IV. >o
2l8 LfeS AMÉRICAINES.
c'est le seul parti raisonnable que puisse prendre celui qui n'est pas catholique j il faut croire tout ou rien.
Udï, LOUISE.
Monsieur* l'e calviniste , c'est ici une affaire de bon sens j qu'il me soit per«? mis de faire usage du mien pour vous répondre. Saint Jean nous avertit , en deux différens endroits , que Jésus a dit et fait une infinité de choses qui ne sont pas écrites dans l'Evangile ; et quand il ne Pauroit pas dit , je l'aurois deviné, L'évangile de sâint§ Matthieu ne comprend que peu.de feuilles \ celui de saint Marc est encore plus court ; saint Luc et saint Jean ne sont guères plus longs que saint Matthieu. Comment croirôit-on que tout ce que Jésus a dit et a fait , pût être renfermé dans un si pelil nombre de feuillets ? Cela ne tombe pas sous le sens.
Le CALVINISTE.
Puisque Dieu , qui a inspiré les évangélistes, n*a pas permis qu'ils nous en ayent appris davantage , nous devons croire que ce qu'ils ont écrit renferme
LES AMEIUCaÎNES. 219
tout ce que notié devons Savoir : apparemment fe resté eût été inûiilê.
LiDi LOUISE.
Vous vous oubliez, Monsieur. Jésus~ Christ, la' sagessfe éternelle , n'a rïed tîit ,' n'tf rien fait qui ne! puisse nous être utile 5 'âfïnsi Jal raison que vous ♦m'allégtieif^^^ut thé satisfaire, et en' voici une qui me patoît plus naturelle; elle est vraiment naturelle , ;car , sur mon hontaetfr; voici là première fois de ma vie que-1 j?ettf éntfe parler sur cette ma* lièreVet* je i/ài rfen vu Vjtfi y fût conséquent? ' t . ; ) ;
Jésus , dans l'Evangile,' dit expressé* jnent, en parlaïit à ses apôtres: Qui vous écoute m? [écoute ; qui vous meprise me méprise. Nous sommes' donc obHgés,par ces paroles , à écouter les à^ôtrèS et leurs successeurs. Wons devons faire l'exercice de notre foi à: leur égarât; car, remârquez-le bien, ceci appartient à la foi, puisqu'il est question de croire ce qitl4 est contraire a toutes mes notions. Je sais, p&* Pexpférience de tous les siècles, que tous les hommes spot menteurs , * ^c'est^ à-dire sujets à se
tromper et à me tromper. En voici pourtant que Jésus m'ordonne d'écouter comme lui - même j donc je suis sûre qu'il dirigera leurs paroles , et qu'il ne leur seroit pas possible de me tromper quand même ils le voudraient. Vous dirai-je plus , Monsieur ? s'ils me trom<poient, et que je crusse Terreur d'après leurs décisions et leurs easeignemens , je n'en serois et n'en pourrois être responsable j ce seroit Jésus lui-même qui m'auroit induite en erreur. C'est sans doute pour laisser un exercice à ma foi, qu'il n'a pas permis que tout ce qu'il a dit et fait ait été écrit , qu'il m'en a fait avertir par saint Jean f afin que j'ajoutasse une foi entière aux choses qui n'auroient point été écrites, et que les apôtres auroient ^enseignées de vive voix et ditçs à leurs successeurs. Ces successeurs sont mes apôtres aussi bien que les douze qu'il avoit choisis ; ils ne peuvent me tromper, j'en ai sa parole : ainsi la tradition qu'ils reconnojssent est pour moi comme l'Evangile.
' L> CALVINISTE
Je défie à une papiste d'en dire davantage. Eh ! comment voudriez- v*u^
LES AMERICAINES. 22t
discerner les successeurs des apôtres?
Qui vous a dit que les promesses dé Jésus - Christ ne regardoient qu'eux ?
Pourquoi ne pas croire qu'elles s'adres* soient à tous les fidèles ?
Madem» BONNE.
Nous voilà hors de notre sujet, et lady Louise vient de?mettre sur le tapis deux questions de la dernière importance, ou plutôt elle y donne occasion ; car il est hors de doute qu'elle a soli-> dément prouvé qu'il faut admettre la tradition ; mais comme je suis riche en preuves, nous reprendrons cette question : Doifron admettre la tradition ?
