‹ Les amen de Monsabré [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 20 · A6 LES AMEN · texte numérisé non relu

A6 LES AMEN

‘ Dieu,n’avoir point d'autre maître suprême ‘“ que lui, l'aimer, respecter son nom sacré,

“s'appliquer au culte de sa majesté sainte.

‘ honorer les chefs de famiile, être juste et ‘“ chaste en ses actions et ses désirs, véri- ") “ dique en ses paroles, —la conscience avait ‘“ dit toutes ces choses ; mais il importait “ que, troublée par les sens et les passions, “ elle les entendît venir du dehors, afin de “ prévenir le mortel assoupissement qui “ menaçait le genre humain.

“ Mais cette manifestation sublime, était “ pourtant insuffisante, puisqu'elle n’'attei- “ gnait qu'un peuple privilégié. Le dogme “ catholique nous montre non plus Moïse, “ mais la réalisation du vœu qu'exprimait le | “ prophète quand il s'écriait :—"* Etablissez, | “ Seigneur, un législateur sur les peuples, | “afin qu'ils sachent qu'ils sont hommes.— “ Ce législateur est venu, c’est le Verbe

“ fait chair ” — dont soit dit en passant —

vous avez salué la naissance, cette année surtout, avec un redoublement de joie et de ferveur, à l'ombre de ces tours majestueuses, dans l'enceinte de ce temple si richement décoré, dont Montréal à lieu d'être fier, et qui, au lieu de vieillir, reçoit chaque année avec ses offices grandioses, ses flots d'harmonie et ses jets féériques de lumières, le gage assuré d'une intarissable jeunesse,

Jésus-Christ vient donc au monde pour guider la conscience humaine, pour la soutenir dans sa faiblesse par sa loi, et en établir par sa sanction divine la perpétuelle observance. Pour cela les moyens sont légués sûrement ; et, comme il ne s'agit pas pour | homme de se borner à la terre, mais de tendre plus haut, d'atteindre le surnaturel, le règne de la grâce est établi. L’admi-

nistration du nouveau royaume est confiée

à un corps pur, saint, infaillible, indépen-

is LES AMEN

dant de l'erreur, pouvant la braver, la terrasser au besoin, Si donc, l’homme dans sa vie agitée se sent faiblir, il n'a qu’à redresser la tête, regarder avec confiance, user des moyens que Dieu lui assure pour refaire ses forces. Il peut se dire en toute sûreté: si je ne fais pas cela, je suis perdu pour toujours, où, si j'agis de telle façon, je me moque de la douleur comme des plaisirs, je passerai à travers la souffrance, la mort même, j'arriverai à la joie éternelle —sci0 cui credidi, je sais en qui J'ai foi.

Vraiment, s'il n'y a pas là le moyen de devenir meilleur, de panser les plaies de l'âme, de les suérir et de brider les mauvais penchants, où trouver mieux ?

—Remarquez, Messieurs, il n’y a pas une simple question de principes ; il est facile de nous placer en face de faits et même d'en appeler à une expérience personnelle ;

la fontaine de force est sous nos yeux, nous

y avons puisé la vie de nos âmes. La vraie loi nous a été léguée avec les moyens de l'observer, moyens efficaces, à la portée de tous, abordables aux intellisgences bornées comme aux talents les plus brillants. Nous n'avons quà ouvrir la première page de l'histoire d'un pays où la civilisation chrétienne a pénétré, et nous verrons sur-lechamp les prodiges qu'ils ont opérés.

“ Pour rendre l’homme humble, chaste, “apôtre, frère, dit le grand Lacordaire, la “ doctrine catholique a pris son point “ d'appui en dehors de lui-même, elle l’a “pris en Dieu. C'est au nom de Dieu, “ par la force des rapports qu'ellea créés “entre lui et nous, par l'efficacité de ses ‘“ dogmes, de son culte et de ses sacrements, “ qu’elle change en nous ce cadavre rebelle “à la vertu, qu'elle le ranime, le ressuscite,

“le purifie, le transforme, le revêt de la

gloire du Thabor, et que l'ayant ainsi

“armé de pied en cap, elle le jette comme “un homme nouveau dans la mêlée du “ monde, faible encore par sa nature, mais “ fortifié par Dieu vers qui monte son in-

“ cessante inspiration.” Le dogme catholique obtient de l'intelli-

vence la plus parfaite adhésion, de l'âme

l'admiration, du cœur l'amour et la généro-

sité, non pas seulement dans une certaine mesure, mais même poussés jusqu'à l'héroïsme. L'aen de ses ñdèles adhérents est donc complet, c'est dire par là même l'influence salutaire exercée sur toute Îa société. Ainsi en face des bienfaits innombrables qui découlent pour elle de l'accomplissement de la loi chrétienne, l'orateur de Notre-Dame veut en étudier les obliga-

tions. La société est un corps composé

d'organes nombreux et distincts ; pour que le bonheur, la paix et la prospérité y rignent, 1l faut l’'accomplisserment de deux gra :ds devoirs :--le respect et l'amour—et pour ceux qui commandent et pour ceux qui obéissent. Or, le dogme catholique est par excellence la doctrine du respect et de l'amour. donc les sociétés doivent lui accorder avec empressement l'aez de leur acquiescement, afin de participer aux avantages inestimables qu'il apporte à l'humanité. Mais, Messieurs, le respect et l'amour ne s'accordent pas sans raisons. Ce sont des sentiments trop nobles, trop profonds pour ne pas être motivés : “ C'est à la tête “ de la société, c'est-à-dire, au pouvoir qui “ couverne, dit Monsabré, q'rest dû le pre- “ mier hommage du respect ; et vous com- “ prenez tout de suite que cet hommage “est en raison de l'idée que nous avons de

“ Ja dignité de ce pouvoir.”

