‹ Les Américaines (volume 2)Chapitre 17 sur 28 · M A DEM; BONNE · texte numérisé non relu

M A DEM; BONNE

Permettez-moi de vous dire, Monsieur, que vous m'interrompez màl-àpropos. Je vous expose simplement la foi des catholiques, sans dire un seul mot pour prouver qu'elle scfit la plus râisoûtiatilté J fe né suis pas juge icïf c'est a la" i*âikoir de ôes Damés à décider entre Vôtis etitioi j je les crois autorisées à le faire, uni quemerit parce qu'elles ne sont pas catholiques j car il n'y a que nous dans l'univers, <![ui ayons de bonnes raisotié de croire sans çxartiinër.'Si j'étois à votive place et!à céHe de ce^ Dames, je . dirois de moi ce que je viens dg dire de

l4a LES AMERICAINES.

Calvin; car j'ai tout aussi bonne opinion de mon esprit, que messieurs les chefs des séparés en avoient du leur. J'ai l'Ecriture comme eux ; et puisqu'ils la reconnussent pour le seul juge compétent, je n'aurois garde de les mettre à la place de l'Ecriture.

' Ladt LOUISE.

Je vous comprends, ma Bonne. Vous voulez dire que, dès qu'on n'est point catholique , on peut être tout ce qu'on croit être conforme k la sainte Ecrier e. Cela me paroît raisonnable. Puisque tous les chefs des séparés enseignent qu'il n'y a que l'Ecriture qui soit jugp , je n'irai pas leur donner une foi aveugle que je n^devrois qu'à l'infaillibilité si elle existait. Ainsi, Calvin avoit trop d'esprit pour ne pas voir qu'il rkquoit de se tromper en suivant les sentimens de ceux qui n*a voient pas plus de droit que lui d'interpréter l'Ecriture ; il devoit l'examiner lui-même , et en décider conformément à ses lumières , quitte à voir ses sentimens abandonnés par ses disciples , comme il abandonnoit ceux de ses maîtres. Continuez, s'il vous plaît.

LES AMERICAINES. . lA5 j

Midïm. BONNE. i

Calvin retint donc de la doctrine de Luther et de Zuingle tout ce qu'il crut conforme à l'Evangile, et il réforma ou ajouta tout ce qu'il crut mal entendu du omis. Il eut bientôt des disciples; mais comme le roi et le parle nient n'étoient pas dans la même opinion que lui , qu'ils étoiept contens du culte et des pasteurs / qu'ils avoient depuis tant dé siècles» le roi ordonna aux magistrats de sévir contre tous lès novateurs : on en brûla qnelqqes-U&8 , on en emprisonna quel* ques autres ; on les dépouilla de leurs biens : il y en eut qui furent bannis , ou qui se ^bannirent eux-mêmes : Calvin fut de ce nombre et se sauva ; et , dans la vérité, je crois qu'il agit avec prudence, car il y avoit assez de pfeijTe nour Par? rètenl ,-■ • ? .■ . !<' !

Il faut que vous me permettiez de V0u8 : interrompre encore une fois : je bftis la persécution et les persécuteurs. Powquoi les rois de France renouveloient-ils le$ exemples des Dioclétiens et des autres empereurs païens? Pourquoi ce despotisme sur les consciences ?

ï44 ^ES AMERICAINES.

Peut -on forcer un homme à croire f C'est- un acte (fui doit être volontaire*. :.i > ;; » m a* ut. BONite:. f 1 * "'.. .1 Aussi est-il permfe.de penser comme Tpn Veut : la pensée rfes^soumistexjtt^1 D\eu; les lois et led< princes û;ont droit que 6ur les actions 5 mais doghtmis^r^ est! une ; action i et dès * J* dagftfttôsëfr J est ud acte cantre» leqdeMes' lois bt les princes ont drdit. Je sup|bo9e qu41 f r ait ' une loi en Angleterre qui défende k un r seul catholique d'y rester v je n'ex&mitae- > rois point si cette loi est* juste ou non $J> maisrii je restois à Londres après fcéttép loi, je m'eiposerôis à la subiit^ et ^d * n'auroîs pdint à crier, à fiajnstàceicOHlre' > le magistrat qui me prononceront ma-' sentence. ;

Si on livôit suivi c^tte règle , Puni vers seroit eneore pWïènY^tlçs empereiirs-defendoientde prêcher fa foi princes des prêtres^ défendirent aussi *' aux apôtres de jlrêcher Jésus\CbVist.

