuse qu'on ne le dit communément. On attribue aux trans- Âttman/^ les plus horribles dévastations. Quantité d'écrivains, se plaisant à se faire l'écho des fables les plus exagérées, renchérissent encore, tantôt comparant la transhumance à une c plaie d'Egypte qui s'étend périodiquement sur nos montagnes, ne laissant que le désert après elle ]», tantôt la qualifiant de c fléau pire que la guerre ou l'incendie, etc., et€ >. Rien de plus inexact. M. Demontzey a déjà affirmé que le transhumant était infiniment moins nuisible que le mouton indigène, sans cesse, lui, accroché à la montagne du 1" janvier au 31 décembre. C'est bien là la vérité : en général, les pâturages à transhumants sont en passable état.

Le troupeau transhumant type comprend 1,500 moutons, 30 à 40 chèvres ou boucs et 10 ânes, sous la direction de trois bergers payés : le chef, 600 fr. par an, les deux autres, 400 fr. ; les frais de nourriture restant à la charge du propriétaire.

Les chèvres pâturent les rochers et fournissent en lait une bonne partie de la nourriture des bergers; les boucs conduisent le troupeau, avec les plus forts moutons dressés à ces fonctions; les ânes transportent bagages et vivres.

Tout en affirmant que les montagnes à transhumants sont des moins abîmées parmi celles à moutons, je ne veux pas dire que leur exploitation soit absolument satisfaisante au point de vue de la possibilité, de la conduite du parcours et de l'utilisation du fumier. Loin de là.

Le propriétaire provençal n'ayant ordinairement qu'un but unique, celui de soutenir la vie de son troupeau dans les Alpes en attendant l'engraissement d'hiver dans le Midi, n'attache pas assez d'importance à proportionner exactement le nombre de ses moutons à la production du pâturage, de façon qu'ils soient tous parfaitement nourris. Son insouciance est la même au sujet du commencement et de la fin du parcours : malgré le peu de valeur nutritive des herbes naissantes, les moutons arrivent aussitôt que les foires ont permis de former les troupeaux et ils ne repartent qu'à l'apparition des neiges, souvent au commencement de novembre seulement. Dans ce cas, on les voit s'engraisser jusqu'à la fin d'août, puis dépérir et, quelquefois dans les années de sécheresse, poussés par la faim, terminer leur saison en grattant la terre et en déracinant les plantes.

Les bergers trop peu nombreux, vu la nature accidentée des lieux, — 1 pour 500 d'habitude — ne laissent pas les animaux s'éparpiller suffisamment sur les montagnes et les forcent à brouter en troupes trop serrées ; du piétinement résulte alors la désagrégation des gazons tant soit peu entamés.

Enfin, les accidents du sol rendant pénible et difficile le transport de parcs et de baraques mobiles, on a l'habitude, chaque soir, de ramener les troupeaux sur des parcs fixes

déterminés par une enceinte de pierres sèches, de sorte que le fumier de la nuit s'entasse par lits épais, toujours sur les mêmes endroits, et se trouve complètement perdu pour les pâturages.

Le point des Alpes où l'on exploite le mouton de Provence delà façon la plus avantageuse, c'est assurément entre Modane et Lans-le-Bourg dans la vallée de TÂrc. On y évite la surcharge et les troupeaux trop nombreux. Le grand but est toujours de procurer du fumier aux propriétés particulières, mais les règlements municipaux obligent les bergers provençaux à partager leurs moutons, dès leur arrivée, par troupeaux de cent têtes exactement, entre tous les habitants ; ceux-ci en restent chargés jusqu'au départ et le rôle des bergers qui les ont amenés se réduit à vérifier si les animaux sont bien soignés. On voit alors les moutons noircir de fumier toutes les propriétés particulières successivement, du fond de la vallée au sommet des plus hauts prés. Ce régime n'enrichit pas le communal, mais au moins améliore-t-il régulièrement d'immenses étendues de prés très élevés qui l'avoisinent et qui exercent d'ailleurs sur l'économie générale des eaux, par l'état serré de leurs gazons, une action bienfaisante.

