‹ Les Américaines (volume 2)Chapitre 14 sur 28 · IV · texte numérisé non relu

IV

falloit que Jésus mourût pour racheter les hommes; ce décret étoit juste, puisqu'il l'avoit porté. Pourrions-nous nous écarter du sens de l'Ecriture sainte ? Elle dit formellement qu'il falloit que le Christ souffrit.

Lâdt LOUISE.

Finissez le passage , Monsieur : pour entrer dans la gloire. Voyez comme le même passage produit des idées différentes. Je vois dans celui-ci examiné tout entier , le contraire de ce que vous y voyez. Laissez-moi vous exposer tout Ce que je pense à cet égard , et auparavant permettez-moi de renouveler une protestation que j'ai déjà faite.. C'est que je n'ai d'autres idées que celles que j'ai puisées dans la sainte Ecriture lue en logicienne plutôt qu'en chrétienne j c'est que ces idées ont été confuses jusqu'à présent dans mon ame > qu'elles y ont fait des impressions que je n'ai jamais cherché à démêler, et qui se réveillent , pour ainsi dire , à mesure que l'on parle de matières qui y sont conséquentes. J'avouerai que j'ai vécu , sans trop le savoir , dans l'opinion de Monsieur ïolérant : je croyois que notre

façon de penser étoit assez indifférente à Dieu , et qu'il ne nous demandèrent compte que de nos mœurs. Quand je

. vous dis que je le croyois , je m'exprime mal y j'avois entendu rebattre cette opinion , je l'a vois prise toute faite, et sans examen ; je l'aurois encore , sitmeques-

. tioh de lady Violente n'avoit porté dans mon ame une lumière qui me subjugue.

Elle demandoit si Dieu peut être également'honoré par la foi de la vérité- et du mensonge. Cette question m'a paru absurde. Le Dieu qui est la vérité même pe peut être honoré que, par la vérité ; le mensonge , qui est son contraire , l'offense. Or y comme il est certain qu'il ne peut y avoir qu'un seul, dogme de vrai parmi la diversité des dogmes , il est aussi certain qu'il n'y en a qu'un seul qui puisse être agréable à Dieu. J'ai donc compris que l'indifférence du culte étoit une erreur pernicieuse, et dès ce moment j'ai pris une fermetésolution de me corriger de dette odieuse indifférence. Comme je n'ai eu jusqu'à présent aucune idée fixe des dogmes qui divisent les chrétiens , je n'ai point, de préjugé à cet égard j conséquent.

ment, je dois voir dans l'Evangile tout ce que Jésus y a mis. ( Car ce sont les préjugés qui produisent les fausses interprétations. ) Mais , me dira-t-on , quelle a donc été votre foi jusqu'à présent ? Je ne me suis point appliquée k chercher si je pensois comme les anglicans, les luthériens , les papistes,

etc mais si je croyois ce que Jésus

avoit dit C'est l'exposition de cette foi puisée dans la sainte Ecriture , formée par la sainte Ecriture, que je vais vous exposer. Après l'avoir fait, ceux à l'Eglise desquels j'appartiendrai par mes senti mens , auront la charité de me revendiquer.

. Miss DOROTHÉE.

Permettez-moi de vous interrompre , Madame ; c'est pour vous faire un compliment qui me suffoquerait , s'il falloit le retenir captif. Vous avez beaucoup grondé contre ma façon de penser y et vous y voilà revenue.

Ladt LOUISE.

Je n'ai jamais pensé autrement , ma chère ; mais je n'avois jamais consulté ma façon de penser, faute d'^y réfléchir.

TOLÉRANT

Et croyez-vous , Madame , que Dieu vous eût fait un crime de ce manque' de réflexion , puisque vous étiez dans la bonne foi ?

Lidt LOUISE.

Je vais parler contre moi-même; Monsieur ; mais il ne faut pas qu'une mauvaise honte me force à rèlenir la

■Si

vérité captive. Oui , je crois que Dieu m'eût condamnée , parce ,que j'avois négligé de m'instruire. Je n'ai pas apporté la même négligence pour les bagatelles que j'ai regardées comme absolument nécessaires pour/me faire K briller dans le monde ; cependant elles ne peuvent m'être d'aucune utilité pour une autre vie. Je me trouve actuellement si coupable d'avoir négligé la seule chose nécessaire, pour m'attacher à des bibus , que je prononce mon propre jugement. Je mérite d'être condamnée a cause de ma négligence.