Que* répondirent -ils!? >Iïvmkt< mieux' obéir à Dieu qri aux hçmmesp^ ^ * • ;,r

Je ne vous ai pas dit; Madame , tjtur'

la loi portée par 1# f nation anglaise m'obligeroit à quitter JLondres f si Dieu jn'avoit chargée du sacre ministère d'enseigner le culte que je crois nécçjpairean 6^1ut; mais que je n'auroig pas sujçt d'accuser d'injustice les jages qui» me prononceraient ma septence : Pourquoi?

Parce que je meserois soumise à la peine en violant' une loi que je croirais injuste j aussi les'apôtres ayant été fouettéb en suite de cette réponse que vous ave*« citée , sortirent pleins de joie d'àvoii» été trouvés digiies.de souffrir pour lé tiofti de Jésus. Ainsi les martyrs , loin de maudire leurs persécuteurs^roîent pour eux. Aussi les premiers chrétiens qui faisoient une grande partie des armées, se voycûent-ils égorger les ârme& à lk main sans être tentés i où' de- vendre chèrement leur vîë.eii se défendant , ou de U sauver en se révoltant contre dèfc tyrans qui n'avoient d'autre droit au trône que l'injustice , comme un Néron*, qui ne parvint à J'Ejrfpir eL qu'en empoisonnant le Jégitime prjn^e, , oit' les autres > qui tte;fenqiQnt l,e pouvoir que de l'avarice et de la révolte defr soldats Les premiers chrétiens ne eonsidéf èrebt IV. 7

point cela. Jésus leur a voit dit : Je 'bous envoie comme des brebis du milieu des loups. Or , les loups ont beau égorger les'breWs , elles né cherchent point à se venger des loups, à les déchirer, à tes 'mettre en pièces.1 • ■ • ; !' -

». Jii CAL.VlNlSTB. .

Je commence a comprendre l'artifice de mademoiselle Bonne. Sous prétexte de vous apprendre l'histoire du calvinisme , elle veut chercher à nous rendre odieux. Elle va vous dire sans doute que nous nous sommes révoltés et que nous avons fait la guerre ; mais elle n'aura garde de vous apprendre qu'on nous y a forcés par la plus cruelle des persécutions) qu'on nous amusoit par desédits par lesquels on nous permettait la liberté de conscience ; qu on tes violqit ensuite j qu'on nous rassembla dans Paris sous le prétexte des noces du roi de Navarre , pour nous massacrer inhumainement.

Mir*ÈM. BONNE./

Vous me condamiiez hvantdem'entendre, Monsieur; cela n'est pas juste.

Je serai historienne dans mon récit, c'est-à-dire impartiale. Si oes Dames m i$-

terrompent pour me démander mon sentiment sur les faits que je rapporterai , je le leur dirai tout simplement, et letir laisserai la liberté d'approuver ou de rejeter mes senti mens : ce sont nos conventions. Je continue.

. Je né suivrai point Calvin dans tous les lieux où il fut. Ne se trouvant point en sûreté en Fraùce , il vint à Genève d'où il fut chassé; mais ayant été rappelé quelque temps après, il y établit une église et eut soin d'envoyer en France cet», de ses disciples qu'il crut les plus propres à y établir la nouvelle doctrine qu'il venoit d'établir. i ^

Le trône de France , après avoir été occupé par un prince qui mourut à dixse pi ans et qui étoit fort zélé pour la religion de ses pères; fût rempli par son . frère encore enfant ; ce fut Charle&PX, Catherine deMédicissa mère étoit utie princesse dont la passion dominante étoit de gouverner , passion à laquelle elle sacrifia tout. Ily a voit alors deux factions dans l'Etat, celle des princes du sang et celle des Guises. Le prince Antoine de Bourbon, qui par son mariage avec Jeanne d'ALbret, reine de Navarre, étoit devenu

maître de ce petit royaume, étoit a la tête de ceUe première faction et étoit secondé par Louis de Condé soh frère.

