JÇ SERAI AVEC VOUS JUSQU'A LA CON- SOMMATION DES SIÈCLES
Le RABBIN.
Dites-moi, Messieurs,ces paroles sontelles fidèlement traduites? Jésus les a-l-il prononcées ainsi ?
Le CALVINISTE.
Assurément. Monsieur, nous les recevons avec respect j elles sont fidèlement traduites.
Le rabbin.
J'étois tout-à-1'heure comme un homme au milieu de dix chemins , qui ne sait lequel conduit au but où il aspire : à présent j'ai une marque certaine pour çonnoître quel est le bon. Jésus commence par nous averlir que toute puissance lui a été donnée dans le cieFet sur la terre. Il me semble qu'il parle à moi, et qu'il me dit : pauvre Juif, ne t'étonne pas des choses que ces hommes te diront de ma part, de celles qu'ils opéreront chez toi: elles seront si grandes, qu'elles en deviendront incroyables j mais souviens-toi que toute puissance m'a été donnée, et que je puis faire tout ce que je veux. Or, voici ce que ma bonté Veut en ta faveur : c'est de t'arracher aux erreurs de tes pères , de te conduire dans mon Eglise. Tu ignores quel est le vrai chemin qui peut t'y conduire, et tu serois porté à le défier des guides que je te laisse , parce qu'enfin ils sont
LES AMERICAINES. ç5
hommes } souviens-toi que je serai avec eux jusqu'à la consommation des siècles. Or, ceux avec lesquels je suis ne peuvent errer. Crois-Je , mais d'une foi ferme.* Assurez-vous : cette assurance exclut toute sorte de doute. Il n'est donc plus question pour moi, Messieurs et Mesdames, que d'examiner dans quelle Eglise on peut trouver une succession de pasteurs depuis les apôtres jusqu'à ce jour. Pardon de cette interruption j j'espère que nous ferons l'examen dont j'ai besoin, en son temps. A présent continuez, je vous prie, à nous dire ce que voué ave& commencé sur les indulgences et l'absolution.
Miss CHAMPÊTRE.
Je trouve ce passage décisif. Ces promesses , je serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles, nous prouvent qu'elles étoient non-seulement pour les apôtres, mais aussi pour leurs successeurs, puisque ceux auxquels elles s'adressoient immédiatement dévoient mourir bientôt. Si ces promesses n'avoient regardé que les apôtres , on pourroit dire que le baptême et la pré* dication dévoient aussi finir avec eux,
Madem. BONNE.
Non - seulement saint Paul a donné une indulgence à l'incestueux de- Corinthe , mais l'Eglise a continué celte pratique sans interruption. Dans le temps des persécutions ^ plusieurs chrétiens foïbles renonçoient à Jésus-Christ par la crainte des tourmens. Pressés ensuite par le repentir s ils demandoient d'être réconciliés à#l'Eglise 5 mais elle se montrait très-difficile à les recevoir, et exigeoit des épreuves longues et pénibles.
Ces pauvres pénitens alloient dans les prisons servir ceux qui étoient détenus pour la foi ,pansoient leurs plaies, soulageoient leur pauvreté, et tâchoient , par les marques du repentir le plus sincère, d'exciter la compassion des saints confesseur*. Ils y réussissaient , et plusieurs de ces prisonniers, <}tii avoient déjà été fort maltraités pour le nom de Jésus , donnoient des billets de recommandation à ces pénitens, et consentaient à leur appliquer les mérites de leurssouffrances pour diminuerle temps
de leurs épreuves. Les évéques avoient beaucoup d'égards pour ces billets don-
LTES AMERICAINES tyf
nés par des hommes qui a voie M déjà versé leur sang pour Jésus-Christ*
Le GALVINISTE.
Que n'a jouiez- vous que > bipn loinÇ d'approuver cette pratique , les évoques prièrent les confesseurs de ne f>lu$ donner de ces billets?
