IV
2Ô6 tES AMERICAINES.'
canons «nous à cet égard. La religion protestante a décidé que les magistrats pouvoieul punir un béréliqiie , et Calvin ïuUriiêriie à fait brûler Se rvet. Les rofs 6ont maîtres d'éloigner de leurs états toute doctriae et tous prédicans qui pourroienl y troubler Tordre qu'ils ont jugé a-propôs d'y établir. Ainsi Anne , reinfe d'Angleterre , a-t-elle fait pendre en une fois cinq jésuites ; ainsi les Hollandais ont-ils fcxclu de toutes les Charges les catholiques romains , quoique le#r tiombre égale au moins celui des prôteetaus ; ai fi si tin Suisse i k Bêrtye, perd-il son droit de bourgeoisie s'il se fait Calholiqute ; ainsi un catholique ne peut exercer auetm art dans la Suisse protestante y y acquérir du bien , on uh; niot^ être censé citoyen. Que les législateurs ayent eu àiok dfc ^porter cefc lois , celai est hors de doute, si eu les publiant ils ont suivi les règles aux* quelles ils et oient assujettis eux-mêmes. Qu'ils ayent eu de bonnes raisons de poVter ces lois , ce n'est pas.à ceux qui pont nés pour obéir, à les examiner.
Voilà comriieiit du niôîris nous pensons en Trente, ël bote av^W^â^Oij^ selon
LES AMERICAINES^ . 2ÔJ
tno\\ de penser ainsi. Nos rais, lorsqu'ils monlcot sur le troue, s'engagent à soutenir la religion établie dans le royaume depuis le roiHClovis, c'est-à-dire depuis quiofte à seize siècles. L'accomplissement de cette. promesse estle vçeu de la plus grande partie delà nation, jepoutoîs dire' de1 toute là nation avant ces ttfôûbtes. Vire oti deux personnes comïréencént à Vélbigner dés sentimens ï*eçus ; ils ne se' contentent pas de se tetirtjr de la croyance commune , ils ollicitent lès autres à l'abandonner. Le nombre des novateurs s'augmente , les Querelles , les divisions paroi&ent avec éux\ Qire de motifs propres à engager Je prince à Se rappeler sou serment! Lé magistrat, conservateur de l'ordre, doit sévir contre ceux qui le troublent.
Li CALVINISTE.
Cen'étoient passes réformés qui causoient les troubles j, c'étoient eux qu'on Iroubloit et qu'on vouloit forcer à agir eoptre leurs lumières; il n'y avoitqu'à les laisser penser à leur fantaisie â il n'y auroit point eu de trouble*
Madek, BONNE.
' Je vous l'ai déjà dit , Monsieur : nos
pensées ne peuvent être punies par le magistrat , il n'y.a que nos actions qu'il a droit d'examiner , et dès la que nous en faisons quelques-unes cpntre les lois, il a droit de punir. Vous dites que ce furent les catholiques qui commencèrent lés trou bJ es ; remontez à la naissance des séparas, : la veille du jour où les premiers adoptèrent d# nouveaux systèmes , tout étoit en paix y les catholiques étaient en possession de cette paix depuis long-temps. Vous ne pouvez nier que ce ne soit les nouveaux venus qui sont Poccasion des troubles.
Un père , une épouse , un maître de, maison attaché à ses enfans , à son, épouse, à ses domestiques, pouvoil-il voir de sang-froid qu'on les détachât de l'église dans laquelle ils avoient été baptisés , pour embrasser une croyance qui fouloit aux pieds ne qu'il a voit de plus sacré ? N'avpil-il pas droit de recourir au magistrat pour faire1 punir ceux qu'il regardoit comme les corrupteurs de sa famille ? Jugez-éti vousmêmes , Mesdames.
Liot CHAMPÊTRE.
yous faites le procès aux apôtres et
LES ÀMÉKICÀINES. 269
àtifc premiers chrétiens , et vous justifies la conduite des Néron et desDioclélien.