. Ces princes s'étant fait protestans , gros* . sirent leur parti par l'union avec tous ceux qui avoient embrassé la nouvelle doctrine, à laquelle ils donnèrent aussi des partisans; car personne n'ignore qu'il < y a toujours a la cour des gens qui n'ont .guères diantre religion que la fortune. Un des seigneurs qui avoit eu le plus de : part aux grandes affaires sous les règnes précédées, étoit le fameux Anne de «Montmorency, connétable de France et grand-tnaître de la maison du roi, i Cinq fils, tous braves, augmentaient et soutenoient son crédit ; mais sa sœur, Louise de Montmorency, lui avoit donné trois neveux , qui par leurs grandes qualités étaient fort propres a donner de la .célébritéàunemaisonquienauroitmoins eu. Ces trois frères , qui furent toujours parfaitement unis, étoient Odet, cardinal de Châtillon, Gaspard de Coligny, amiral de France , et François d'Andelot, colonel de l'infanterie française.

* Uii autre seigneur avoit partagé avec le connétable la faveur du roi Henri II.

LES AMERICAINES. l/\Q

C'étoit Claude de Lorraine , qui eut pour fils François duc de Guise. Comme les princes que je viens de nommer ont joué les grands rôles dans l'histoire dont je vous donne l'abrégé , je dois vous les faire' connoître.

Le roi. 4e Navarre étoit un honnête homme , c'est-à-dire un hotnmè droit , sincère , incapable de tsomper ; mais il étoit voluptueux, et par conséquent haïssoit lès affaires , et étoit irrésolu et indolent ,: quoiqu'il ne .manquât point de valeur. Son frère , le prince de Condé, l'emportoit de beaucoup sur lui du côté des qualités qui font les héros; aussi a voit-il plus d'ambition et étQ>t~il plus propre à être à la tête d'un parti , mais il manquoit de prudence* L'amiral de Çoligny a voit beaucoup.de droiture; il fut protestant de bonne foi/ Ses qualités naturelles l'auroient rendu le soutien de sa patrie , car il fut sans contredit, un des plus grands capitaines de son temps; malheureusement pour la Ffapce on lui persuada qu'il étoit permis de prendre les armes pour la défense de la religion. Théodore de Besel'avoit décidé ainsi , comme on lç voit par^ àes écrits.

l50 LES AMÉRICAINES.

, Li CALVINISTE.

Il ne décida qu'après la sainte Ecriture. Les Machabées prirent les armes pour la défense du temple et de la loi de Dieu.

Madem. bonne.

Une inspiration particulière et hors de la loi générale doit être autorisée par des prodiges , comme le fut la vocation des Machabées; mais depuis ces paroles sorties de la boucha de Jésus : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups; depuis l'exemple que nous a donné ce divin maître, de la soumission aux puissances, lfes-chrétiens n'ont d'autres ressources que la patience dans les persécutions ; et dès-là qu'ils ont recours k la violence, ils n'agissent plus en disciples de cèliii qui a dit à Pierre : /temettez votre épe'e dans le fourreau.

Toute la ressource que Jésus laisse à leur faiblesse , c'est la fuite. Si on vous persécute dans un lieu , fuyez dans un autre. 11 ne dit pas , prenez les armes. On agira toujours contre l'esprit de l'Evangile, quand, au lieu de fuir, on tirera l'épée comme le fit l'amiral et ses

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frères. Vous verrez bientôt que je n'ai point deux mesures , et j'ai autant d'horreur de la guerre que les catholiques' firent à Henri IV ,, que de celle que fit l'amiral et les autres. protestons. D'Ande loi,, fçère de l'amiral > n'avoitpas ses vertus et son attachement au calvinisme; il y avoit autant de passion que: de bonne foi d^ns sa religion; et, sans faire un jugement téméraire , il eut suivi l'exemple de . l'amiral,, s'il l'eût abandonné. Odet, r de - Châtillon fut séduit par l'amour : il étoit cardinal et évêque, il falloit donc se faire protestant pour épouser sa maîtresse , et il le fit

^é?Wi\>Auc de GuW?la)(npit ?incèrçment la religion et l'état; mais çornnje l'anabitioji étpit sa passion dominante , on peut dire r, sans crainte de juger témérairement, qye,sop attachement au catholicisme fûtété, moins yif, s* Je& Coligny n'poiçnfc pas/siaiyi les, opinions nouvelles ; car ife £\ qient de- » v^ûs. rivaux ,daJ(\s jf &veu£:,e* bietn-* tôt ennemis^ Ht comiaç les/intérêts de< là religion ajtachôjept ïe» Coligny au

i5a i/es Américaines.

