IV
Le (ÎALVINISTE.
. J'avoue que ce sont des horreurs,
i mais n'onfc-elles pas été imitées par les
I ' catholiques ? Celui qui commandoit dans
| Mâcon ne se donnoit-il pas le barbare
] * plaisir de faire précipiter du haut du pont ses prisonniers dans la Saône ?
' v Màdem. bonne.
Je ne nierai point ces horreurs, Monsieur. Mais la coutume d'user de représailles à la guerre a été établie de iout temps; on se croit autorisé et même oblîg^de traiter les prisonniers ennemis comme ils traitent les leurs, afin de les forcer par la à en user avec plus d'humanité envers ceux qui tombent entre leurs mains. Effets effroyables de la guerre, et sur-tout des guerres civiles, où des cruautés qui révoltent la nature deviennent nécessaires. Combien sont coupables ceux qui donnent lieu à de pareils excès par la révolté! Or, qui peut-on accuser d'une guerre, sinon ceux qui Font commencée ? -'
Lb calviniste,
On en peut accuser à plus juste titre ceux qui y ont donné lieu. Les cal-
ItES AMERICAINES. I7I
yinistes étoient cruellement persécutés, malgré l'édit qui aocordoit la sûreté ; d'ailleurs n*avoil-on pas essayé de les détruire par le fer et par le feu ? On leur fa i soit souffrir les supplices destinés aux plus grands scélérats , youliez-vous qu'il; se laissassent égorger ?
Quand je le diroïs, Monsieur, je ne répéterais que les paroles de Jésus , pàrôles si bien comprises par les premiers chrétiens, qui se laissoient égorger «ans résistance; niais je veux vous fournir 01} plutôt vous rappeler une excuse plue plausible! C'est que la religion n'étôit que le prétexte et non le motif de celte guerre et des cruautés qui en furent la suite. Jesuis tropéqui table pour tirer. une conséquence générale de ces actes de barbarie contre la religion des réfpritfés; à Pexception des- fanatiques ,Ktou£ les bonnêtes gens parmi eux conviennent qu'il vaut mieux fuir que se révolter j et je dirai à la louange de ceux que j'ai cosinus dans le royaume , que je les ai rb* connue bons Français1; mais tel est lW-t prit de ceux de notre nation^ foûré -Mlig timeAS ne règlent pas toujours leurs ac-
i*]2 LES AMERICAINES.
lions , parce que leur légèreté les rend susceptibles- de toutes les* impressions qfu'on veut leur dqfnner-, et c'est ce qu'on éprouva dans les temps malheureux dont Je parle, où presque toute la nation, eih fièrtée- £ar Pimpulsion violente des princes, des ministres, des Giiisés et dë3 ecclésiastique tomba daus des excès qu'oçi etrt tanjourft ignorés, èi.Lnther, Cahyn et \e& autres novateurs eussent laissé les catholiques tranquilles dans la foi- qu'ils professoieht depuis .tant de j>ièdtes ; et il est fâchetix pour les nova* teujs ^que tous cesi excès ayent été coinmjSjii lîocçasiou:de la doctrine qu'ils Youioient introduire; Après cet éclaircissement^ qui prouve mon impartia- Htéf/, Clivais- reprendre- jie fil de, .mon
;?3bes<pàrlemens avoienfcporté différens ifkHs »«»ntre; les rebelles» avec ondne et permission de leurcowïr sus. On abuse ordinairement de ces ordres généraux, et je ne doute point qu'on ien ait abu*é a}f>ra ; iJs continrent pourtant* un grand "ftriibre àe ^enttls^boinmes qui ^ crai* g^WVidiQApirdéiruii^e leu^s ciaieaufc et lewcs terres,, abandonnèrent le priace de
Çondé j ce qui lui donna occasion <ST?Pt peler les étrangers , et nommément les Anglais dans le royaume , auxquels on* livra le'Hâvrefde-Gràce. Cette demarcj^ pe pouvoit que le rendre pdieu^ h tout les bons Français, qui voyoient avec horreur un prince du sang livrer aux ennemis de sa ^nation une des .clefs du royaume. La noblesse acçqurut en foule sous les étendards du roi, yt Ton fit le siège de Rouen qui .éloît au pour voir des rebelles. Elle fut emportés d'assaut ; on donna la vie aux babi- $ans, et on se contenta de puqif sept personnes.. Lé. prince de ■ Co#4fci! &QV$ prétexte de représailles, 6i |>end|:^ de»* personnes de qualité que Ae t$\ Sny^gwft en Espagne, ne toettapt point deldiflference cintre être pria; les amies à la rrt^ift COtitre^OTi tqï9 ou êbre pris éfi #zéw^ tant &es or,d nés. ,i< - /u .. } s -îj i»f <» Le roi de, Navarre itoottrutud tantes* sures: qu'il re^ut îufsi^d*>Rdl*èd , re* ce fut dans le sein de l'Église où il avoit reçu le baptême. «Vous irovs; souviem+ drea v Mesdames , <jtie.ce *priijce; jetant lieatéiiarit-^énpral du troyauibe pf9«da nt la ^ainoritfi du:no^;sa préfienqe dans un
\*]\ Ï<ÉS AMERICAIlfES-
parti le rendoit d'autant plus le parti légitime , qu'il étôit uni avec la régente. 11 fut pleuré par les catholiques , et sa mémoire déchirée dans les écrits des protestons j ce qui prouve que ceux qui ont avancé qu'il étoit mort calviniste, se sont trompés.
Jusqu'alors il n'y a voit point eu de bataille entre les deux pai tis. Les cath cliques gagnèrent celle de Dreux pat la valeur et la» bonne conduite du duc de Guise ; et pendant que le connétable resta prisonnier dans le parti des princes, le prince de Côndé le fut des royalistes. Le dud de Guisê, ptfar pro-. fiter de la victoire/ fut mettre lfe siège devant Orléans qui étoit ataf pouvoir de* rebelles j et il l'aùroit emporté , s'il n'eût été assassiné par un gentilhomme nommé PoltrOt. Comme lès balles qu'on lui tira étoient empoisonnées ,' il* tff eut t>aô moyen de le sauver. Il mourut en hérfcs i chrétieny pardonnant à son assassin , et recommandant à ses enfans de ne point venger sa mort , et de tester toujours fidèles à l'Eglise et au roi; 1 Jewoudrois. que la qualité d'histo* rieenei, que j'ai prise en commençant
LES AMÉRICAINES, f]5
Ce récit , me permît de passer sous silence les soupçons qu'on eut contré l'amiral à l'occasion de cet assassinat ; mais le fait est trop notoire pour être dissimulé ,/ conime j'ai fait plusieurs autres désavantageux aux protestans , parce qu'ils n'étoient fondés que sur des ouï-dire*
Le CALVINISTE.