MiotM, BONNE, '»
Achevé*, s'il vous plaît, Monsieur ^ ce que dit saint Çypriea * cet égafd/j c'est sans doute de lui dont vous voules parler? Cet usage étoil très-ancien dans, le temps de ce saint évêque de Carthage» Tertullien , qui vivoit dans le second siècle , en parle comme d'une pratique généralement reçue dans l'Eglise $• et comme on abuse de tout, un prêtre y nommé Lucien , s'avisa de donner des billets k tort et à travers au nom d'ua martyr qui, di$oit-il, l'a voit chargé eu mourant de donner la paix à tous les apostats. Ce nrêtre, qui avpit été emprisonné pour la foi , abusa de cette prétendue commission , et plusieurs autres qui , comme lui , avoient confessé le nom de Jésus devant les pge$U im^-J tèrent sa facilité. Sairît Cvprien écrivit: IV. " 5
£$ XiES AMERICAINES.
une lettre k cet égard, et loin de blâmer la charité compatissante des confesseurs, il la loue; mais il les prie de ne point donner légèrement ces billets , parce qu'il y en avoit quelques - uns qui en faisoient une espèce de trafic. Il les exhorte aussi de marquer dans leurs billets le nom de ceux auxquels ils prétendoient donner l'indulgence (que ces pénitens gagnoient d'ailleurs aux dépens de leur vie , car ils risquoient d'être arrêtés en assistant les confesseurs) , au lieu que quelques - uns donnoient des billets pour un chef de famille et pour v tous ceux de sa maison.
L^ld* INCONSÉQUENTE.
Mais qu'est-ce que cela faisoit à saint Cypriea? Si les confesseurs vouloient donner l'indulgence à un plus grand nombre , cela n'étoit que le mieux ; c'était un acte de charité : peut - on en faire un trop grand nombre ?
Map^m. BONNE,
C'est un acte de charité de donner à
manger à ceux' qui ont faim. Que di~
4 riez^vous d'un homme qui iroit dans un
hôpital rempli de malades , et qui , pour
exercer cetle vertu , leur donnerait à manger , malgré leur fièvre ?
Ladt INCONSÉQUENTE.
Assurément cet homme feroît mal , il pourroit fort bien' tuer tous ces malades. Mais que fait cet exemple à ma question?
MiDEM. BONNE.
Cet exemple en fait la réponse , ma chère. Pour gagner l'indulgence il faut avoir des dispositions que je vous expliquerai bientôt, sans quoi elle seroit comme la nourriture qu'on donne à un malade : cette nourriture est très- bonne par elle-même', mais c'est çn abuser que de la donner à un homme qui n'a pas lasanté; car la santé est une disposition nécessaire pour que la nourriture produise un bon effet. L'indulgence, de même, ne peut être utile qu'à ceux qui sont en santé ou du moins convalescéns : aussi saint Cyprien ne blâme-t-il que ceux qui la distribuoient aux malades , c'est-à-dire à ceux qui n'avoient pas en eux les dis-^ positions nécessaires pouf en profiter»
Ceux-là , dit-il , sont comme les bouchers des ornes , au lieu d'en être les
JOO XES AMERICAINES.
médecins ; c'est les tromper que de> leuç accorder ce qui leur nuit. Je vous prie aussi de vous souvenir de ï 'Evangile , et de considérer ce que les martyrs , vos prédécesseurs, ont autrefois accordé. Examinez la vie et le mérite de chacun, et là qualité des péchés 9 etc....
Miss DOROTHÉE.
