‹ Les amants de CharentonChapitre 11 sur 23 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

JUE lendemain 3 à son réveil 9 la marquise apprit que son mari et son fils étoient déjà parfis. Pour la première fois , cette séparation lui parut un grand bien. Quoiqu'elle n'eût pas Tinjustice d'accuser George du malheur tlont il était la cause innocente , le "mauvais naturel de cet enfant et le peu 'de tendresse qu'il lui témoignait la privaient , avec lui , de toutes les douceurs attachées à l'amour maternel ; d'ailleurs 3 la liberté , la solitude lui étaient nécessaires pour réfléchir au parti qu'elle allait prendre. Accoutumée à cette vie douce , uniforme et sans orage que la fortune paraît assurer à ses favoris , son ame timide se trouvait presque sans forcé à la première épreuve ; elle ne savait point distinguer si le consentement qu'elle

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avait donné à M. de Surgi était une faiblesse on un devoir, et, dans la nécessité d'un secret profond qui ne lui permettait fias d'avoir recours à aucun secours humain , ce fut à Dieu même qu'elle demanda de l'éclairer.

Madame de Surgi avait-'été élevée par une mère pieuse , et qui n'avait pas négligé de placer dans Famé de sa fille toutes les ressources de la religion ; mais l'adversité ne les lui ayant pas encore rendu nécessaires , ]a dissipation du monde et l'exemple d'un mari philosophe Pavaient éloignée de la pratique de ses devoirs. La première pensée qu'inspire la douleur, c'est de recourir à la bonté céleste.

Honorine, presque honteuse d'une action qui lui était depuis long-temps étrangère , se rendit seule dans une Eglise où elle n'était jamais entrée , et à une heure où le public ne la fréquentait pas.

Frappée du majestueux silence du

( ro5 ) lieu saint, elle s'avança avec éltto* tion /et fut s'agenouiller sur les marches du grand autel : là , portant encore dans son cœur assez de foi , assez de confiance pour se croire en présence de l'Eternel* EHe ne pria point..; mais elle déposa ses douleurs... Elle attendit une réponse intérieure au Vdeu si sincère qu'elle formait de prendre un parti conforme à la vertu, et convenable au bonheur de soja enfant ; natais au lieu d'y méditer , elle tombai! malgré elle dans une rêverie douloureuse 5 s' abîmant dans des réflexions vagues qui ne lui présentaient quele tableau de cette pénible et inévitable (séparation* Elle était depuis plus d'une heure dans cet état quapd elle en fut tirée par le chant doux et mélancolique d'une femme qui entonnait nn chant religieux*

Elle jeta avec surprise les yeux autour d'elle , et remarqua pour la première fois une grande grille qui

(io6) donnait sur la nef; le rideau noir qui était de l'autre côté s'entr'ouvrait un peu , et madame de Surgi vit deux jeunes novices qui étudiaient un mo^ tet qu'elles devaient chanter le lendemain à l'occasion d'une cérémonie particulière : elle reconnut alors que l'église dans laquelle elle était entrée était celle d'une communauté religieuse. Dans la disposition où elle était i elle ne regarda pas cette circonstance comme une chose nàturelie et qu'elle fie dût qu'au hasard ; elle y reconnut une inspiration divine qui l'avertissait de consacrer au Seigneur cet être malheureux si iojustement banni déjà de la société, et repoussé de son propre père.

Elle fixa. les jeunes novices, qui ne croyaient pas être vues, et qui , dans l'ardeur de leurséle , portaientsur leur physionomie l'expression de la plus inaltérable félicité. ' • «

Madame de N Sittgi s'écria , dans

( io 7 ) l'exaltation que lui inspirait ce spectacle tput&ouveaupour elle; voilà l'asile du repos et du bonheur ! Voilà ce que donne l'éloignement du monde et des -passions , ce qui met à Pabri des caprices et de la per versitê des hommes !

Oh 5 ma Nada ! que ne puis-je Raccompagner dans cette humble retraite !

je. resterai seule dans ce séjour de larmes • mais ié cesserai d'en rér pandre sur. ton sort ; le bonheur est

Fixée dans sa résolution , et con-.

vaincue que le ciel lui-même, avait parlé, madame de Surgi rentra ebez elle avec un calme qu'elle n'avait pas senti depuis Ion g- temps ; elle pressa Nada entre ses bras, lui peignit l'avenir heureux qui; lui était' destiné, comme si elle eût été tL ? 4ge à la comprendre, et la remettait dan$ ;son berceau , elle, demanda pardon à Dieu des regrets qu'elleressentait en* core. i ■• ■'. ; v ':••>.,

L'exécution de ce projet ne fut point aussi facile que la marquise Payait imaginé d'abord. La mère Michel était la seule personne au mon* de qui pût la seconder ; mais quand elle vint offrir à la communauté un enfant de deux' ans , dont la famille devait rester à jamais inconnue , aucune offre d'intérêt ne put vaincre les refus ; comme pensionnaire , un enfant si jeune ne pouvait pas être admis , et 4ô mystère qui accompagnait cette démarcha faisait naître des soupçons qu'on ne pouvait ni éviter ni éclarrcir. Le même obstacle se trouva dans vingt maisons différentes , et ce fut alors seulement que la iparqnise se ressouvint d'une solitude qu'elle avait visitée une seule fois, mais dont madame de Médosa sa mère lui avait parlé.

Ce lieu , presque entièrement ignoré du monde, était situé aux environs de Grenoble > et il se trouvait seul**

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ment dans le voisinage quelques personnes qui avaient une connaissance vague des Orphelines de la Forêt.

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