‹ Les Alpes françaisesChapitre 58 sur 212 · TYPE N · texte numérisé non relu

TYPE N

Kontagne des Laix

au Petit Saint -Bernard.

(Alt. S,000 m.)

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Fig. 7. — Coape tmuTerMle.

Fig. 8. — Plan -type eorrespondant aux troii eonpea ei-deanu.

plein air ; on s'en contentera aux grandes altitudes^ où^ en raison du court passage des animaux^ quinze jours environ^ on ne saurait s'astreindre à de grandes dépenses. ALeschaux^ on loge 48 vaches sur deux rangées de 16"',65 chacune; à

TYPE No 6.

Étable à TaohM de Plan-Mya, montagne Vlallet, à Beaufort. (Alt. 1,900 m.)

Fig. 9. — Coupe tranfrenale.

FIg. 10. ~ Coap« longitadixiAle.

Fig. 11. — Plâa.

ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

Lance vard^ 54 vaches sur deux rangées de 27 mètres; aux Laix^ 80 vaches sur deux rangées de 36 mètres.

Le type n"" 6 est la reproduction de Tétable appartenant à la montagne étudiée précédemment^ pages 150 et suivantes^ et décrite en détail^ page 157.

Fig. 11. — > Type génénd des ehaleti d'hAbitation el de fàbzieation fromagère à Beftofort.

La figure 12 ci-dessus représente le plan type, mentionné page 163, des chalets d'habitation et de fabrication existants à Roselend.

Le type n® 7 est un chalet à génisses, d'aspect très pittoresque, existant à Flumet, vallée de l'Arly, montagne de Bonne-Fontaine; il reçoit 60 génisses. Ses murs sont construits en pièces de bois d'épicéa parfaitement assemblées, nettement équarries sur leurs faces supérieure et inférieure seulement, et présentant 0",15 de largeur sur 0",28 de hauteur.

Le type n* 8, relevé dans la montagne de l'Abbaye, sur les confins des Beauges, à Viuz-la-Chaise (Haute-Savoie), est aussi en bois ; mais ses murs ne sont formés que de planches de 0",05 d'épaisseur. La cave de l'exploitation forme un petit bâtiment à part; quant à la fromagerie et à la laiterie elles touchent à l'étable, et n'en sont séparées que d'une manière insuffisante, qui les exposent aux émanations du local

TYPE No 7.

Étable de Bonne-Fontaine, à Flomet (SaTole). Poar 60 génUiei. (Alt. 1,600 m.)

Fif . 18. — Façade nord«

Fig. 16. — Coupe tranirertale.

Fiff. 14. — Façade rad.

FIff. 16. — Plan.

s'"> t[it

Flg. 17. — Coape lengltadlnale.

19S ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

voisin. Cette étable a été construite pour 100 vaches^ qu'on attache à des longrines^ dont le développement total est de 90 mètres.

Le type n"* 9^ également en bois, appartient à la belle montagne d'Orgeval, territoire de Jarsj-en-Beauges, propriété Burnier. La richesse de cette montagne a permis d'y développer un luxe de construction exceptionnel. L'étable que nous représentons est la plus basse; elle ne sert que pendant le premier mois de l'in alpage^ et pour la moitié du troupeau seulement. Elle reçoit 60 vaches^ qu'on attache sur 6 rangées de 10 mètres chacune. Plus haut^ se trouvent quatre autres bâtiments très confortables^ servant de chalet d'habitation^ d'étable, de fromagerie et de cave^ plus un petit chalet pour les chèvres.

Ces trois derniers types exigent beaucoup de bois de construction^ aussi ne les voit-on que dans les belles montagnes forestières d'une partie de la Savoie et de la Haute-Savoie.

