‹ Les amants de CharentonChapitre 19 sur 23 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

l^A pauvre enfant essaya en effet de dormir â niais elle ne fut pas longtemps sans s'apercevoir que les sentiments tumultueux qui remplissaient son ame ne lui en laissaient pas le pou* voir : elle regrettait déjà les confidences qu'elle venait de faire à madame Oliva; le mal qu'elle avait dit du chevalier ( très-coupablè sans doute ) y Boais qu'enfin elle cqndaursans l'avoir entendu , et .sans la moindre explication avec lui.

Trop agitée ,pour demeurer t couchée, elle ralluma sa bougie, se lejg, et fut cjiercbfir dans une petite cassette de bois de roae deux octrois cpnts billets charmants qu'elle : avait reçus $u chevalier. *

£ïo$ieuse de voir que spn rç$sgfltipiqnt s'était jdéjà et si aiséi^cnt af~

( 17* ) faîbli , elle se flatta que cette lecture

lui rendrait toute sa colère. C'était

donc au moment de l'abandonner,

de la tromper pour un vil intérêt de

fortune , qu'il avait employé avec taut

d'art le langage si désintéressé des

amants délicats.

Elle approcha une table, et parcourut toutes ses leftres;... s'enivra de nouveau de tout l'amour dont elles étaient remplies , se rappela les tendres serments qu'elle avait reçus, les efforts qu'il avait faits pour obtenir de plus grandes faveurs, en répétant mille fois, que le titre d'époux les légitimerait toutes.

Des torreutë de larmes, que le dépit avait contenus jusqu'alors, s'échappèrent de ses yeux , et, pour combler sa nouvelle défaite, elle aperçut le portrait du chevalier, dont la charmante figure était pleine de candeur et de sensibilité; elle le porté involontairement à ses lèvres, en s'é~

( *?3 J criant : Non, non, cher et fidèle ami?

je ne le crois pas. Tu ne m'as point trompée ! de semblables traiis ïïg peuvent point cacher un cœur perfide et criminel ! Ces yeux charmants ne doivent leur.expression qu'au sentiment qui les anime; la nature .neprête point ce sourire touchant à l'imposture. Eh comment ai- je pum'aUmner, t'accuser si facilement?..

Elle relut encore quelques lettres;, de celles où le chevalier prenait Vhonneur lui-même pour garant de ses serments; s'il eût été près d'elle en cet instant, elle fut tombée à ses genoux, honteuse de l'avoir si mal jugé, si mal connu.

Pourtant le discours de cette dame lui revenait à l'esprit, et la jetait dans un mortefle anxiété ; elle ne pouvait savoir qu'elle aimait le che~ valier! et quand elle l'aurait su, ce nlétait point une ennemie... Quel intérêt , quel plaisir aurait-elle eu à lui

déchirer le cœur L. Elle aurait donné tout au monde pour revoir un instant le chevalier; mais dans leur dernière entrevue il lui avait dit qu'il allait faire un voyage de quelques jours, dans sa famille... Il n'était point à Paris... Cette réflexion ranima toutes ses craintes, et parut ajouter une nouvelle probabilité à son malheur.. .

Il allait sans doute chercher ses papiers,... le consentement de son père.

Après mille combats, elle se fixa à cette idée ; et quelle que fut l'extravagance du projet qui lui vint à l'esprit, elle ne put retrouver un moment de sommeil qu'après s'y être irrévocablement fixée.

Le lendemain madame Oliva la trouva fort abattue , mais . calme ; Charlotte lui dit qu'elle^royait avoir 'eu un peu de fièvre pendant la nuit; qu'il était naturel que ramour^propre seul rendît sensible au procédé qu'elle éprouvait* mais que sa plus

( '75 ) grande inquiétude était actuellement que le marquis de Surgi hfoût entendii parler de la scène .du concert... Jô donnerais tout au monde pour le sa* voir, ajouta Charlotte ; niais vous sa^ vez combien je crain* mon oncle* Au premier' moï qu'il me -dira à ce sujet,. mon trouble me trahira...— Je vous entends, ma chère petite; 'dit madame Oliva ; voua voudriez que j'y fusse'avaht vous : maïs en- supposant que votre oncle apprenne votre imprudence; il est trop tôt encore.-^ Point du tout, reprit* vivement Ghar-r lotte; lorsque vous lui aurez dit des aujourd'hui que je suis malade, qu'il aura appris de vous-même mon évanouissement, il sera le premier à se iribquer dès conséquences qu'on Avta voulu en tirer... H n'y verra que la jalousie des femmes que j'ai pu éclip~ ser, et des caquets de société dont vous savez qu'il aime tant à se divertir*

(176) • — Vous avez peut-être raison ,

Charlotte; et j'irais àTinstant, si je ne craignais de voua quitter pour autant de temps : mais nous sommes au Marais , votre oncle demeure à la Chaussée*- d'Antin , et en prenant une voiture de place, je ferais encore bien lentementune si longue course.

Charlotte pressa madame OH va de partir, mais on ne trouva point de voiture , et son élève en fut ravie, car son dessein éfait de l'éloigner pour long-teropd. Elfe se mît à son piano , pour mieux lui persuader que son esprit était tranquille; et l'ayant vue marcher avec assez de gravité pour croire que son retour ne serait pas prochain, elle s'occupa d'elle-même, et du projet bizarre dont elle ne présumait pas le triste résultat.

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