J'ai lu cette lettre hier au soir, ma Bonne, et j'y remarque plusieurs choses. La première est l'ancienneté. La première persécution est de l'année 64 après Jésus-Christ. Saint Cyprien écrivoit au milieu du troisième siècle , c'està-dire 25o ans après Jésus-Christ ; de ces deux siècles et demiôtez les 64&ns qui ont précédé la persécution, reste 188 ans; or j saint Cyprien annonce que les martyrs autrefois donnoiei>l ces indulgences , et ce mot autrefois marque un temps très-éloignéj et ce temps éloigné touche à celui des apôtres, puisque saint Jean l'évangéliste ne mourut qu'à la fin du premier siècle, et que saint Poly carpe, instruit de sa bouche , ne fut martyrisé qu'en 1 66, c'est-à-dire environ 100 aus avant la lettre de saint Cyprien, L'mdul-
LES AMERICAINES. fOÎ
gence étoit donc en vigueur du temps de l'apôtre et de ses disciples ; on ne voit dans aucun des Pères qui ont précédé , aucun reproche contre cet usage dont Tertullien parle , et cependant ce même Tertullien étoit très-attentif à relever tout ce qui étoit nouveau ; d'où je! conclus que les indulgences ne l'étoient pas , puisqu'il en parle sans les blâmer. • La seconde chose que je remarque dans la lettre de saint Cyprien, c'est que l'indulgence , pour être profitable à celui qui la reçoit, exige des dispositions de sa part. Le discours de cet évoque me les fait soupçonner , et ma Bonne nous les expliquera.
BELESPRIT.
Voilà bien de l'érudition , miss Dorothée j il seroit à souhaiter que tous ceux qui se mêlent de lire , le fissent avec autant de fruit ;que vous. Mademoiselle Bonne ya sains &>utç répondre à Votre question mais, ayant , je la prie de me dire ceque sig^ifiqnt ces indulgences accordées pour plusieurs siècles?
peu d'hommes poussant leur carrière jusqu'à un sièclcLçntiet. : t ...
Màdem. BONNE.
Il faut encore vous rappeler à la discipline de la primitive Eglise. L'ardeur de la charité y étoit si grande , et le péché si en horreur, que les chrétiens étoienl résolus à tout pour en extirper jusqu'à la racine. Ils se soumettoient donc de bon cœur a la discipline établie pour le prévenir et le réparer, quoiqu'elle fut extrêmement rigoureuse, Tels crimes, comme l'adultère et l'homicide, étoient condamnés à plusieurs années de pénitence au pain et à Peau. La ferveur 65éiant rallentie , il a fallu ménager des chrétiens foibles, et remettre a la bonne volonté une satisfaction qui n'est pas moins nécessaire ,~mais qui, si elle étoit exigée, pourroit ajouter à leur premier crime celui de la rébellion. Remarquez encore que ces grands crimes étoient plus rares qu'ils ne le sont aujourd'hui. Il est bien des cas où la vie la plus longue ne pourroit suffire pour accomplir les pénitences portées par les canons. Un homme qui a passé plusieurs années dans l'adultère , par exemple, ne pourroit , avec toute la bonne volonté posh
LES AMERICAINES» lô5
sible, remplir ses devoirs à cet égard; Voilà la clef de ce qui vous a surpris , Monsieur. Ces siècles d'indulgences répondent aux siècles qu'il eût fallu pour remplir les peines imposées par les car nons.
Le CALVINISTE.
Avouez du moins, Mademoiselle; que ces indulgences sont la ruine de là discipline. Quelles sont les conditions auxquelles votre Eglise les accorde ?
-Quelques prières , la visite d'une cha* pelle ou choses semblables , sans parler du honteux trafic qu'on en a fait. Quelle comparaison de ce qu'on évite avec ce que l'on fait ! N'est-ce pas un jeu , um pure moquerie ?
Mioem. BONNE.
Vous n'avez jamais lu , Monsieur , ou vous n'avez jamais remarqué une condition inséparable de l'indulgence; L'Eglise- n'en a jamais donné qui n'exige comme une condition absolument nécessaire , un cœur véritablement contrit et humilié. Or, qu'est-ce qu'un coeur contrit et humilié ? Voyezen le modèle dans David. Dieu avoit borné la peine de son hçmicide et
?04 LIS AMIRICArifES*
de, son adultère à la mort de renfent* fruit de sou crime, et à la révolte d'Absalon j ce roi pénitent , si je l'ose dire , est plus rigoureux envers luipiêrne que le Seigneur ne Tavoit été : il passe le reste de ça vie dans les larmes et darià la douleur ; ses yeux deviennent detix. fontaines , dont il arrose son pain pendant le jour et son chevet pendant la guit j il'mêle la cendre avec sa nourriture , il se croit digne du mépris de toutes les créatures , il les souffre avec patience , et quand Séméi le maudit, il reconnoît que cyest avec justice. La douleur a percé ses os ^ il gémit , il prie sans cesse. Voilà le portrait du vrai pénitent j voilà ce que l'Eglise demande pour que son indulgence ait son effet plein et entier : pour une douleur plus foible, l'indulgence est moindre. Ah ! Monsieur ! que celui qui a le cœur contrit et humilié çst bien éloigné de chercher des prétextes pour se dispenser de satisfaire à>la justice de Dieu ! 11 n*a pas besoin d'être aiguillonné i mais d'être retenu.