Le type nMO est celui que nous avons adopté^ dans la montagne dont nous avons déjà parlé^ page 40^ organisée à La Lozette^ territoire de Yalloires^ de concert avec MM. Rambaud et Retornaz^ et avec le concours de M. L. Faga^ architecte à Chambéry; il présente^ comme organisation laitière^ ce que l'on peut désirer de mieux en haute montagne^ fromagerie^ laiterie^ cave chauffée. Les étables sont destinées à 160 vaches. Une étable à porcs y est annexée.

J'ajoute deux types de grandes constructions en bois très soignées^ relevés à la station laitière de Lausanne^ en 1875. Totalement en bois, et relativement luxueux^ ils ne sont adaptables qu'à des pâturages à la fois riches et voisins des forêts; le premier a été créé pour 46 vaches seulement; le second, avec fromagerie annexe, pour l'énorme chiffi'e de 200.

Inscrivons ici^ d'après ce qui précède et d'après nos plans^ les dimensions en largeur que les montagnards se contentent

TYPE No 8.

Oialet de l'Abbaye à Vlos-la-Chalae (Haate-Savoie). (Alt. 1,600 m.)

Flg. 18. — Oonpe trauremle.

Flg.l9.~Plaa.

TTPE N« 8. — GhAlot d^Orgnwwïi

rig. tl. - Pin,

à Jan7-«ii-Beaiig6S. (Alt 1,600 m.)

Flf . SS. ~ Façade nord.

Fig. 18.— Façade nid.

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Fig. S4. — Façade eat.

Fig. S5. — Façade oaeet.

ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

TYPE No 10. — Chalet de la LoMtte.

Fig.S6.— PUa.

Fig. 27. — Coape longitadiiule nilTant U Mve.

i ▼alloIrM (BaTOto). (Alt. l,i>00 m.)

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Fig. t8. ' Vae penpeetlTe.

lig. S9. — Ckmpe tranfrenale dM Atoblei.

ÉTUDES SUR l'économie âLPESTRE,

TYPE No 11,

Établa de l'alpage d'Ami ea Suiese.

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Fig. 80. ^ Élération. Fig. 81. — Coape tranfremlB.

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Fig. 88. — Plan.

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^Tonfiajffei*ie C ave |

Type de très grande étalile aveo tromagârte annexe,

adopiA dans Ie« «Ipagee mlBoea.

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Plg. u. — PUa.

206 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

dans la pratique d'affecter à chaque yache^ et qui permettent de réaliser des constructions relativement peu coûteuses. Ces dimensions sont les suivantes :

Chalet de Crest-Voland 0"87

— de Mont-Denis 0 83

— Viallet à Beanfort 0 96

— de Bonne-Fontaine à Flamet 0 66

— de Leschanz an Benmoz 0 69

— Lancevard à Bonrg-Saint-Manrice .... 1 »

— des Laix an Petit Saint-Bernard 0 90

— de l'Abbaye à Viuz-la-Cbaise 0 90

— d'Orgeval à Jarsy-en-Beaoges 1 »

— de la Lozette à Valloires 0 88

Chalets soisses 1 » '

Pour les fruitières proprement dites, à installer dans les villages, nous renvoyons au livre spécial sur la laiterie, chapitre XK.

§ IV. — Boisementa.

Dans un chapitre des plus intéressants de son traité^ M. Demontzey a fait ressortir que le gazonnement des montagnes de forte altitude^ et dénudées de longue date^ ne peut être rétabli qu'à l'aide d'un reboisement préalable^ surtout à l'exposition du sud^ où^ à défaut d'abri forestier^ la fonte des neiges survient de bonne heure et est suivie d'une série de gels et de dégels qui déchirent les racines des plantes spontanées^ au fur et à mesure qu'elles voudraient se fixer.

1. Les figures des pages 189 à 205 ont été dessinées d'après nos croquis on plans par M. F. Rivière, employé secondaire des ponts et chanssées à Chambéry. Je tiens à remercier ici M. Rivière des soins qu'il a apportés à cette reproduction.

