‹ Les amants enchaînés. Illus. de MayoChapitre 2 sur 29 · I. I DN [ I.K î · texte numérisé non relu

I. I DN [ I.K î

baissa Irs \ru\ rt. de la poiiitr ^\v son ombrelle. (le>siiia sur le i^raxier. Il alli »ni^'i';i le pas. instincti- \eiiient. lomnie nii entant pris en tanle. Alors seulement, il son L;ea (|n'il avait combiné tonte cette man<eu\re pour la sahur. Il ent nn ;;esle de dépit.

\ raimenl. mnrmnra-t-il. il n'est pas permis d'être aussi maladr» ni...

Depuis (piel{(ues jours, il n'axait d'autre désir (|ue d'entrer en relations a\ec cette femme dont il savait seulement le nom - Hélène l'onteney — lu sur le registre de l'Iioiel. Mais leur présence sous le même toit, les rencontres dans l'escalier et le salon (le lecture, lui permettaient, pensait-il. de la reconnaître quand il la croisait au dehors.

.\ l'extrémité du jardin, il se retourna. I^lle n'était plus là. l'die rentrait à l'hôtel, d'un pas rapide et soui)le. Son («mbrelle blanche, posée sur l'épaule, faisait, entre les arbustes, une mouvante tache claire.

Lors(|u'elle eut disparu, il vint s'asseoir à la place même ([u'elle avait quittée. r)ien cpie guéri de la blessure (pii avait entraîné sa réforme après quekjues mois de guerre, et dont il ne gardait ([u'une légère claudication, la marche le fatiguait

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assez vite. Du reste, il ne voulait pas avoir l'air de la suivre en entrant derrière elle à l'hôtel. 11 avait chaud ; le sang lui affluait au visage. Il s'éventa avec le journal (jui publiait la première de ses Lettres d'Italie qu'un ami commun lui avait fait demander par le directeur. De se voir imprimé dans une grande feuille parisienne, lui qui, jusqu'alors, avait seulement écrit quelques articles pour des revues d'art, il éprouvait une enfantine joie. Du jour où il avait remarqué Mme Fonteney, il cherchait le moyen de lui offrir son article. Il ressentait déjà la petite secousse de vanité qu'il éprouverait en lui répondant : — (( Mais oui, c'est moi, Georges Richaud )). Puis il songea au livre sur l'art ombrien auquel il travaillait depuis plusieurs mois. Et déjà il voyait, à la devanture des libraires, son nom imprimé sur une couverture ornée du griffon de Pérouse...

Quelques minutes après, cpand il pénétra dans le restaurant, presque toutes les places étaient prises. Il eut de la peine à découvrir Mme Fonteney, seule à une table, près d'une fenêtre. Deux couverts, en face d'elle, étaient inoccupés. Il s'approcha, fit semblant de chercher une autre place, s'arrangea pour

Elle s'assit sur un banc du petit jardin (page I I)

(|iu' U' j;;n\'<>n lui offrit crllt- (ju'il roinnitait.

— Scrais-jc nuliscrct. Madanic. en m'asscyaiit à cette table?

— Du tout. Monsieur.

Il rnucrcia. s'installa le plus loin possible, laissant \ i(k' la chaise en tacc (rilélcnc. Il était très embarrassé. Il ne voulait pas trahir son émotion et tenait à [^^arder un air (léf,^'lgé. Il n'osait lui adresser de nouveau la parole et. pourtant, il sentait que. s'il ne parlait pas tout de suite, ce lui serait plus difficile encore d'engager la conversation.

Il s'enhardit.

— J'ai. Madame, des excuses à vous présenter.

— Des excuses ?

— Oui... tout à l'heure, dans le jardin, j'ai passé devant vous sans vous saluer : je vous ai reconnue troj) tard.

11 baissa les yeux sur son assiette.

— Mais vous êtes tout excusé. Si l'on contractait des obligations de politesse envers toutes les personnes qui sont au même hôtel, voyager deviendrait odieux.

Klle avait i)arlé si simplement (ju'il reprit aussitôt courage.

l8 l.KS AMANTS KNCHAINÉS

— \'ous a\ez l)ien raison... Peut-être, cependant, pourrait-on faire exception pour ses compatriotes. 11 y en a si peu dans ce pays depuis la guerre que, lorsque, par hasard, je rencontre quelqu'un venant de France, il me semble voir un visage d'ami.

Elle prit un air mutin.

— Etes- vous sûr que je sois Française ?

— Absolument.

— Parce que je parle français ?

— Ce ne serait pas suffisant.

— Alors, pourquoi ?

— Permettez-moi de ne pas répondre : vous me prendriez pour un flatteur...

Commencée sur ce ton aimable, la conversation continua sans gêne. Il trouva l'occasion de lui parler du livre qu'il préparait et de s'offrir comme cicérone. Mais il crut plus sage de ne pas insister et il ne lui montra point son article, bien qu'il lui bridât les doigts.

A la fin du déjeuner, il se leva le premier, pendant qu'elle achevait une tasse de café. Il salua. Elle lui répondit simplement, sans coquetterie. Il afïecta un air indifférent ; mais quand il sortit de l'hôtel, il se sentit comme étourdi. La chaleur

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inoiilait (le la^plialtc en lourdes Ix »nfï('(.'s. Il rfiilra aussitôt, .i^aj^na sa rliaiiilirc et saccouda à la tcnétre suspcndur en <|iu'l(|nc s<»rlr an-dcssns de la plaine. Il roiik'inpla un nistant l'iiarni" «nicux ccrrle des collines (jui, snn^ la clailé de nndi. senihlaient se résoudre en lumière dans la limpidité du eiel.

La légère exaltation (|ui suit les re])as lui mettait à la tète une j^^riserie. Il avait devant les yeux le tin visage de la jeune femme, avec ses abondants cheveux hloud> (pi'elle relevait sans cesse de la main pour les empêcher de tomber. Il essayait de reconstituer leur conversation, lu. ])cu à |)eu. continuant le dialogue, il en arrivait à lui parler à haute voix. Il lui montrait le paysage familier dont il connaissait les moindres recoins, lui en décrivait les beautés. .\h î comme il aurait voulu l'avoir ])rès de lui! Quand la re\ errait-il maintenant? Il lui lar (lait de saxoir (jui elle était, de déchiffrer l'énigme ([ui l'inlrii^uait. Tourcpv'i d<>nc voyageait-elle seule""' Simplement pour se distraire ou i)ar amour de l'art "'' Peut-être cherchait-elle ])lutôt à oublier... (Juand ils axaient parlé de la guerre, il axait cru rcmar([uer une ouibre de tristesse sur son visage. Teul-etre x- axait-elle laissé un mari, un fiancé, un

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