Nous examinerons aussi la succession à l'apostolat, c'est-à-dire qui sont ceux que nous devons régarder comme légitimes pasteurs de l'Eglise, et, en cette qualité, héritiers des promesses de Jésus-Christ. Toutefois , comme il faut finir quelque chose, laissez-moi; vou$ rapporter ce que j'ai à vous dire pour prouver l'usage de la confession dès les premiers siècles.
L* CALVINISTE
Mais à quoi serviront ces preuves f
222 XES AMERICAINES.
posées sur un fondement ruineux que nous rejetons ? Tenons-nous-en à TEcrilurje.
!, ! Lis RABBIN.
Ne vous échauffez pas, Monsieur. Je suis neutre ici ^ et par conséquent en étal de juger des coups. Sans porter aucun *jùgenieut sur l'autorité de la tradition i puisqu'il reste encore quelque chose à dire sur cet article, permettezmoi de vous faire remarquer que les passa g-eg que vous cite mademoiselle Bonne .viennent poqr confirmer une vérité énoncée dans la sainte Ecriture; On vous a, prouvé que le pouvoir de lier et de délier renfermoit le commanv dément tacite de se confesser, et vous n'avez pu ^raisonnablement le dispuler; n'est-il pas uatarel , après cela , de recevoir la tradition qui nous montre cet usage? • . i ■ < ■ ■ '-
Lz CALVINISTE.
Et pour nous prouver cet usage , on nous cite une lettre de saint Clément
lr
qu'il n'a jamais écrite.
Làbt LOUISE.
Permettez -moi dé vous faire remarquer, Monsieur, qu'il importe peu a la
question présente que celte lettre , attribuée dans 1rs premiers temps k saint Clément, soit de lui ou d'un autre. 11 suffit que son auteur , quel qu'il soit , ait parlé de la confession comme d'un usage établi , et que personne ne se soit inscrit en faux contre ce qui étoit écrit à cette occasion.
Miss SOPHIE.
Je vous prie de vous expliquer plus clairement , Mademoiselle» Je ne comprends pas trop ce que vous venez de dire.
Ladt LOUISE.
Ce que ma Bonne nous a déjà dit , ce qu'elle veut encore nuxis dire , est cru dans son Eglise. Elle prétend qu'on y a toujours cru comme à présent, depuis les apôtres; Monsieur soutient que non.
Voici ce que ma Bonne est en droit de lui dire. S'iFy a quelque chose de nouveau dans notre foi, montrez-nous le temps ou l'on a commencé aie croire.
Il y avoit sans doute une opinion sur chacun de ces articles avant qu'on eût innové. Si celte innovation est réellement nouvelle | c'est sans doute qu'elle
2a4 LES AftTÉRlCÀI^E*;
renverse celle qui étoit établie , et alors ' elle a dû surprendre ; on s'est écrié contre elle , sur-tout si elle assujettit à quelque chose de pénible. On me dit que l'amiral Anson a fait publier un ouvrage où il assure qu'il a été aux antipodes. J'ajoute foi à son récit, moi et les autres , parce que nous savons qu'il y en a , et qu'il est possible d'y aller; mais si son ouvrage eût paru il y a cinq cents ans, temps dans lequel on ne connoissoit point l'Amérique, une nuée de contradicteurs se seroit élevée contre l'amiral anglais , parce qu'il auroit avancé une chose nouvelle, une chose dont on n'auroit jamais entendu parler ; on lui eût con I esté sa découverte.
Il est prouvé que la nouveauté surprend et fait jeter un cri public. Ainsi, .si les choses dont ma Bonne nous à parlé, comme la confession et les indulgences, ont été proposées après coup, c'est une nouveauté qui a dû surprendre et faire jeter un cri public. Si M. le Calviniste peut nous prouver que ce cri ait été poussé , c'est qu'on n'avoit non .plus entendu parler de la confession et •des indulgences, que nos bons aïeux, des
^ antipodes. Ne peut-il nous prouver ce cri de l'incrédulité, lorsque les écrits attribués à saint Clément, et les autres qui parlent de la confession , ont paru ? C'est que ces écrits n'enseignoient rien de nouveau, rien qui n'eût été cru et pratiqué dans le temps qui avoit précède celui ou Ton parloit de la confession. Cela me paroît clair.
Midim. BONN S.
Et ce qui rend celte preuve plus frappante , Madame , c'est qu'au moment où quelques particuliers ont enseigné une doctrine contraire à ces dogmes établis , il s'est élevé un cri contre eux, ils ont été contredits, réprimés ; preuve certaine qlie ce qu'ils enseignoient étoit nouveau , puisque cela scandalisoit. On étoit surpris qu'ils parlassent un nouveau langage.