LTVRB n. — LES AMÉLIORATIONS PASTORALES, 207

Cette théorie se comprend facilement : l'arbre soutire une partie de sa nourriture des couches les plus profondes du sol; ses racines s'infiltrent à travers le rocmême^ l'attaquent^ le décomposent^ et trouvent le moyen de vivre là où l'analyse ne découvre que des traces infimes d'éléments assimilables; il emprunte le reste de sa nourriture à l'air par ses feuilles ; celles-ci enrichissent^ à la longue^ le sol de carbone et d'azote^ et finalement^ constituent une couche d'humus de plus en plus épaisse^ sur laquelle peuvent germer et réussir les graines fourragères qu'ensemencent les vents, a: Chaque pin^ chaque mélèze^ devient alors le centre d'un cercle de végétation herbeuse s'agrandissant spontanément^ d'année en année^ par suite d'une loi de sociabilité frappante. En peu de temps^ la montagne retrouve sa double cuirasse forestière et herbacée^ et la nature reprend ses droits '. )>

L'observation des cônes formés par les éboulis rocheux et pierreux provenant des crêtes supérieures^ vierges de toute exploitation autre que le pâturage de quelques chèvres^ comme on en voit tant dans tous les coins d'accès difficile de nos vallées les plus reculées, démontre bien aux yeux de l'observateur, ce travail lent et fécond de la nature.

L'héliogravure IV représente Tun d'eux.

Cette vue d'un endroit situé sur larive gauche de la Romanche, à 14 kilomètres en amont de Bourg-d'Oisans, et comme on ne cesse pas d'en voir tout le long de la gorge sauvage de cette rivière, depuis le village du Dauphin jusqu'à sa source, ainsi que dans toutes les vallées à mélèzes, fait bien ressortir les phases diverses de la constitution des hautes pelouses herbacées :

A droite et au sommet du mamelon, sous le massif de mélèzes déjà vieux que l'on aperçoit, resplendissent des gazons

1. P, Demontzey, Bapport au Congrès forestier de Vienne de 1890.

208 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

complets et serrés ; — à la suite^ vers rament^ sous ces trois languettes et ces quatre bouquets d'arbres^ plus jeunes et moins touffus, qui se sont formés, le gazon est complet encore, mais moins dense ; — enfin, de larges plaques herbacées, en dessous de chaque languette ou bouquet, dessinent, en quelque sorte, les limites de l'ombre des arbres, et des distances qu'atteignent leurs détritus foliacés ; — plus loin, autour des petits mélèzes isolés, pas de gazon véritable encore, mais un cercle verdoyant d'herbes naissantes apparaît toujours.

En un mot, on voit les gazons s'avancer pas à pas, au fur et à mesure que les mélèzes s^emparent de tous les vides.

Yoilà ce qui frappe à première vue. Maintenant, si l'on remue le sol avec une pioche, ou simplement avec un bâton ferré, pour examiner ce qui se passe à l'intérieur, on constate ceci:

Que, sous les vieux mélèzes formant massif complet, la terre végétale a acquis une épaisseur de 0'',25 ; qu'elle remplit tous les interstices séparant les pierres et, quoique ces pierres occupent les quatre cinquièmes de la masse, on n'en devine aucune sans percer le feutre herbacé qui les recouvre, tant ce feutre est complet et bien nivelé : il enserre pierrailles et blocs, et constitue avec eux un tout absolument fixe et stable. Les espèces composant ces gazons sont de très bonne qualité : ce sont l'achillée mille feuilles, le brome droit, la dent de lion, le paturin des bois, le plantain lancéolé, le serpolet et les trèfles rouge et blanc.

Sous les mélèzes plus jeunes, de trente ans environ, même disposition, même solidité du sol, cependant la terre végétale disparait à 0'",15; comme plante superficielle, le trèfle blanc domine souvent.