En aorte , Mademoiselle , que vous allez renouyeler l'ancienne calomnie qui accusoit l'amiral d'avoir fait assas* siner le duc*
Midïm, BONNE.
Je me garderai bien d'ôter à ces Dames la qualité de juges que je lent ai donnée : je leur rapporterai les défenses de l'amiral , et elles décideront de leur solidité ou de leur foiblesse ; cet écart ne nous tirera point de notre histoire, puisque la mort du duc de Guise fût la cause ou le prétexte des grands événemens qu'il me reste à vous raconter.
Poltrot / seigneur de Méré , n'avoit que vingt-six ans , et étoit attaché à Monsieur : de Soubisè , zélé protesjant
]în6 LE8 AMERICAINES.
comme lui : irrité des succès du due cTe Guise , il avoit formé le dessein de le .tijer t et il élotf public td^ns le. parti , "qu'il, ayoit ce dessein. Ujdjfk en {apprenant la mort da rai de Navarre ;. Cte n'est pas .assez i: il faut immoler pne plus grande victime / et comme on lui demanda qui elle éloit : C'est ? répoar dit-il, le grar$d Guise,; et en même temps , levant le' bras droit , voilà le bras ; s'éerrfr-t41 , qui fera 'là coup et "mettra fin à nos- m^itx. C'est aîisî que s'e*primoit Poltrot en présence de Soubise el des autres , qui dirent ensuite qu'ils n'ajoutoient point de tfbi à ces pa- ,vole^, pareç qu'on ne se.vsnjLe pas de ,ce$ reposes quand- Q.n a envie d.elesfejire. Soulpise l'envoya, vers l'axniral, pour quelques affaires , et le. lui recommanda dans sa lettre. Après l'avoir lue , Çqligny lui dit : C!estMonsieur^etSoubiseçuf in écrit et xne mande comme vous avez bien envie de, servir la Religion yvous soyez le bien-venu , servez-la dçnc bien* Ensuite * ayant appris que c'étoU un homme intelligent f il lui. donna commission .d'alJer dans le camp ennemi. % pour savoir ce qui s'y passait j il lui
IÏS AMÉRICAINES tff
donna d'abord ;vîngt • êms , et ensuite cent autres ,: pour àvQir iw tyon -£he v*J ; et de fait il en eut un , qui é\o\i t$ £spA*
gnoK excellent coureur.
Poltrot , après celte acquisition , se rendit auprès du duc de Guise, auquel il se donna cpmrne un lïoninïe'quV le rfeniords. ramenoit a la .rèli§ioii\dô 'séS j>cre$ et au service de soq rûi.1 L'édûfc le reçût avec bonté et l'admit plusieurs fois à sa tablç : ce qiji , au rapport cle| l'assassin, le toucha jusqu'au point* dé lui faire urfesqùe- abatid&Af/er son dessin*; Voici cajaiiroç THéocJMe ide.Bèze parle a cette occasion daus-.epn* .histoire
ecclésiastique: * rl ~' î '
r, 11 dit de Poltrot qu'il se' prépara -par la prière à faire- sort comvMl^/iiféitoU d*ûn mouvement Secret, et prihnéS&ïeu très4nstamrrteht de* lui chcingeï le^oiv loir} si ce quil voulait fmnç lïà^éïék dèèagrêable ; ou ; frien quil lui 'donnai ccmstdnôe eta$&ez>dejbrce pouVtuereê tyran \;t ftifi ce moyen délivrer Ortéitns de dhtruction^etHoutte romaine d'un* 3tf mn Ikeurriti^ tyrannie. Ce future* cette prière qu'il iit le éoup.
: ' • < ' •' ' . Q tft
Li CALVINISTE.
Il me semble voir Judith qui,enflammée d'un saint zèle, coupe la tête à Holopherne pour sauver Béthulie.
. Làdt LOUISE.
, Vous me faites horreur, Monsieur, avec votre application de la sainte Ecriture. Où en serions-nous , mon Dieu , si cette horrible doctrine étoit reçue ! Qui ce roi l en sûreté ? Je suis scandalisée de la faconde parler de Théodore dç Bèze.
; Madem. BONNE.
-" Et tout ce que j'ai cotmn de protêstans, Font' été comme vous , Madame*: vous ne leur rendriez pas justice , si vous )u* giep de leurs sentimens par celui de Théo* dore euxta Monsieur ~ Je continue^ i Jtoltrot's^fioit sur la vitesse de son cheval pour $e sauver j 'mais il est un Dieu véngeurqui veille à 1a punition de$ Coupables. Il courut^ toute la nuit et le Jour suivant sans pouvoir s'éloignçr du catàpv et fut pris, viqgt-cjualre heures aprèfc. Il chargea dans ses dépositions l'amiral ;et Çèze; cepeftdapt» comme il j varia, on ne peut pas y fonder la com-r plicité; Voici comme l'amiral répondit
LES AMERICAINES.^ 1JQ
lorsqu'il 'fut accusé d'avoir fait agir Poltrot :
* 11 assure que sur sa vie et son honneur f ce sont ses termes , il ne se trouvera qu'il ait approuvé qu'on attentât en cettefaçon sur sa personne, jusqu'jé temps qu'il a été dûment averti que ledit de Guise et le Maréchal de Saint-André avoient acosté certaines personnes pour tuer M. le prince de Condé , lui et d'Andelot son
frère Quoi voyant, il confesse que
depuis ce temps-là , quand il a entendu dire à quelqu'un qu'il tuer oit * syil le pouVoit , ledit seigneur de Guise, jusques en son camp , il ne l'en u détourné; et quant à l'argent quiL a donné , il confesse qu'à son retour à Orléans * ayant dessein de savoir Y état du camp (lu duc de Q-uise , il le lui fit délivrer , sans lup tenir a\itre, langage ni propos, . et sans jamais lui faire mention de tuer ou de ne pas tuer le duc de Guise.
Mïs* CHAMPÊTRE.
