‹ Les amants de CharentonChapitre 18 sur 23 · CHAPITRE XVIh · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIh

Ciharlottr, ae compagnie comme de coutume par madame OK va > avait accepté de efcanter le soir même dans un concert de société où Pou avait réuni des amateurs fort cjistiagués par leurs talents*

Devant paraître potir la première fois dans une assemblée où elle connaissait peu de monde , elle employa tout le jour au soin de sa toilette ; et madame Oliva n'était pas moins flattée qu'elle-même de la sensation qu'elle devait y produire.

L'heure arriva , et Charlotte , persuadée que les succès* qu'ejle allait obtenir ne tarderaient pas à parvenir aux oreilles du cavalier* ajoutait à sa coquetterie naturelle la douce confiance <î?u être plu* chère à son amapt.

En effet , tous les regards se fixèrent sur elle : ceux des hommes avec une admiration plus familière et plus impertinente* que flatteuse; ceux des femmes avec un air de dépit et d'envie que leurs sourires forcés déguisaient assez mal. Charlotte chanta ,

L'enchantement fut porté jusqu'à l'ivresse , et il se fit un murmure d'impatience lorqu'un laquais ouvrant les deux battants de la porte interrompit le plus joli boléro du monde > pour annoncer la baronne de Cérac.

Celle-ci se glissa avec embarras aii milieu de$ auditeurs , fit un signe suppliant à la maîtresse de la maison pour qu'elle ne se dérangeât pas et ne s'occupât point d'elle; Charlotte recommença le morceau qu'elle avait interrompu de la meilleure grâce du monde.: Cette complaisance redoubla l'attention de rassemblée, etCharlotte, étourdie d'éloges et d'applaudissements exagérés, eut bien de la peine

à regagner sa place auprès de madame Qliva : celle-ci lui prit affectueusement la main, et lui dit des choses obligeantes. — J'étais pourtant bien troublée 5l dit Charlotte en s'adressant à la dame qui était à sa gauche.

Il n'y a rien dé si terrible que d'entendre ouvrir ou fermer des portes pendant qu'on chante un morceau d'expression . . . Où est donc cette baronne de Cérac, qui m'a joué un si mauvais tour... — La voilà , reprit la dame à laquelle elle s'adressait; c'e&t cette grande figure maigre et jaune qui est parée si ridiculement, de ce côté.,, auprès du piano.

— Ah mon Dieu ! reprit Charlotte en étouffant ?es rires sous son éventail; je suis bien heureuse de ne pas l'avoif regardée tout à l'heure, je l'aurais prise pour l'ombre de ma grand'mçre, et je n'aurais jamais pu continuer. — Ne parler pas cqmme cela 3 reprit la petite dame ; dans huit jours ce

spectre <jhi vous fait peur s»a ttne tourelle mariée ; elle est vetavé , a cent mille livres de rente -, et fait la fortune d'un pauvre petit chevalier beau comme tin ange , mais criblé de dettes. Il veut faire une boimè En , et a promis à se$ créanciers d'épouser madame de Gérac. -*- Ah le malheureux ! s'écria Charlotte. Ef comment le ^ottimez- vous? — Cest le chevalier de Sabry ; >peut-ètre TaVe^Vôns rencontré dans le monde : c'est IV •mant de toutes les jolies ffetames; mais O* nfe vit pas d'àûiôufr , et. . .

Madame OHvà avait entendu eëfte conversation ; elle fixa Charlotte avec inquiétude , là vit pâlir , ise pencher sur son fauteuil, OÙ elle demeura sans sentiment. On remporta dans une pièce voisine , où lei indiscrets la suivirent, pendant -que la médisance et la calomnie s'occupaient d'elle dans le salon. Charlotte ne fut point en état de reparaître delà soirée; mais dans un

court instant ou madame OHva s'éloigna d'elle pour lui préparer quelques gouttes d'éther , éÙfe mit le comble k «es imprudence© , en s'infbf mant de la demeure de madame de Cérac.

Husage qu'elle en voulait faire n'était point encore arrêté dans son -esprit, mais elle sentait vaguement qu'elle ne soutiendrait point Jesfouritaents affreux de la jalousie sans agir de quelque manière que ce fut

C'était une véritable coùsolatioti pour elle , que de pouvoir prendre toute sorte <Je renseignements sur madame de Cérac et sur sa liaison avec le chevalier,

Tout se réduisait à dire qu'il était infidèle > et que le soin de sa fortune -l'exigeait; mais éh amour , une femme désespérée ne raisfonnepoiht ainsi; les moindres détails sont d'tm grand intérêt pour elle : elle y cherche des motifs d'espoir ou des moyens de Vengeance; elle Veut savoir en que!

(i68) moment elle a été trahie , ce qu'il en coûte à celui qui la sacrifie ; elle s'irrite et pardonne tour à tour; l'orgueil la console bu la conduit; mais l'essentiel , c'est qu'elle puisse encore agir en quelque chose, et laisser à 1 objet aimé des regrets et des souvenirs.

Madame Oliva , désolée de la conduite et surtout de la dissimulation de Charlotte > lui en fit les plus vifs reproches dès qu'elle fut en état de l'entendre : elle répéta qu'elle l'avait prédit, et que puisqu'elle n'avait pu obtenir sa confiance- dans une occasion de cette importance,' il était iuutile qu'elle restât près d'elle; elle allait demander au marquis de Surgi la liberté de se retirer.

* Charlotte aimaiffcréritablementinadame Oliva; elle avait lieu de croire que foute autre personne placée près d'elle aurait plus de surveillance et de sévérité; aussi elle ne négligea rien pour l'apaiser : larmes, prières,

( i 6 9 ) promesses de toute espèce; c était bien pi as qu'il ne fallait pour vaincre une résolution qui' n'était pas même sincère. Madame Oliva pardonna, et Charlotte, dont le cœur était plein, se soulagea , par l'a veu le plus sincère de toutes les bontés qu'elle avoit eues pour le chevalier.

Dans ce premier moment de douleur et de dépit, elle croyait le haïr, et achevait de s'irriter elle-même par le tableau qu'elle faisait de son ingratitude et de sa perfidie.

Elle renchérissait sur le mal qu'en disait madame Oliva , qui lui demanda enfin si une telle épreuve ne suffirait pas pour l'en détacher à jamais.

— J'aurais bien peu de fierté s'il en était autrement, reprit Charlotte; je le déteste plus que je ne l'ai jamais aimé, et je suis capable de le féliciter de sang froid, sur sa douce union avec madame de Cérac. — Vous me rassurez entièrement, reprit madame Tome I. H

( 170 ) Oliva, tâchons seulement que toute cette affaire soit ignorée de votre oncle, car elle lui donnerait beaucoup d'humeur; je suis d'avis que vous fassiez semblant d'être malade, pour qb\m puisse supposer que voire accident cbez madame de ***. est tout i-fait naturel, et n'a rien de commun avec la nouvelle que vous y avez ^apprise. — Je suivrais v^uglément vos conseils.

Madame Oli va embrassa Charlotte, la força de prendre quelque 'nourriture, et Tarant fait mettre au lit,, lui ^commanda Je -repos, dont «Hé avait le plus grand besoin.

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