très-zélés catholiques,' se trouvoient par là même à la tête d'un parti. Le connétable, par les intérêts du sang, étoit attaché à ses neveux, et' par conséquent ennemi des Guises ; maib comme il fnt toujours catholique , rintéVetMe Ia<religlon îè rapprocha du duc dte Guise } et lé roi 'de Navarre , à la ifin , 'ayant repris la religion de ses père$i se joîgnitk ces deuk seigneurs: ~ '*' ; \ ; ' l\ \ '"

.Catherine de Médtds / après la mort de ; sofa Gis Français H, se fit un plan indigne d'une chrétienne. Elle vouloit dominer, et les Guises n'étant pas en état de lui rien: disputer , au lieu qu'elle aVoit à craftidrer dès pritice^ du sang, elle s'attacha bu parut s'attacher aux premiers j bien résolue pourtant de se ménager entre les deux partis /et de se servir de Pun pour balancer l'autorité de l'autre , sans s'embarrasser dès intérets de h? religion ,Jdu roVaumie et des bonnes mœurs.,- v. < » s

* Èa> rfeine , ^ îa «fort de sôiî fils François V avôi^ euT. parole du roi de, Navarre qu'il lbi laisserait la régence: il prétendît ensuite qu*if rie l'a voit pâs; fait mViïéixif &$&&# a°af6hVrif

parti considérable dans le royaume , cette princesse, qui se voyoit au mor ment de perdre toute son autorité , résolut . d'en céder une partie pour conserver l'autre. L'amiral la servit en cette rencontre , à condition qu'elle protégerait les protestons ( on ne les nommoit pas encore ainsi , mais je me sers de ce mot parce qu'il m'est plus commode). Le connétable, qui ignoroit les promesses que la reine avoif faites a son neveu ; et qui ne vouloit que ménager un parti ennemi des Guises , engagea le roi de Navarre à céder la régence une seconde fois, à condition qu'il serait déclaré lieutenant-général du royaume. Ce prince, alors protestant , protégeant ceux de sa communion , ils ne se, contraignirent plus , et l'amiral fit faire hautement je , prêche à Fontainebleau : la reine fut elle-même écouter les sermons de Montluc, évêque de Valence , qui, sans s'être retiré de la communion rpmai^e, prêchoit les dogmes des novateurs j elle fit même publier un édit par lequel tou? les bannis pour cause de religion furent rappelés ; on leur restitua tous leurs

ï54 XE$ AMÉRICAINES.

biens , et* on défendit d'inquiéter personne pour cause de religion. Ce fut alors que le ' connétable 6e réconcilia avec les Guises , et unis au maréchal de Saint» André , ils promirent solemnelletfient de ne rîen épargner pour soutenir l'ancienne religion,

Ladt LOUISE.

Voilà une brigue, ma Bonne , une révolte contre l'autorité. Puisque la reipe, qqi rétoit, régente dp royaume, voulqit. bien spufirir les protestais , de quoi s'ayisoient ces trois seigneurs de se

uêFîcntre elle ?

M à peu. BONNE.

Je suis bien éloignée , Madame ; d'approuver les" brigues qui se font contre l'autorité légitime , si. elles ont pour but de se révolter. De fidèles sujets dans la circonstance où Ton éfoit alors, potrvoient sans doute se promettre mutuellement de ne s'écarter jamais de la foi de leurs pères, et de s'opposer par tous les moyens permis aux entreprises que feroient les novateurs contre le bien du royaume. Ces moyens permis sont :

U fermeté dans les conseils, où ilsdoi-

lie les ^^^aftP^f^ *£#»]> rier des cotoseils utiles au -winçe dfcnsJrf particulier lorsqu us sont consultes ; de. ne s unir jamais aux factieux, quelques avantages qù'ijf y trouvassent pour leur1 fortune. Mais si après cela Iç sQuyerain,

seigneur , le ministre d état même

celui de*la soumission; et s ils sç servent dfi pïétçxte (Je la religion pour autoriser leur révolté ', Us sont doublement coupable&, çômix>e le, devint le duc de