Sous les bouquets clairs, quantités d'aiguilles agglutinées; elles obstruent tous les vides et forment des mottes affectant la forme des vides qu'elles occupent; aujourd'hui

:v valj\ee de

LA ROMANCHE 'V pa5e 207 )

, Hois'^'r.ents et r.aroprioments nalurcls

mélangées de mousses^ elles seront remplacées demain par da pnr gazon.

Sous les mélèzes isolés ayant Taspect d'arbres de 20 ans, on ne voit qu'un léger tapis^ formé de moitié mousse^ moitié

Et dans les casses ou clapes d'apparence complètement oue^ situées en dessous des bouquets de mélèzes^ ou intercalées entre eux, si l'on soulève les pierres de la surface, on trouve sous elles d'étonnantes quantités de branchettes, de cônes et d'aiguilles, qui se sont infiltrées jusqu'à plus de 0",10 de profondeur, et que l'œil ne pouvait en rien percevoir en s' arrêtant à la surface; elles vont former les premières couches de terreau.

Ainsi, partout éclate remarquablement, et d'une façon qui surprend l'observateur peu accoutumé à ces faits, l'action génératrice et fécondante de l'arbre, isolé ou en massif, sous lai, et autour de lui, de proche en proche. Certainement, les choses sont loin de s'être passées ainsi partout : il y a des gazons alpins sur lesquels on ne saurait pas s'expliquer la disparition de toute trace de forêt, si jamais ils avaient été couverts de bois ; mais combien de siècles a-t-il fallu pour les constituer? Toutefois, il est évident que les essences ligneuses et les espèces herbacées se provoquent, s'entr'aident et se soutiennent, et qu'elles doivent être favorisées ensemble, quand il s'agit de revêtir d'une couverture végétale des versants de la région alpine, en état d'improductivité presque complète.

On sait, d'ailleurs, que les jeunes plants de mélèze ne parviennent pas à s'établir sur les pelouses déjà fortement constituées; c'est une raison de plus pour supposer, qu'en général, ils se sont emparés du terrain les premiers.

Nous allons déduire de cette théorie les conséquences pra-

ioOlOiaB ALPBITBB. U

210 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

tiques à adopter pour la restauration des pâturages^ soit de printemps, soit d'été.

1* Pâturages de printemps.

Malgré la dénomination qu'on leur donne^ l'altitude de ces pâturages n'est guère inférieure à 1^000 mètres^ et elle dépasse souvent 1^500. Une partie d'entre eux peut être restaurée par voie de mise en défends^ sans doute, mais la grande masse le sera bien plus facilement par le boisement. Supposons que l'on adopte ce second moyen. Pour ménager les intérêts pastoraux actuels^ on ne reboisera qu'une portion restreinte de la superficie de chaque parcours à la fois, le quart par exemple. Au bout de 15 ans^ au maximum^ ce quart sera rendu au pâturage ; les autres quarts seront successivement traités comme le premier ; en 60 ans^ par conséquent^ tout le pâturage se trouvera reboisé, sans avoir occasionné de gêne sensible à la population. Je dis 60 ans, en me plaçant dans l'hypothèse de la conservation du statu que en fait d'habitudes pastorales ; mais il est plus que probable que la transformation des mœurs rurales, qui résultera de l'extension des prairies basses, permettra d'atteindre infiniment plus vite le but désiré.

En dessus de 1,300 mètres et dans les chaînes alpines en général, on donnera, pour ces boisements, la préférence aux résineux, tous favorables au.gazonnement en général, mais en première ligne au mélèze, dont nous avons fait ressortir tout à l'heure le caractère pastoral providentiel, grâce à l'abondante lumière que tamise son tendre et clair feuillage, et à la caducité annuelle de ses feuilles.

