Voir Journal de V agriculture du 20 janvier
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La même industrie réussirait parfaitement dans les Alpes. On peut le prédire avec d'autant plus de certitude qu elle y a prospéré pendant plus de 40 ans sur un points grâce à l'initiative de deux habitants du Queyras, MM. Bertrand et Gorlier. Un incendie .détruisit malheureusement^ en 1884^ les bâtiments qu'ils avaient élevés, en 1840, à Aiguilles. Les fondateurs songeaient à se retirer; ils en transformèrent la destination : aujourd'hui, un élégant castel dominant tout« la vallée s'élève sur le rocher dans les cavités duquel l'affinage des fromages avait lieu.
De leur côté, les cinq communes voisines qui approvisionnaient les caves d'Aiguilles peuvent s'accommoder facilement de cette situation, étant toutes maintenant pourvues de fruitières, dans lesquelles elles versent leur lait de brebis comme celui de leurs vaches. Comme à Roquefort, une fraîcheur constante était entretenue dans ces caves par le suintement de plusieurs sources, et des courants d'air y étaient déterminés par de longs couloirs et des soupiraux naturels; les tomes étaient préparées dans les maisons particulières et quelques fruitières, puis ramassées deux fois par semaine. On cherchait autant que possible à ne recevoir que du lait de brebis, et il était de règle primitivement de n'accepter que du lait des propriétaires nourrissant une vache au plus pour 10 brebis. Mais, au fur et à mesure que la race bovine prit plus d'importance dans le Queyras, le règlement dut fléchir; on admit le lait de vache dans une plus forte proportion. Les fabricants payaient les tomes de brebis à raison de 100 à 120 fr. par 100 kilogr., et 95 à 100 fr. les produits de lait mélangé. La fabrication durait du 1*' mai au 30 octobre et était opérée par trois femmes, dont une venue de Roquefort à la fondation . On produisait par an 200 quintaux métriques, qui rapportaient, à 220 fr. l'un, 44,000 fr. Les roqueforts authentiques se vendent 280 fr. Si l'on réfléchit aux avantages que retire la
fabrication aveyroimaise de son antique renommée et d'une très ancienne pratique^ éléments de succès qui manquaient à la fabrication d'Aiguilles, on sera certainement d'avis que ces différences de prix sont relativement faibles et permettaient d'espérer voir un jour le roquefort] des Alpes rivaliser avec son congénère du Larzac.
Les chiffres suivants établissent le rendement par brebis (les exploitations de Roquefort et du Queyras, à la sortie des
caves.
A Roquefort.
14 kilogr. à 2f,80 de fromages 39^20
3 kilogr. de laine à l'30 le kilogr 3 90
Un agneau 3 50
Total 46^60
Dana le Q^eyra8.
7 kilogr. à 2'20 15^40
3 kilogr. de laine à l'30 3 90
Un agneau 3 50
Total 22^80
Mais, à Roquefort, l'exploitation en société fait entrer presque tout l'argent entre les mains des producteurs, tandis que, dans le Queyras, le kilogramme de fromage n'était acheté aux propriétaires de brebis que 1 fr. 20 c. par les fabricants. Cela réduisait à 15 fr. 80 c. la somme perçue par le propriétaire. Ce revenu était néanmoins très avantageux, car il payait les 450 kilogr. de fourrages consommés dans l'année par la brebis, à raison de 3 fr. 51 c. le quintal métrique, chiffre plus élevé que toutes les moyennes antérieurement trouvées concernant les moutons.
Si des brebis laitières étaient envoyées dans les parcours les plus ardus, au lieu de moutons de Provence, elles rapport^raientdonc, sans comparaison, plus qu'eux. Mais il faudrait
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pouvoir conserver ces brebis en hiver au pied des montagnes qu'elles pâturent. C'est donc encore de la création de nouvelles prairies naturelles ou artificielles et d'irrigations^ que dépendra la réalisation de ce progrès.
g IV. — Les clièvres.