Ls CALVINISTE.
A propos des antipodes , votre église nous a donné une belle preuve de l'inr faillibilité qu'elle s'attribue. Le premier qui a osé dire qu'il y avoit des antipodes , a été condamné comme hérétique. Comptez sur de pareilles décisionsî
22ô le* -americain ïs.
MidemI; bonne.
' Cela s'appelle battre la campagne et chercher à faire diversion. Ne croyez pas, Mesdames, que je parle ainsi feute d'avoir une borihe réponse à faire. On condamna celte opinion -, parce qu'on ajoutoit que ces antipodes" étoient peuplées par des hommes qui ne descendoient pas d'Adam. Reprenons notre $ujet.
Saint Irenée9 dans le second siècle , rapporte que les femmes quj s'éloient laissé séduire par un certain Marc , hérétique,, se confessèrent de s'être laissé séduire par lui. Tertullien , av$nt d'avoir adppté les hérésies de Montan , dit dans jm livrç qu'il fit sur la pénitence : La confession qu'on fait de ses péchés en diminue autant la pesanteur, que la dissimulation avec laquelle on les cache les augmente ; car la confession qu'on en fait est un témoignage du désir qu'on a de satisfaire à la justice de Dieu , et la dissimulation est une "preuve de V opiniâtreté dans le mal.
Quel grand avantage nous promet la honte en tenant nos péchés secrets ?
Comme si nous les cachions à Dieu ,
lorsque nous en ôtans la cQnrwissancg
aux. hommes.
Dans le troisième friècle , saint Cyprien parlant de ceux qui sont tombés dans la persécution , dit : Combien sont plus louables par leur foi * et leur crainte ceux qui , bien quils nayent pas sa- ' crifié ou donne des billets aux magistrats , néanmoins parce qu'ils çn ont eu la pensée , viennent s'en confesser aux prêtres de Dieu avec regret et avec simplicité, découvrent h. secret de leur conscience , déchargent leurs âmes du poids de leurs fautes , et recherchent un remède salutaire pour des fautes bien que petites et moins dangereuses.
Lactance , dans le même siècle , au livre de ses institutions, dit: Il faut savoir que V Eglise véritable est celte dans laquelle on $e confesse et on reçoit le sacrement de pénitence.
Le CALVINISTE.
Il y avoit donc des gens qui ignoroient ou contredisôient celte doctrine , qui n'éloit pas si bien établie que vous voulez le faire croire ?
Madek. BONNE,
Belle \ conclusion ! Il faudroit dire
2âd LES AMÉRICAINES,
aussi que les dogmes prêches par IeS apôtres n'étoient pas ceux de Jésus, et qu'il faudrait en douter; car saint Paul nous apprend que de son temps il y a voit des chrétiens hérétiques qui contredisoient sa doctrine.
iiDT MÈRY.
Vous nous parlez de saint Irénée ,. de Tertullien , de Lactance. Pour savoir le degré de croyance que nous devons à ees personnes , nous aurions besoin , ce me semble, de savoir ce qu'elles étaient. N'étoil-ce pas des évêques?
MiDSv. BONNE.
Je vous dirai ce que j'en sais a la fin de la leçon , et ce ne sera pas grandchose : qu'il vous suffise de savoir que dans toutes les communions on s'accorde à dire que dans les quatre premiers siècles de l'Eglise on n'a point enseigné l'erreur : or , dans ce temps les sentimens de ceux dont je parle ont été approuvés par cette Eglise reconnue pour pure ; donc leurs sentimens étoient ceux de l'Eglise.
Voyons les preuves que nous fournit
le quatrième siècle : nous commencerons par saint Basile.
Dans sa troisième lettre à Àmphiloque; il dit : Si ceux qui sont tombés dans les pèches dont nous venons de parler, donnent des marques d'une grande, ferveur après leur confession , celui à qui la puissance de lier et de délier a été donnée sur la terre par la bonté de Dieu , ne sera pas blâmable s'il devient plus doux à l'égard de sespénitens , et s'il abrège le temps de leur pénitence en vue de la -manière extraordinaire dont ils s'y exercent.
Le diacre Paulin , qui a écrit la vie de saint Âmbroise , nous apprend que toutes les fois que quelqu'un se confessoit à ce saint de ses péchés pour en recevoir la pénitence , ce digne et saint prélat pleuroit si fort , qu'il for ç oit lç pénitent à pleurer.
