SILENCE
O souvenir inoubliable Qiii nous fermais la bouche et nous voilais les yeux ! Souvenir ! Souvenir ! Appel impérieux !
Nos doigts s'entrelaçaient longuement sous la table.
O fierté vaine et misérable !
O fierté vaine et misérable Qui sépares les cœurs plus que les abandons ! O mystère 1 ô tendresse ! ô douceur des pardons Qpe nos mains échangeaient malgré nous sous la table.
Au fond d'un silence ineffable 1
SÉRÉNADE
SÉRÉNADE
La coupe où sans regret tu versas Taffi^ux vin Reste la coupe d'or d'un échanson divin !
La nuit qui scintillait quand nous nous séparâmes Reste l'âme étoilée où montaient nos deux âmes 1
La fleur qui mourra loin de tes profonds cheveux Reste l'œillet béni qui servait les aveux I
Le vent qui passe et prend le baiser qu'on oublie Reste le messager du serment qui nous lie 1
wàV'.-
SÉRÉNADE
L*oiseau mélodieux que tu n'écoutes plus Reste le rossignol des jours où je te plus !
Le socle où je dressais ta statue infidèle Reste le piédestal d'une image immortelle I
Le parfum voyageur dont ton sein m'a sevré Reste l'errant désir que partout je suivrai !
L'heure qui vainement sonne dans ma détresse Reste l'instant sublime où venait la maîtresse I
La chanson qui s'éteint tristement dans le soir Reste récho vivant d'un immuable espoir !
Et l'univers morose où j'ai perdu ta gloire Reste le paradis auquel tu m'as fait croire t
LUNE NOUVELLE
LUNE NOUVELLE
C'est rheure où là rose inclinant sa tige Du printemps aspire un baiser plus doux.
O frisson du soir I Caresse ! O vertige I Dans le crépuscule à quoi rêvons-nous ?
Tout se fait suave et se vaporise, Et tout s'abandonne aux vagues langueurs.
O mots embaumés flottants sur la brise 1 Q}iel fécond silence embrase nos cœurs ?
LUNE NOUVELLE
Là-bas, dans le golfe aux ourlets d'écume, Les bruits de la mer, comme ils sont légers ! O palmes nageant vers nous dans la brume !
Qpe regardons-nous sous les orangers ?
La nuit nous enlace. Oh ! vois ! nos pensées Éclatent au ciel en floraisons d'or.
O les rxmas dans l'ombre ardemment pressées ! Qjiel secret nous garde un riche trésor ?
Tout palpite afin que tout mêle et fonde En moi ta tendresse, en toi mon espoir.
O baiser donné pour un autre monde !
Quel nimbe est là-haut sur nos fronts ce soir?
LE TALISMAN
LE TALISMAN
A EDMOND LBPELLETIER
Une fée a pour elle été douce marraine.
J'ouvre mon souvenir, afin de la revoir Heureuse dans la vie, et dans la mort, sereine, N'ayant jamais connu des rêves que l'espoir.
Elle est morte à seize ans, vierge, belle, adorée, Je le savais, son cœur à peine ouvert, rempli ; En un coin de mon âme, au fond d'un chaste pli. Elle dort à jamais, froide, blanche et parée.
LE TALISMAN
Reliquaire odorant dont un ange a la clé, Son cœur à peine plein s'est fermé; je le porte Loin de vous tous, en moi profondément celé ; Car seul j'ai deviné le secret de la morte.
Que celui qu'elle aima ne sache jamais rien Du séraphique espoir dont il eût brisé Taile ! Et que toujours entier, mystérieux et frêle, Ce virginal secret vive et reste le mien !
Q.u*il soit mon talisman, comme il est ma relique, Cet amour que la mort a sauvé du réveil !
Pour m'entr'ouvrir en songe une vie angélique, Qp'il monte, encens lointain, à travers mon sommeil ?