Le rabbin.
«î Voyez , Mademoiselle , si je corn»
LÉS ÀMÉiUCÀ'INES, tt>5
prends bien ce que vous entendez par.
l'indulgence. Oest ^application des mérites de Jéjus pour Suppléer à la pénitence? que l'htfftime pénitent lie peut pa$ faire; application qui est proportionnée # l'horreur qu'il a du péché, et qui ne se fait pas , si le pécheur n'a pas d'horreur dé son crime. J'ai dit que c'étoit l'application ides ttuhrke&de Jésus; mai* comme il est fie phef des saints , qui sont ses membres 9 et que les bonnes-œuvres que font ces membres tirent tout leur mérite de celles de leur chef qui les a faites en eux et par eux , le trésor de l'Eglise est composé des mérites du chef et de ses membres. Cette doctrine , qui apprend que Dieu peut être fléchi par les mérites des saints, est prouvée par la sainte Ecriture : ainsi , c'est un article fini pour moi. Loin de penser» que l'Eglise romaine a erré en accordant de9 indulgentes , je la reconnois à cette marque pour l'église de Jésus, parce qu'elle enseigne une doctrine conforme à l'Ecriture , et qui a été en vigueur depuis les apôtres. Le disputer après les preuves que vous nous en avez don* nées , c'est chicaner mal à-propos, et il
io6 LES AMÉRICAINES.
ne reste d'autre ressource à Monsieur ; que de nous prouver , ou que vous avez falsifié les passages de saint Cyprien , et fait parler Tertullien , ou que dans ces premiers siècles on s'est récrié, non sur les abus de la chose , mais sur la chose même, ou enfin que l'Eglise romaine entend les indulgences autrement que Mademoiselle ne l'a expliqué.
Miss DOROTHÉE.
J'avois toujours cru qu'un homme qui avoit fait tout ce qui dépendoit de lui pour satisfaire à la justice de Dieu , étoit quitte envers elle.
Midim. BONNE.
Considérez ce que c'est que la justice , ma chèvre , et vous réformerez votre croyance k cet égard. La peine doit être proportionnée à la grandeur du crime , au nombre des crimes. Le péché de Pierre étoit grand ; mais il étoit l'effet d'une violente peur , il n'y avoit pas croupi , et s'en étoit relevé presque à l'instant. Sans doute qu'il devoit moins à la justice de. Dieu pour ce crime , que s'il y eût persévéré plusieurs années , et que pendant ce temps
il eût continué à renier son divin maître plusieurs fois le jour. La justice de Dieu ne peut rien relâcher de ses droits , il faut qu'elle soit satisfaite.
Le CALVINISTE.
Eh bien ! lady Louise , celte doctrine n'anéantit - elle pas la rédemption de Jésus pour y substituer la nôtre?
Ladt LOUISE.
Je ne vois point du tout cela , Monsieur ; mais voici ce que je vois clairement : c'est que ceux qui accusent l'Eglise romaine d'avoir ruiné la discipline de l'Eglise par la doctrine des indulgences , affectent une rigidité qu'ils n'ont point du tout : puisqu'a les entendre , les péchés les plus énormes sont anéantis sans satisfaction personnelle , sous prétexte que Jésus l'a faite. C'est bien là une doctrine véritablement relâchée. J'avoup que celle des papistes est terriblement sévère; mais c'est celle qui peut seule s'accorder avec la justice de Dieu , avec sa haine pour le péché. Enfin, c'est celle qui est la plus salutaire aux hommes.