11 ne faut pas être un grand sorcier ppur décider ce cas; l'amiral convient, qu'avant le temps où il fut averti que le duc en vouloit à sa vie , il n'approuvoit point qu'on chqrch&tà le tuer .N'est-ce pas
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nous dire qu'il le fit après ce temps-là? D 'ailleurs il n'est pas nécessaire de coin- .mander un assassinat pour en être complice. Savoir qu'un homme çn veut tuer •un autre, et l'envoyer dans sa maison, est une invitation tacjte à le tuer.
Madek. bonne;
Aussi demeura- t-on convaincu de k> complicité de l'amiral, non sur l'accusation de Poîtrot , mais sur la justifîcalion de ce seigneur ; et je vous avoue que cela diminue de beaucoup Ja compassion que j'ai de son sort.
La reinenégocioittoujourscommeàsoft ordinaire, et enfin elle vint à bout de conclure une paix qui parut solide. Elle étoit très-avantageuse aux protestans , et par là même eût dû leur paraître suspecte j mais Catherine de Médicis, savante dans l'art de tromper, en imposa au prince de Condéet fut merveilleusement secondée par son fils.
Cette princesse, comme jePai déjà dit plusieurs fois , craignoit autant les Guises que les protestans : elle vouloir gouverner , et gouverner seule ; elle fit donc un plan, qui, s'il eût été exécuté comme elle k piélendoit,eûrfaitpérir-raiivral
LES AMERICAINES. iSf
c(l les princes prbtestans par les Guises > feteût fait périr lesGubés par les troupes du'.roi* Je vais tâcher de vous développer «ce plan. J ai la avec la plus grande attention tout ce qui a été écrit sur cet article, et je crois êlre parvenue à en juger sainement j mais auparavant je dois vous faire connoître les fils du duc de Guise* ^puisqu'ils vont jouer le grand rôle dans celte histoire , et que par leurs excès ils donnèrent au calvinisme la forme qu'il eut en France jusqu'à la révocation de Tédit de Nantes.-
'Henri; duc dé Guise, eut les plus grandes qualités et les défauts les plus odieux. Il fut témoin et acteur des intrigues delà cour dès l'âge de treize ans, et ce fut peut-être l'occasion de sa perte. Son père avoit eu des vertus, des inlen* lions droites , un vrai zèle pour la rehV gion de Ses pères : sa douceur et sa bonté avoient leur source dans le fond de son caractère, qui étôit excellent : le fils n'eut que l'apparence de Ses vertus 5 et comme il joignoit à Ces apparences une dtssimib-. îalion profonde 9 une ambition déme* ôurée, et l'extérieur le plus propre k faire valoir ses vertus apparentes et ses
l$2 LES AMERICAINES.
vices réels , il devint le fléau de sa pairie et de son roi , dont il auroit pu être le soutien comme l'a voit été son père,
Henri de Guise avoit deux frères dont' il sera fort question dans notre histoire. Le duc de Mayenne , que de malheureuses circonstances forcèrent de sortir de son caractère qui étoit modéré , et le cardinal, qui partagea le sort, déplorable de son aîné. François de Guise , qui avoit découvert le caractère de Henri son fils, n'oublia rien a« lit de mort pour lui faire envisager, dans la situation ou il se trouvoit alors , le futile des grandeurs : il lui recommanda d'être fidèle à Dieu , au roi , et sur-tout de pardonner sa mort à ceux qui étoient soupçonnés de l'avoir occasionnée; mais ces bons conseils , s'ils firent quelque impression alors , furent bientôt oubliés..
Le duc de Guise, en mourant, avoit conseillé à la reine de faire la paix. Les chefs des deux partis la facilitèrent* Vous savez , Mesdames , qu'à la bataille •de Dreux le connétable avoît été fa}t prisonnier par les protestans , et le prince de Condé par les troupes du roi j ce dernier sur-tout s'ennuyoit de
LES AMÉRICAINES. l85
Sa prison , et se rendit sans peine aux sollicitations de la reine qui lui accorda beaucoup , lui promit davantage , se réservant , selon sa coutume , le droit de ne tenir que ce qui conviendroit à ses intérêts. L'amiral fut mécontent de .cette paix \ il vouloit le libre exercice de là religion protestante , et on l'avoit restreinte , quoiqu'elle fût beaucoup plus étendue qu'auparavant. La reine avoit des desseins, en faisant cette paix, qui se manifestèrent bientôt; après avoir fait déclarer le roi majeur au parlement de Rouen , elle le promena dans plusieurs provinces et le conduisit ensuite à Bayonne. Le prétexte de ce voyage étoit Je désir qu'elle avoit de voir la reine d'Espagne sa fille, et le motif réel étoît de prendre des mesures avec le duc d'Albe pour détruire le protestantisme dans les deux royaumes. Elle avoit un autre motif secret, qu'elle ne communiqua pointa l'Espagnol :c'étoit de faire .périr lès Guises en même temps que les Chefs des protestons. Mais si les- p*otefetàift se doutèrent des motifs de cette -entrevue, le parti contraire n'en eut pas alors la plus légère idée, On apprit,
l84 LES AMÉRICAINES.
quelque temps après que le roi d'Espagne cnvo^oit le duc d'Albë avec une armée .dans les Pays-Bas, et le bruit courut qu'on lui accordpitle passage en France. Les protestans alarmés représentèrent à la reine qu'elle devoit lever de» troupes pour s'opposer à ce passage; car elle assuroit qu'elle ne s'etoit engagée à rien avec l'Espagne. Cette ha>bile princesse avoit prévu qu'on lui feroit cette demande , et vouloit par là s'autoriser à lever une petite armée "sans que les protestais en prissèrit ombrage : on fit donc venir six nulle Suisses ; mais au lieu de les placer siir la frontière pour arrêter les Espagnols qui filoient du côté de Vile de France, ils s'avancèrent vers Paris. On lat^^^t en même temps le prituie deCondé et J'amiral qu'on avoit dessein deVassurer d'eux j et soit que le péril fût réel; soit que les donneurs d'avis eussent intérêt à renouveler les troubles, les chefs deç •protestans s'assemblèrent inmuliueusg- •n*nt , et le résultat dé eett't éiseitablée îTut.de se saisir de la pevsortrrë du toi. Là cour, qui étoit à Monceaux, fut avertie Recette résolution sans pouvoirj ajouter
%E$ AMERICAINES» l85
foi ; mais lorsqu'on sut que les rebelles étaient à peu de distance, *on partit eu tmnulLe pûur se rendre à Meaux , et oq pressa la marche des Sui$ses>qui mifeût lé roi et les dames au milieu de leurs jGorps> et firent si bonne «contenance * 4outes les fois que les proiestans voulurent les attaquer, qu'il n'y eut que quelques légères escarmouches., et le roi gagna Paris. Cet attentat sur Sa personne l'indisposa tellement contre tout * le parti , qu'il fut susceptible de toutes le$ impressions qu'on voulut lui donner contre eux dans la suite.
i Le CALVINISTE.