La chèvre est très productive. Par rapport au fourrage consommé^ elle produit en lait un tiers de plus que la vache. La race des Alpes donne 1 kilogr. par jour pendant 10 mois.
Malheureusement^ abandonnées à elles-mêmes, les chèvres sont très destructives. C'est pourquoi, en certains endroits, on les ramène du pâturage muselées, pour empêcher leurs dégâts, chemin faisant.
Au point de vue des dommages, le mouton a de nombreux défenseurs, mais la chèvre n'a pas d'avocat.
Une ordonnance de Philippe le Long la proscrivait déjà des taillis. Un arrêt du Parlement de Grenoble de 1735 interdit sous des peines sévères d'en conserver aucune sans permission expresse de l'autorité supérieure. Tous les préfets des Alpes leur firent, sous le premier Empire, une guerre acharnée. Enfin, le régime forestier actuel, par l'interdiction absolue si justifiée qu'il prononce, a, depuis son assiette définitive, contribué sur la plupart des points à la restriction des chèvres dans les limites les plus étroites.
Aujourd'hui, la plupart des communes leur sont hostiles : les unes n'en admettent dans le communal qu'une ou deux par ménage. D'autres n'en tolèrent qu'en faveur des pauvres et des gens qui restent dans les villages, alors que les vaches sont inalpées. D'autres les combattent en frappant leur pâturage de taxes très fortes, de 5 fr. et même de 10 fr. par tête. D' autres; enfin, les ont fait totalement disparaître, en les proscrivant complètement des biens communaux. En défini-
tive, les chèvres sont maintenant dix fois moins nombreuses que les moutons indigènes.
Où il reste des chèvres, on leur affecte comme pâturages : !• les berges des torrents ; 2** les bois non soumis au régime forestier; 3" les rochers.
Dans les berges torrentielles, le pâturage des chèvres est désastreux; elles dégarnissent insensiblement le sol de toute régét&tion; elles augmentent les dangers d'éboulements et d'érosions, tandis que leur expulsion suffirait quelquefois, à elle seule, pour garantir la stabilité des terrains ; on doit les en chasser aussitôt que les circonstances le permettent.
Dans les forêts, en se dressant contre les arbres, elles dévorentfeuilles et jeunes pousses jusqu'à une hauteur de 2 mètres. A Ventrée de la Maurienne, vers Aiguebelle, depuis la fermeture des forges de Randens et la dépréciation des taillis qui en résulte, il y a des bois particuliers qui en sont remplis toute l'année^ excepté en été, saison pendant laquelle les chèvres sont envoyées en haute montagne. Aucun point ne fait mieux ressortir les désastreux effets de ce pâturage.
Dans les rochers seulement, les chèvres sont inoffensives et bien à leur place. Adjointes aux troupeaux de vaches des plus beaux alpages pour utiliser leurs dépendances de ce genre et les précipices, elles subviennent à la nourriture du personnel de l'exploitation pastorale et donnent de bons fromages; leur lait, dégagé des odeurs caractéristiques qu'on reproche à celui qu'imprègne l'air des étables ou qui provient de feuillerin, est excellent.
Tout fromage de chèvre doit être consommé frais, comme leMont-d'Or, qui est le type le plus estimé du genre, car en vieillissant le lait de chèvre communique aux fromages un goût de suif fort déplaisant. Cependant, il s'harmonise bien eu petites quantités avec les laits de brebis et de vaches dans la confection des fromages bleus. Mais dans la fabrication
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de gruyère, on l'exclut complètement. Les fruitières à gruyères contribuent ainsi à faire diminuer rapidement le nombre des chèvres partout où elles s'établissent.
Le produit annuel d'une bonne chèvre est évaluable ainsi :
Le propriétaire de la chèvre retire, entre le commencement de Tautomne et la fin du
printemps, 200 litres de lait valant . . 20 fr.