Miss DOROTHEE.
; C'est ce que je ne comprends pas trop. Je suis bien jeune ; cependant „ comme j'ai déjà commis bien des péchés , ma dette est déjà bien grosse et m'impose' une terrible lâche.
. Lt»T LOUISE.
Je n'ai pas moins à expier que vous , ma chère j mais je tire % de ce que je -riens d'apprendre , le fruil le plus précieux ; si , avant de commettre uner faute 3 je réfléchis que je m'impose Ja nécessité d'une satisfaction pénible > cette idée pourrait ralentir chez moi la tentation ; car je n'aime pas à souffrir : or , toute doctrine qui tend à affoiblir mes passions , a fortifier ma haine et mon éloignement du péché 9 à affermir mes pas dans la voie .des commande* mens du Seigneur > me sera toujours précieuse*
LiM VIOLENTE»
' À ce compte , ma Bonne , il y a biei) ]peu de personnes qui puissent se flatte* de gagner vos indulgences»
Màoem. BONNÏ!.
Fort peu , Madame ; ce qui pourtant a besoin d'explication. Cette explication répondra en même temps air" dernier reproche que Monsieur te Calviniste m'a. fait , ou , pour parler plus juste > à la dernière ealomnie dont il s'est laissé prévenir contre l'Eglise catholique.
Il s'agit des senti mens qu'on nous prête par rapport à l'absolution et à l'effet que nous en devons espérer.
Que les apôtres et leurs successeurs ayeni reçu de Dieu le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés , c'est ce qui est constant par la sainte Ecriture , comme je vous l'ai prouvé en vous répétant, les propres paroles de Jésus. II n'est question que des conditions nécessaires pour obtenir ce par* don. La foi nous apprend qu'il n'y a point de péchés irrémissibles , excepté le péché contre le Saint-Esprit, qui est Timpénitence finale, c'est-à-dire la mort dans le péché. Si tous les autres peuvent être pardonnes, ces paroles , tout ce que vous lierez sur la terre sera
lié dans le «W, ne peuvent s'entendre d'aucune sorte de péché dont l'Eglise refuse d'absoudre à cause de leur énorraité. Tous les péchés que vous détesterez seront remis , cela est sûr : mais il faut les détester pour que l'Eglise les remette ;' cette haine du péché a plusieurs degrés, aussi bien que l'amour de Dieu qu'elle Suppose toujours pour être salutaire. Nous distinguons donc deux sortes de contrition : la première , qui est parfaite, parce qu'elle est produite par le pur amour de Dieu; la seconde , qui l'est moins , parce que l'amour de Dieu qui l'a produite est encore foible.
Ladt LOUISE.
Expliquez-nous , Vil vous plaît , ce que vous entendez par un amour de Dieu, parfait.
Madem. BONNE.
La chose du monde la plus précieuse et la plus rare. C'est un amour qui nous élève si absolument au-dessus de nousmêmes , que nous oublions absolument nos intérêts pour ne penser qu'à ceux de la gloire de Dieu. Si on montrait
„ LES AMERICAINES. IIl
l'enfer ouvert à une ame possédée de cet amour , elle s'y précipiteroit sans balancer, plutôt que de commettre la moindre chose qui pût déplaire à ce Dieu , Tunique objet de ses affections; Elle ne pense non plus à récompensé * ni à châtiment , que s'il n'y en avoit point j c^r elle ne veut que Dieu. Je vous l'ai dit, cet état est très-rare , et dans lésâmes les plus saintes il a des nuages , sans quoi elles seroient comme les saints dans le ciel. N'allez pourtant pas croire qu'elles soient indifférentes pour le bonheur du ciel, comme certaines méthodistes. Non : il fait l'objet des désirs et de$ actes multipliés de leur cœur ; mais c'est parce que dans le ciel on aime Dieu sans interruption, et qu'on le glorifie plus parfaitement que sur la terre, et sur -tout qu'on ne l'offense point, Vous sentez bien que cet amour produit une contrition bien parfaite pour les moindres fautes qui échappent à l'humanité.