Ne devoient-ils pas avoir le même zèle pour leur religion que vous eti supposez aux catholiques pour la leur? Ne devoient-ils pas craindre les troubles que le changement de croyance pouvoit occasionner ? Ils dévoient donc punir les chrétiens*
Madem* BOINTSE.
Il y a une petite différence que vous ne remarquez pas , ma chère. C'est qu'ils étoient instruits par nombre de requêtes, et encore plus par les*exemples des nouveaux chrétiens , que le premier point de la religion chrétienne > pour ainsi dire , étoit d'être soumis aux puissances, et de se laisser égorger comme des agneaux. Cet article de croyance caractérise si bien le christianisme, que Luther l'adopta hautement au commencement de sa réforme. Mais lorsqu'il eut changé de langage , lorsque Bèze , et après lui des assemblées de soixante ministres eurent 'décidé qu'il étoit permis de prendre les armeè pour la défense de la religion , ceux qui profèssoient la réforme
devinrent les objets de là vindicte publique, qui ne les regarda plus comme des chrétiens réels, puisqu'ils se 4épouilloienl de la marque du christianisme j îb n'éloient plus des agneaux, .
Miss SOPHIff.
Quel vooKez- toi» que fissent ces pauyresgens? Pf e devèrtent-ils pas obéir à Djeuplutôt qu'aux boriubès? , :
WTadih. BONNE.
J'at déjà répondu a cette question, ma chère : il falloit souffrir , fuir , ou mpurir eji imitation des premiers chrétiens , lYfcuvre de Dieu n'en eut point souffert ; et s'il eût été agréable au Très-Haut , le sang des martyrs eût été la semence qui eût rendu deux cents pour un. Qu'on cessq donc d'accuser l'église catholique de ce. qjf'pnt fait les "magistrats, qui % chargés de veiller k là tranquillité publique , oiît cru devoir réprimer ce qui la pouvoil troubler* et ce qui en effet l'a troublée. Au reste , Mesdames, en respectant les puissances qui viennent de. Dieu , cpfpmç dit l'apôtre, je remercie Dieu d'être nêfi d'une condition çt.d'uû sexe qui m'iû*
tendit l'usage du glaive t je crois que tout ce que l'amour de l'ordre eût pu gagner sur njoi ? eût étende prier bieij honnêtement les novateur^ de vider, le royaume > car j'ai upe grande horreur des; moyens yiolens , lors même qu'ils sont ou paraissent nécessaires. Reprenons notre sujet. ,
Ces Messieurs nous ont donné une .définition dp l'église > don* vous n'avez pasçté contente : .voudriez-vous nous en donner upe dé votre façon? Cela nous mettroit en qlat d'eu faire la compasraison.
Ml dem. BONNE.
Voici la de'finition qu'on ep trouve dans tous pos catéchismes ; car vous remarquerez, s'il vous plaît, Mesdames, que nous n'en avons qu'un , nous autres catholiques. Ceux qui vivent ep Frapce, en Allemagne , en Angleterre , à la Chine, en Amérique, en un mot, par tout le monde , tou$ conviendront de la définition que je vais vous donner.
Uégtiçe est L'assemblée de â fidèles f gouvernée . par tes évoques succès* .seurs. des apôtres > dont notre saint
272 l'Es AME RICA INF?. .
père le pape, vicaire de Jésus- Christ et successeur de saint Pierre , est le chef visible : elle est une en croyance, sainte dans la doctrine qu'elle enseigne , catholique, c'est-à-dire universelle ; apostolique , c'est-à-dire que la foi qu'elle enseigne lui vient immédiatement des apôtres. Nous ajoutons romaine , parce que depuis saint Pierre, .le siège du pape est fixé à Rome : ce nom est très-improprement dans sa déiînition , carie lieu où resle le chef de l'église ne fait rien k la doctrine de l'église dont il est le chef.
Le RABBIN.
Suivant cette définition , Madcmoiselle y il ne doit y avoir qu'une foi dans voire église : cependant il y en a plusieurs , les molinistes , les jansénistes » les quiétis.lès et tant d'autres. Donc votre église .n'est pas une dans la foi f comme vous lé dites.