Vous cherchez à diminper l'horreur de la Saint-Barthélémy , en insinuant qu'elle fut une suite de cette action; mais le prince de Condé n'étoil-il pas en droit de.se saisir de la personne du roi , comme l'avoit fait son frère lé irai de Navarre ?
/ Màdim. BONNE.
' Non , Monsieur j le roi de Navarre ê\Q\l lieutenant -général du royaume 'd'un roi mineur , ce qui Pavoit autorisé* Son fi ère , dans le temps dont je parle .%
l86 LES AMÉRICAIN**.
n'avoit et ne pouvoit avoir aucun titre sous un roi fnajeur : ainsi son entreprise étoit un attentat. Quant à la Saint- Barthélémy, je l'ai en horreur , et en parlerai avec la même impartialité que j'ai eue jusqu'à présent. Je suis bien aise d'avertir ces Dames que j ai tiré jusqu'à présent les faits dont j'ai parlé des auteurs les moins suspects , et que j'ai passé quantité de faits désavantageux à la réforme. ' 9 .
Li CALVINISTE. *
Ce discours est tout propre à faire naître contre nous les soupçons les plus désavantageux. £t quels sont ces faits ?
Madèm. BOKWE.
Et mais, par exemple, le synode tenu à Saintes , où soixante ministres décidèrent que , selon la sainte Ecriture, orç pouvoit avoir recours à la force pour maintenir la liberté de conscience, et que la prise des armes, dans les circonstances où l'on se trouvoit alors, étoit juste, légitimé efnnême nécessaire; la permission que la reine accorda au prince de Condé et aux chefs des protestans de sortir du royaume pour aller professer
librement leur religion ailleurs. Ce n'étoit pas assurément violenter leur conscience) que leur permettre de *e ter tirer.
Le CALVINISTE.,
La belle liberté , que celle de s'expa* trier et d'abandonner son pays , ses parens et sa fortune !
Midem. BONNE.
Des gens qui se van t oient de suivre l'Evangile à la lettre, dévoient y voir, comme je l'ai dit, que c'était la seule ressource que Jésus a laissée aux chrétiens. Si on vous persécute dans un endroit , fuyez dans un autre. Que diriezvous, Monsieur, si le peu de catholiques qui sont à Genève , se prévalant des circonstances fâcheuses où se trouve cette ville, prenoient les armes et se joignoient aux métfontens pour obtenir dans cette ville l'exercice public de leur religion? Vous crieriez : à la corde ! Çependafat leur cas seroit plus favorable que celui des protestans du temps dont nous parlons. Souvenons-nous cjue nous sommes disciples de celui qui ne veut que des agneaux dans son troupeau; il y auroit eu bien des crimes d'épargnés,
l88 LES AMERICAINES.
si on n'eut pas oublié cette grande leçon* L.e prince de Condé et les autres chefs ayant manqué .leur coup, insultèrent Paris , et parvinrent a fermée le passage aux vivres, ce qui donna occasion à une bataille où le connétable fut blessé à mort ; ensuite les pro tes tans s'avancèrent du côté de la Lorraine pour recevoir un renfort de troupes allemandes, et prirent* en passant, plusieurs villes; ils assiér geoicqt la ville de Chartres, lorsque la reine, par ses intrigues, conclut une nouvelle paix où les protestans eurent de nouveaux avantages. Cette paix ne fut pas de longue durée; on jepvit le dessein de se saisir du prince de Condé et de l'amiral , en sorte que la guerre recommença plus# violente que jamais) et il y eut une action dans laquelle le prince de Condé ay^nt été fait prisonnier, fut tué par le baron de Montesquiouj cette perte consterna le. parti, mais servit 3 augmenter ,1? 'gloire de l'amiral qui, souvent battu, trouva le moyen de se faire redouter encore , et d'amener la reine à une nouvelle paix; et en effet elle fut conclue. Le jeune roi, qui se maria peu de temps après , dît
LES AMERICAINES. ïS*)
hautement que cette paix étant don ouvrage > il la maiutiendroit; et pour prouver qu'il étoit sincère, il pressa le mariage de sa sœur Marguerite avec le jeune roi de Navarre , qui avoit succédé assena père , mort parmi les ca4holiques. Ce prince, dont le notai sera toujours cher aux Français, promettent dès-lors tout ce qu'il tint dans la suite. Par une exception à la règle, il avoit été élevé d'une manière dure, ce qiai lai fit un tempérament robuste dont il* eut grand besoin dans la suite pour supporter les excessives fatigues auxquelles il fut exposé. Sa mère, Jeanne d'Albret, héritière de son chef du royaume de Navarre, étoit devenue zélée protestante} et son fils avoit été élevé par elle dans les mêmes opinions. Je ne vous le peindrai point, Mesdames, Le Seul nom de Henri IV réveille l'idée du plus grand et du meilleur de tous les princes ; d'ailleurs ses actions le firent connoîlre.
Jusqu'à présent je ne vous ai dit que des lambeaux de l'histoire du calvinisme, que j'ai. retenus de la lecture des ouvrages de ce siècle ; actuellement je suivrai exactement un guide qui ne
*Ç)0 LES ÀMERrCAI NES.
peut être suspect à M. le Calviniste ; c'est le grand Sully , mort dans sa communion y et qui a fait rédiger sous ses yeux les mémoires de la vie du roi et des affaires du temps.
hes moins éclairés d'entre les protestans crurent voir, dans le dessein de donner la princesse Marguerite an jeune roi de Navarre , un désir sincère d'affermir la paix , et se réjouirent de voir un prince qui de voit être leur chef, ' époux de la sœur de leur roi. La reine Jeanne ne regardoit point cette union du même œil : cette princesse avoit des mœurs , e t ne pou voi l penser sans frayeur que celle qu'on lui destinoit pour bellefille eût été élevée dans une cour dissolue , où , comme elle l'écrivit à son fils , ce n'étoient pas les hommes qui prioient les femmes, mais les femmes qui débauçhoient les hommes. Elle retarda donc ce mariage autant qu'elle, le put ; mais les choses étant trop avancées , il fallut enfin qu'elle s'y déterminât.
