Voir Ronna, Lu Irrigationê, t. II, p
Oo vise à faire passer le canal par les endroits les moins coûteux à traverser^ et à aborder le torrent au point le plus commode pour rétablissement de la prise d'eau.
Les prises d'eau sont déterminées par des barrages en bois ouenma(^nnerie^ suivant l'importance du canal. La hauteur des plateaux et des versants à arroser^ et la profondeur des berges des cours d'eau^ obligent à construire ces barrages souvent très loin de ces plateaux^ et sont deux des principales causes de grande dépense.
On traverse les terrains trop friables en tunneL On franchit les brèches^ si elles sont étroites^ au moyen d'un mur de âoutenement formant barrage. Si elles sont très larges^ on creuse le canal dans le gravier^ en suivant la forme du terrain; le bourrelet de pierres qui en résulte est emporté de temps en temps lors des crues^ mais sur quelques points seulementy et la réparation en est facile. On construit^ au sommet de l'angle formé par le terrain, un pont-aqueduc au-dessus duquel passent librement les eaux qui s'écoulent de la montagne. Dans les localités forestières, les aqueducs des petits canaux se fabriquent économiquement avec des arbtes, essence épicéa ou mélèze, formés de trois madriers solidement assemblés; pour de très faibles quantités d'eaux, on se contente • même d'arbres forés, ou creusés et grossièrement équarris.
Des angles diminueraient la vitesse, et provoqueraient des atterrissements; on les remplace par des courbes inscrites de 80 à 150 mètres de rayon.
On évite les dégradations de la part des fortes pluies, ou de la fonte des neiges, en créant des réservoirs, mais surtout à l'aide de martelières placées aux points de traverse des ravins à sol inaffouillable, afin que les excédents d'eau puissent y être lancés en temps de crue.
Dans les endroits où la rupture du canal est à craindre, on
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a soin de lui donner une pente un peu plus forte^ afin de diminuer la pression de Teau par une vitesse plus grande^ et Ton protège le coursier contre raflTouillement, par un revêtement intérieur en maçonnerie.
On se contente parfois de boucher les interstices des terrains pierreux ou sablonneux^ avec de Targile ou des feuilles de hêtres mélangées d'argile. Si cela est impossible^ on fait passer Teau à travers un boyau de maçonnerie^ dans lequel on ménage des soupiraux^ et qu'on recouvre ensuite des déblais retirés de son propre emplacement.
On crée des réservoirs en terrains imperméables : l"" quand les eaux proviennent de sources trop faibles pour parvenir directement à la prairie en quantité suffisante; 2** lorsqu'elles sont alimentées par des neiges^ à moins qu'elles n'aient à parcourir de longs trajets qui diminuent leur crudité ; 3*" quand il est utile de les dégager de schistes en décomposition^ à travers lesquels elles auraient coulé.
Les deux opérations les plus importantes à la charge des propriétaires sont : 1** le nivellement du sol ; 2* le tracé et le creusement des rigoles.
Le nivellement doit être parfait.
Les rigoles principales reçoivent ordinairement 0'";40 de largeur surO",33 de profondeur; si elles sont établies sur une pente rapide^ elles doivent être formées^ au fond et latéralement^ par un lit de cailloux damés, fortement pressés^ et fixés en terre. Les rigoles secondaires sont tracées au cordeau et reçoivent^ suivant la pente^ des dimensions comprises entre la largeur d'un fer de bêche de 0",25 avec autant de profondeur, et 0",15 à 0",10 de largeur sur 0",05 de profondeur seulement; elles doivent être d'autant moins profondes, plus étroites et plus rapprochées, que la pente est plus forte, et plus exposée aux ravinements.
§ rV. ■— Les systèmes d'irrigation.
On distingue quatre systèmes d'irrigation : les irrigations d'hiver et celles d*été^ les irrigations continues et les irrigations intermittentes.
Dans les Alpes^ il n'est jamais question que d'irrigations d'été et intermittentes.
On n'arrose pas avant le mois de juin^ mais Ton attache la plus grande importance à l'arrosage qui suit la première coupe; la quantité de regain en dépend.
On répartit l'eau aussi régulièrement que possible sur toutes les surfaces, de sorte que la nappe coure^ se renouvelle^ et ne reste stagnante nulle part ; des canaux de décharge, creusés aux endroits les plus bas, doivent permettre d'égoutter le sol promptement.