, Ma de m. BONNE*
Ou ces personnes sont soumises aux décisions de l'église , ou elles ne le sont pas. Dans le' premier cas, elles n'ont qu'une foi avec nçus. Daps le second >
lEg AMÉRICAINES. 273
elles (Cessent d'en être; car gui doute d'un? seul point décidé , cesse d'être catholique , quoiqu'il reste extérieurement dans notre communion.
L* ANGLICAN
Là, Mademoiselle Bonne , mettez la main sur votre conscience, vous êtes une personne d'esprit, nous vous rendons' tous justice à cet égard. Pouvezvqus avec cet esprit, croire toutes les puérilités que votre église enseigne? Des "contes a dormir de bout.
., , t-,. Ma'dbh. BONN,E,
. Vous faites beaucoup d'honneur a mon esprit.; ajoutez à cette grâce celle d'en faire un peu à ma probité et de me croire lorsque je vais vous déclarer mes.sentimens , comme je le ferois si j'étois au moment dp paraître devant Dieu. Je crois fermement tout ce que .mon, église m'enseigne ; je l'ai crû sans .examen au moment où j'ai cponn: d'uae , manière qui alloit jusqu'à l'évidence , qu'elle: étoit l'église à laquelle Jésus a promis l'infaillibilité. Je ne me suis pourtant pas refusée à l'examen des dogmes qu'elle enseigne , ou
274 *-BS AMiaicAiBiiflt
avec des personnes qui tfavofeatipas» le bonheur de les c&tàoitrei, ou hsrec moi* même , pour avoir le plaisir de *econ* noître quelle ne m'eneeigaott rien qui ne fût conforme à la samte Ecriture , et même aux lumières de ma raison ( car si ' les mystères Sont inaccessibles à la raison , ce que l'église m'enseigne des motifs de l'incarnation, de la rédemption , de l'eucharistie et des autres est parfaitement d'accord avec mes lumières naturelles). Je vous ârvoue : pourtant que s'il'fût arrivé le contraire , et que j'eusse trouvé dartS là doctrine de l'église quelque chose qui eùi para opposé à ma raison ,: j'en arçfow «ccuse l'imperfection de mou esprit , les bornes de mes lumières , et «on lîégKse , à la* quelle j'asrois été aoami« malgrémon défaut de comprétanaioa. Voili mai confession de foi ♦ je la ferons *a pied d'un échafaud , quand même elle4 devrôit m'y conduire. Confession qui n'est pas volontaire , je voua en avertie ? c'està-dire qu'il ne me seroit pas possible *Je penser autrement, quand je Je ^Oto:drois , ma raison s'y opposeroit.
L E S A M É R I C A I tf £ S* iS'jS
Lidt L<MJI$Ç,:<
Je vous avoue que cela, mçpftwe., ma .60096. Que vws soyez sgftrgisg & notre JBglise, parce que ce qu'elle vo«s or~ jdoruie,(le çrqife vous paroft r$û$01)ua* J>le, à la bonne Jbeure j ipgip i||i^ vous $oyez dispose k lpi ^pHKçr.votfe rafr son et vos lumières , c'^st çç q$£.J£.i>f puis comprendre, pon plusrjue l'impossibilité 011 vous assurez que vous êtes de penser autrement,
Le RABBIN.
; Suspendons cotre jugement , Ma* dame , l'équité l'ordonne. Apparemment que Mademoiselle a de bonnes raisons pour parler *iqsi ; elle pe refuser* pas de nous eji faire part. Elle rw>us ep a même déjà* dft&pé vne. Ne vop$ a-l-elle pas dit qu'elle ne s'éloit £pumise , fie -çelt^ sournj&wu qopttte laquelle vous vous récriez, quVprès s'être convaincue patTex*jfneji que, «on Eglise ilojt celle que Jé$\& .%. fondée ? Savezvous bien qu'au moment ou elle m'aura fait admettre cette preuve, je serai catholique romain 4et je croirai aussi aveu* glémenl qu'elle ?