11 seroit difficile de décider si le roi Charles IX entra dans.les projets de la reine et jusqu'à quel point il y entra ; les auteurs ne sont nullement d'accord
. LES AMERICAINES. IQf
Sur cet article : après la lecture la plus réfléchie, je suis restée persuadée que s'il en eut quelque connoissance , il n'y fut déterminé absolument que par les circonstances que je vais vous détailler. On commença par faire de grandes èarresses aux députés des protestans ; et comme ils demandoient qu'on portât la guerre en Flandres contre lés Espagnols, le roi parut goûter cette proposition, et répondit qu'il avoit besoin des conseils ■' de l'amiral sur cette affaire. Dans le même temps le parti des Guises parut tomber insensiblement j et comme le jeune duc représenta au roi qu'il ne pourrait voir & la cour, l'assassin de son père , le roi lui répondit, sèchement qu'il étoit le maître d'en sortir. Cette réponse. et l'éloignement du duc fit croire aux Montmorenci qu'effectivement le roi s'étoit dégoûté des Guises , et ils mandèrent à l'amiral qu'il pouvoit venir en toute sûreté. On ne peut rien ajouter aux carresses x|u'on fit à l'amiral ; et ce seigneur fut si persuadé qu'elles étaient sincères, qu'il attira la reine de Navarre à la cour* où l'on vit aussi le prince de Béarn , qui y amena le prince de Gondé , fils de celui
jça LES 1ME RICA INES,
qui fut tué par Monlesquioti* Tpus les. articles étant réglés,. la mort de ta reine de Navarre , qui arriva en ce temps-là, ne retarda point le «lariagc projeté, qui fut suivi des* fêtes.les plus brillanieôvCe fui au milieu dé ces: fêtes queJ'aotîral reçut un coup d'ar^oebùse , qui lui. firt tiré par un bQmmèqW a pp 3 rt<Jnoit aux Guises, afin de pouvoir attribuer cet assassinat au désir de vengeance dont ces princes venoient . de . donner des preuves toutes récentesr La reine ^attendait que les prolestansï, dansile pr>e* miter mou vement, attaqueraient lés Gui* ses $ et que ces derniers étant les plus forts pan l'union avec les catholiques f é^orgeroient les protestans. Le-roi pen* dant ce temps seroit« resté tranquille; et quand les Guises ïauifoiebt débarrassé de leurs ennemis r il seroit» sorti du. Louvre à la tête des troupes et. serait tombé sur les chefs, sous .prétexte de les punir d'avoir occasionné une émeute aussi considérable:, ajbrèfr les : «Jéfeascs qu'il leur avbit faites d'user de voies de
fait* ' : .; . J , ^ ..-..' '»
Cette amorce ne prit pas, dit Mézerai?, dans sou Histoire deJErance.s l'amirai
bfais£, fat "porté' Chw ltfï ; e t4 lés proies* tans se • contentètf 'tût de potier J leurt plaintes au roi * qui s'egipttrt* ftrrlètiSé* ment à cette nouvelle et • jbra qu'il eii tireroit' Vengeance.' ' ' '
I »' " ' I . 'il -■ • ' < «
Ayoïjez donc,fMadç/moi£ell(Ç, que la conduite des. protester^ fat hprs de tout reproche à cette occasion. ...
. ' Mjl^m. bonne.*'
Comme j'aimé adjuger favorablement du pro^hàîri j et que fe né prends aucun intérêt & Catherine de\Médrcis, auteur de'toîitéi les! liWifëàrs qfci' suivirent, je voudrôié j&uvoir être de vôtre sentï* merit ; triais' la princesse ' Marguerite, qui verioitd'épduser le roi de Navarre; bous apprend dàtts ses fnémerires^e qu'on mi ^enàlef de cëttji1 mGdJritïpfir Êffé dit que lés pfcrtestàtis j^c'ert&ttft jÛ fcheft y se rassemBloierit chez "lëvoh; tfod époux ; toutes lés mrfw j que ce pHtiéë étant au lit avec elle ,, sa présèice ne'Ici ehipêchôit p'ôïnt de parler T^ètûéÛ^ qti'on y préisôit rêsoïutiotf .flatis le ^artf de threr vengeance cle U ^ltesstire âJe:PAémirai , si le foi1 ne la'fai&dït pai!rsè èuîs IV- 9
pçrewdée que la >t*me*mit4&#HWii par-tout, qui jluï rapportaient tas nienaoes des protesta^, qui 1& exagéroient peutêtre, et qu'elle se servit de ces menaces pour déterminer le roi a l'horrible mas* sacre auquel elle étoit résolue. Il étoit question de fairp main-basse sur les huguenots; et 'ce qui prouve que le' roi ntevoiVpoint dû toit t projeté ces horreurs, c'est qu'au moment ou elle le pressa devancer celui de l'exécution , il lui dit en ]xxr$nl\ Eh bien , Madame, voys le voulez , il faut tfone Iç? tuer toys $ afin çp'il nen reste pas u/f sçut qui puisse pfe le reprocher. Cç fat un quart-d'heurfe avant le massacre qu'il lui tint ce dis* cours, et tout étoit dès-lors ; résolu sans §pn ave.vLfLe duc de Gui$ç. n'en voulok qu'a l'amiral , çt avQÎt jdeniaadé permission au foi de ?p battre contre lui: il faut' lui coudre cette justice ,. qu'il eût préféré fettê f-YoijB'a celle de l'assassinat j mais sa dçn^andp lui ayant été refusée , il &e de'- |£irminÉi. à }oùt ce, que voulut la reine , W) .^^hargea de ^'exfcut^ofl , avec Tes^r VR}R secret ^'i^pourrait bi,çn flérir.lui- Wfte Wàh&l ^^P^-Xenpréyôt des p^chauds çtjies officiers de quartier*
MES :'Ainé!i*i€Afaïfc&." ig5
avaient averti les catholiques de mettre* une croix de lingfe à leur» chapeaux et à leurs bras pour se reconnoître ; et la reine ayant fait avancer le moment du massacre, dans la oraintp que le toi qui étoit fort agile; neréivoqu4t ton consentement y on sevjeta.eiiioul^ dans tes maisons fies prolestans, et on il! épargna nv âge ni sexe. Je tire lé rideau son cette? scène affreuse , et iur les horreurs1 dont leroilunniêaie se mouilla» Il fit vendit danp sa chambre Wotoi de Navarre et le prince de Condé *et jurant horriblement , il leur dit . qu'il falloit ipburir ouiabjnrer leufc religion. Le roi de Navarre répondit; comme il fit dans la suite , qu'il n'étoit pomtpbstiné da»s sessentimen© ,at qu'il les abandonnerait aussitôt qu'on foi ! autoit prptivë qu'ils étoient faux $ mais Je rolne hri laissla.pas le temps de là floli* bérationt, et il fallut qu'il fît une altyarae don telle quelle. Le père de Sully ,*j»i n'«tdft pas à Paris, écrjvit à cei jeun^ hmrii»e)qui s'étôit satitté *jo»mepfer ixmz nj^i qur'il fel[t#t%eder au (temps et > aHer à la messe comme son pèvCb.irii: cT/: a y
itfiJfe D0RDTHÉÊ. ^ n'
Si- j'avbis'véci* dans* ce tèmps-la, je
(96 tUS AMERICAINE Sj
crois qu'un tel massacre m'auroit éloignée. pour jamais de la religion catho* iique.