Guise, fils de Francojs 3 dont.ie p*r~

,: mutin- : rfv : ;. v:u*r.r ïyi^\w lt:.-r>.-\

ee qui setoit tenue

a Fontainebleau six mois auparavant , Tan^îral et spn frère avoienl présente une .reqpete .pour demander , au roi rpvprcice .public de la rélie}onjsSm^m ïîv ^et& rW«f*? W*^ter rejeiée

a être écoute dans un tèiiips plus'favorable : îFcrut ravoir trouvé péif après l'union defWsVëigh^tôd&ûl-j'ai parlé:

jJersonne's ; ifi- dans leurs '>ièb$;; mars ^V?S n?P?^r0lent faire îicùri exercice

^erm^4i^uii«^é c^la persbtfîié^ lt 'fut pieu ôtservé :les prW îèStàns Tôu^reïi^dè grandes $f#e$ dut ils s'assemblèrent, en* sorte ' $u'iï faillit assembler le Conseil^ où le c&âncèfrer de îxiopitai avança la^singulierç maxime r Qu^ifallpîf que les ledits s* àccommoaassent aux temps et aux personnes • er /20/2 par $ tes temps : et les personnes aux edtts. On résolut donc dèVac-

LES AMERICAINES. l5j

Madem. BONWE. Vx

ii » ' ' < *

Vous i^e faites, pas attention a ce que ypus 4ît^« Monsieur : cet édit n'étoit que conditiounel; la plupart de ceux qui le conseillèrent n'étoient point du totyt instruits, des points qui* séparoient les Calvinistes .des» Catholiques: on disçit a}çrs, comme on fait aujourd'hui * qrçei Ton rconvçqj|jt de tous lés points fondamentaux, et. qu'il n'étoit question que de savoir si on prieroit Dieu en latin çu er^franjja'^'îi^t autres yéjlilles sem-

Llables^ d'0^ l'p^ cpucluoit qu'il nç faUpit^sT troubler lrEtat pour si peu

flpçhpsfr : *, , j-X' ;•;.,»-

Lr CALVINISTE.

♦ Voilk ce qui s'appelle inventer } prout^z moi 9 Mademoiselle , que ceux qui Jfortèrent l'édit: igpiv^iénl ces différences essentielles qiii êoht entre nous etflfea papistes jilpyrivoit de ja trop de tefaips qu'on pr échoit la pure parole de JDiet* en France , pour qu'on pût ignorer fCes'choses. ' ;- • *• a": * '> v.*"»l«*- >

lïtie. j'ai soin dç n'avancer rien -iàb&'jpfèaVéS; je ne suis ûi fichée, ni

l58 LES ÀMÉl\ICAIiNBS.

embarrassée quand on me Jes demande:

Au lieu d'un concile national, on tint le

fameux colloque tte Polssy, aisemblée absolument contraire à l'esprit et à là pratique de l'Eglise. "./••!"

Un des premiers points de la créance des catholiques , c'est que c'est atix apôtres et a leurs successeurs que Jésus - Christ a fait là promesse :d'être;avec ëà)L jusqu'à la consommation des siècles j 2°. Que ce sont les évêques et lé chef de l'Eglise qui sont les successeur des npôtrès ; d'ôitf iV Suit que ce sont eux fcjtti doivent êtiré^fts'sèùls1 jl^ges de' là «î&ctrâné. î;Od/ ce&é .-d^tré- catholique quand on ne croit pas cela. La rëiné et son conseil , peu instruits (tes règles de l'Eglise, ou. feignant de. lès ignorer ;/inr jdiquèrentk Poissjf une ^assemblée) iok ils invitèrent les thécdogiexjs catholique* e| les protesta Wi Gefl*f cûùiiùite étpitd'aut tant <pjus blâmable,/ que; dans le raêtae temps le concjle jgéaéral, auquel squl U .appartenait, de, . décider v commencent- à s'assembler, à Trente. Aussi te wpape, Fempereur^Ue rmd'JEsp^gne écrivirent .

à la reine pour la dissuader de fair? eette

i assemblée, Elle ïeuR .rgpon^dii mWp'x

LES AMÉRICAINES. I?g

déciderait rien , et qu'il n'étoit question que du choix des matières qu'on dey oit1 proposer au concile : on se fia peu a cette promesse , et le pape envoya un légat en France pour empêcher qu'il ne se passât rien dans cette assemblée au préjudice des règles ; mais on prévint son arrivée , et on commença les conférences dans le mois de novembre.