Dans l'avenir, les bois résineux ainsi créés devront être exploités à blanc, par contenances égales^ et reconstitués arti-

ficiellement de suite après Texploitation, de façon que la régénération de la forêt n'interrompe le pâturage que pendant une période aussi courte que possible. On aurait autrefois choisi la méthode du réensemencement naturel. La sûreté de main avec laquelle opère le reboiseur d'aujourd'hui, doit faire préférer le repeuplement artificiel. L'opération ne coûtera pas plus de 50 fr. par hectare ; et cette dépense sera largement compensée, non seulement par l'exercice du pâturage pendant plusieurs années en plus, mais aussi par la plus-value qu'acquerront les coupes, par suite de la suppression de toutes les précautions auxquelles astreignent les arbres de réserve.

Dans le cas où les communes ne consentiraient pas à accepter la mise en défends du quart à reboiser en un seul tenant, afin de ne pas priver les voisins de ce quart, de la commodité de faire paître leurs animaux auprès de leurs demeures, il faudrait boiser successivement tout le terrain, par bouquets rectangulaires allongés dans le sens perpendiculaire à la pente, de façon que les troupeaux puissent contiuuer à passer en dessus et en dessous de ces places, pour aller d'une parcelle à l'autre. Ces bouquets se trouveraient disséminés en damier sur tout le pâturage. On encadrerait chacune de ces petites plantations de clôtures en bois ou en ronces artificielles, qui seraient successivement transportées autour des nouvelles places à traiter, au fur et à mesure que celles précédemment boisées deviendraient défensables. Ce système présentera l'avantage de n'obliger à interdire le parcours sur aucune grande parcelle entière, par conséquent, de laisser des parcours de printemps, toujours ouverts à la porte de chaque maison, conformément aux usages actuels. Je ne vois pas quelle objection les riverains, une fois instruits de l'utilité du reboisement en vue de la formation de la pelouse, seraient tentés d'élever contre lui, surtout si, par suite de rimplantation des fruitières ou pour toute autre cause, on di-

212 ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

miûue tant soit peu le nombre des moutons^ de façon que les parcelles pâturables puissent recevoir toutes les bêtes à laine conservées.

L'héliogravure V fait voir des étendues considérables de pâturages du type que nous venons de décrire^ dominant les champs du Mont-Genèvre(alt. 1,860 m.), type qui règne avec des modifications plus ou moins légères sur 100,000 hectares de versants alpins. Le boisement en paraîtra d'autant plus facile à réussir, que, semblablement au Mont-Genèvre, des pins ou d'autres arbres épars subsistent généralement, comme des preuves vivantes de la végétation forestière qui recouvrait autrefois tous ces versants, y compris les champs.

En dessous de 1,300 mètres, et dans toutes les chaînes subalpines où le mélèze ne croît pas à l'état naturel, on préférera, en général \ aux espèces résineuses, les essences feuillues, qui, tout en favorisant grandement aussi la formation d'un tapis de gazon, pourront, sous forme de têtards, ou en taillis, procurer des ressources fourragères importantes, par leurs feuilles et leurs ramilles.

Cette utilisation des feuilles, et celle des ramilles d'arbres, pratiquées de tous temps par les populations montagnardes, ont été, en 1892 et 1893, l'objet d'études scientifiques des plus remarquées, la première, de la part de M. Girard^ la seconde, de M. Grandeau. On ne saurait passer ces études sous silence dans un ouvrage d'économie alpestre. Elles présentent une importance capitale au point de vue de la restauration des communaux, si arides et si négligés, qui font l'objet de cet article.

1. Je dis «n général, parce que si Ton envisage le mélèse non comme essence productrice de bois de qualité supérieure, mais comme génératenr de gazon, on ne devra pas hésiter à l'employer même très bas, ponim qv,e le sol et Texposition lui conviennent.