• Màdsm. BONNE/
Aussi ceux qui l'ordonnèrent s'erabarrassoient peu qu'on' fût catholique eu protestant 5 quelque beau 'Semblant qu'ils fissent ; s'ils eussent agi et pensé selon l'esprit de l'Evangile , ils se seraient bien gardés d'une telle infamie qui étoit propre à éloigner les protes* tans de" leur conversion.. On en eut une preuve sensible dans ce cjoi arriva à Amiens* et dans '• quelques !kaiiè& j provinces. Le gouverneur d'Amiens ayant communiqué à l'évêque lès ordres qu'il A voit reçus , ce prélat n'«n voulut jataais souffnt l'exécution v et donna on< (écrit au commandait fi par leqpel il prjeAbît sur lui lia déiolrâs&nce. 'Lésiprdtestâns ayant1 appris de quel péril leur évêquë les avoit sauvés , se rendirent assidus à seairçstructictas, et il n?eh restq pîstun sefflhdçà* : cette Jwlle vbà mèipeu chose arttva) taq^Ennogei?; Itê^tw de Lisieux
jen Normandie.' T ' <>; 'ui.-rr.on w w >jI •[
On s'é toit» vaine n*eat flatté d'abattre
le partipr^çs^ant cal jqawolaqtjks cjjefs.
Le roi de Navarre et son coupin s-'écbap* pèrent dé* la cour, et s'étant mis à leur tête; là guerre recommença plus vivement que jamais. Charles IX ; ne survécut pas longtemps à celle boucherie1, et mourut d'une maladie qui pouvoit être regardée comme en étant le châtiment. Le duc d*Anjou son frère, qui était ^lors roi d;e Pologne , lui succéda Sous le nom de Henri III. Ce prince eût paru digne d'être roi s'il ne fût jamais monté sur le trôde. A là valeur et ad courage qu'il a voit montré dans sa jeunesse , succédèrent une paresse , une mollesse et xM libertinage qui le rendirent méconnoissable. Il fil le monstrueux assemblage de toutes sortes d'excès avec des pratiques extérieures de piété , qui le rendirent méprisable à ses Sujets. L'ambition des Guises , parvenu* pffr degré a son délier pé* riode, leur Kit croirequè la circonstance étoit favorable pour les porter jusqu'au trône : ils se disoient descendais de Charlemagne ; la branche des Valois alloit s'éteindre dans la personne d'un prince qui la déshonorait : celîe de£ Bourbons , à qui la couronne apparte-
-i 98 V* S A. M B R I C A I N JE s .
Doit de droit, étoit protestante ; el ils «crurent, ou ils feignirent de croire jque c'éloit.mre raison -su £&$ntè pour les exclure dç la succession k la courpune. , Ils cachèrent lewrs , tues , ambi* lieuses sOus le spécieux prétexte . de la sûreté de la religion > et par là se firent des partisans de tops les catholiques » qui faisoiefnt saifs comparaison le plus grçnd ao*nbçe,| Potijr Us ebg^ger- d'une manière irrévocable 4 oa Ravisa dfe faire} une association qu'on pômnïala Ligue ; chacun de ceux qui la signèrent sengageoit par le plus , .redoutable des sermetfs, à soutenir H religion càtholique jusqu'à la dernière goutte.de son sang ; et comme il étoit question d'y engager ceux qui d'ailleurs aVoient horreur de la rébellion «, fies chefs publièrent que Jeurs assemblées seAenoient avec une permission taejte.du mi : ajussi juroit-on fidélité ~k CQUte Jet ràçe ides Valois, et on promettait $e n?y "pbiufc molester les protestans , pourvu: qu'ils se comportassent avec modération.