Mt§s DOROTHÉE.
Et moi dotoc , Monsieur , qui ai fait vœiy d'êtire de l'Eglise de Jésus, croyezvous que je vous laisse l'honneur de vous y soumettre le premief ? Non , sans doute. Hâtez-Vous , ma Bonne , de nous donner ces preuves ; c'est ce que j'ai le plus désiré dans ma vie.
Madem. BONNE.
C'est à vous , M. le Rabbin , que je vais adresser le discours. Cr6yez-vousT d'après ce qui a été dit dans nos premières conversations, que Jésus soit Dieu ?
Le RABBIN
Je le croyois avant le discours de ces Messieurs , à présent j'en doute. Je fais "plus; je douté de la vérité de ma religion, de celle qui m'a été donnée par Moïse ; et si vous m'interrogez davantage, je vous dirai que je suis fortement tenté de douter de l'existence de Dieu. En un mot , foules mes idées sont renversées.
Voila la disposition où je vous souhaitois , et que tout homme raisonnable
doit éprouver après avoir écouté nos conversations.
Mrss CHAMPÊTRE.
Comment! ma Bonne, le but de nos conversations est de nous faire douter de l'existence de Dieu ? Sauvèz-nôus, Mesdames.
Làdt LOUISE.
Apparemment qu'il y a ici quelque énigme que je ne comprends pas ; nos conversations n'ont pas produit le même effet chez moi.
M'idêm. BONNE.
Ne vous fâchez pas, ma chère lady Louise, je vais vous dire une petite injure j c'est que vous n'êtes pas logicienne comme Monsieur , ou plutôt c'est que vous n'avez pas réfléchi. Priez M. le Rabbin de vous faire part de la chaîne d'idées qui a produit chez lui le 'sentiment qui vous étonne \ et voyons si vous êtes raisonnable de n'avoir pas les mêmes doutes que Iui;
Le. rabbin. -
J'ai toujours été convaincu du principe que vous avez posé pour base à
2*J$ .tKS AMÉRICAINES.
,vqs instructions, el. dont Monsieur Belespril m'a instruit. Il est nécessaire que je le répète : Il y a un Dieu , c'està-dire un être infiniment parfait. J'ai adopté la règle dont vous êtes convenue , de recevoir çomms vrai tout ce qui serait conséquence de ce principe j de rejeter comme faux tout ce qui y seroit contraire. C'est dans ees dispositions que j'ai relu l'Ecriture depuis quelques ^ours. J'y ai clairement découvert par ies prophéties , que les promesses de Dieu faites aux patriarches ne pouvoient regarder que Iç Christ , le Messie , dont le irègne «seroit éternel. Ce fils de David , qui doit régner dans tous les âges , m'a paru être Jésus : toutes les prophéties Se sont accomplies en sa personne 5 celles qu*il a faites contre ma malheureuse nation ne se sont que trop Vérifiées : celles, qui annoncent les progrès dé l'évangile ont eu aussi leur accomplissement. Tout alloit bien justjùes-la', je touchoîs au moment d'être chrétien. Prêt à me déclarer , je fus arrêté par la multitude des sectes qui divisent le christianisme. Où chercher dans celle confusion l'église de Christ?
LES AUÉJUCAIKE6. 37g
Celle pensée, ou plutôt ççUe difficulté en produisit, ujiè putre» Si Jésus étoit véritablement Dieu, il ? dû prévoir cet inconvénient, et s^ hoaté infinie a. dû l'eng^er à y remédier : il est venu pour, sauver leç hommes , jla déclaré que la foi étoit nécessaire apx hommes pour être sauvés; donc la foi doit être p la portée de tous les hommes , fo* jgnorans comme des savant. Cependant ce qui auroit dû être s'il ctoit pieu | n'est pas ; sou évangile est si obscur ; qu'il ne peut être eutendv de
tous;
Le calviniste,
Voufr raisonnez «ur Une supposition fausse , Monsieur t l'évangile n'est poitit pbscur ; et lousceux qui le lisent irvec les dispositions requis , y trouvent d'une manière irès-clairetotfl ce qui
est nécessaire ou salut. '
v lit RABBIN.