Saint Paciçn , évêque de Barcelone f" reprenant les personnes qui négligçoient de se corriger , dit : Je parlerai de ceux qui confessent bien leurs péchés , qui les expliqy.ent bien clairement et bien distinctement y mais qui ne savent pas
$3o LES AMERICAINES.
les remèdes qui doivent les guérir , ou qui refusent de les pratiquer.
Dans le cinquième siècle , Innocent Ier, dans sa première décrétale , dit , en parlant des pénitens : Soit qu'ils fassent pénitence pour des péchés énormes ou pour des fautes légères , c'est la coutume de l'église romaine , de leur donner l'absolution la cinquième férié devant Pâques , si quelque maladie pressante n oblige à en user autrement; et afin que vous ne croyiez pas qu'il ne soit question que d'une, absolution publique , remarquez ce qu'il ajoute : jeu reste , le devoir du prêtre est de juger de la grandeur et du poids des péchés ; il doit aussi avoir égard aux dispositions de celui qui se confesse.
Lidt MÉRY.
Ce passage montre bien clairement que cette coutume étoit bien établie j car ces décrétâtes étoient sans doute adressées à tous les fidèles.
Madem. bonne.
L,e mot semble le dire , ma chère } mais comme je n'ai pas la coutume d'avancer ce que je ne sais pas positive-
tES AMERICAINES. ftSl
pi^nt , je vous avouerai avec franchise que je ne sais pas trop ce que l'on appeloit ainsi ; je m'en instruirai.
Le CALVINISTE.
La plupart des écrits qu'on a nommés ainsi sont apocryphes, et voilà une des sources des erreurs de l'Eglise romaine. On a in se ré dans ces décrétâtes tout ce qu'on a voulu , et on a forcé les fidèles d'y croire comme à l'Evangile.
C'est une calomnie , Monsieuf . On n'exige pas de nous la foi sur ces écrits et sur ceux des autres pères de l'Eglise, excepté dans le cas où l'Eglise reconnoît qu'ils ont parlé selon l'Ecriture. Remarquez bien ceci , s'il vous plaît : je vous ai cité, et je vows citerai encore des passages des écrits des Pères et des Saints. N'allez pas vous imaginer que je croye ce qu'ils ont dit, parce qu'ils l'ont cru eux-mêmes : oh ! ma foi ne dépend pas des hommes; ils sont sujets à Terreur ; et saint Paul m'avertit de ne pas donner cette foi aveugle à un ange -même; il faudroit que j'examinasse si l'Evangile qu'il me présenteroit seroit
le même que celui que m'ont donné les apôtres. Pourquoi cet examen? C'est que Jésus n'a pas promis l'infaillibilité à l'ange ou à des particuliers, mais c'est à l'Eglise. Or, toutes les fois que l'Eglise approuvera la doctrine prêchée , écrite par des particuliers , je croirai cette doctrine sans examen ; pourquoi f c'est que l'Eglise l'a fait pour moi , et que je compte sur la parole de Jésus , qui m'a dit qu'il seroit avec elle jusqu'à la consommation des siècles.
Ladt LOUISE.
Ne perdons pas de vue qu'en supposant que cette décrétale n'ait point élé donnée par Innocent Ier, elle est une preuve de ce qu'on croyoil dans ce siècle , puisque la doclrine renfermée dans cette décrétale n'a pas fait jeter ce cri qui prouve la surprise. Continuez , s'il vous plaît.
Mideh. BONNE.
Voici comme parle saint Léon, pape:
Jésus-Christ, homrrie et médiateur entre Dieu et les hommes , a laissé aux ministres de son église la puissance d'ordonner à ceux qui se confessent
V exercice de la pénitence , et de les recevoir à la participation des sacre* mens par la porte de la réconciliation , après les avoir purifiés par une satisfaction volontaire. Remarquez que ces paroles ne peuvent s'appliquer à la pénitence publique ; celle-là n'étoit pas volontaire , il falloit de toute nécessité s'y soumettre ou renoncer' à demeurer chrétien et être privé des sacremens, au lieu cfi'on n'avoit pas droit de la refuser à ceux dont les péchés étoient cachés , à moins que le prêtre ne les connût par une confession volontaire, Saint Augustin*, dans sa quatorzième homélie , cite plusieurs péchés dont on doit se préserver quand on se porte bien , parce qu'on ne sait si à la fin de sa vie on recevra la grâce de la pénitence , et le temps de confesser ses péchés à Dieu et au prêtre.