Il vend 2 chevreaux à 15 jours, 3 fr. l'un . 6
Il loue la chèvre pour l'été 6
Total "32 fr. 32 fr.
Quant au montagnard, il retire de 100 litres de lait obtenus durant l'inalpage 10 à 15 kilogr. de fromage à l',20, en moyenne 15 fr.
Déduisant sa location 6
son bénéfice est de 9 fr. 9
Une seule chèvre peut donc produire par
an jusqu'à 41 fr.
En terminant ce paragraphe, faisons remarquer cependant que, même avec les chèvres, s'il n'y a point abus, c'est-à-dire si l'on ne dépasse pas ce que Ton est convenu d'appeler /a /?o^sibitité, on ne compromet aucune espèce de végétation : il y a partout des plateaux boisés, vierges de toute exploitation, supportés par des rochers à pic sur lesquels on introduit jusqu'à 5 ou 6 chèvres par hectare pour l'été, en les y hissant par ces couloirs étroits et presque verticaux, appelés cheminées dans les Alpes, et dont on bouche l'ouverture une fois le bétail introduit ; les chèvres en redescendent toujours grasses en automne, et la végétation de ces pâturages boisés reste sans cesse luxuriante.
§ V. — Espèce clievaliiie.
Je ne m'étendrai pas sur le pâturage des bêtes chevalines ; il n'est pratiqué que dans un petit nombre de montagnes des Basses- Alpes, de la Drôme et des deux Savoie, où Ton conserve des juments poulinières en vue de Télevage du mulet. Ce pâturage doit toujours être dirigé avec de grandes précautions. Le cheval pince l'herbe très profondément et très énergiquement, au point d'arracher et de déraciner les meilleures espèces. Il laisse croître, au contraire, les plus mauvaises telles que les joncs, les laiches et les renoncules, toutes planta auxquelles il ne touche pas et qui s'enracinent fortement dans le sol.
g VI. — Espèce bovine.
Le nombre des bêtes bovines existantes dans notre zone pastorale s'élève à 200,000, dont 120,000 vaches laitières, 20,000 bœufs, 4,000 taureaux, et 5,600 génisses ou veaux.
La race est bien appropriée au milieu orographique qu'elle habite. Petites et agiles, les vaches des Alpes savent gravir des pentes très escarpées et rechercher très activement leur nourriture sur des sols relativement fort maigres. Mais, comme on leur demande à la fois, travail, viande et lait, elles ne fournissent, à l'exception des variétés signalées plus loin, chacun de ces produits qu'en quantité médiocre.
Parles chiffres ci-dessus, on voit que le lait est le plus important produit de l'espèce. Nous allons nous en occuper en premier lieu.
Guenon a classé les vaches en six ordres, dont les sujets moyens produisent 3,000, 2,430, 1,680, 990, 540 et 165 litres par an.
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La grande majorité des vaches appartient au 4* ordre de Guenon, c'est-à-dire qu'elles fournissent, en chiffres ronds, 1 ,000 litres, en partant d'un maximum de 8 litres immédiatement après le vêlage. Cela fait une moyenne journalière de 5 litres pendant les neuf mois de lactation, ou de 2.75 par jour de Tannée.
Ce ne sont pas d'insurmontables obstacles - naturels qui maintiennent la race dans cet état d'infériorité si marquée. On peut observer en effet que la valeur lactifique des sujets est proportionnelle aux débouchés existants et qu'elle augmente rapidement avec ceux que les circonstances créent. Il y a de bonnes vaches dans les rayons d'approvisionnement de toutes les villes, le litre de lait s'y vendant à demi écrémé 0 fr. 20 c. à 0 fr. 25 c, partout où les fourrages artificiels se sont développés et partout où l'on ne fatigue le bétail, ni par le travail, ni par de longues courses pour se rendre au pâturage.