,. Vous le -dites, Monsieur; .09 vqus le dispute, et l'expérience m'^Bprçn^ qu'on a raison de v}ous le disputer. Je lus hier au soir l'histoire des hérésies : le nombre de ceux qui ont entendu la
380 fcfcS AMER'ÎCAîPfESr
sainte Ecriture darts; des sens Contradictoires les uns aux autres est si grand , qu'il ne m'a pas été poskible de retenir leurs noms» De nos jours , pour ainsi dire , Luther a dit que l'église romaine falsifioit l'évangile qui étoit clair: il a prétendu- l'expliquer pourtant j pourquoi prenoit-il celte peine ? Ce qui est clair n'a pas besoin d'explication: njais son explication qui paroissbh si lumineuse a Luther , n'a pas paru telle à ses disciples : on s'est servi contre lui dé ûë 'qu'il a voit dit contre Téglise romaine j ses propres disciples lui ont dit : Vous entendez mal l'Ecriture , y,om Itexpljqww ni aJ.xEja, conséquence, de nouvelles sçctes pont sorties -de la çiçppe ; çn vain IVt-il troWé rçauvais* pn lui a répondu : Il n'appartient pas liux hommes ^d'expliquer ta parole, de Dieu , elle est' clairg., uqu^ connues en droit d adopter le sens qu'elle offre à notre esprit. ' ~l*~
• CalVin qui a fait en' France ce que LutVeria,fifait eh Allemagne, a eu le même* succès et le mêrtie sort : où a décidé de ses décisions j' les arminiens ànV dit aux calvinistes en Hofiande :
LES AMERICAINES. 28l
V Ecriture est claire^ ne vous arrogez point le droit de l'expliquer. Quelle multitude de sectes la réformation n'at-elle pus enfantées en Angleterre? J'ai eu le temps de l'examiner et de me convaincre qu'on peut compter les religions par têtes. D'où nait cette confusion ? De la manière d'interpréter un livre qu'on m'assure être très-clair'. Ah ! si Jésus éloit Dieu, je le répète, il eût obvié à cet inconvénient.
Lk* AN G LIC AN.
Vous outrez , Monsieur ; j'avoue qu'il y a plusieurs façons de penser en Angleterre ; c'est un méchant effet d'une très-bonne cause , c'est-à-dire de la liberté de conscience ; mais ces différences ne tombent point sur des articles essentiels ; c'est comme les Grecs qui sont dans :1a communion romaine ; ils communient avec du pain levé , et les Latins avec du pain sans levain. Cette différence qui n'est point essentielle , n'empêche pas les catholiques de les recevoir dans leur communion»
iMioE», BONNE.-
De la bonne foi , Monsieur j ce ne
sont pas de tels points qui nous divisent les uns des autres. Croyez-vous que ce ne soit pas une chose essentielle de croire que l'église doit être gouvernée par des évêques «ou non ? Je cite cet exemple , parce qu'il me vient le premier dans l'esprit, j'en pourrois donner vingt autres tout aussi importans. Il y a biert long-temps que j'ai fait une offre à Messieurs les Ministres , c'est de me ranger d'une communion telle quelle à Londres , pourvu que je pusse trouver six personnes qui voulussent de bonne foi en signer la confession après 1 avoir examinée et confrontée avec l'évangile.
Sur mon honneur , pendant quinze années je n'ai pu rencontrer ces six -personnes. Je sais bien que si on demande à cent personnes assemblées «de quelle communion êtes- vous ? Elles ma répondront sans hésiter : de l'anglicane; mais elles mentiront : pour être d'une religion , il faut croire et savoir <:e qu'elle enseigne. ~
Miss CHAMPÊTRE.
Je ne vous entends pas trop bien , ma Bonne, expliquez •* vous , s'il vous plaît , plus clairement.