Parmi les transhumants, comme parmi les bêtes à laine indigènes, ce sont les troupeaux composés de brebis qui nuisent le moins aux montagnes : pour éviter les avortements, obtenir plus d'un agneau annuellement et gagner même la modeste somme de 20 fr. par tête et par an, les propriétaires savent qu'il faut nourrir le troupeau convenablement, n'arriver que tard en montagne et en partir de bonne heure en vue d'éviter aux mères des refroidissements ; aussi, ménagent-ils les pâturages qui leur sont affectés.

Le développement des irrigations en Vaucluse, dans les Bouches -du -Rhône, le Gard et l'Hérault supprimera la

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transhumance un jour, en fournissant aux éleveurs de ces départements le moyen de garder en été tout le bétail qu'ils nourrissent en hiver; la création de nouveaux canaux dans les Alpes, en préparant inversement la population à hiverner assez de bétail pour utiliser ses pelouses supérieures, tendra à amener le même résultat.

Ces progrès accomplis, nos montagnes jouiront des bénéfices qu'elles abandonnent aujourd'hui à des départements étrangers, augmentés de ceux qui découleront de l'emploi de méthodes ovicoles perfectionnées, dont l'application deviendrait possible avec du bétail conservé sans interruption dans le même pays.

Les deux régions ont le plus grand intérêt à voir s'accomplir les canaux nécessaires : la transhumance est en effet la méthode la plus arriérée et la plus contraire au principe de rélevage scientifique du mouton, dont le but est la précocité pour les motifs que voici : fatigues excessives occasionnées par deux voyages de 50 lieues en quatre mois; alimentation des plus chétives pendant ces déplacements, fournie simplement par l'herbe du bord des chemins et les plus mauvais prés rencontrés pendant le voyage ; arrêt de croissance de la laine et dépréciation de sa qualité, résultant des croûtes épaisses que forme la poussière des routes en se mélangeant à la transpiration ; en revanche, développement du jarre ou poil inférieur, sans élasticité, et non feutrable; soufirances et privations dans la montagne, quand des neiges extraordinaires viennent à tomber et suspendent le parcours, sans que l'on puisse se servir des pâturages inférieurs occupés par les animaux du pays; enfin, pertes évaluables à 5 p. 100 au moins.

Depuis 1878, la Compagnie P. -L. -M. amendes troupeaux d'Arles à Grenoble, à raison de 30 fr. par wagon, à la condition que les propriétaires s'entendent pour former un train

de 60 wagons. On atténue ainsi Tun des inconvénients qui viennent d'être signalés ; mais on ne peut dépasser Grenoble, pour ne pas prolonger au delà de 24 heures le délai pendant lequel les moutons sont privés de manger, et certains troupeaux, ceux qui se dirigent sur la Maurienne, par exemple, mettent encore huit jours pour parvenir à leur destination finale. En tout cas, les propriétaires ne sauraient pas supporter une fois de plus les mêmes frais, et le retour en Provence se fait toujours à pied. D'ailleurs, en automne, on a moins à redouter les effets de la poussière.

Le Gouvernement a favorisé la transhumance à la fin du siècle dernier, en intervenant activement pour faciliter l'entente entre les municipalités du Midi et celles des Alpes. La transhumance prit alors une certaine extension ; d'après une statistique du temps, elle atteignit dans le seul département des Hautes-Alpes 200,000 têtes, qui procuraient un bénéfice estimé à 500,000 fr. aux propriétaires provençaux. Depuis, le nombre des transhumants a progressivement diminué, et ce total de 200,000 n'est même pas atteint aujourd'hui dans les quatre départements qui en reçoivent, des Basses- Alpes à la Savoie.

Les pâturages à transhumants sont tous cachés dans les derniers replis des montagnes; ils sont invisibles pour le touriste qui ne fait que traverser les grandes vallées; leurs surfaces sont très restreintes par rapport à l'ensemble de la contrée et il y a à peine une commune sur 20 qui se prête à cette exploitation.