Remarquez, Mesdames, que la grâce de la pénitence , c'est-à-dire la contrition ? n'exclut point la nécessité de se confesser au prêtre : le même saint nous l'apprend encore. Le pécheur, commele Lazare 9 sort du tombeau quand il se fait connoître par la confession $ et
aptes cela Jésus-Christ dira à ses mi- . nistres > comme il dit à ses apôtres au sujet du Lazare : Déliez-le , et le laissez aller. Comme il dit à ces mêmes apôtres : \ Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Voici un autre passage du même saint , que je rapporterai tout entier , quoiqu'il soit un peu long; car il répond parfaitement aux mauvais raison ue me os qu'on fait par rapport a la confession. *
Il y en a gui s'imaginent qu'il leur suffit ^ pour faire leur salut, de se confesser à Dieu, à qui rien n'est caché, etqui lit dans la conscience cl' un chacun ; car ils ne veulent pas se montrer aux pré* ires , soit par honte , soit par crainte , soit par mépris ', quoique Notre-Seigneur les ait établis pour discerner entre la lèpre et là lèpre ; mais je ne veux pas que vous vous laissiez abuser par cette opinion , ni que vous refusiez de vous .confesser devant le vicaire de Jésus- Christ ; car il faut subir le jugement de celui qu'il n'a pas dédaigné de mettre en sa place. Priez donc un prêtre de venir q vous quand vous serez malade, et faites- lui part de tous les
secrets de votre conscience. Ne vous laissez pas séduire par la fausse reli* gion de ceux qui vous disent en vous visitant : Que la seule confession de vos péchés faite à Dieu sans la participation du prêt? e , est capable de vous saucer : nous ne nions pas qu'il ne faille souvent s'adresser h Dieu pour lui faire sa confession ; mais avant toute chose , vous avez besoin du prêtre» Regardez-le comme un ange envoyé de Dieu, ouvrez-lui le plus secret de votre cœur, révélez-lui ce qui vous cause le plus de confusion. N'ayez pas honte de confesser devant un homme ce que vous n'avez pas rougi de commettre devant plusieurs. , Faites - donc une confession claire , sans chercher d'excuses pour diminuer votre faute; allez droit, ne prenez point de détour pour embarrasser ou-obscurcir la vérité : marquez même les circonstances de vos péchés, les lieux, les temps , les personnes , , sans toutefois les nommer.
. Miss DOROTHEE.
Voilà un passage bien positif. Ditesmoi , Monsieur , l'Eglise a-t-elle condamné cette doctrine , que saint Au-
gustin enseignoit et écrivoit? Pouvetfvous prouver que les évèques de ce .temps-là , ou quelque grand personnage, l'aient contredit ?
Le CALVINISTE.
Le clergé n'avoit garde de s'élever contre une doctrine qui tendoit à augmenter son autorité et à établir son despotisme sur les consciences. Cependant vous voyez, par le discours d'Augustin , que dès ce temps-là il y en avoit quelques-uns qui croyoient qu'il suffîsoit de se confesser à Dieu. JToute «l'Eglise n'étoit donc pas d'accord sur ce point?
Miss DOROTHÉE.
Eh ! quelle est la doctrine qui n'ait pas été niée? Parce que quelques-uns ont nié la divinité de Jésus-Christ, son incarnation, et les autres mystères qui sont crus dans toutes les autres communions , serois-je autorisée a en douter ? Si quelqu'un , dans cent ans , faisoit une religion nouvelle dans laquelle on niât le péché originel , l'éternité des peines de l'enfer , et s'avisoit de dire : ces dogmes sont nouveaux dans l'Eglise, et je puis prouver que dans le dix-hui-
LES AMERICAINES. 35f
tième siècle le Citoyen de Genève a écrit contre le péché originel , et que le ministre Peti^-Pierre, en Suisse ou à Neuchâtel, a parlé contre l'éternité des peines. Le ministre de l'Eglise française à Dublin, l'a fait aussi ; donc je suis autorisée de soutenir que la doctrine combattue par ces trois hommes n'étoit pas reçue.
1 List LOUISE,
v On se moqueroit d'un pareil raisonnement. D'ailleurs , Monsieur , je ne reconnais pas l'Eglise de Jésus à ces motifs ambitieux que vous supposez dans ces ministres. Quoi ! cette Eglise à laquelle Jésus a dit : Je serai avec vous jusquCà la consommation des siècles ; celte Eglise, dis- je, toléreroit l'erreur pour augmenter son autorité ! Je vous demande pardon de ma franchise, cette idée pae paroît un blasphème : si vous pouviez me la faire prendre, j'abjurerois le christianisme comme l'ouvrage d'un imposteur.