Le dogme catholique nous met devant les yeux l'origine, et partant ce qui fait la force et ce qui assure le légitime fonctionnement du pouvoir. Toujours Dieu en tête de tout, toujours le foyer des vraies lumières et des saintes inspirations en tout. Le divin soleil de justice lance un de ses rayons sur le front de celui qui est appelé à gourverner, ce n'est pas d'en bas qu'il reçoit le pouvoir, c'est de Dieu de qui vient toute puissance : c'est comme un épanouissement de la grâce divine qui jette sur des épaules humaines le manteau de la vraie royauté.

À cette vue les croyants courbent le front, se soumettent, respectent le sceptre comme les édits qu'il confirme; et de même qu'en vue des types divins et des représentations religieuses, ils chantent l'aerx du cantique de louange et du ravissement, de même devant la figure auguste de celui qui com-

mande au nom de Dieu, ils volent, ils cou:

rent, ils combattent etils s'estiment heureux de mourir. Je ne m'inspire pas ici, Messieurs,simplement des idées qui ont heureusement prévalu, en certains temps, en certains lieux ; je n'examine pas les personnes, je ne pèse pas même leurs actes, mais je dis que la religion qui m'a accueilli en naissant, qui secourt nos faiblesses et qui a droit à notre suprême soumission, nous montre sur un trône quelque chose de plus que de l'or et de la pourpre. C’est Dieu qui fait les grands, cest Dieu qui les ennoblit, et c'est pour cela qu'il faut respecter, aimer et servir celui qui commande en son nom.— ‘ Croyez, dit Monsabré, qu'une nation peut se choisir des chefs, quand Dieu ne lui en donne pas ; qu'elle peut déterminer la forme et les conditions d'un gouvernement. Appelez cela, si vous le voulez, la souveraineté nationale. Mais, sans préjudice de cette souveraineté

nationale, on doit dire avec un savant ju-

ct et

riste : L'opération sociale a son principe dans l'autorité ; ” et, avec le docte Bellarmin: “le pouvoir vient radicalement de Dieu seul ; car, étant annexé à la nature de l'homme, il procède de celui qui a fait la nature de l'homme. Le droit de nature étant droit divin, il faut conclure que le pouvoir est introduit dans l'humanité par droit divin.”

Avec cette notion maintenue chez un peuple, il nous est facile d'en toucher les résultats chez celui qui commande comme chez ceux qui obéissent, non seulement dans les rapports des organes du corps avec la tête, mais aussi des sujets entre eux. Le respect devient le modèle de tous : c'est comme une sève douce et forte qui circule dans toutes Îles artères du grand arbre social, qui le nourrit et perpétue sa vigueur. Mais, dit-on, la société offre des inégalités :

ne vaudrait il pas mieux tout aplanir et pré-

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senter un niveau parfait, sans distinction ?

Que de wens de nos jours prétendent qu'on y gagnerait énormément ! Comme c'est facile à dire, Messieurs, et combien 1l est aisé de voir que ces prétendus niveleurs de l'état social font comme l'artisan qui se place généralement à bonne hauteur pour façonner la pièce de bois qu'il travaille ! Il reste des morceaux, qu'en feront-ils ? Pensez-vous que ce sera pour donner du pain, des habits à ceux qui pour le moment les applaudissent ? vous ne le croyez pas ; moi non plus. Il vaut mieux dire avec Monsabré : “ [Impossible de supprimer ces iné- “ valités et ces contrastes ; ils sont dus à des “ causes indestructibles qui persistent comme le monde et se renouvellent comme les congrégations. Les forces de la nature, le talent, le caractère, le tempé- ‘ rament, les passions, et par dessus tout la

“ liberté humaine combinée avec les autres

El

énergies de l'âme et mise en présence des influences extérieures, n'est-ce pas assez pour faire qu'il y ait dans une société des orands et des petits, des puissants et des faibles, des clorieux et des obscurs, des riches et des pauvres? Ces inévalités et ces contrastes entrent dans l'arrangement des choses, dans l’ordre universel voulu de Dieu et maintenu par la Providence.

Nous ne supprimerons pas, Messieurs, les

inévalités et les contrastes sociaux, mais

‘il est un moyen de les tempérer, de les

si

rendre supportables, de les faire concourir à l'unité et à la beauté de l'ordre voulu par la Providence ; ce moyen c'est la cir-

culation du respect dans la vie sociale.”

Le respect n'est pas suffisant. [l est vrai

qu'une fois le principe de l'autorité admis,

popularisé il en résulte tant de bien-être,

tant de confort, qu'on arrive à développer

l'attachement ; mais le dogme catholique

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veut aller plus loin, et c'est ce qui fait dire à l'orateur de Notre-Dame : * La charité ne “ erme, ne S'épanouit et ne fructifie que - dans le rayonnement des vérités sublimes “ que nous révèle le dogme catholique. Il “ nous en montre le type éternel dans la vie divine elle-même, le lévislateur et le modèle dans notre propre nature, la source “et le but surnaturel, et nous provoaue ainsi à des œuvres d'amour et de dévoue- “ ment qui comblent les vides, suppriment “les distances, atténuent la rudesse des * contrastes de la vie commune et font concourir toutes les saintes énergies au rap- “ prochement, à la fusion intime et cordiale “ de tous les membres du corps social.” Mais, me direz-vous, est-ce bien possible ?

Oui, quand on le veut; mais quand on ne cherche qu'à monter aux dépens des autres, quand on veut s'arroger le droit de tout

saper, de tout détruire, quand on entend

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