Jç yous l'ai dit, Mesdames , êtrç d'une communion x d'une église , c'est croire fermement tout ce qu'elle epseigne : cette foi supposé l'instruction ; il faut au moins savoir son catéchisme et les articles de foi décidés tels dans cetlfe église , ou bien il faut la croire infaillible et par conséquent croire aveuglément tout ce qu'elle enseigne sur là partie 'de Jésus qui nous a V3.it qu'elle ne peut enseigner l'erreur. Ètes-vpus instruite , ma chère ? Connoissez-vous lès dogmes qu'enseigne votre église, ou la croyez-vous, d'une foi implicite^sans examiner ses décisions ?
Miss DOROTHÉE.
Cela seroit bien aisé si cette voie étoit sûre; mais» .toujours faudroit-il examiner $i ellp ,est l'église dépositaire* de* p*o* messes de Jésus,
Madem; BONNE.
Ceux d'entre les protestans qui au^ roient cette foi impliei te, agiraient contre les principes de la réformation , qui n'exige pas cette obéissance, parce qjue tout homme est sujet à l'erreur. Elle le
584 tES AMÉHICAINES.
dit; mais c'est autre chose dans la pratique, comme je le prouverai bientôt.
Miss CHAMPÊTRE.
Je puis bien avoiiscette foi générale pourvu que je ne réfléchisse pas; mais silôt que j'y pense sérieusement, je ne puis même croire ce qui est dans mon catéchisme , car l'église me le défend. Il y a dans le catéchisme qu'on reçoit véritablement dans l'Eucharistie le corps de Jésus, et mon église me dit qu'on n'en reçoit que la figure.
Miss BELOTTE.
Mais voila qui est ridicule } pourquoi laisser cela dans le catéchisme^ si c'est une fausseté?
L'ANGLICAN
Et qu'importe ce que vous croirez à cet égard? Ce que vous croirez ne changera pas ce qui sera dans l'Eucharistie ; vous le trouverez toujours.
. Ladt MÉRY.
Vous me scandalisez, Monsieur : si Jésus-Christ y est réellement, je dois l'y adorer, et je manque à ce que je lui dois si je me dispense de ce devoir j s*il n'y
est pas, je commets un acte d'idolâtrie en me mettant à genoux devant du pair,1 Vous êtes le premier auquel j'aie entendu dire uue telle chose , ou pour mieux dire une telle impiété.
Miss DOROTHÉE.
Oh ! ce lau#»ge n'est pas nouveau:
pour moi , je l'ai entendu dire cent fois k ma mère. Elle reçoit, dit-elle, la cène pour ce qu'elle est, sans s'alambiquer l'esprit de ce qui y est eu effet. Mais, Monsieur, pourquoi a-ton mis cela dans le catéchisme? pour quoi ly a- t-ou l'ài^ù ?.
L'ANGLICAN
C'est que notre grande reine Elisa^ beth u'avoit rien de plus à cœur que la réunion de tous sessujets dans une même foi ; et pour là faciliter , elle recommanda dans l'exposition de la foi d'employer des termes qui ne pussent effa roue lier personne , et que les différentes communions pussent adopter ; 'peut-être le ro^ remédiera-t-il à cela.
L A ot( s.
Voilà ce que je disois l'autre joijr k la
gouvernante de ma fille (i). Notre ré-i
(i) Je ne crois pas d'en êlre démentie ; elle se nomme mademoiselle Devins , et est d'une famille connue.
i86 LJES AMÉRICAINES.
formation n'a pas été complète, il y Aiarique bien des choses; il faut espérer qu'on y suppléera , et qu'on ne nons obligera à croire dans l'évangile que les choses que nous pourrons comprendre; comme cela est raisonnable. Tout le resie doit être regardé comme des paraboles qui ne sont pas essentielles. .
Li^T LOUISE.
« Pour moi, k certains articles dé notre profession de foi je me suis trouvée choquée, sur-tout a ce qui regarde la prédestination ; tï'est a la sollicitation de ma Bonùe que je les ai lus une seule- fois , et ceîâ ne m'arrîvera plus ,' éela me trouble.