Après les deux variétés très remarquables qui se sont formées en Tarentaise et au Villars de Lans, et que l'administration de l'agriculture veut bien classer sous le nom de races dans les concours, viennent les vaches d'Abondance*, des Beauges, de la Maurienne et du Bas-Champsaur, qui produisent 1,200 à 1,500 litres, ensuite celles du Briançonnais et du Queyras, qui correspondent à notre moyenne, enfin celles du Dévoluy, de l'Embrunais, des vallées latérales de la Durance, des Basses-Alpes, de l'arrondissement de Die et des Alpes-Maritimes, qui ne produisent pas plus de 600 litres par an. Toutefois, même dans les communes de cette dernière
1. On s'occupe avec persévérance de Tamélioration de la race d'Abondance qui dérive de la race tachetée suisse, et le comice agricole de Thonon espère parvenir prochainement à la faire admettre aussi en catégorie spéciale dans les concours.
catégorie, on trouve chez quelques propriétaires des sujets exceptionnels, produisant jusqu'à 3,000 litres, qui démontrent tangiblement à la masse des montagnards* le but qu'ils doivent poursuivre, et qu'il leur est permis à tous d'atteindre.
L'infériorité lactifique dans la plupart des vallées situées au sud du Pelvoux provient : 1* du mauvais choix des reproducteurs ; 2* de l'aménagement défectueux des étables ; 3"" de l'insuffisance des soins et de la nourriture.
Une indifférence surprenante règne presque partout à l'égard des reproducteurs ; on se contente d'un ou deux taureaux par commune ; ils sont employés trop jeunes et toujours surmenés. S'il y a deux taureaux concurrents, on soumet les vaches à celui dont la saillie coûte le moins. Certaines communes donnent une subvention de 50 fr. au propriétaire qui tient le taureau le moins médiocre ; cet encouragement est insuffisant. D'autres allouent leur subvention à l'habitant qui offre la saillie au meilleur marché ; si elles arrivent à ne la payer que de 0 fr. 40 c. à 1 fr., elles sont satisfaites. Les municipalités des grandes communes pastorales de la Savoie et quelques-unes de l'Isère, seules, se distinguent dans cette question d'intérêt communal si évident. Elles achètent ou louent pour l'été, coûte que coûte, des taureaux de premier choix, qu'on répartit dans les montagnes entre les troupeaux de génisses et de vaches ; la dépense est partagée entre tous les intéressés et perçue en même temps que les taxes pastorales et les frais de garde.
Les étables ne sont que trop souvent malsaines, sans écoulements ni aération, et pavées en pierres au lieu de l'être en bois, ainsi qu'il le faudrait quand la litière n'abonde pas. Ces défauts sont parfois prononcés, au point de provoquer des rhumatismes qui forcent à se débarrasser du bétail. On ne croit pas devoir, sauf exceptions rares, panser les vaches,
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de sorte qu'elles restent indéfiniment couvertes de croûtes épaisses^ évidemment très nuisibles aux fonctions cutanées. Dans nombre de vallées^ on les condamne à travailler tout le jour^ tandis que 3 ou 4 heures sont des limites qu'il est essentiel de ne pas dépasser.
Le regain est le fourrage le plus nutritif, en raison des feuilles de graminées, qui y dominent au lieu des tiges^ comme dans les produits de la première coupe, et des légumineuses, toujours plus tardives que les graminées, qui s'y trouvent aussi plus nombreuses : on le distribue bien aux vaches en hiver, le foin de la première coupe étant conservé pour les moutons, mais on mélange à ce regain une quantité de paille beaucoup trop grande. Ainsi administrée, la paille dont la valeur alibile est très faible, sort de son véritable rôle, qui est celui d'adjuvant destiné simplement à augmenter le coefficient de digestibilité de l'aliment auquel elle est associée.