Ladt LOUISE.
Je crois, comme vous le dites, Mademoiselle, que cet état de perfection
tïl LES' américaines;
est bien rare. Heureusement Dieu ne
nous en 'demande pas tant,
MiDEM. BONNE.
Je viens de vous dépeindre la perfection dç l'amour parfait : entre ce degré et celui de Famour de Dieu qui coin* m^nçe dans ||a pécheur au moment qu'il se epuyertit vil y ai une infinité de degrés y çt comme dit lady Louise , nous sommes fort heureuses que Dieu n'exige pas une contrition et un amour si parfaits. Remarquez pourtant * Mesdames , qu'il n'y a point de conversion , à moins qu'on n'aime Dieu plus que toutes choses, et qp'on ne soit détermine à plutôt mourir que de l'offenser,
Ladt champêtre.
Quelle différence y a-l-il donc de cet amour, et de celui que vous appelez parfait ? Il me semble que c'est un grand degré de perfection d'aimer Dieu plus que toutes choses, et au point d'être prête à mourir plutôt que de l'offenser.
Màdem. BONNE.
* C'est , comme je vous l'ai dit , le premier degré de l'amour de Dieu > abso?
LES AMERICAINE», ll5
lument nécessaire ; mais dans ce commencement d'amour les motifs qui le produisent sont bien imparfaits. On aime Dieu, parce qu'on sent qu'on ne peut être heureux que par cet amour j on se de'termine a se convertir , parce qu'on est accablé de remords, parce qu'on sent qu'on est exposé à l'enfer dans lequel on sera haï de Dieu. Ces motifs , qui n'excluent pas un commencement d'amour de Dieu, sont pourtant mêlés de beaucoitp d'amour de nousmêmes; la crainte d'être misérables y entre d'abord pour beaucoup. Cependant, je le répèle,si cette crainte renferme la haîne du péché et un commencement d'amour de Dieu , comme source de toute justice , elle opère la justification par l'application des mérites de là mort et passion de Jésus, qui est faite par le sacrement de pénitence.
Le CALVINISTE.
Après bien des détours, Mademoiselle* vous nous laissez enfin entrevoir le venin de la doctrine des papistes, qui soutiennent tout le contraire de ce que vous ^renez d'avancer.
Il4 LES AMERICAINES,
Midem. BONNE.
Avant de m'interrompre, Monsieur, ayez la bonté de me laisser achever. Cet amour de Dieu, si imparfait, produit ce que nous appelons la contrition imparfaite ou Yatlrition : pour que cette attrition puisse opérer la conversion du pécheur, unie à l'absolution du prêtre , elle doit avoir quatre qualités. La première, est qu'elle soit intérieure 9 c'est-à-dire ' que ce soit le cœur qui soit véritablement affligé ; il faut secondement qu'elle soit surnaturelle , c'esl-à-dire qu'on ait regret d'avoir commis le péché parce qu'il déplaît à Dieu , qu'il nous a été la qualité de ses enfans , et nous expose à l'enfer où on ne l'aime point ; il faut troisièmement que l'altrition , c'est-àdire la haine du péché, soit universelle i c'est-à-dire qu'elle doit porter sur tous les péchés que l'on a commis. SHl y en avoit un seul qui ne fut pas haï, détesté, on ne seroit pas en état, de profiter du bénéfice de l'absolution. Enfin, elle doit être souverain^ c'est-à-dire qu'il faut haïr le péché plus que la mort el tous les maux ensemble.
1E6 AMERICAINES. Îl5
flliss DOROTHÉE.
C'est donc ] a ce que vous appelez la contrition imparfaite ? Oh ! je vous avoue qu'elle me parolt très-parfaite à moi et très - difficile. Cependant vous dites qu'elle ne suffit pas sans l'absolution : cette doctrine-la ne. peut passer pour être relâchée.
Le CALVINISTE.