Les feuilles contiennent absolument les mêmes principes que les fourrages ordinaires : matières azotées ou protéine^ et matières grasses^ extractifs non azotés (sucre^ amidon ou congénères), cellulose, éléments minéraux, et eau. Les plus jeunes feuilles étant les plus riches en éléments azotés et respiratoires, et celles qui contiennent le moins de cellulose et de matières minérales, sont les plus digestibles. Toutefois, les trop jeunes feuilles sont dangereuses ; elles occasionnent le mal de bois, qui consiste en hématurie, accompagnée de la disparition du lait, de coliques, et de constipations. On a remarqué que cette affection sévissait sans cesse dans certaines fermes, qui abusent des pâturages forestiers dès le premier printemps.

Quant aux feuilles sèches tombées naturellement à la suite des premiers froids, quoique toujours pourvues de qualités alimentaires très notables , elles sont souvent refusées par les animaux, à moins qu'on n'ait soin de les mélanger à d'autres fourrages plus appétissants.

Les feuilles conviennent spécialement pour l'engraissement. Elles ne diminuent pas la sécrétion lactée; toutefois, comme les ramilles, elles donnent au lait un goût de verdure, qui est peut-être sans inconvénients pour la fabrication fromagère, mais qui déprécie sensiblement celui que l'on consomme en nature.

La teneur en humidité est maxima au printemps; elle diminue jusqu'en août^ puis se maintient constante aux environs de 60 p. 100.

Les matières minérales et grasses suivent une progression inverse qui se prolonge jusqu'au moment de la chute.

Le poids maximum de substances alimentaires se réalise au moisde juillet ; cependant, les poids qu'on obtient en août et septembre, ne sont pas très sensiblement inférieurs.

L'analjse des principales feuilles comestibles, par M. Gi-

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On conciliera donc les deux points de vue antagonistes^ fourrager et forestier^ par un efifeuillàge ou un émondage modéré au mois de septembre.

Dans la pratique^ on a adopté cette époque, et Ton préfère à reffeuillage^ l'émondage^ opération dans laquelle la maind'œuvre est payée par la valeur des fagots^ ou le ramassage aussitôt la chute^ avant que les feuilles aient eu le temps de se couvrir de la moindre moisissure.

Deux méthodes sont applicables à la conservation des feuilles : V ensilage et la dessiccation naturelle.

L'ensilage sera réservé pour les feuilles difficiles à faire sécher, et les provisions que^l'on voudrait conserver fraîches jusqu'à la fin de l'hiver. Il se pratiquera d'après les mêmes principes que celui des fourrages ordinaires. En ne négligeant pas d'arroser chaque couche de O^^SO d'un peu d'eau, et de la soupoudrer d'une légère quantité de sel, on est certain d'avoir, au bout de deux mois, une choucroute d'excellente qualité.

La dessiccation naturelle est une opération plus simple et plus économique ; elle doit se faire lentement : les fagots sont placés à l'abri des rayons solaires; dans ces conditions, les feuilles ne perdent ni saveur, ni arôme, ni couleur ; une fois légèrement desséchées, le moindre battage les détache des arbres ; on les réunit en tas, et il ne reste plus qu'à les remuer souvent pour les empêcher de s'échauffer.

Le feuillerin, dans les Alpes, se recueille sur les arbres isolés dans les prairies, ou sur ceux des haies.

Le revenu d'un arbre exploité dans ce but peut être évalué ainsi :

A partir de l'âge de 20 ans, 6 fagots chaque cinq ans, dont :

!• le bois vaut 0^30

2* les feuilles suffisantes pour la demi-ration de 3 moutons ou chèvres pendant un jour sont assimilables à 3 livres de foin et valent, 0 10

Total 0^40

En tenant compte des intërêts composés à 3 p. 100 de ce revenu

régolier, on tronve qu'à 100 ans Tarbre a rapporté .... 28' On le coupe, et son bois produit 2

Total 30'

En même temps que M. Girard publiait ses travaux sur la valeur nutritive des feuilles, M. Grandeau appelait TattentioD du monde agricole sur l'emploi des jeunes branches et ramilles comme fourrages \

Toutes les parties d'un arbre sont constituées essentiellement par les mêmes principes que les feuilles, principes énumérés plus haut. Dans le bois parfait, ces principes se réduisent presque exclusivement à la cellulose durcie^ plus ou moins incrustée d'éléments minéraux. On a essayé^ cependant, de substituer partiellement cette substance à la paille ou au foin, sous forme de sciure brute, traitée par divers agents chimiques.