Ces articles n'étoient insérés dans la formule, du serment, <Jue poijr rassurer les cpB$çi$f*ce$ JâmorÊejs »j binais )es xhofk
sa voient à q'ikoi s'en tenir ; et quoique le! duo de'Gnise iie fût ptointT encore nommé chef 'de cette eénffldératijCfn ; ij.i^e pou^Oït manquer de Pétrë', êt*e& éloit l'âme. Le foi , qui d'abof-dtt'avofiÉ pas tenu compte de la Ligue', ayant appris qu'elle a voit été approuvée du roi d'Espagne' y en^compril tint te daA* ger ^ et crut le prévenir en se déclarant chef de la Ligue , et en la sigttaùt tout lé premier , pour ôter au duc de Guise le pouvoir que lui aurait donné sa qualité de chef. Le duc, qui sa voit bien qu'il Qecoit toujours, ;quand>il le t;ouârûit'i 'maître de la Ligue, fût. charmé de i'àp* probation que donnoit Henri III,. parce que cela- la grossit de tous ceux qufci fidèles au roi, n'auroient pas voulu s'engager sans son: aveu. : >:
• Eu conséquence de l'approbation que le roi donnoit à Ja ligué \Aei protestons $a préparèrent à>la guerre v d'auUtat plus que , dans l'assemblée des états y il ftit Statué à la pluralité des voix : qu'il n'y au r oit d'autre exercice public que celui delà religion catholique-} la' gtje^re Suivit de près ces préparatifs; les 3ubbèsTe*i furent journaliers , c'est -t à > dire «qu'ils
^QO v LES AMERICAINES;
aboutirent a saccager les villes,, à ruiner les campagnes et a verser le sang des çitoyeps. Le roi de Navarre coriimença *lçqs à( déployer ses grands talens pour )a guerre, quoiqu'il n'eût pas dans le parti* toute l'autorité qu'auroit dû lui dflnner sa qualité, de premier prince du sang < par la jalousie du prince deCondé $t,dei plusieurs autres qui aspiraient k l'indépendance. ,
, Le roi d'Espagne voyoit avec plaisir1 les progrès de la ligue en France ^ et sol* liqitojt Je duc]de Guise à en faire usage, spjuê le spécieux, prétexte de conserver la foi > et densla vérité , pour démembrer |$ royaume s'il ne pouvoit s'en rendre Itfirmaîire; De quatre princes, fils de Heopi II , trois* et oient morts sans postérité , et le roi avoit peu d'espérance d'en iTavoiiv La succession au trône regardait : le i roi de, Navarre,' chef de Ja hrpiwhe :des Bourbons ; et on avoit eu grand soin de répandre parmi le peuple que l'hérésie rendoit inhabile à posséder la couronne. Cette prétention .étotytndoutepàblé j on a tôt jours l*egardé'.eii"Frâiice' la royauté <owmc de droit divin ;-mais les peuples1 n'étoient
pas en état dé discuter ces matières T et en croy oient des- docteurs et des prédis cateurs aux gages des Guises^ Le rai , accusé d'inclination pour celui de Navarre i fut assiégé , pour ainsi dire , dans son propre palais par Je peuple de Paris reVolté contre lui, et dut son» salut * la timidité du duc :dç Guise 'qui, par son irrésolution,; lui laisdà le temps de s'échappe^. ' * . '
-Les catholiques, par cet attentat, servirent çaus y penser le roi de Navarre ; Henri III, sbllici té pcir ce priàce* cPac* cépter le Recours qu'il lui offrait contre* ses, sujets rebeQles ; *; se joignit* à lui, et les deux rois- vinrent assiéger Paris. Il y 21 beaucoup d'apparence qu'ils s'en fussent rendus maîtres , si un exécrable parri«< cide n'eût assassiné Henri ÏII. Cette mort, changea la face des affaires* H étoifr questionné reconnaître Henri IV. Quel-»
ques seigneurs catholiques le firent sur-t le-champ , après que ce prince leur eut réitéré la protestation de se faire instruire des matières de la religion aussitôt que ses affaires le lui permettraient, et d'embrasser ensuite le parti où la vérité lui paraîtrait la plus claire»
: Le dût: de Guise; n'était plus alors, Henri III. a voit- vengé par Sa mort les attentats qu'il avoit commis contre sa personne,1 et avoit ea même temps fait périr le cardinal de Lorraine , son frère, ce qui l'avoit grouillé avec la cour de Romfe. Laligue iavoit alors, tpourkhef le duc de Mayenne, frèce du duc dé' Gûise, qui, naturellement modéré, arbit été comme entraîné dans la rébellion ; et cç qu'il y a de singulier, c*e$t que cfe çeigneitr, en qui on avoit remarqué des vertus et des Ulens avant sa révolte t Sembla perdre alors l^s uns et les au très y en sorte qu'on ,a dit de lui qu'il ne savoit ni faire la guerre ni faire la paix. Henri IV étoit un rival bien capable d'éclipser des qualités supérieures à cillés du duc de .Mayenne ; il fut obligé de conquérir son royaume à la pointée de. répée: l'ardeur qu'il portoit à son peuple en retarda la conquête; il le combattoit avec la répugnance que ressent un père à sévir contre des ènfans coupables, mais qui lui sont chers. On pepeut exprimer ice que ce bon prince eut à souffrir et des catholiques de son parti, qui le menaçoieui de le quitter,
s*il né se faisoit catholique , et des protestans, qui abusoierit crdellenient da besoin qu'il avoit de leur secours. ,On ne pçut lire ce qu'en a écrit Sully > protestant, mais bon sujet , sags être touché jusqu'aux larmes.
• Il s'étoit forme dans Paris uhe faction nommée celle des Seize, parce qu'elle étoit composée dés plus emportes des seize quartiers de Paris: CeuxJà voulaient donner la, couronne à lTufau te d'Espagne qui descend0'1 d'unfc* filles de la maison de Valois, hefih dû duc de Lorraine , qui avoifcle même avantage * y pré tçndoit pour lui-même, et ces deux factions désiroient que ce,pri*icç épousait V Infante -, on offroit, *t* duc dfciy¥nft de lui donner lefl souveraineté pluiie&f * provinces qtl'w a^rpU^membréé^et des somqies immenses; niais ce duc n'aVôït garde de se donner' un1 rfiaît^e : il s'accommodoil mieux d'une anarchie qui lui laîssoit toute l'autorité ; car Yè cardinal de Bourbon qu'il âvoit décoré dp litfç de .roi ,é|oif en, la j>ui$$ançja*de I£epri ;(V.: Ces , différées parais ne poo*T vaut se réunir malgré les, meuéeq du légat du pape et de l'ambassadeur d'Es-»
pagne» devinrent moins redoutables a Henri : la faction des Seize le set vit aussi par. les excès que commirent ses membres ; les peuples, rebutés tie la guerre , soupiroient après le repos, et la ville de Paris fit espérer de se soumettre /si le roi tenoit la promesse qu'il avoil faite de se taire instruire. Il y eut de grands con-* seils à cette occasion dans le parti du roi. Sully lui fit entendre qu'il ne serort jaxriais paisible possesseur de son royaume, tant qu'il seroit protestant , et qu'ainsi c'étoit a lui a examiner ce que sa conscience'lui permettoit a cet éçjard: Quelques • ministres assurèrent le roi. qu'on ^ou voit se sauver dans la communion romaine, et ce fut d'après cette assurance que Henri IV àjs fit catholique,
ta CALVINISTE.
Dites , Mademoiselle , qu'il feignit de se faire catholique ^ car il ne crut jamais les erreurs que votre église enseigne.
, ') MiDiv. BONNE- . , m .'
'Vous posez en fait, Monsieur , ce qui n'est encore qu'en question {fcarniinous. Je pourrois vous répondre qu'il ne crut point d'erreurs j car l'église romaine
n'en enseigne point ; mais pour nous en tenir aux termes de nos conventions, j'attendrai, à le dire, que je l'aie prouvé.
Miss DOROTHÉE.