N'allez-vous pas imaginer, Mesdames , que ce soit là la doctrine des papistes? Je veux bien croire charitablement que, ce sont les sentimens de Mademoiselle j mais assurément ce ne sont pas ceux de son Eglise, qui dit, au contraire, que l'absolution supplée à tout (i) 5 c'est
(1) Qu'on se souvienne que ceci n'est point une fiction. Les ministres , à Londres , m'ont soutenu que c'était là la doctrine des catholiques , en dépit de tous les décrets des conciles , de tous nos catéchismes", et de l'explication constante de l'Eglise à cet égard! C'est sur ces calomnies qu'est fondé Téloignement des protestans contre nous : comment pourroient-ils croire qu'on mentît aussi impunément? Cela est singulier, ils connoissent cette doctrine occulte , et nous l'iguorons.
lîô LES AMERICAINES.
celte abominable doctrine qui multiplie le crime à l'infini, parce qu'elle donne la facilité de s'en relever à peu de frais. Qui ne sait que la facilité de l'absolution a été le principe du changement de religion d'une personne illustre , comme on le lui a reproché ? Il craignoit l'enfer , il aimoit le péché j pour accommoder ces deux choses il s'est fait papiste , résolu de se confesser tous les jours , si cela étoit nécessaire , afin de pouvoir pécher impunément le lende-* main à l'ortibre de l'absolution.
Miss DOROTHÉE.
Vous disiez, il n'y a qu'un moment, que je vous exçédoîs, Monsieur; a la pareille , vous m'indignez bien véritablement. N'est-il pas odieux d'attribuer à une Eglise des sentimens qu'elle abhorre, et de ne vouloir pas se détromper en s'instruisant de ses décisions?
Calvin a enseigné des dogmes énormes, contraires à la bonté de Dieu ; vous no pouvez le nier , car ses ouvrages existent. Je sais qufe votre église a abandonné ces Sentimens impies. J'aurois un fondement raisonnable de vous en croire coupable ', et cependant je me ferais un scrupule
L£6 AMÉRICAINES. i\fj
de les en accuser, parce que d'honnêtes gens de votre robe m'ont assuré sur leur honneur qu'ils n'étoient plus suivis aujourd'hui. Soyez aussi équitable part rapport aux autres que vous voulea qu'on le soit pour vous. Ma Bonne, dites-? moi, je vous prie, y a-t-ileuun temps daus votre église ou Ton ait enseigné ou toléré la doctrine dont on vous ac-i cuse ? La trouve-t-on dans vos anciens catéchismes? ,
Madeh» BONNE. • « i
Il est bien aisé de voir, parla question que vous me faites , que je ne w>us ai pas donné l'idée même de ma religion.
L'Eglise catholique a pour principal caractère de ne croirç aujourd'hui que ce qu'elle a cru du temps des apôtres. Elle est dépositaire de la docirine de Jésus- Christ, et se fait gloire de ne rien augmenter ou diminuer dans la foi qu'elle a reçue de Dieu parles apôlres. Quand un ange ày ciel nous apporteroit un dogme nouveau, nous lui dirions analhëme et nous le rejetterions seulement parcç qu'il est nouveau. Monseigneur l'évêque de Meaux a fait, à cet égard, une proposition que je renouvelle à la face du ciel
Il8 LES AMERICAINES,
et de la terre. Prouvez-moi, disoit ce grand homme aux protestans , prouvezmoi une seule variation, un seul changement dans la doctrine de l'Eglise catholique , et je l'abandonnerai dans le même moment j ce sera la marque de l'esprit de l'homme : car ce qui est dicté par le Saint-Esprit, est immuable; il ne peut avoir donné comme une vérité ce qui étoit un mensonge, ni comme un mensonge ce qui étoit une vérité. Mais ce n'est pas ici le moment de traiter cette question , il faut finir ce qui regarde les bonne* œuvres qui ont amené l'article de la confession et du sacrement de pénitence.
Le CALVINISTE.