Un des principaux ministres qui parurent dans cette conférence , étoit le fameux Théodore de Beze 9 qu'on peut regarder comme le second fondateur dix calvinisme en France. Les protestans commencèrent par présenter an roi une requête par laquelle ils demandoient trois choses. La première, que, comme les cardinaux et les évêques a voient intérêt dans cette cause, ils ne fussent point leur» juges; la seconde, que le roi, la reine et les princes du sang fussent à cette assemblée , pour que le roi y présidât et y conservât Tordre ; la troisième ,<fue tous leurs différends fussent jugésparja parole de Dieu. contenue dans l'ancien et le nouveau Testament ; enfin, que ce qui se diroit de part et d'autre fût écrit par des greffiers choisis par lés parties.

r6o &Bft américaines;

On s'étoit flatté dans le parti "que les évêques et les cardinaux ne voudraient pas assister à une assemblée qui étoit si manifestement contraire à l'usage de l'Eglise ; et dans laquelle on voyoit toutes les dames et tous les seigneurs de la cour ; mais ils n'avoient garde d'abandonner le champ de bataille à leurs ennemis : ce que l'on auroit imputé a foiblesse. Je n'entrerai pointjlans le' détail de ce qui se dit dans cette assemblée-. On a impri mé les discours qui .furent prononcés de part et d'autre : je ne m'arrêterai qu'à prouver ce que j'ai dit , il n'y a qu'un moment , que ceux qui étoient portés pour les protestans n'avoient pas la plus petite idée de leurs dogmes ; car Théodore de J3eze ayant .avancé , en parlant de la Sainte Eucharistie : Que le corps et le sang de Jésus-Christ étoient aussi éloignés de ce sacrement , que le plus haut des deux Vest de la terre » toute l'assemblée frissonna d'horreur , et il se fit un si grand bruit que l'orateur en fut déconcerté. L* reine fut, tout comme les autres, indignée de ce discours, et voici ce qu'elle en écrivit a M. de Rennes, ambassadeur de S. M. auprès de Fem-

LÉS AMÉRICAINES. ï6ï

pereur. Je vais réciter ses propres, paroles.

Beze s'oublia en une comparaison si absurde et si offensive des oreilles de touie l'assemblée , que peu s'en fallut que je ne lui imposasse silence , et que je ne renvoyasse tousses ministres j de vrai je ne m'en a&i&ns que de peur qu'on ne s' en retournât imbu de cette doctrine sans avoir ouï ce qui lui fut répondu. On ne fut choqué de -cette doctrine que parce qu'on l'ignoroit :

cela est clair.

Je ne vous dirai point, Mesdames , «Ju'on répondit très-doctement; que Beze n'oublia rien pour adoucir ses termes , et qu'il ne £ut que s'embarrasser : si vous ête$: curieuses d'être juges de cette dispute , vous pouvez vous^en procurer les actes: je poursuis.

} Les prélats , en suite des premières séances du colloque de Poissy , avoient dre$sé: une confession de foi qui fut approuvée de toute la Sorbonne , et il fut ordonné qu'elle seroit signée de tous les prôteslans : comtae, loin de le faire , ils dontifauèrerit'à parler plus hautqu'auparfavantyle-ducde Ciuise yle 'connétable ,

l6* LES AMÉRICAINES.

les maréchaux de Brissac et de Sainte André , représentèrent à la reîne que le moyen de retrancher tous les désordres étoit de faire garder exactement l'édi t. porté contre les protestans, puisqu'il . ne devoit y ^voir qu'une religion et une loi dans le^r^yaume 9 comme il n'y avoit qu'un fljf0u et qu'un roi } et voyant qu'ils n'étoient pas éèoutés ., ils demandèrent permission; de se retirer .

