Tome I, D
le repos. Mait des symptômes extérieurs n'avaient pu lui indiquer la véritable source du mal;. . . la fièvre et le délire survinrent dans la nuit même , et ce que la marquise eût voufti ignorer elle-même eût été di^ulgtié sans la moindre réserve , si Julie ; tendrement attachée à sa mai-»
tresse i n'eût eu la prudence* d'écarter tous | es témoins; et de rester seule à la garder jour et nuit r Dévinanat bien alors que la vue de son enfant était la chose le. plus propre à la calmer, elle ne permit point qu'on Téloigiaât un seul moment.de la chambre} elle la mettait souvent sous ses yeux, cherchait à l'attendrir , persuadée que les lartnes seules pourraient apporter du soulagement à ses maux. Cette méthode que la sensibilité avait dictée à cette fille simple et sans expérience , fut couronnée par le succès/Madame de Surgi re-% cpnnut sa fille «, la baigna de ses pleurs,
( 75 ) et comprit , par fes soins même de Julie y qu'elle avait sans doute trahi son secret.
Elle lui demanda alors avec empressement depuis combien de temps elle était malade , et ce que le marquis était devenu après son acci* dent Elle n'apprit point sans une sorte de surprise qu'il n'avait pas **
paru à rhô tel; mais le comte Hippolyte, son plus intime ami 9 était venu plusieurs fois demander de ses nouvelles : Julie était persuadée que le marquis n'avoit point quitté la capitale , et qu'il était caché chez lui.
Quoique ce ne fût qu'une simple conjecture , elle ne laissa pas que de fixer toutes les idées de la marquise.
On ne vit point dans le monde sans comprendre l'égarement où peut conduire les passions et les vices ; mais le?
personnes profondément corrompues sont les seules qui savent qu'on peut rester criminel sans remords : il
( 76 ) est doux aux autres de penser que dans la vie la plus perverse il y a toujours une heure pour le repentir , et madame de Surgi ne douta pas un instant que cette heure ne fût sonnée pour son mari.
A ce motif d'espoir et d'indulgence , elle en joignait en secret un autre.
Le mépris le plus fondé n'avait pu la guérir de l'amour qu'elle conservait pour lui ; il avait déjà gravé son pardon dans son cœur, et ce fut une grande consolation pour madame de Surgi que d'oser le défendre vis-à-yisr de Julie, devenue, malgrésa maîtresse, dépositaire de ses chagrins. — Mon enfant , lui dit-elle, je commence à voir ~que Pamour maternel a aussi ses excès, et je ne conçois'plus moi-même avec quelle exagération j'ai jugé la conduite et les intentions de M. de Surgi.
Il est vrai qu'il préfère George à sa fille ; mais d'abord cet enfant est la
(77) premier qui ait été accordé, après
tant d'années de mariage , à notre amour : sa faible santé , le continuel danger de le perdre , ont constamment alarmé la tendresse de son père ; n'est-il pas naturel qu'il souhaite un héritier de sa fortune et de son rang ?.. , — Oui, reprit Julie (fort aigrie contre son maître ) , M, le marquis fait fort bien d'aimer George ; c'est un méchant enfant qui ne sera peut-être aimé que de lui ; mais est-ce la faute de la pauvre Nada , et que voulait-il en faire ? — Mais , reprit la marquise ( fâchée de voir que son époux fût aussi difficile à défendre ) , il ne voulait peut-être l'éloigner de la maison paternelle que dans les premières années de son enfance , . . . empêcher que je ne partageasse trop mes soins entre ces deux enfants ; crois-le, Julie, un jour il me l'aurait rendue; il m'aurait avoué la vérité , et j'aurais revu mon enfant... Au lieu de cela, qu'ai-
(7&) je fait ! Loin de m'expliquer avec
cette douceur, cette modération qu'un mari a bien le droit d'exiger, au lien d'attendre qu'il m'eût donné quelques éclaircissemens. • . je lui ai laissé voir les plus odieux soupçons...
Pense-tu qijjun homme d'un caractère aussi ferme , aussi prononcé que celui du marquis j s'abaisse volontiers à se justifier aux yeux d'une femme?...
— En attendant , reprit Julie , il a osé frapper madame ; et si le mouvement violent qui l'a renversée eût atteint cette pauvre petite créature , c'en était fait de ses jours. — Ah ! Julie , dans la colère, on ne raisonne pas; le mal
qu'on fait est affreux, mais il est involontaire.... — A présent qu'il sait que madame la marquise est blessée , qu'elle « été si mal , où est-il ? comment répare-t-il sa faute? — Je gagerais , reprit-elle ; qu'un peu de honte
le retient Songe donc, Julie,
que c'est la première fois qu'il m'a
rendre victime de sa violence . . ; Ileti coûte de revenir ;. d'ignorer peut-ére comment sera reçu un mot de réparation ç% d excuse déjà si difficile à faire.
— Ma chère maîtresse > dit en souriait Julie , j'ai lu quelque part que les femmes daps certains pays , aimaient à être battues. — Elles aiment à pardonner 5 reprit la marquise ; on en devient plus chère à celui à qui on ne fait pas trop acheter cette faveur; il connaît assez sa faute avant qu'on la lui reproche ; et je sens qu'il faut que le marquis se réconcilie avec luiniçme avant de l'être avec moi. — Je
ne conçois rien à ces délicatesses ,continue Julie ; je suis veuve à présent ; mais j'ai vécu dix ans avec un homme de ma sorte , qui n'avait pas Péducation de M. le marquis,... s'il eût seulement fait un geste contre moi . . .
il ne m'aurait revue de sa vie.
La marquise prit un air sévère et fâché qui fit connaître à Julie que
son indiscrétion déplaisait h sa maî- 'tresse ; elle s'en excusa sur l'excès de son attachement , promit plus -de réserve à l'avenir, et ayant placé devant xnadaràe de Surgi tout ce qui lui était nécessaire pour écrire , elle la laissa se livrer seule à cetta occupation.