Vous dites que vous n'avez rien innové, Mademoiselle ; et celte confession auriculaire que votisr appelez mal-àpropps un sacrement, n'est-elle pas une invention de$ prêtres , dont on ne voit aucun vestige, ni dans l'Evangile* ni dans les premiers siècles ? Ce n'est pas que je condamne la confession en elle* même, à Dieu ne plaise! Luther, dans son livre de* la captivité de Babjlone , dit que 4a confession secrète est bonne et
utile, qu'elle luiplait merveilleusement.
Calvin dit la même chose dans ses Institutions , livre 3 , chapitre 4- La confession des péchés , dit Dumoulin, dans son Bouclier , se fait ou à Dieu seul » ou à t Eglise en public , ou au pasteur de V Eglise en secret, ou à son prochain quon a offensé. Toutes ces confessions sont bonnes , et en usage dans nos Eglises. Voilà les sentimens de ces grands hommes sur la confession , et je les adopte,
Lidt CHAMPÊTRE.
Puisque vous approuvez la confession, Monsieur, dites-moi, je vous prie, en quoi consiste la difficulté entré Téglisa romaine et vous ?
Li CALVINISTE.
La voici , Madame. Les Catholiques disent non-seulement que la confession est louable, mais ils ajoutent qu'elle est nécessaire/Nous convenons du premier, et nous nions le second. Ils eil rapportent l'institution à Jésus-Christ , ef en font un Sacrement. Enfin ils disent que l'absolution opère le pardon ; et nous,
ta© LES AMÉRICAINES*
nous disons qu'elle ne fait que Tannoncer.
Madem. BONNE,
Tenez , Monsieur , ces difficultés sont si aisées à résoudre, que je les abandonne à ces Dames ; je yeux que leur bon sens dicte leur réponse : après quoi je vous prouverai que nous ne croyons aujourd'hui sur la confession que ce qui a été cru depuis les apôtres. Je m'accommode, comme vous le voyez , à votre façon de penser, et j'abandonne pour le présent une preuve victorieuse, qui est l'autorité des décisions de l'Eglise ; mais comme cette preuve n'est pas à votre usage, jusqu'à ce que j'aie prouvé cette autorité je la remets à ce temps, et ne vous offre jusques-là que des preuves fournies par le bon sens , et des preuves historiques. Allons , miss Dorothée, que pensez-vous à ce sujet f
Miss DOROTHÉE.
Jésus , dit saint Jean , avant dp monter au ciel , souffla sur les apôtres % et leur dit ; Recevez le Saint-Esprit.
Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez , et ils seront retenus a ceux auxquels vous les retiendrez.
LES A MÎRICAÎNE8. 121
Je vois- dans Ces ffardlësf que ' Jtésus,en premier lieu^' dûtlrié 'aux1 aspires' le pouvoir dVbsçudre q*\) d& ^'absoudre pas. Je vois en second lieu , dans ces paroles ,' lé* cbriïmsitidement de* con- ~ fesser ses péchés aivéc tôpies leurs circonstances, daris 46ûte' leur noirceur.
Je tf'y voiïf^jiix (!8n^{?e;^ôiis?éuÇ tër&tfiffli'h tfâèerd^e ^uevous' cr6yêz[ :
y Voir ^Çôiii benoîts unetoisp&iir joutes, Mottsietti'V <ïûe Jésus-Christ savoit sa langue, ^tkie disons* point: quand il a dît; il'a^otiltt dire. Assurément il a4*' vôkâ;dfrë|ôift'ce,q^ paires '
qth* s&Èrt "' ibttîéd de f §a 'tioucfi e ' ado fable n%rft point été1 dfi^s1' au tSasàrd, par ignorance bu par méprise.. 01 nous ne commençons point par la, nous ne conviendrons jamais de 'rien ; chacun tarera ' les paroles iief l'Evangile a^son sens , et, [[ comme dit saint Paul, nous ressemble-' rons à des enfoti» flôtUàfeTet irrésolus.
Mais, ma cberê miss DoroAhee, vous,
êtes papiste : au moins raisonnez-vous
comme eux. fc^tce a une fille de votre
âge a fugê r? T^T'av^z-vous pas les décisions