£* RABBIN
Jugez de rqes seulimens parles vôtres, Madame. J'e'tois déterminé, il y a quçl-
2*58 LES ÀtfÉHICÀÏNES;
ques jours, à me faire chrétien, j'en suis Lien éloigné aujourd'hui. Quoi donc! letf promesses de Jésus n'ont-elles dû s'accomplir que dans les menaces qu'il a faites contre ma malheureuse nation?
Pour me convaincre de sa divinité, il faut qu'il n'y ait pas une seule de ses( paroles qu?on puisse me prouvëriaùfcsë.1
Madem. BONNE.
Je. vous exhorte,, Monsieur , à persévérer dans ces sentimens. Si nous pouvons prouver que Jésus n'ait point été* fidèle dans ses promesses , hâtons^noua d'abjurer son culte : vous m'en verrez donner l'exemple.
TOLÉRANT
Voyez où vous conduisent ces inutiles disputes. Vous voilà prête à abjurer le christianisme, plutôt que de convenir que, pourvu qu'on aime Dieu et son prochain , on peut aller dans le ciel , indépendamment de ce que l'on croit.
* Last VIOLENTE.
Si vous aviez répondu a ra«s questions, nous saurions à quoi nous en le-, nir sur ce que vous avancez à présent.
Je vous avois prié, Monsieur, de me dire si vous croyez que Dieu puisse être honoré également par la foi de la véritd ou du mensonge.
TOLÉRANT
Il est hors de doute que Dieu, qui est Ja vérité même, la chérit et l'aime j qu'il, déteste le mensonge j mais, Madame, le. mensonge est un acte volontaire j or,, une erreur que je crois une vérité, l'est en effet par rapport à moi , et ne peut m'êlre imputée a crime.
Ladt VIOLENTE.
Oui, si celte erreur est invincible, et qu'il m'ait été absolument impossible d'en sortir.
TOLÉRANT
Nous voilà d'accord ; ajoutez qu'il est un grand nombre de vérités, que Dieu n'ayant point jugé a propos de nous rér vêler , nous en devons conclure qu'elles ne sont pas nécessaires ; car , sans cela , sa bonté l'eût engagé à nous les découvrir.
Ï.ADT VIOLENTE.
Il y a plusieurs choses dans votre réponse que je ne puis vous passer»
D'abord, vous supposez que nous sommes d'accord , et je suis sûre que nous ne le sommes point du tout. Prenons des exemples pour nous mieux entendre.
Sur plusieurs points , ceux qui sont ici présens pensent d'une manière contraire. Si un seul pense juste, toupies autres pensent faux : assurément leur erreur n'est point invincible ; croyezvous , Monsieur , qu'ils n'ont pas le moyen de s'éclairer?
Le CALVINISTE.
Qui en doute, Madame? N'avons-nous pas les saintes Ecritures, dans lesquelles on trouve une révélation claire et complète?
Ladt violente.
Permettez-moi, Monsieur, de vider mon différend avant de vous répondre.
Croyez-vous , M. Tolérant ,,que Jésus ait dit quelque chose d'inutile? ou pour jti'exprimer autrement, tout ce que Jésus a révélé est- il nécessaire à savoir ? P«ut-on le savoir ?
TOLÉRANT
Oui, tout ce qui est à notre portée, et chacun peut en avoir une diverse. Ce
LES AMÉRICAINES. ^t
qui détermine l'étendue de notre foi, c'est l'étendue de nos lumières ; il est hors dé doute qu'une personne d'esprit comme vous est en état de comprendre des vérités révélées , qui seront des mystères pour une infinité d'autres. Or , ces autres ne seront pas criminelles de ne pas croire ce que vous croirez.
Le RABBIN.
Voilà une singulière doctrine ! Quoi !
Votre Christ n'aura voulu instruire que la millième partie des hommes? car sur mille à peine en pourra- t-on compter un qui ait le talent , le temps et lei moyens ^nécessaires pour copnoître la vérité. Vous me permettrez de vous dire en ce cas que la mission de Jésus seroit très-bornée , et son empire réel bien peu de chose.
Vous ne faites donc pas attention , Monsieur , à ce que je viens de dire ? Les évangélistes sont traduits en langue vulgaire, fout ce que nous devons croire y est expliqué d'une manière claire ; de façon que tous ceux qui savent lire peuvent s'instruire.