‹ Les amants de CharentonChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Le temps* que la marquise avait de* mandé pour réfléchir se passa dans les larmes , car il ne se présenta à sou esprit aucun moyen de soustraire la pauvre Nada aux coupables desseins de son père ; en se soumettant à tous les malheurs dont-ii Pavait menacée i elle pensait encore qu'elle ne la sauverait pas. Elle frémissait à la seule idée d'accuser son époux , et de le peindre aux autres des yeux dont elle le voyait elle-même ; toute illusion était détruite.,. Tout sentiment éteint , toute estime impossible ; Honorine 9 si tendre , si fidèle , si faible même, et si portée à s'abuser, venait de s'avouer, que son mari était un monstre , un de ces êtres rares et dépravés, sur lesquels la raison et la mature n'ont pas de droits... Elle n'o- . TomeL E

.. sajf pars s'avouer à elle-même qu'il lui faisoit horreur, et que sa vue seule serait le supplice de tout les moments de sa vie. L'attendrir— le ramener , était une entreprise qui n*offrait pas la moindre espérance; son unique détermination fut donc d'obéir, puisqu'il lui paraissait bien certain qu'il ne s'agissait pas de la vie de son enfant , et qu'en cédant elle pouvait même avoir connaissance du sort qui lui était réservé.

Supprimant donc toute plainte inutile, et faisant le plus grand effort sur sa douleur, M. de Surgi la crut résignée , et la félicita de sa modération.

Il lui remit les vingt mille francs ,

. qu'il avait destinés à Nada, et se reposa Sur. elle du soin de la faire disparaître à jamais de sa famille. Le comteHippoly te nofammène à sa terre, ajouta-tril , et je veux que George m'y accompagne; de votre côté, madame, vous pouvez voyager partQut, ou il

vous plajjra : ; il suffit que vous me mandiez que yous avez perdu vôtre fille.; écrivez-le a ma sœur, à toutes les personnes de votre famille et de la mienne ; feignez la douleur que vous auriez réellement, et que ce témoignage authentique fesse . connaître à tout le .monde que Georges est enfin notre seul héritier. — J'y consens^ re.prjdt Honorine presque heureuse en cet instant de voir qu'elle pourrait encore veiller secrètement sur la destinée de son qnfant. — Ma confiance est le prix de votre docilité, ajouta Je marquiscTuri air aussi calme que s'il eût fait une bonne action ; vous voyez que je ne suis point bar* bare;, et que vous m'aviez mal jugé. »Je pars demain , et je verrais avec : plaifiç que votre voyage .aussi ne fut pas différé. — Ne *evej:rez-vous pas encore une fois votre fille , dit Honorine , en /efforçant de retenir ses Jarmes, — «■ Ma fille, dites-vous ! ah je

*-La-'-- " *

vous prie , madame, perdez cette habitude, et sou venez-v ou* que je a'ai qu'un fils.

George entra dans ce moment , son père s'occupa de lui , et laissa: à la marquise le temps de calmer sa vive agitation ; elle craignait tant qu'il ne revint sur les arrangements qu'il •venait de prendre avec ellp , qu'elle évita plus que lui-même tout entretien k ce sujet.

M. de Surgi avait invité beaucoup de monde à dîner, sa malheureuse épouse fut obligée d'en faire les honneurs avec une apparente gaieté,

Deson cotéil affectait la plus tendre mtelligenca avec elle.

Les enfants, qu'on fit venir au desserhfurent loués et caressés avec cette exagération que Ton croit devoir à la faiblesse des' pères; et comme Nada Ressemblait au sien de la manière la plus Frappante, on lui dit à demi* voix de prendre garde à la prédi-

lectkm qu'il aurait sans doute pour elle.

M< de Surgi s'en défendît comme un homme qui ne veut pas l'avouer , ^ mais qui permet de le croire, — Vous è méritez votre bonheur , dit une vieille douairière qui ne voyait pas sans jalousie la félicité des autres; mais il faut avouer , madame , que le sort est prodigue à votre égard : une fortune immense, un époux sensible, des enfants adorés et charmants ... !

La marquise étouffa un soupir , et jeta involontairement un regard expressif sur Thomme inflexible dont la dissimulation avait un si rare succès j mais il ne parut pas l'entendre, et plaisanta avec ' une grande liberté d'esprit sur les 'maux de l'absence , dont on ne parlait pas > et qu'il allait éprouver, puisqu'il serait éloigné trois ou quatre mois (le madame de Surgi. On répéta qu'ils étaient le modèle des époux, et le monde, si sou-

vent aveugle dans ses conjectures 9 prouva une fois de plus que la prospérité" est toujours favorable à ses jugements.

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