L% CALVINISTE

A la bonne heure , que vous cherchiez à vous instruire j mais prenez

garde de vous égarer en interprétant mal l'Ecriture.

Labt LOUISE.

Ou elle est claire , -ou elle ne Test pas. Si elle ne l'est pas , Jésus m'aura sans doute indiqué un tribunal pour l'expliquer; car il lie me demande pas l'impossible : si elle est claire , pourquoi craignez-vous que je me méprenne dans son explication ?

Li CALVINISTE.

. Elle est dajre , Madame ,' dans tous les points qui sopt essentiels au salut: point de tribunal , ce, sont des hommes sujets à Terreur qui le composent ; et c'ept la principale erreur des papistes , que ce tribunal, .

TOLÉRANT

Donc l'Ecriture n'est pas claire^ puisque les papistes y voyent up tribunal que vous rejetez. Jésus-Christ ne nous demande rien d'impossible , dit lady Louise. Vous , Monsieur , vous dites qu'il n'y a point de tribunal. Mademoiselle Bonne soutient qu'il y en a un. 11 est impossible à lady Louise de

connoître lequel de vous deux a raison , donc il lui est impossible de connoître cette vérité; donc la connoissance delà, vérité étant impossible , Dieu ne nous demande que de bien vivre : ce qui dépend 4e nous.

Lidt LOUISE.

Tous vos donc posent sur un pria* cipe faux. Vous assurez que je ne puis connoître la vérité , que cela est im* possible, et moi je le nie jusqu'à ce que vous m'ayez convaincue de cette impossibilité par de bonnes raisons. Je la crois difficile cette vérité ^ mais il y{ a une grande différence de l'impossible au difficile., Avant de parler d'autre chose , je vous ai demande permission d'exposer messentimeng sur l'article de la justification ,* je vais le faire.

Dieu a créé l'homme pour en être honoré et glorifié : Dieu ne peut être honoré et glorifié que par la fuite du mal et la pratique du bien ; il ne faut pas séparer ces deux choses , qui sont les deux parties de la justice. L'homme ayant misérablement perdu la grâce par le péché, il lui falloit un réparateur, un sauveur. Ce péché ayant obscurci ses

lumières naturelles, il lui falloit un modèle, non-seulement pour tirer de «es exemples la connoissance de la vraie vertu, mais encore le courage et les secours nécessaires pour la pratiquer. Je suis intimement persuadée de ces deux fins de l'Incarnation : .Jésus s'est fait homme, pour nous sauver. Jésus s'est fait homme pour nous instruire. Pas \ine sejule de ses paroles et de ses actions qui ne tendît à cette fin. Cette seconde fin de son Incarnation,, il Ta également remplie de la manière la plus efficace et la plus parfaite ; car tout ce qu'il nous a d*ft, il l'a fait lui-même : les préceptes* peuvent bien peu sur nous, vous le savez , au -lieu que les exemples nous entraînent, Regardons donc toutes les actions et toutes les paroles de Jésus comme les règles de noire foi , de nos senti mens et de notre conduite : nulle qui ne renferme un exemple , une instruction ; nulle expression indifférente > qui ait été employée au hasard. Que .veulent dire ces paroles , Il falloit que le Christ souffrît j*our entrer dans la gloire? N'est-ce pas noua avertir ^que nous ne' pouvons pas arriver à cette

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gloire par un autre chemin que par la souffrance ? S'il ayoit voulu, en souffrant, nous dispenser de satisfaire nous-mêmes, il auroitdit: il falloil que le Christ souffrît pour nous dispenser de souffrir. Vous me direz: je conviens qu'il faut souffrir ; mais je nie que ce soit en satisfaction de nos fautes , que Jésus a expiées abondamment, suffisamment. Voila, je pense, le point de la difficulté entre ma Bonne et vous, Monsieur. Ce sera Jésus qui le décidera. N'a-t-il pas dit qu'il étoit venu en ce mondé pour accomplir toute justice ; or la justice s'opposoit à une satisfaction telle que vous la supposez , Monsieur. Si le bois verd est ainsi traité, dit-il encore , que sera-ce du bois sec ? Peut-on donner un autre sens à ces paroles que celui-ci : Si moi qui fais pénitence pour les péchés d'autrui , suis ainsi traité, que sera-ce du coupable réel?