4e la cour, jçe qu'elle Jepr; ^çorda.. L'amiral , demeuré maître par cette retraite , demanda hardiment des tem-j pies; et sans attendre qu'on eût rien décidé à cet égard , les prof est ans firent) publiquement, le prêche d&ns un des faubourgs de Paris, proche l'église jde> Saint-Médard. G'éloit le jour de Sainte Etienne , et l'on sonnoit les cloches pour appelerfies catholiques à l'office,: A ce sonr, les calvinistes -sortent du prêche , attaquent l'église , brisent les. portes qu'on a voit fermées, y entrent les armes à la main , et frappent indifféremment sur tous ceux qu'ils ren4Con-* trent, mettent en pièces les aptels, les tableaux^, les bancs , et ;après ce; bel exploit rentrent en triomphe danfi-fe

rtM

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"ville , amenant avec eux plusieurs prisonniers. Les catholiques , le lendemain f armés de pelles , de broches , etc. ( car on les avoit désarmés) coururent sur les huguenots qui alloient au prêche, et renversèrent tout à leur tour , et les eussent mis en pièces , si les magistrats avec leurs troupes n'eussent apaisé ce désordre.

Comme redit de juillet ne permettoit que l'exercice de la religion, catholique en France , les protestans qui a voient violé cet édit çtoient dans leur tort : l'amiral le sentit bien j et pour obvier à cet inconvénient, il obtint de. la reine, au mois de janvier 1662 , un autre édit qui permettait l'exercice pu-.; blic des deui religions, c'est-à-dire queles protestans pouvoient s'assembler, excepté dans les yilles closes et dans les faubourgs de Paris. Le parlement assemblé trois différentes fois , refusa de vérifier cet édit , et ne le fit qu'au moment oii la reine ayant mené le roi au parlement « les força de le faire. Le connétable et les autres s'étoient bien attendus a ce coup j et pour réparer ce qu'ils regardôient comme un mal , il$

l64 Î-'BS AMÉRICAINES.

s'attachèrent a gagner le roi de Navarre : ils y réussirent; et ce prince ayant abjuré le calvinisme, exigea de la reine qu'elle chassât les Coligny de la cour ; ce qu'elle fit en entretenant toujours dé secrètes correspondances avec eux. Le roi de Navarre , qui ne vouloit pas laisser le prince de Condé son frère maître de Paris , manda le duc de Guise qui vint avec deux cents chevaux , et ce fut à cette occasion qu'arriva le massacre de Vassi , si célèbre dans l'histoire.

Ce prince étant à la messe, le dimanche , dans ce bouVg, les protestons , au nombre de sept à huit cents, qui étaient ata prêche dans une grange attenanteà l'église , se mirent à chanter lespseaumesde Marot. Les domestiques du duc , voulant empêcher ce bruit , on ne leur répondit que par des injures , et bientôt on en vint aux coups de pierres. Deux pages allemands, qui avoient des armes à feu , ayant tiré , le duc , a ce bruit , sortit de l'église avec toute sa troupe pour apaiser ce tumulte; mais ayant reçu un coup de pierre dajis le visage, ses gentils-hommes qui le virent tout en sang, se jetèrent l'épée k la maia

LES AMERICAINES. ' l65

sur ces gens-là, et il y en eut de tués et de blessés. Les protestans se plaignirent et traitèrent cette rencantre d'infraction du dernier édit ; mais les moins emportés d'entre les protestans convinrent que ce n'étoit qu'une rencontre fortuite, et que ceux de leurs gens qui avoient été maltraités auroient dû, par respect pour'fm seigneur tel "que le duc de Guise, ne le point troubler dans le temps de la messe ; ce qui auroit été aisé de faire en retardant d'un seul quart-d'heure le chant des pseaumes, la charité chrétienne exigeant qu'on ait quelques condescendances pour son prochain , et des égards pour ceux qui nous sont supérieurs.

, Le duc de Guisè fut reçu dans Paris avec de grands applaudissemens j et comme la reine craignoit toujours qu'on ne lui ôtât la régence , elle écrivit jusqu'à quatre lettres au prince de Condé f pour l'inviter à la joindre à Monceaux où elle s'étoit retirée avec le roi. Ces lettres dévoient être secrètes ; et en même temps elle lui en écrivit d'autres qu'il devoit rendre publiques, par lesquelles elle lui ordonnoit de sortir de

l66 XES XMÉRICAÏNES.

Paris.Elle se persuadent que son exemple engageroit les autres a quitter la capitale : elle se trompa ; et changeant bientôt de résolution parce qu'elle ne croyoit pas devoir se fier aux protestans plus qu'aux catholiques , son but unique étoit de balancer les deux partis pour demeurer la maîtresse. Le duc de Guise la prévint , et fut à Fontainebleau , où il la fit respectueusement prier par le roi de Navarre , mais de manière à n'être pas xefusé , de ramener le roi dans Paris , où sa présence étoit nécessaire*.