Tout paysan alpin a une tendance prononcée à entretenir un nombre d'animaux qui dépasse- de beaucoup ses moyens. Il tient à honneur de nourrir autant de têtes que a: ses pères » ; de cette habitude résultent plus de chances de pertes, plus de main-d'œuvre, et moins de produit. Pour la déraciner, il importe de faire comprendre ceci : Que la ration des herbivores se divise en deux parties ; Tune dite d'entrelien, égale au soixantième du poids de la bête vivante, qui sert simplement au maintien de la vie de l'animal ; l'autre dite de produit, qui se transforme en viande, laine, lait, etc. ; que plus on nourrit les animaux, plus le rapport entre la ration de produit et celle d'entretien, qui est fixe, augmente, plus il y a, par conséquent, de fourrage bien payé. Corollairement, les bénéfices sont d'autant plus grands que les fourrages sont répartis entre un nombre de vaches plus petit. On tient rarement compte de ces principes. En hiver, les vaches
uvRE I". — LES Faits. 103
ne reçoivent que le nécessaire pour se tenir debout; affamées, elles se jettent au printemps avec voracité sur Therbe fraîche. Ce brusque changement de régime occasionne des maladies qu une meilleure répartition des ressources alimentaires éviterait. On suppose que si les vaches ne sont pas en état de lactation, la seule préoccupation doit être d'entretenir la vie en elles. Les vachers suisses disent, au contraire, que le ce lait se fait en hiver d, sachant que le retour du vert et de Tabondance ne produit beaucoup de lait qu'à une condition, c'est que les vaches soient constamment entretenues à un bon régime : c'est une question de gymnastique fonctionnelle.
£n résumé, il est bien démontré qu'en mettant fin simplement à la routine, on déterminerait presque sans frais, sur le revenu des vaches, une augmentation notable, bien capable à elle seule d'encourager à les multiplier.
En même temps que l'amélioration du régime, le perfectionnement de la race s'impose.
Afin d'engager les cantons les plus propres au développement de l'espèce bovine, à déléguer en Savoie des acheteurs avec Taide de leurs comices et des sociétés d'agriculture locales, comme le font déjà deux sociétés organisées spécialement dans ce but, dans les cantons de la Mure et de Saint-Bonnet en Champsaur, nous allons résumer les renseignements les plus utiles à connaître sur la race si recommandable que la Tarentaise possède.
La RàCE TARiNE n'est, pour les zootechniciens, qu'une simple variété de cette grande race brune des Alpes, qu'on rencontre de la forêt de Bohême au Piémont et du Tyrol au Jura. Les vaches d'Unterwalden et d'Oberhasli forment d'autres groupes presque semblables. Celles de Schwitz constituent une quatrième variété, mais beaucoup plus forte
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par suite des fourrages abondants et de la culture plus avancée du pays dans lequel elle est fixée.
En réalité^ une même race occupe toutes les Alpes françaises; seulement^ dans la plupart des vallées, la négligence des cultivateurs lui a fait perdre ses qualités natives et ses caractères particuliers. Le type ne s'est conservé pur qu'au fond de la vallée de Tlsère, grâce aux soins particuliers des industrieux montagnards de ce coin des Alpes. Le canton de Bourg-Saint-Maurice est donc regardé aujourd'hui comme le berceau d'une race nouvelle, dont l'exportation Ta considérablement enrichi depuis trente ans. Les principaux caractères de cette race sont les suivants : crâne large et court, front bombé, chanfrein droit, maxillaire inférieur fort, taille moyenne, yeux saillants et doux, queue haute, mamelles carrées et bien séparées; pelage froment chez la vache, grisblaireau chez le taureau, toujours légèrement foncé sur l'encolure, les épaules et les parties inférieures du corps ; extrémités des cornes et de la queue, parties génitales, paupières^ nez et sabots, toutes les muqueuses en général, très noirs. Enfin, point capital, sa sobriété remarquable et sa précieuse aptitude à supporter Tinalpage en plein air, les pluies glaciales et les soleils brûlants qui se succèdent si brusquement aux grandes altitudes, la rangent parmi les types les plus accomplis des races de montagne. Toutes les génisses et la plupart des vaches couchent à la belle étoile, dans les plus hautes pelouses, durant tout Tété.