Tout l'Evangile vient à l'appui de cette explication! Si vous ne faites pénitence % si vous ne pleurez, vous périrez. Faire pénitence, c'est satisfaire. Ce n'est point un conseil pour quelques-uns , c'est un précepte pour tous» il est d'une nécessité absolue > il faut faire pénitence ou périr.

Mais celte pénitence est déjà toute faite par Jésus, dites-vous. Apparemment que cela ne suffit pas pour nous empêcher de périr, si nous n'y joignons la nôtre. L'apôtre le pensoit ainsi quand il disoit : J'accomplis dans ma chair ce qui manque à la Passion de Jésus ; et quand il n'auroit pas parlé ainsi , cette vérité n'en se roi t pas moins claire pour moi. Rien ne manquoit sans doute à la rédemption et à la satisfaction de Jésus : elle est surabondante pour ceux auxquels elle sera appliquée; mais à qui sera-t-elle appliquée? à ceux qui auront satisfait de leur côté. Ce n'est pas comme supplément a la Passion de Jésus que nos souffrance s sont nécessaires, je lerépète,jele signerai, si on veut, de mon sang, mais c'est comme condition pour profiter de celle de Jésus.

Li CALVINISTE.

Ce n'est pas assez de le dire pour en être crue, il faut encore le prouver.

Làbt LOUISE.

Et que fais* je depuis un quartd'heure , Monsieur ? Les passages de la sainte Ecriture , que je vous ai cités , peuvent-ils recevoir une autre explica- * tion? Cette explication ne s'accorde-U

elle pas avec les notions que nous ayons de la justice ? Cette vertu permettroitelle d'accepter la satisfaction d'un innocent, tandis que le coupable seroit exempt de toutes peines ? Que cette doctrine soit reçue dans une communion ou dans une autre , c'est la mienne; car c'est celle de la sainte Ecriture et du bon geqfc

* • Ladt VIOLENTÉ.

11 me revient a l'esprit un trait d'histoire qui a quelque rapport avec ce que vous venez de dire. Un roi , grand amateur de la justice , fit une loi par laquelle il coiidamnoit les adultères à avoir les yeux crevés. Quelque temps après , le fils unique de ce prince fut convaincu du crime contre lequel cette terrible loi étoit portée ; alors le roi fit assembler le peuple dans un endroit très-vaste, et dit a haute voix qu'il avoit une grâce a demander. On s'attendoit qu'il alloit prier le peuple de soustraire son fils au châtiment qu'il avoit mérité : ce n'étoit pas là l'intention du législateur; Rien ne seroit plus désagréable pour vous, dit-il au peuple, que d'avoir un

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roi aveugle, il ne pourrait combattre a votre tête et vous .mener aux ennemis. D'un autre côté, la justice ne me permet pas de lui faire grâce, il faut que le crime soit expié» Voici fe tempérament* que j'ai trouvé pour concilier vos intérêts-avec ceux de la justice. La loi commande qu'il y ait deux yeux crevés , permettez-moi de donner un des miens pour en conserver un au mon fils. Le peuple , touché , demandent qu'on fit grâce à son roi futur. Celui qui régnoit alors fut inexorable , et en gravant, pour ainsi dire, la loi qu'il a voit portée sur son visage et sur celui de son fils , personne n'osa plus la violer.

Ma»zv. bonne.

Vous aviez raison, ma chère, cet exemple est propre à nous faire comprendre que la justice peut accepter la médiation d'un innocent qui s'offre à souffrir une partie de la peine méritée par te coupable ; mais il faut que ce dernier partage la peine , et que ne pouvant payer toute la dette, il en paye au moins v ' la partie qu'il peut acquitter.

Lidt LOUISE.

Voilà ce quç je n'a vois pas compris

d'abord. Je croyois qu'il y avoit une Eglise qui çnseignoit que la satisfaction de Jésus n'étoit pas suffisante en ellemême, et ce blasphème me faisoit horreur.

Madeh. BONNE,

. Une catholique romaine n'a point à cet égard d'autres sentimens que ceux que tous avez exprimés , et ce sont ceux que le saint concile de Trente a canonisés , comme vous Tarez vu dans ses décisions que je vous ai lues.

Ladt LOUISE. ,

Il ne me reste plus qu'à vous prier, ma Bonne , de nous expliquer ce que veut jdire Monsieur, quand il vous accuse de vous croire capable de transporter aux autres une partie de vos bonnes œ.uvres, comme si vous croyiez en avoir de trop. Cela est-il vrai ?