Je sais mon Sully par cœur , Monsieur, et vous me permettrez de le croire plus que \o\is dans une matière où il et oit témoin et partie intéressée. Le roi , dit-il lui-même , me dit un jour : « En vérité, » mon ami, ces gens-là (il parloit des » catholiques) ne sont point tels qu'on » nous les avoit dépeints : ils n'ado- » rent ni la Vierge , ni- les Saints , et » n'ont aucunes des erreurs qu'onleur » attribue. »
Ladt LOUISE.
Et Sully qui rapporte, ce trait, s'est-il fait lui-même catholique?
X,b CALVINISTE.
Non , Madame , il est mort protestant , malgré les grandes promesses du roi qui vouloit faire épouser sa fille naturelle à son fils, et le combler de biens ; preuve certaine qu'il ne crut pas le discours de Henri , lorsqu'il cher choit a justifier l'église romaine»
Miss DOROTHÉE.
Vous me poussez à bout, Monsieur , et quand ma Bonne devroit me gronder, je ne puis me refuser à une réponse que j'aurois voulu vous épargner. Sully étoit sans doute un honnête homme, et je l'aime tout-à-fait à cause de son attachement pour son roij mais c'étoit un pauvre saint en matière de doctrine: jugez-en/ Messieurs et Mesdames , par la réponse qu'il fît à Henri IV dans l'occasion dont sEOus parloqs. Il avoua au roi qu'il lui étoit impossible de se faire catholique, parce qu'ilyavoil des choses dans leur doctrine qu'il n'étoit pas en son pouvoir de croire, comme ce qu'ils assurent: qu'il y a deux natures en Jésus , et une seule personne.
L'ANGLICAN
Il faut que Vous ayez mal lu , miss Dorothée; celte doctrine est commune à toutes les communions; elle est crue dans nos églises comme dans, les autres. Sully ne pouvoit être si ignorant.
Miss DOROTHÉE.
Je dî^ai tant que vous voudrez avec vous : Monsieur $tilly ne de voit pas
L'ES AMERICAINES. 20f
être si ignorant; mais votre exclamation et la mienne n'empêcheront pas qu'il ne ie fût 5 vous pouvez voir ce fait dans des mémoires rédiges sous ses yeux, non ceux qu'on vient d'abréger, mais ceux qui sont encore gaulois* De bonne foi , Mesdames, nous, et tous 'les gens du monde, sommes-nous mieux instruits ?
Ce n'est que depuis - quatre jours qne je sais qu'il y a en Jésus deux natures et une seule personne ; jusqu'à présent je croyois , d'après Sully, que c'étoit une erreut desr papistes. Henri IV n'étoit pas plus instruit que nous, puisqu'il dijsôit a Sully : Ces gens-là ne sont pas tels que nous les croyons. Cependant l'un sacrifioit sa couconne , et l'autre sa fortune à une religion qu'ils ne connoissoient pas; quelle sottise! Evitons-la, Mesdames, et soyons ce que nous serons, en connoissance de cause ; et si la vérité nous échappé , n'ayons point à nous reprocher que ce soit faute d'examen.
Ma dem. BONNE.
Rien de plussensé que cette réflexion, miss Dorothée. Je vais continuer notre histoire.
Henri IV s'étant fait catholique, on
connut que le zèle de la religion n'en* troit pour rien dans les démarches' de ceux qui lui avoient» disputé sa cou* ronne. Tous ceux dont la rébellion n'a* voit point eu l'ambition pour cause , se hâtèrent de se soumettre ; on lui livra la ville de Paris par surprise, et tous les jours, on apprenoit la reddition de quelques places. À mon dé jeûner, di* soit Madame de Montpensier, grandç ligueuse, on me régale de la soumission d'une bicoque j à midi, de celle d'une ville; et le soir j'apprends la reddition d'une prpvin.ce entière. Henri, devenu paisible après les plqs grands travaux, travailla à prévenir de nouveaux trou<blés. Il aimoit les protestans qui lui a voient rendu de grands services y il saSroit que: les grands seigneurs ne der mandoient qu'un prétexte pour remuer de nouveau J l'çdit de Nantes , qiji étoit très- favorable aux protestons, lui parut propre à remplir ses vues. C'est de ce moment qu'on peut regarder le calvinisme comme véritablement établi en
France , parce qu'il le fut de l'aveu du souverain.
LES AMERICAINES. lOg
Ladt LOUISE.
Les protestons , depuis ce moment, sont-ils demeurés tranquilles et fidèles?
Miss DOROTHÉE.
J'en reviendrai à Sully , qui leur prédit ce qui leur est arrivé en effet. Du t vivant même de Henri IV ils cabalèrent tellement, à l'instigation du duc de Bouillon, que Sully leur répétoit souvent : Vous forcerez le roi a vous abandonner , et quelque jour on vous chassera de France.' Ces prédictions ne les rendirenfpas plus sages : ils désobéirent au roi en cent occasions ; et si vous voulez voir dans Bayle un grand article sur le ministre Charnier , vous verrez que , dans le temps où M. de Villeroi conféroit avec lui par ordre du roi , il se rognoit les ongles avec tant d'impudence, que les rognures sauloietit aux yeux d£ Villeroi: '
Midem. BONNE.
Il est certain qu'ils se ménagèrent trop peu, et en se faisant redouter de leurs souverains, ils leur firent naître Ja pensée de les expulser, et de remettre les choses dans le royaume au point où
elles étaient deux cents ans auparavant. Adieu , Mesdames j cet abrégé est tresïriaî digéré , parce ^ue je l'ai pris par lambeaux dans différentes histoires ;nl vous donnera peut-être l'envie de puiser dans les mêmes sources, et cela me fera plaisir.
SECONDE JOimNÉE.
( Toutes les personnes qui ont assisté à la\ Leçon précédente , lady S. , mère de lady Inconséquente ? et M* yatens , arien* )
.Ladï S. (i)
Je viens ici, Mademoiselle , pour vous faire de grandes plaintes ; vous m'aviez } promis de ne parler en aucune manière
} de voire religion, à ma fille , et cepen-
ï dant vous en avez fait une idolâtre : î'ai
; beaucoup de douleur de m'en être rap-
portée à votre parole,
IJ (i) Je prié le lecteur de m'en croire sur ma
\. parole d'honneur: cette conversation est réelle,
j'en ai trente témoins , outre des billets et des
j lettres écrites de 4a main de la dame en con-
séquence.