Le vêlage a lieu de décembre à février ; immédiatement après, les vaches donnent 12 litres de lait par jour en moyenne, quelques-unes 16, l'exception 18 : ce n'est pas énorme; mais elles conservent le lait longtemps et produisent encore 8 litres en été, dans les montagnes. Les bons sujets arrivent ainsi à fournir un produit total annuel de 2,000 litres. En plaine, et chez les nourrisseurs qui approvi-
sionnent de lait les grandes villes du Midi^ il y a des tarines encore mieux soignées qui produisent jusqu'à 2,900 litres par an. Le poids moyen des vaches, dans le pays d'origine, est de 350 kilogr. Les bœufs s'engraissent bien ; à 5 ans ils pèsent 400 kilogr. et rendent en viande 53 p. 100 du poids vif.
C'est à Montbrison, au concours de 1857, que furent remarquées les premières tarines. Dix ans plus tard, elles obtinrent de figurer officiellement comme race spéciale. Encouragés par cette faveur, qui leur permettait d'obtenir plus facilement des récompenses, les éleveurs se sont appliqués à faire disparaître les légers défauts que les concours mettaient successivement en relief, et la race se répandit, en se perfectionnant insensiblement, du Petit- Saint -Bernard au Var et à l'Hérault, dans tout notre sud-est.
Les foires où l'on peut le plus facilement se procurer de bons sujets sont celles des 10 et 27 septembre à Bourg-Saint- Maurice. Depuis 1860, le prix des plus belles vaches a varié de 400 à 600 fr. ; ceux des taureaux de 15 mois, de 300 à 350 fr. Les élèves issus de parents distingués se vendent de 60 à 100 fr. à 20 jours ; les petits bœufs, de 300 à 500 fr. la paire à dix mois, de 500 à 700 fr. à dix-huit. L'ouvrage de Guenon, très répandu en Tarentaise, a certainement contribué à l'amélioration de la race par voie de sélections. Des soins assidus ont fait le reste : on étrille les vaches tous les jours; en hiver, on les rationne, mais largement; on leur consacre 2,000 kilogr. de foin par tête du 15 novembre au 15 mai, plus un peu de paille. Quelques maisons ajoutent du son, des carottes, des betteraves, de l'avoine et des boissons farineuses, mais sans que ces suppléments dépassent une valeur de 30 fr. par an.
On sèvre les veaux à 4 mois, et on les envoie dès les premiers jours de Tété en montagne.
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Toutes les vallées alpestres devraient suivre l'exemple de la Tarentaise^ en s'aidant de reproducteurs achetés à Bourg- Saint-Maurice.
Un Herd-Book savoyard a été fondé en 1889 sous les auspices du Conseil général^ et aujourd'hui la publication d'un livre généalogique contenant les noms et numéros matricules de tous les sujets de race pure, avec les noms et domiciles de leurs propriétaires, permet aux étrangers de trouver à se pourvoir désormais en toute confiance.
Quel est le rendement du lait en argent dans les localités QUI n'ont point encore de fruitières ? Dans une brochure répandue en 1863 afin d'engager les habitants du Champsaur à fabriquer des fromages en société, Antoine Gaduel de Gap publiait les chiffres suivants, dont partout j'ai constaté l'exactitude.
Un propriétaire moyen nourrit deux vaches qui laissent à sa disposition, prélèvement fait des besoins de sa famille, 4 litres par jour, soit, par semaine, 56 litres dont il retire :
3"\726 de fromage à Ifr 3^73 j
1«»,866 de beurre à 1^,70 3 17 7^65
En petit-lait et séret 0 75
Sa femme emploie la moitié de son temps à la manipulation de ce lait, c*est-à-dire 6 demijournées représentant à 0^50 Tune .... 3 * | j^ oc Plus une journée entière, pouvant être évaluée à 1 25 | pour le transport et la vente au marché du beurre et du fromage.