Madem. BONNE.

Apparemment que lady Louise croit avoir trop de $e$ prières ; car elle m'a dit vingt fois : ma Bonne, j'ai bien prié Dieu pour vous.

Le CALVINISTE,

Ne cherchez pas à nom donner le

change : il n'est pas question de prier les uns four les autres , ce qui est trèsbon , mais de vos indulgences , qui sont la ruine de toute piété, aussi bien que l'absolution du prêtre, qui rend le plus criminel blanc comme la neige, sans qu'il fasse aucun effort pour se corriger*. * Pour que cette absolution opère son effet, il ne faut que craindre l'enfer. Eh! qui est-ce qui ne le craint pas ?

Madem. BONNE.

Vous n'êtes pas le premier , Monsieur, parmi les personnes de votre robe, qui m'ait tenu ce discours, et j'en pourrois nommer plus de quatre. Est-ce ignorance ? Est-ce mauvaise foi ? Dieu le sait; pour moi, la charité m'oblige de croire que c'est l'ignorance ; mais est-elle pardonnable ? Nos catéchismes sont publics ; nous avons vingt ouvrages sur la confession entre les mains de tout le monde -, êtes-vous excusable de nous calomnier jusqu'à ce point , faute de les avoir lus? Voici, ma.chère lady , quels sont les sentimens de l'Eglise sur les indulgences. ,

Miss DOROTHÉE,

. Ayez d'abord la bonté de nous expli-

quer ce qu'on entend par ce mot indulgence. Il est nouveau pour moi.

Màdem. b omise.

Vous comprendrez la signification de ce mot par ce qui va suivre. C'est sur l'article du symbole , la communion des saints , que l'Eglise enseigne que tous les biens spirituels sont commuas entre les fidèles. Les mérites de Jésus-Christ , chef çle l'Eglise % sont son trésor , et , comme toutes les actions chrétiennes et bonnes qui se font par les fidèles , sont l'ouvrage du Saint-Esprit qui habite et* eux , et tirent tout leur prix des mérites de Jésus-Christ. Elles deviennent dignes parla de plaire à Dieu , de mériter ses miséricordes, d'entrer dans ce trésor dont l'Eglise a la distribution ; et ce sont les richesses de ce trésor qui sont immenses , qu'elle applique en certaines occasions aux fidèles qui sont ses enfans , non pour les dispenser de faire pénitence , mais pour les y engager au contraire , en leur offrant de quoi sup-? pléer à ce qu'Usine peuvent pas faire , vu le nombre et l'énormité des péchés dpitf ils se sont rendus coupables.

Làdt LOUISE.

Pouvez-vous prouver, ma Bonne, que les indulgences soient autorisées par les saintes Ecritures?

Mf dem. BONNE.

J'en trouverai vingt preuves au lieu d'une , ma chère. Dieu daigne s'abaisser jusqu'à communiquer à Abraham le dessein qu'il avoit de perdre Sodome et les villes* infâmes qui participoient à ses crimes : Abraham ose implorer ses miséricordes infinies pour ces villes malheureuses. S'il y avoit , dit-il à Dieu , cinquante justes dans ces villes , ne pardonneriez-vous point aux autres en leur faveur ? Voilà sans contredit l'indulgence la plus grande et la plus complette ; elle jparoît 'même trop excessive. Quoi ! la justice de cinquante personnes pourroit couvrir la multitude des péchés qui se commettoient chaque jour par tant de milliers d'hommes ? Abraham, votre charité vous fait illusion , et tout ce que Dieu pourra faire en votre faveur sera de vous pardonner voire grande témérité. Voilà comme eussent pensé ceux qui de nos jours se révoltent contre

- les indulgences» Heureusement pour toous, Dieu ne fut pas de leur senti»

ment , et promit le pardon a cette multitude de coupables , en faveur de cinquante justes. Il fît plus : Abraham enhardi par la bonté de Dieu, en vint jusqu'à lui demander la grâce de ces infâmes .en faveur de dix justes s'il y en avoit autant parmi eux. O prodige de miséricorde ! Dieu lui accorda sa demande; mais en vain eût-on cherché dix justes parmi ces criminels , tout y étoit gâté , corrompu , excepté Lotb , sa femme et * ses deux filles ; encore ces. trois dernières eurent-elles besoin que Dieu se .souvînt qu'elles appartenaient a Abraham pour leur faire grâce*

Miss DOROTHÉE.

