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à terres plus fortes, qui les conservent jusqu'à sept ou huit ans; à cet âge, on les renvoie définitivement en montagne, afin de les engraisser pour la boucherie.

Cet inalpage final dure 4 mois, et se fait d'une façon toute primitive : très petit nombre de bergers, point de parcs, point d'étables. Mais les bœufs restant au pâturage nuit et jour, toutes leurs déjections profitent au sol : aussi, les gazons des montagnes qu'on leur livre sont-ils toujours bien complets. Sur un bœuf de 350 kilogr., on gagne 25 fr. dans les 4 mois; ce bœuf ayant consommé par jour l'équivalent de 3.3 p. 100 de son poids en foin sec, le fourrage se trouve payé par lui tout au plus 1 fr. 80 c. le quintal métrique.

L'engraissement du bœuf n'est donc pas très lucratif. Cela tient à ce que sa viande ne se vend jamais plus de 80 fr. le quintal de poids vif chez le cultivateur, tandis que d'après tous les agronomes, pour procurer une rémunération satisfaisante, il faut qu'elle atteigne 1 fr. au moins. On ne peut guère compter sur un relèvement, car, premièrement, les pays riches et industriels du Nord, où les salaires sont élevés, et dont le climat dispose à une nourriture plus animale que celui du Midi, paient seuls la viande à ce prix ; secondement, plusieurs départements limitrophes, surtout Vaucluse où l'eau et le soleil favorisent extraordinairement la végétation herbagère, créent maintenant une concurrence sérieuse aux Alpes sur le marché delà viande, depuis que, pour remplacer la garance supplantée par l'alizarine artificielle, ils ont créé des luzernières qui produisent jusqu'à 10,000 et 15,000 kilogr. de foin par hectare. Une bonne partie de ces foins s'exporte encore. Mais, afin de maintenir ces hauts rendements, on reconnaît déjà la nécessité de joindre à la fécondité de l'eau, celle de l'engrais, partant, de conserver les fourrages; aussi, à mesure que des capitaux se constituent, voit-on se construire des étables, acheter des reproducteurs, augmenter

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considérablement le nombre des bœufs engraissés en stabulation permanente. Sous Tinâuence des irrigations^ même révolution à citer pour les Bouches- du-Rhône, où certains villages^ qui ne possédaient pas une seule paire de bœufs, il 7 a 30 ans, en engraissent aujourd'hui plus de 100 paires chaque hiver.

Voilà donc de riches et vastes plaines assises au pied des Alpes, qui formaient naguère le plus important débouché de leurs moutons et de leurs bœufs, en train de modifier complètement leur avenir agricole, et qui non seulement se suffiront bientôt à elles-mêmes, mais exporteront de la viande à leur tour.

Enfin, r Algérie importe sur les marchés méditerranéens des bœufs comme des moutons. Ijg chiffre s'en est élevé de 3,000 à 35,000 de 1865 à 1890.

On vient de le voir, la laiterie telle qu'elle se pratique déjà aujourd'hui dans les Alpes en général, paie le lait plus cher que Tengraissement ; et elle n'a pas les mêmes chances de concurrence à redouter, nous le démontrerons plus loin. Mais nous pouvons encore tirer un argument puissant en faveur de son extension, de Tessence même des fourrages alpins.

Certains aliments développent plus particulièrement le tissu adipeux, d'autres excitent la sécrétion mammaire. L'option entre l'engraissement et la laiterie doit donc dépendre, jusqu'à un certain point, de la nature des ressources alimentaires dont on dispose.

Le bœuf à l'engrais réclame de très riches pâturages dans lesquels il puisse se nourrira satiété, presque sans bouger. Le trèfle et la luzerne produisent plus de chair que les prés naturels; mais ces plantes elles-mêmes, employées seules sans farineux ni tourteaux, sont insuffisantes pour lui. Avec du foin exclusivement, un bœuf de 350 kilogr. augmente à peine de

1 kîlogr. de viande par 20 kilogr. de foin ; et pour éviter des eugraissements onéreux^ il faut toujours s'aider de tubercules^ farines, tourteaux, résidus de distillerie, etc.

Aux vaches laitières, au contraire, il faut plutôt des fourrages verts et des aliments peu concentrés, dont Teau a pour mission de dissoudre les principes alibiles, qui passent dans le lait. Les pâturages permanents en été, de bonnes graminées en hiver fournissent, dit Vœlker, le lait le plus fin, tandis que les betteraves donnent un lait aqueux et peu agréable, et que les tourteaux du commerce ne sont inoffensifs et ne produisent un lait riche, qu'à la condition d'être employés très frais et purs. Arthur Yung avait déjà fait remarquer que les plus fortes laitières sont les vaches qui vivent de bonnes prairies naturelles, formées d'espèces parfumées et condimentaires, excitantes par leur infinie variété.

L'expérience a conduit les principaux pays pastoraux à adopter les méthodes que la science conseille ; en Hollande, dans les districts à distilleries, on ne trouve que des bœufs et des veaux ; ils sont chargés d'utiliser les résidus de ces usines; dans ceux, au contraire, où l'alimentation du bétail commandée par la nature des lieux se résume en deux mots, pâturage et foin, on ne voit plus que des vaches laitières, et il en est de même en Normandie, dans le Jura, en Suisse, en Savoie.

Puisque, dans nos hautes vallées alpestres, les plantes industrielles qui permettent d'engraisser le bétail à bon marché manquent absolument, ou ne sauraient y trouver assez de fumier pour bien réussir, qu'au contraire les prairies et les pâturages qui conviennent particulièrement aux vaches et assurent la supériorité du lait abondent naturellement déjà et peuvent être encore agrandis, nous pouvons affirmer que la production du lait doit être préférée à celle de la viande au point de vue des espèces de fourrages disponibles.

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g VII. — Vente des fourragres en nature.

En examinant les divers modes d'utilisation des fourrages, nous ne nous sommes pas arrêté à la question de leur vente en nature, quoiqu'un certain nombre de localités alpestres voisines des chemins de fer, comme Modane, le Monestier de Clermont, Gap, etc., exportent actuellement des foins en assez grande quantité.

Deux mots suffisent pour démontrer que ce commerce ne doit pas s'étendre.

Les fourrages et les pailles sont les éléments essentiels de la production des engrais ; ils font partie intégrante du capital d'exploitation, on ne saurait les on supprimer sans ruiner la terre elle-même; cette opération n'est par conséquent admissible que dans les localités dont la situation permet de reconstituer le capital de fertilité à bon marché, c'est-à-dire en fournissant en compensation des matières fertilisantes à très bas prix. Ce n'est pas le cas de la majorité de nos communes.

g VTTT. — Oonclusions à tirer des sept parag:raph.es

précédents.

Les considérations précédentes, moins favorables à la production de la laine, de la viande, etc., qu'à l'industrie laitière, conduisent à rechercher quelle forme on doit adapter à celle-ci, pour l'élever au plus haut degré de prospérité. Ce sera l'objet du chapitre suivant.

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