Mis» SOPHIE.
"Et tnoi, je trouve que notre église a fbït de retenir le symbole d'Athanase : çèt évëque manquoit de charité , il damne les gens. *
° Le RABBIN.
En sorte, Mesdames, que vous avez fhacune'urie religion à part, comme le dit tbft bien Mademoiselle Bonne. Pour être raisonnablement d'une icmmamon, d'une Eglise , il • faut croire qu'elle est l'Eglise de Jésus qui ne peut tomber
LES AMÉRICAINES. 2&*f
dans Terreur. Il Ta dit; s'il est Dieu, ses promesses sont véritables; si elles ne le sont pas , il n'est pas Dieu , il est urt imposteur, le plus criminel de tous; puisqu'il s'est attribué la divinité. S'il est un imposteur , Dieu s'est fait le fau-* teur du mensonge fin prêtant sa toutepuissance a un scélérat pour faire un grand Sombre de miracles , en l'annonçant par les prophètes , en communiquant même le don des miracles à ses sectateurs. Si Dieu est le fauteur dtf mensonge , il disparoit à mes yeux j c'est un êlre contraire à lui-même et h toutes les notions quejma raison rti'cn a données, il s'est joué de ma crédulité.
Vous voyez bien que le seul parii raisonnable qui me reste , est de nier son existence, dépendant je sens qbe cette
vérité de l*exislen<*e de Drea est gravée/ dans mon ame enraractèresineffaçables; que faire datas èelte cruelle perplexité ?
BELESPRIT.
Ce que/ j'âv«ôis fait, Monsieur, et ce que font1 tant d'autres qui ne s'en doutent pas. Devenir itrôonséquent , admettre tout ce qui vient dans l'esprit, raisonnable ou non , pourvu qu'il soit corn-
mode 3 nier tout ce qui paroit gênant; en un mot, se faire une religion à sa mode qu'on n'examinera point crainte de la trouver fausse, parce qu'elle est aisée , et qu'après tout on n'a rien de mieux à mettre en sa place.
Midem. BONNE.
Vous croyez badiner, Monsieur ?Kvoilà pourtant aujourd'hui quelle est la religion du plus graud nombre. Je défie même à un philosophe, à un logicien, en m; mol, à un homme qui pense, d'en avoir une autre, à moins qu'il ne se fasse catholique. Yo'là le grand mot lâché ; oui , Mesdames , îï faut vous résoudre a déraisonner toute votre vief à. être, comme dû saint Paul , des girouettes qui tournent à tous les vents des opinions humaines, à méconnoîlre un Etre suprême, comme M. le Rabbiu a été tenté de le faire, ou à être ce que je suis. Voire raison vous a bien servi , M. le Rabbin , et les doutes que vous avez formés, loin d'être des tentations, sont des grâces de Dieu. Ecoutez ce que je vais avoir l'honneur de vous dire , el ce que je m'offre de prouver par les lu-
mièrès de la raison à qui croit PE van w
Première vérité. Jésus est veAu sur la' terre pour ' sauver et instruire le» bommesl < ■•
Seconde vérité. Les hommes ne peuvent être saqvés que par la foi , c'est-àdire en croyant en Jésus, et en tenant pour sur tout ce qu'il nous a enseigné:
Troisième vérité. Pour que nous puis-* sions exercer notre foi, il falJoit que l'Evangile fût ce glaive à deuxtranchans qui guérit et qui blesse; c*est-à-dire qu'il étoit nécessaire que quelques endroits de l'Evangile fussent écrits, de manière a m,e donner occasion d'exercer ma foi.
JLaay LOUISE. ,}
Répqtez-moi, ou plutôt expliquez-moi ce dernier article, que je ne comprends pas clairement. \
Ma de m. BONNE.
La foi , Madame , est la croyance des choses qiii sont au-dessus de nos lu mi è res: et- ; comme nous .l'a von$ dit autrefois § celte foi est un excellent sacrifice aq$ yeux de Dieu. Cependant celte vcptfft