Mais il y avoit dans ces villes un grand nombre d'enfans qui n'avoient pu participer encore au crime de leurs pères.

Ma dem. BONNE.

Votre réflexion , iha chère, fait beaucoup pour appuyer ce qu'enseigne l'Eglise par rapport aux indulgences.

C'était aux bonnes oeuvres, aux prîtrea

gO LES AMÉRÏCA.IïVES.

de ces dix justes , jointes h Celle* d'Abraham , que Dieu eût accordé jcelte indulgence j et les enfap?, hors d'état de participer aux crimes de leurs pères 9 rétoient aussi de faire de bonnes œuvres qui pussent JHre appliquées aux coupables. Quand nou$ n'aurions que cet exemple dans la saiute,Ecriture^ il suffirait pour appuyer notre doctrine à cet égard } mais il s'en présente une foule d'autres.

Dieu irrité contre l'ingratitude des Juifs , veut les abandonner : dans le transport de sa charité , Moïse offre jusqu'à son propre salut pour satisfaction de leurs fautes. Cette prière ne pouvoit être excusée que par la ferveur qui l'avoit produite $ aussi fut-elle exaucée. Dieu avertit Moïse que nul ne sera effacé dii livre de vie, qu'il ne l'ait mérité par ses péchés; mais il lui accorde sa demande , et pardonne à tout ce peuple en faveur d'un seul. Salomon irrite Dieu par son idolâtrie : son royaume doit être divisé ; mais en considération de David son pèret, ce châtiment est reculé jusqu'à Roboam. Quoi donc ! en fav+ur de dix justes Dieu eût pardonné

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à des villes assez coupables pour attirer le feu du ciel , et nous ne voulons pas croire que Dieu , en faveur de ses saints i de ses amis , veuille diminuer les peines de ceux qui, déjà réconciliés avec -lui , ne demandent à partager les biens de leurs frères, que pour suppléer à ce qu'ils ne peuvent faire eux-mêmes?

Comment pourroit-il s'offenser de l'espoir d'un pécheur , pénitent à là vérité , mais qui sent sa ioiblesse et son impuissance ? Il pardonne aux Juifs à la prière dé Moïse, qui leur transporte tout ce qu'il a à jamais fait de bien , l'espoir du ciel même, pour leur obtenir grâce : a plus forte raison aura-t-il égard à la surabondance des mérites de Jésus, chef de son église , et aux satisfactions qu'il lui a offertes , tant par ses œuvres divines que par celles qu'il a opérées dans ses saints.

Le CALVINISTE.

Quand ce transport des bonnes œuvres seroit permis , c'est à Dieu seul qu'il appartiendroit de le faire , et non au pape ou à tout autre homme , qui a souvent plus grand besoin d'indulgence pour lui-même que pour les autres.

Midem. BONNE.

Saint Paul n'étoit pas de votre sentiment. Il se croyoitun grand pécheur , puisqu'il nous dit lui-même qu'il châtioit son corps dé peur de devenir un réprouvé* Cependant distinguant en lui le caractère de pécheur d'avec celui de ministre du Seigneur, il croit, en vertu de ce dernier caractère, avoir le pouvoir d'accorder des Indulgences, et il en accorde en effet. Il livre l'incestueux de Corinthe a Satan , c'est-à-dire , qu'il Pex# communie j cet homme succombant sous Je poids de sa tristesse à la vue d'un châtiment si terrible, excite la pitié des fidèles } ils Sollicitent pQur lui l'Iadulgence , et l'apôtre l'accorde à leurs prières.

Que signifieroient ces paroles de Jésus , Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce: que vous délierez sur la terre sera, délié dans le cielj si les apôtres et leurs successeurs n'avoient pas la puissance d'imposer des peines , de les augmenter ou de les diminuer selon les dispositions du pécheur? Aussi , depuis les apôtres jusqu'à nous >

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cette doctrine a:t-elle été reçue , comme je vais le prouver.

Miss CHAMPÊTRE.

Il me semble qu'il faudroit prouver auparavant que le pouvoir donné aux apôtres par Jésus- Christ a passé à leurs, successeurs.

Màdem. BONNE.

Il ne faut pour cela, Madame, que répéter les paroles dont Jésus-Christ se servit lorsqu'il donna la mission aux apôtres. Ce fut avant son ascension qu'il leur dit : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez - donc et instruisez tous les peuples , les baptisant au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit^ et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées. Et assurez-vous que

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