LES CANAUX D IRRIGATION
g !•'. — Nécessité des irrigations daus les Alpes.
L'absorption par les plantes des éléments minéraux du sol et des engrais exige Tintervention simultanée de la chaleur et de Teau. Dans nos Alpes^ les rayons solaires qu'échangent face à face les flancs des montagnes^ le soutirage qu'exercent continuellement les berges vives des torrents^ l'évaporation énorme déterminée par des périodes très prolongées de soleil sans nuages^ au sud du 45' parallèle^ sont des causes toutes spéciales et très puissantes d'assèchement.
L'irrigation artificielle^ seule^ permet de remédier à ces inconvénients. L'irrigation rétablit la fraîcheur interne indispensable. Elle diminue la compacité de la terre; elle en facilite le façonnage^ et permet aux racines de se développer plus largement. Elle empêche le sol de se crevasser et de se durcir sous l'action des vents; elle le rend plus accessible à l'air et aux gaz atmosphériques ; elle lui apporte de nouveaux éléments en suspension ou en dissolution^ qu'elle abandonne aux basses températures ; elle supplée ainsi^ jusqu'à un certain points aux fumures^ et favorise ,1a distribution uniforme des engrais.
L'irrigation dans les Alpes triple ou quadruple la valeur du sol^ c'est une chose admise.
Enfin^ les irrigations contribuent à la régularisation du régime des rivières^ en répandant sur de vastes surfaces^ des nappes qui ne s'infiltrent dans le sol que lentement^ et ne retournent qu*à la longue dans le lit des cours d'eau. On ne doit renoncer aux canaux qu'à travers les terrains instables^ ou aucune précaution ne saurait empêcher Teau de provoquer des ravinements et éboulements^ et à travers les terrains très argileux^ qui se saturent très vite à la surface^ et ne laissent pas les eaux s'infiltrer jusque dans leurs couches profondes. Surell dit que tous nos torrents devraient être saignés jusqu'à sec.
La pratique des irrigations dans les Alpes remonte aux temps les plus reculés^ mais le besoin s'en est de plus en plus tait sentir^ au fur et à mesure que le déboisement faisait disparaître la fraîcheur des montagnes et des vallées.
jt n. — Relation entre la base minéralog^ique des terrains et la qualité des eaux qu'ils fournissent. — Ii*eaii et la flore.
Les eaux des granités^ gneiss et schistes cristallins en général; sont très claires et de température généralement uniforme^ riches en potasse^ soude et magnésie^ mais pauvres en chaux. Pures^ elles ne favorisent que les graminées; mais adjointes à des composts de chaux^ des fumiers et du terreau on conduites sur des terrains calcaires^ elles produisent des effets remarquables^ développent les légumineuses^ et rendent plus nutritives toutes les plantes spontanées.
Les eaux des terrains calcaires fournissent aux plantes des prairies l'élément principal qu'elles réclament, et font prédominer avec une supériorité très sensible, les légumineuses sur les graminées. Celles du Lias, alimentées par des couches alter-
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natives de marnes noirâtres et de calcaires argileux^ sont fertilisantes entre toutes.
Les eaux des couches purement argileuses sont froides, crues, et peu fécondantes, à moins qu'elles ne se soient enrichies de principes organiques en traversant des champs cultivés; en outre, elles sont chargées souvent d'oxyde de fer, dont la surabondance est nuisible à la végétation.
Les eaux des formations tourbeuses, toujours trop acides, et celles trop dures et lourdes des terrains gypseux, ont besoin d'être améliorées par des cendres, des purins et des fumiers.
En résumé, la qualité est proportionnelle aux éléments calcaires solubles contenus dans l'eau, et les terrains alpestres décrits au premier chapitre de ce Livre, doivent être classés ainsi par ordre de valeur décroissante, au point de vue de l'effet utile des eaux auquelles ils donnent naissance : schistes argilo-calcaires du Lias, schistes gris lustrés, gypses trîasiques, grès à anthracites et nummulitiques, assises du Jurassique supérieur, du Néocomien et de la Mollasse, Granités, Gneiss et Micaschistes, grès triasiques et ardoises.
Les sources sont nombreuses, mais faibles, dans les terrains cristallins et gneissiques; rares, mais fortes, dans les calcaires, les schistes triasiques et calcaréo-talqueux, et dans le Lias; rares et faibles dans les assises schisteuses, les grès à nummulites et anthracifères ; elles sont presque nulles dans les Calcaires compacts du Briançonnais, le Jurassique supérieur, et rUrgonien.
Nous avons déjà fait ressortir l'influence du sol sur la qualité des herbes; celle de l'eau n'est pas moindre, et peut même compenser les mauvais effets de la médiocrité de la terre.
M. Ronna a publié, sur cette influence, les résultats extrê-
mement intéressants d'expériences faites à Cirencester par Biickmann, et par Nicklès en Alsace. J'en relate quelques-
En prés irrigués : le vulpin des prés fournit trois fois plus de fourrage qu'en terres sèches; — la fléole atteint 0.60 au lieu de 0.22; l'ivraie vivace 0.30 au lieu de 0.15. — La fétuque élevée et Tagrostis traçant acquièrent infiniment plus de finesse et de saveur. — Quelques plantes seulement, comme Tavoine des prés, le fromental, et la fétuque ovine, préfèrent les prés secs. — Mais en général l'irrigation augmente la proportion des meilleures graminées dans le rapport de 2 à 6, triple la valeur des prairies en l'espace de 2 à 4 ans, et remplace les plantes nuisibles ou indifférentes par des plantes utiles dans la proportion de 65 p. 100.
§ m. — Principales règles adoptées par les constructeurs.
La consommation d'eaux d'irrigation varie nécessairement avec chaque climat, chaque sol, chaque culture.
£n raison de la forte incliaison des terrains alpestres, qui ne permet pas à l'eau de s'arrêter et d'être aussi profitable qu'en pays plats, nous admettrons, avec Farnaud, qu'il est à désirer, dans nos montagnes, que l'on puisse répartir entre les trois mois d'été une nappe d'une épaisseur de 0",48, soit de 0.16 ou de 1,600 mètres cubes par mois et par hectare.
Gela posé, comment déterminer la surface irrigable à l'aide d'un cours d'eau donné?
Supposons ce cours d'eau animé d'une vitesse de 2 mètres,