De sorte que, sans compter le bois consommé, le rendement net de 56 litres de lait est
seulement de 3 ' 40
Et celui du litre de lait 6 centimes par conséquent.
Ces chiffres sont encore vrais aujourd'hui, pour les deux tiers de la zone que nous étudions.
On élève facilement le prix du fromage à 1 fr. 25 c, en mélangeant du lait de brebis à celui des vaches. Mais^ en revanche^ vers la fin de la lactation^ les quantités de lait disponibles sont si faibles qu'on ne trouve pas qu'elles vaillent la peine d'être travaillées; on les distribue à des porcs après un léger écrémage. Pour le beurre, il est généralement très médiocre, ne pouvant être fabriqué que chaque 8 à 15 jours, avec des crèmes trop acides.
En Maurienne, dans le Champsaur, le Briançonnais, les Basses-Alpes, quand arrive Tété, les femmes chargées de la laiterie sont astreintes tous les soirs à une ascension de une à trois heures, pour aller traire les vaches dans leurs chalets; elles 7 passent la nuit et le matin du lendemain, jusqu'après Tachèvement de la manipulation du lait; les pertes de temps indiquées ci-dessus sont alors de beaucoup dépassées.
Souvent, il est vrai, les forestières — c'est le nom qu'on donne à ces montagnardes, soit parce qu'elles sont sans cesse dehors, foris, soit que leurs chalets occupent des quartiers jadis boisés, — s'inalpent complètement avec leurs enfants. C'est une villégiature à laquelle tiennent beaucoup un grand nombre d'entre elles. Ce système serait excellent, s'il était complété par l'organisation de fromageries coopératives au centre de chaque groupe de chalets ; les laitières, tout en versant leur fridt dans un chalet central, trouveraient encore à remplir complètement leurs loisirs en soignant mieux le bétail et en s'adonnant à de petits travaux comme le tricotage, la fabrication de dentelles, la ganterie, etc., qui ne manqueraient pas d'augmenter sensiblement le budget de la famille.
La plupart des produits fabriqués ainsi sont de qualité très inférieure, faute de savoir-faire et de soins. Font exception, cependant, les vacherins de la vallée d'Abondance en Chablais, les fromages persillés des Tigaes en Tarentaise, du
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Mont-Cenis, d'Orcières et de Champoléon en Cliampsaur, de Fontgillarde* en Queyras et quelques autres espèces.
Le lait consacré à Talimentation des veaux rapporte davantage pendant les premiers temps de la vie du jeune animal. D'après les expériences de Crusius, on obtient :
1 kilogr. de viande avec 3*^^^ de lait pendant la première semaine ;
— 6 — — les 5 premières semaines;
— 10 — — la sixième semaine ;
— 15*", 950 — depais la sixième jusqu'à 2 ans.
En comparant ces résultats avec le prix de la viande, qui est de 80 à 90 fr. le quintal dans le pays, on voit que
1 kilogr. de lait se trouve payé en moyenne avec des veaux : Conservés 35 jours . 0',13 à 0^15
— 42 jours 0',12à0f,13
— entre 6 semaines et 2 ans . . . moins de 0^06
Par rapport à celle du foin prise pour type et fixée à 100, l'équivalence alimentaire du lait est 118, de sorte que si le foin vaut 6 fr. le quintal, le même poids de lait, employé à la nourriture de veaux déjà âgés, ne doit pas être évalué à plus de 5 fr. 85 c. Ainsi se trouve théoriquement confirmé ce que nous disions du rendement du lait converti en fromage, qu'il ne dépasse pas 6 centimes en beaucoup d'endroits. En efiet, si cela n'était pas, on ne prodiguerait pas le laitage comme on le fait, pendant 3 mois, à des veaux qui cessent de le payer, même à ce prix si bas, à partir du quarante-deuxième jour.
En Savoie, dans les communes où prime la fromagerie, on se rend bien compte que l'on a tout intérêt à se débarrasser