Cité par William James, Psychology^ I
A. BiNET. 3
nous avons reproduites sont, à part quelques divergences de détail, d'une remarquable uniformité, et les autres que nous pourrions y ajouter ne nous apprendraient rien de bien nouveau; ce n'est pas que tout soit dit sur ces cas pathologiques; nous croyons au contraire qu'il y aurait lieu d'en pousser l'étude plus loin, et nous avons le soupçon que l'état second présente un très grand nombre de caractères psychologiques intéressants; on trouve malheureusement peu d'éclaircissements sur ce point dans les observations publiées jusqu'à ce jour; toutes paraissent à peu près calquées sur le même modèle, celui de Félida \
En général, les observateurs n'ont noté chez leurs malades que deux conditions différentes d'existence; mais ce nombre de deux n'a rien de constant ni de fatidique, il n'est peut-être même pas aussi général qu'on le croit; en y regardant bien, on trouve trois personnalités chez Félida, et un bien plus grand nombre chez Louis V.... C'en est assez pour repousser l'expression de dédoublement de la personnalité qu'on a voulu appliquer à ces phénomènes; il peut y avoir dédoublement, comme il peut y avoir morcellement en trois, quatre personnaHtés, etc. -.
Je suis persuadé que les alternances et successions de personnalité chez les hystériques ne sont point des phénomènes exceptionnels. Ce qui est exceptionnel, c'est de trouver des sujets types, comme Félida et comme Louis V..., chez lesquels le dédoublement est marqué en si gros caractères qu'il a pu frapper des esprits non prévenus. Peut-être même que si on regardait bien attentivement beaucoup d'hystériques, on en rencontrerait d'autres qui ne le céderaient en rien aux précédents. En tout cas, la succession de personnalités distinctes doit exister, à quelque degré, chez plusieurs; ce phénomène doit se traduire, non par
1. Voir une observation de M. Myers, Proceedings of the Society for Psychical Research, 1887, p. 230. — Ladanie, Rev. de l'hypn., 30 janvier 1888, etc.
2. On a prétendu expliquer par la dualité des hémisphères cérébraux les dédoublements de la personnalité. M. Ribot a réfuté d'une manière qui me paraît définitive cette opinion bien étrange.
LES SOMNAMBULISMES SPONTxVNÉS 3:1
des symptômes bruyants, mais par des amnésies et des changements de caractère rappelant en petit ceux de Félida et de Louis V..., et se systématisant, se rattachant à certaines périodes d'existence. Ce sont là des symptômes qu'il faut chercher^ comme disait Lasègue en parlant de Tanesthésie.
Nous sommes restés jusqu'ici confinés dans l'hystérie. Tous les malades dont nous avons raconté l'histoire sont incontestablement des hystériques. La question se pose de savoir si, en dehors de cette névrose, on rencontre des divisions analogues de la conscience et de la personnahté.
Si on prend comme signe de ces divisions l'état de la mémoire, toujours plus facile à constater d'une manière précise que les changements de caractère, il faut répondre affirmativement à la question posée; on trouve dans des conditions très diverses des fragments de vie psychologique qui ont pour trait essentiel de posséder une mémoire propre; nous entendons par là que ces états ne laissent point de souvenirs pendant la veille, mais que le retour du même état ramène les souvenirs de sa manifestation antérieure, et la personne se rappelle tous les faits qu'elle avait oubliés pendant sa vie normale.
Parfois l'existence d'une mémoire propre à ces états seconds se manifeste sous une forme un peu différente et plus élémentaire; le sujet recommence toujours les mêmes actes. On rencontre des exemples aujourd'hui bien connus de ces particularités psychologiques dans le rêve, les intoxications par l'alcool, l'éther, le haschich, etc., les folies circulaires, l'épilepsie. 11 existe même chez quelques épileptiques une double vie psychologique présentant les mêmes caractères que dans l'hystérie \