Telles sont les justes proportions auxquelles nous devons réduire l'importance de la transhumance. Il n'y a donc nullement lieu, comme trop d'écrivains le laissent entendre, de faire de l'abolition de cette coutume une question capitale, dans le problème de la restauration des Alpes. Elle n'y joue, au contraire, qu'un rôle des plus secondaires.

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Il serait très intéressant^ cependant^ de se rendre compte^ par une enquête précise chez toutes les communes qui expédient des moutons transhumants et chez celles qui en reçoivent^ des travaux d'irrigation, de colmatages^ etc...^ qui augmenteraient assez les herbages pour permettre aux premières localités de retenir les moutons plus longtemps au printemps, de les reprendre plus tôt en automne, ou de les conserver sans cesse ; aux secondes, de nourrir à Tétable pendant sept à neuf mois, un nombre de bêtes correspondant à peu près à rétendue des pâturages qu'elles louent aux bergers de Provence ; le Gouvernement examinerait ensuite s'il y a lieu, par application de la loi de 1882, d'aider par des subventions à la réalisation des travaux signalés.

Remarquons enfin que les montagnes à moutons de Provence sont encore les moins inquiétantes de toutes, par la raison que rien n'empêche de les réglementer d'une façon parfaite, puisque les communes, sans gêner en rien leurs habitants, peuvent imposer dans les baux toutes les restrictions et charges qu'exigent Tétat des lieux et leur bon aménagement; elles s'exposeront seulement à subir dans le prix de location une légère réduction, mais qui ne sera que temporaire, car une surélévation se produira forcément, aussitôt que les nouvelles mesures auront fait sentir leur influence amélioratrice.

Cherchons maintenant quelle doit être, définitivement, la.

MÉTHODE d'exploitation OVICOLE LA PLUS AVANTAGEUSE

dans les Alpes et, partant, la plus conservatrice, car de gros bénéfices ne peuvent être réalisés qu'avec une nourriture abondante, et tout régime alimentaire substantiel entraîne obligatoirement avec lui une réglementation pastorale sérieuse.

La production de la laine comme objectif ne saurait con-

dnire à ce résultat ; le développement, la finesse et T abondance du brin dépendent bien, il est vrai, de la santé de TaDimal et de sa nourriture; mais, 1 kilogr. de laine réclame trois fois plus de fourrages que 1 kilogr. de viande, c'est-àdire que la laine coûte trois fois plus cher en substances végétales que la viande ^ ; il en résulte que la relation entre la quantité de laine obtenue et la nourriture absorbée ne saute pas facilement aux yeux des montagnards, et que ceux-ci s'imaginent volontiers que, bien ou mal nourris, leurs moutons donneront, à peu de chose près, le même poids de marchandise de cette sorte.

L'engraissement favoriserait beaucoup plus l'application de bons règlements; mais nous avons signalé les événements économiques nouveaux qui le rendent moins fructueux qu'autrefois; cherchons mieux.

La production du laitage traduit sans cesse, en quelque sorte tous les jours, le bien-être ou le malaise du bétail, pour les brebis comme pour les vaches; c'est elle, par conséquent, qui incitera le plus les cultivateurs à diriger intelligemment l'exercice du pâturage. Une démonstration éclatante en est fournie par les environs de Roquefort, où l'adoption de cette industrie a, depuis un siècle, engendré de si remarquables résultats. Il 7 a cent ans, on ne comptait dans le Larzac que 50,000 brebis, produisant au plus 8 kilogr. de fromage par tête. Aujourd'hui, elles sont 250,000; elles rapportent 14 kilogr. de fromage chacune, et, en masse, 13 millions, dont 10 millions par le lait et 3 millions par la laine, la vente des brebis réformées et celle des agneaux. Comme conséquence, les céréales ont cédé leur plaoe à des prairies artificielles et naturelles dans les vallons, et les prés médiocres à de beaux pâturages sur les plateaux et les collines.

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