Sauvai, III
4. Voire même des bibliothèques pour la montre, ne contenant que des dos de volumes. Sauvai, I, 1 8, et II, 353.
fermes. Les financiers de province rivalisent avec leurs confrères parisiens : à Lyon, à Aix, à Rouen, à Bordeaux, de Pianelle, Sibon, Bigot, de Boisgarnier forment des recueils célèbres de tableaux , de livres , d’antiques, de monnaies, de manuscrits.
L’heure était venue pour Foucquet d’entrer en scène.
Nicolas Foucquet, François Foucquet, Saint-Mandé, la bibliothèque, les sarcophages. \'aux-le-Vicomte, inventaire du château.
icoLAS Foucquet’ est une des grandes figures de la curiosité parisienne. Il aime les lettres, les arts, les poètes, les femmes, les fleurs, les tableaux, les tapisseries, les livres, les antiques, tous les luxes et toutes les élégances ; un de ses juges l’appelait omnium ciiriositatiim cxplorator C’est un délicat et un clairvoyant, qui choisit tout d’abord Molière et La Fontaine, Le Nôtre et le Poussin, Puget, Le Brun et La Quintinie, avec Menneville et du Fouilloux, les deux plus jolies filles de la cour, au dire de Racine qui s’y connaissait. Amoureux de gloire et de grandeur, « le plus magnifique et le plus curieux homme de son temps », séduisant, politique, rompu aux affaires, il a le coup d’œil, la passion, la puissance et la fortune, tous les dons qui font l’amateur de haute taille-’.
Je n’ai pas à refaire ici le procès de Foucquet. L’histoire et la chronique scandaleuse se sont partagé la besogne ; on a fouillé les gazettes et les mémoires, déchiflré les mystères de la fameuse cassette; on a raconté par le menu ses aventures, ses faiblesses, ses dilapida-
1. .l'ai conserve l'ancienne orthographe, celle de Nicolas Foucquet lui-même (voir sa signature^ p. 27) et de presque tous ses contemporains.
2. Discours sommaire de ce qui a été inventorié à Saint-Mandé, Bibl. Nat., mss. suppl. fr., loqSS; — Bibl. de Rouen, Papiers d’Ormesson, vol. \1.
3. Voir son portrait par Le Brun. Nanteuil a fait un beau portrait de Foucquet, ad vivum, ibCi ; M. II. Bordier croit reconnaître Foucquet dans un émail de Petitot de la collection Gosford, en Angleterre. Claude .Mellan a gravé son portrait en iGGo et Gilles Rousselet en iG5<i; P. Mignard l’a peint vers iGGo.
tions^ son interminable procès, sa longue captivité. Le financier, riiomme politique et l’homme privé ne sont pas mon affaire ; c'est l’amateur qui pose.
Il naquit en i6i5. Son père, François Foucquet, conseiller d’Etat, l’un des hommes les plus intègres de son temps’, avait formé un cabinet remarquable de médailles et de livres. Peiresc en parle dans un de ses manuscrits ' ; on sait que le savant amateur ne manquait jamais, en voyage, de visiter les cabinets célèbres et d’en noter les particularités les plus intéressantes. En 1610 ou 1616^, se trouvant à Paris, il ne manqua pas d’aller voir la collection de François Foucquet et décrit longuement ses médailles romaines en or et en argent b
Nicolas Foucquet hérita des goûts de son père et débuta comme lui; il acheta des monnaies, des médailles et des livres; c’était assez pour un petit maître des requêtes. Mais Foucquet savait attendre, il croyait à sa bonne étoile et ses amis l’avaient déjà surnommé l’Avenir. La Fronde décida de sa fortune. Resté fidèle à Mazarin pendant les mauvais jours, il apprit à son école les grandes affaires et la grande curiosité. En i65o, il avait acheté la charge de Procureur Général au Parlement de Paris; trois ans plus tard il était nommé Surintendant des Finances. La Fronde venait de dire son dernier mot, Mazarin triomphant s’apprêtait à refaire ses collections dispersées et chacun se hâtait de réparer le temps perdu. Foucquet se mit à l’œuvre à son tour.
Il possédait alors deux maisons principales, Saint-Mandé et Vauxle-Vicomte Saint-Mandé, sa résidence habituelle, avait le double
1. \'oir ses titres dans son épitaphe citée par llurtaut, IV, 840. Il avait épousé Marie, fille de Gilles de Maupeou, seigneur d'Ahleiges, contrôleur général des finances. François Foucquet mourut en ifiqo.
2. Conservé dans la bibliothèque du musée Meermanno-Westreemanum de La Haye. M. le D'' Campbell, directeur du musee, a bien voulu prendre la peine de faire pour moi un extrait très étendu de ce précieux manuscrit; je tiens à l’en remercier ici publiquement.
3. Une coupure en haut de la feuille du manuscrit ne permet pas de fixer la date plus exactement.
4. Le Père du Molinet {Cabinet de Sainte-Geneviève, parle d'une « agathe antique
portant le nom d’Agrippine, qui avoit appartenu à Tristan de Saint-Amant, lequel l’avoit eue de M. Foucquet. »
5. Foucquet logeait à Paris rue Saint-Thomas-du-Louvre. 11 acquit par son mariage une maison, rue du Temple, appartenant à sa femme Magdeleine de Castille. En i658, il acheta Belle-Isie et vers la même époque l’hôtel d’FJrnery, à Paris, celui que Sauvai appelait le Commode. Cet hôtel disparut dans les démolitions nécessitées par la construction de 1# place des Victoires. A Fontaine-