On appelle cours l'espace de temps nécessaire pour irriguer tout le périmètre arrosable, en suivant l'ordre indiqué par les règlements. Des employés salariés et assermentés, nommés/ra^^r^, sont préposés à la garde et à la distribution des eaux, et chargés de dresser des procès-verbaux, en cas d'infractions aux règlements.
Quelques communes seulement, où les eaux sont si abondantes, qu'aucune économie n'est nécessaire, se passent de règlements et de prayers.
En moyenne, on pratique cinq arrosages pendant Tété, et Ton récolte de deux à quatre coupes de foin.
On arrose quelquefois des champs de céréales, en terres légères et inclinées, mais en procédant avec les plus grandes précautions, et en n'y répandant qu'une nappe extrêmement mince. On procède semblablement à Fégard des prairies artificielles en création, sauf pour le sainfoin, auquel l'arrosage parait nuisible dans sa première année.
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En tout cas^ Tarrosage doit être surveillé très attentivement; et ne s'exercer dans les pentes friables et affbuillables, que sur les surfaces parfaitement engazonnées^ si Ton veut éviter le ravinement.
A cet article peut être rattachée la description d'un procédé d'utilisation des eaux pluviales, préconisé par Chevandier de Valdrome, et employé par lui en forêt. Ce procédé pourrait être avantageusement pratiqué^ sur les pentes douces et stables des périmètres de reboisement^ et les pâturages alpestres. Il consiste dans l'établissement de séries de fossés sans issue et horizontaux^ qui partagent les versants en zones de 12 à 15 mètres de largeur^ et il a pour résultat d'assainir le terrain^ de diminuer la vitesse d'écoulement des pluies^ et de faire profiter chaque zone de toute l'eau en excès provenant de la zone supérieure. Ce genre d'irrigation est extrêmement favorable aux semis et aux jeunes plants. Chevandier a fait exécuter de ces fossés à raison de 0 fr. 07 c. par mètre courant et de 40 fr. par hectare^ et a constaté que la dépense était couverte rapidement par l'accroissement des arbres*.
g V. — Les irrigations dans les Haute s -Alpes.
De toute la zone alpestre, le département des Hautes- Alpes est celui où de petits canaux peu coûteux, comme on en voudrait voir se multiplier partout, ont reçu la plus grande extension. Leur construction est de date très ancienne. Quelques-uns sont attribués aux Sarrasins, la plupart au gouvernement des Dauphins. Nadault de Buffbn
1. Recherches sur Vinfluence de l'eau, — Armales forestières, t. III, pp. 490 et 706.
évaluait en 1843 à 13,250 hectares la superficie arrosée par eux.
Ces canaux appartiennent à des syndicats^ ou à des sociétés civiles constituées par acte régulier^ ou simplement par la oontume.
La jouissance des eaux varie avec les régions. Dans le Gapençais et FËmbrunais^ elle est proportionnelle aux surfaces possédées. Dans le Briançonnais^ elle est basée sur les titres acquis par les habitants qui prirent part à la construction des ouvrages : elle s'évalue en heures^ et est indépendante du fonds ; les droits à tant d'heures d'arrosage sont transmissibles sans la terre^ de sorte qu'un cultivateur qui convertit un champ en pré, peut acquérir des droits à l'arrosage d'un voisin qui ferait une opération inverse. Des prayers assermentés sont préposés à la distribution des eaux, et dressent des procès- verbaux contre toute infraction. Les cours d'irrigation durent une ou deux semaines, c'est-à-dire 6 à 12 jours de seize heures, les dimanches étant exceptés. Des procès surgissent quelquefois, mais le plus souvent on accepte l'arbitrage et les décisions du béalier \ ou directeur da Ganal, qui est investi du droit de punir les contrevenants^ par de légères amendes, ou en leur imposant des journées de travail pour les réparations à faire.
Le canal qui a le plus contribué à imprimer, dans notre siècle, une impulsion nouvelle à la question des irrigations dans les Hautes-Alpes, est celui que Ton doit à Pinitiative d'un officier d'artillerie^ François desHerbeys^ retiré dans ses terres après la paix de 1763. Cet ouvrage dérive la Severaisse^ et a transformé l'entrée du Valgaudemar^ déserte et stérile auparavant, en un coin de terre riant et riche. Sa longueur est de 28 kilom. ; il arrose 300 hectares et n'a coûté