Làdt LOUISE.

Vous noua aviez promis , ma Bonne , l'histoire du calvinisme , et il n'est question que des ruses de Catherine de Médicis , et de l'ambition aussi bien que de \ la rivalité des Guise et des Coligny.

Madeu. BONNE.

• Aussi vous ai-je prévenue , ma chère , que cet grands mouvemens et ceux qui suivirent , qui paroissoient avoir la religion pour motif, n'étoîent que l'effet de l'ambition ; je n'en excepte que le connétable d'un côté , et l'amiral de l'autre. 11 est pourtant certain que les affaires

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de là religion, qui leur servôientde prétexte, étaient tellement liées avec la politique des grands des deux partis, qu'on ne. peut séparer ces deux histoires; Eu ce temps Catherine de Médicis pen* phoit tellement pour les religion n aires \ que quelques-uns l'ont accusée d'avoir été calviniste dans le cœur. Je ne la disputerai certainement pas aux protestons :

elle n'a pas fait assez d'honneur à la religion pour qu'on puisse s'envier sa conquête; car elle employa dans la suite les inoyena les plus propres à corrompre les mœurs, pour s'attacher les chefs des deux partis ; c'est ' un fait trop connu dans l'histoire pour chercher aie dissimuler:' telle qu'elle étoit, il est certain qu'elle fut toujours catholique, mais : mauvaise catholique dans le temps même où elle fit sentir aux protestans leé plus cruels effets de la malignité de son cœur.

Il étoit défendu par l'édit de janvier d'avoir des prêches dans les faubourgs de Paris : les calvinistes ayant contrevenu k cet édit, en avoient établi plusieurs dans le . faubourg Saint - Jacques ; le connétable s'y rendit et renversa de ses mains les bancs et les chaises , en pro«

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testant que tant qu'il vivrait on s'en tien» droit au terme de Pédit , qui ne permettoi! aucun de ces établissemèns dans les villes closes et près de là capitale.

Le prince de Condé, voyant le roi et la reine entre les mains des catholiques* se laissa entraîner par l'amiral , qui l'iq* cita a commencer la guerre, sous le spé+ cieux prétexte que la reine; avoit été forcée de rentrer dans Paris , et qu'auparavant elle avoil écrit au prince dç la maintenir contre le triumvirat; çt comme les rebelles rougissent encore de ce titre , lors même qu'ils accumulent les actes de rébellion , le prince de Condé, en prenant la qualité de chef des révoU tes, se qualifia du nom de protecteur et défenseur de la maison et couronne de France, pour procurer par toutes sortes de moyens la liberté du roi , de la reine, et pour le rétablissement de l'état, qui étoit opprimé par des tyrans. Il envoya un de ses confidens non - seulement aux princes protestans d'Allemagne, mais encore à l'empereur , avec ordre de leur montrer les lettres delà reine, comme si ces lettres secrètes , où cette princesse tâchoit de se l'attacher, eussent été im

ordre d'alLoitoer iai guelfe citile, et de mettre tout «« combustion. Cette démarche iuî ôta le prétexte qu'il donnoit a sa rébellion; car la reine, oqtrée de cerffti'ii avoit conservé ces lettres qu'il avait promis de brûler , se . réunit avec 1 es triu cavi ns , el fît donner au roi u ne déclaration ppr laquelle il traitoit de faux la violence qu'on snpposoit lui être faite, et donnoit ordre au prince et a ses adbérens de désarmer , sous peine d'être déclarés. criminels de lèze-majesté; Je ne parlerai point -de tout ce«qui se passa dans ce tlef guerre. Les protestans «'emparèrent d'un grand nombre de villes,. et leur première fureur se tourna toujpurs contre les églises et leurs pasteurs, L'Eucfcaristfe . foulée aux* pieds", les tableaux et les statues brisés ', les catholiques livrés a des tourmens qui rappelèrent le souvenir des Dioclétien et des Maxïoiien ; jugez-en par cet échantillon, Mesdames* Le baron des Açlrets ayant fait trois cent r vingt prisonniers, les obligea de se précipiter du Haut de la tour de:*ttfbtollirisôn; sës^soldats qui étùierit en bas , recevant leurs? corps sur la pointe de leurs piques» 3

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