‹ Les amants de CharentonChapitre 21 sur 23 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

George , avant de s'ouvrir de ses projets avec son père, voulut s'entendre encore une fois avec sa maîtresse .... Il ne pouvait imaginer qu'elle refusât sincèrement sa main , et ne concevait pas de quel devoir elle avait voulu parler, quelle résolution elle voulait prendre,.. Enfin il se présente de nouveau chez elle* Une femme de chambre , qui n'est pas dans le secret elle même, et qui

vient de recevoir son congé > lui répond en pleurant que mademoiselle est partie;., que madame Oliva vient de faire les malles ; que tout est enlevé; qu'qn lui a défendu de les suivre , etc. , etc. . . . George se trouble , s'emporte , se désespère ; cherche partout une lettre , n'en trouve pas , et rentre à l'hôtel dans un état

de fureur si violent , qu'il vomit le sang, se frappe la tête contre les murs 3 voit à peiné son père qu'on vient d'avertir , et qui reste en sifence devant lui, sans oser l'interroger. — Elle est partie ! elle est partie*, s'écrie-t-il enfin ! quelle trahison ! quel outragfe !

et je më suis cru aimé ! Mon père , le croirez -vous; on refuse d'épouser votre fils !... J'offre sincèrement mon cœur ; ma fortune*, ma personne ; et l'on me fuit , on m'abandonne ! Vengez-moi , mon père ; vengez votre fils ! — De <jui dôis-je vous venger, monsieur, et dans quel état je vous vois î Rappelez votre raison : à qui offrez- vous votre main sans l'aveu d& votre père ? — L'aveu de mon cœur mfRt, je n'en réclame pas d'autre.

* I*e marquis, poussé à bout par cette réponse , très-violent lui-même, et très-décidé là 1 s'opposer à ce mariage , s'arma: : d*abord de sévérité jeovers «û fifc rebelle ; mais il était

( SU) trop tard....»- George , accoutumé a tous les excès , et sans respect pour un père qui n'avait jamais résisté à ses désirs , se leva impétufcusepaent , et osa lui imposer silence.*— Taisezvous , mou père ; et n'ouvrez la bouche que pour applaudir à mon ohdix , quel qu'il soit > ou vous tfavèz plus de fils. En même-temps , George se saisit d'un rasoir qui était sur la cheminée y le porte à sa gotge , et dit au marquis : Mon père , j'aime Charlotte. . . j'aime ma cousine. • . f entrevois que vous savez: où elle est!. • • çlle vous a parlé , elle vous a vu. . .

voilà ce qu'elle appelait son de voit*.

Charlotte.*, ou la mort.*— Mon ami !...

mon fils ! reprit le marquis ëp chercha n t doucement à le désarmer,depuis .quand croyez-vous qu'il faille agir avec tant de violence pouiH*btenir quelque chose de moi ? — Mon père , ce n'est pas là un aveu positif. — N'accorderez-vous pas quelques jours de

délai à votrcpèxe. — -Les, délais sont inutiles ; je suis décidé. — Charlotte vous a-t-elle dit qu'elle vous aimât ?

-—Qu'elle m'aime ou non, elle sera ma femme; ne m'avez -vous pas appris que la fortune et le rang lèvent tous les obstacles?... Ne Pavez-vous pas éprouvé qent fois vous-même?...

Je veux être heureux. — George , si vous veniez à vous repentir... Charlotte n'a rien. — J'en ai $ssez pour nous deux. • — George , vous comptez beaucoup sur moi . . . — Vous ne vivrez pas toujours. M. de Surgi ne s'a t tendaitpasà une réponse si cruelle ; il en fut terrassé , et ce moment fut si affreux , qu'il expia en quelque sorte les fautes de toute sa vie. Il couvrit son visage de ses deux mains , et demeura eh silence.

George,, sans principes , sâniienthçents , sans délicatesse , ne songea qu'à abuser de la terreur qu'il venait d'imposer à son père; il ne le quitta

( âj6 ) qu'après lui avoir fait domver par écrit le consentement le plus formel et le plus libre en apparence ; il courut le porter à la marquise , à laquelle il demanda le sien pour la forme, et même sans paraître croire qu'elle pût le refuser.

Honorine , si étrangère dans sa propre maison , relut plusieurs fois Técrit qu'elle avait entre les mains , reconnut récriture de son mari . et signa.

Madame Oliva ni Charlotte ne s'-étaieùt pas flattées d'un succès aussi prpmpt ; elles ne restèrent qu'un seul jour au couvent , et , à leur grande surprise, George, accompagné de son propre père, vint les chercher le jour suivant. Le marquis n'ayant rien à reprocher à sa nièee , dont il était fort loin de soupçonner le manège et l'adresse, la traita avec douceur,Çharlotte feignit de nouveaux refus; mais le trop faible marquis, voyant tou-

jours le fatal rasoir prêt à trancher les jours de son fils , dit à sa nièce, quoiqu'en soupirant, que le consentement qu'il lui donnait était sincère; tju'il la regardait déjà comme sa fille , et souhaitait qu'elle fût heureuse avec son fils,

George , satisfait voulut alors donner quelque marque d'affection à son père ; mais il lui avait porté un coup mortel. M. de Surgi se regardait comme le plus maheurcux de tous les pères, et George comme le fils le plus ingrat, ne doutant guère qu'il ne souhaitât sa mort pour jouir plus promptement de son bien ; la vie lui devint à charge , et pour la première , Tunique fois depuis plus de quinze ans 5 H murmura entre ses dents . • .

Nada. . . ma pauvre Nada, peut-être m'aurais-tu aimé !

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