Ces essais n'ont abouti à aucun résultat pratique; toutefois, il est intéressant de le noter, s'ils ont montré, d'une part, l'infériorité absolue do la sciure sur la paille la plus pauvre, ils ont prouvé, d'autre part, l'innocuité de ce mode d'alimentation.

Mais, il en va tout autrement des petites branches de faible diamètre, dans lesquelles la nature accumule les réserves alimentaires nécessaires au développement des bourgeons. Le docteur Bamann, professeur à l'institut forestier d'Ëberswald (Brandebourg), s'est livré le premier à des expériences sur elles.

Des recherches sur la composition des ramilles de hêtre

1. L. Grandeau, La Forêt et la Diiette du fourrage. — Instruction pratique sur la ramiUe aUmentaire. — Paris, imprimerie C. Pariset.

218 ÉTCDES SUR l'économie ALPESTRE.

aux différentes époques de Tannée, ont donné les résultats suivants :

En

A la «ortie

kU-

hiver.

detbourgeqiit.

flomisra.

Matières azotées. . . .

Graisse et résine. . . .

Matières extractîves . .

CeUulose brute ....

Cendre et sable ....

Eau

La plupart des autres essences ont fourni des indications peu différentes. On en a conclu qu'en hiver les ramilles sont douées d'une richesse nutritive comparable à celle du foin de moyenne qualité, et supérieure à celle de la meilleure paille.

Ramann recommande de soumettre les branchettes à un traitement spécial, qui consiste : 1* en un concassage mécanique à l'aide d'un appareil bpécial ; 2* dans l'addition de 1 p. 100 de malt; 3* dans un arrosage d'eau chaude pure, ou additionnée de vinasses et de son. Au bout d'un à trois jours, le ferment que contient le malt transforme la fécule en sucre, d'autres phénomènes compliqués se produisent, et il se forme finalement une bouillie très digestible, que tous les animaux acceptent du premier coup.

La préparation Ramann n'a donné que de bons résultats chez les agriculteurs allemands. D'après l'un d'eux, les frais de récolte, de concassage et de fermentation ne dépassent pas 1 fr. 75 c. par 100 kilogr., et la comparaison avec une alimentation composée de moitié foin et de moitié paille, pour 20 chevaux, 80 bœufs et 1,000 moutons, ferait ressortir une économie de 2,500 fr. D'après un autre, des pesées pratiquées sur deux lots de vaches nourries avec des tourteaux et des betteraves additionnées, pour l'un, de brindilles hachées et fermentées, pour l'autre, de paille, auraient établi la supériorité nutritive des ramilles sur la paille.

Le tableau suivant, dressé par M. Grandeau^ indique^ par ordre de décroissance^ la richesse en principes azotés contenus dans les ramilles alimentaires des principales plantes ligneuses^ ainsi que dans les fourrages types de foin et de paille^ pour 100 de substance sèche^ c'est-à-dire ne contenant plus que 14 parties d'eau environ.

ESSENCES FORESTIÈRES et ftarrafc* typas.

Ghéne (mai) . . .

FoiB des Alpes . .

GLéne (septembre).

Acacia

Foin de prairie . .

FoîD de forêt . . .

Peuplier

Epicéa

Hêtre (hiver) . . .

Boolean (hiver) . .

Pin sylvestre . . .

Bouleau (printemps) Paille (avoine) . .

Hêtre (printemps) .

PaiUe(blé). . . .

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