CALVIN! &T
Et on ne de voit pas vous écouter.
Nous étions en ppsses$ion, Yptgedçc-»
tritie étoit nouvelle , vous vous élîe« déjà séparés de vous-même.
L'ARMINIEN.
: Ayez la bonté de m'enteûdre jusqu'au bout, Monsieur. On nous répondit encore que ce n'étoit pas la coutume de l'église , de priyer les pasteurs du droit de suffrage centre les erreurs, pour s'y • être opposés ; que ce seroit leur ôterle [roi t de leurs charges , pour s'en être filèlement acquittés, et renverser, tout l'ordre des jugemenseeclésiastiqucs; que par ta même raison, les ariens, les nestoriens^'les eutychiens eussent pu récuser toute l'église , et ne laisser aucun juge-: parmi les chrétiens} que ce seroit fermer la :boùche atfx pasteurs et donner un* libre cours aux hérésies. On nous dit encore ce que vient de dire Monsieur : que nou$;rfemontran$, étions des novateurs; que nous étions la plus petite partie aussi bien que fa plus nouvelle ; qu'elle Bevoit être par conséquent jugée* par la .jplus grande, la plus ancienne, parcelle qui étoit en possession , et qui soutenoit la doctrine reçue jusqu'alors!
'^' Miés DOROTHÉE.
Diteé-mbi:, je vous prie : Combien y
û Voit-il que la réforme étoit établie, au temps ^u synode de Dordrecht?
L'ARMINIEN. '
Luther a commencé en i5i7, et Ton éloit en 1601 ; mais Calvin ne datoit que de i54x , et la réforme de Henri VIII de i554.
'iîlisfc DOROTHÉE.
O que tout cela étoit nouveau! Au temps de cçs dates .les catholiques pou* voient dire aux pfotes.tans : Qui êtes* vous ? D'où sortez-vous ? t)ans quelle église avez-vous été baptisés ? Qui *vous a donné le droit d'enseigner, de réformer? Vous êtes la plus petite partie ausçi bien que la plus nouvelle. Com* ment les remontrans ne rappelèrentils pas ces dates au synode , où Ton le» traitoit; de, novateurs, et où ceux qui leur faisoient ce reproche avoient si peu d'avancé sûr eux ? \
, L» CALVINISTE
Je vousp^ouverai que nous n'avons commencé, ni à Luther , ni à Calvin ; mais ce n'est pas. la de quoi il est question. . \
M 1,01 m, BONNE.
Vousè a vëi1 raison , Mondetatf : ' Mis* Dorothée , reip&ette» vos «remarques jusqu'à çç que^ Ton ait fini ce qui regafide le synode de Dordrecht. .
; L'ARMHU&N.
Je vous ai dit que nous fîmes cbfntré ce synode les objections que ceux à qui nous parlions faîsoient contre le concile de Trente, et l'on nous fépon- ,dil gravement qu'il y avoit une grande différence entre les 'Synodes des luthériebs, dès papistes et celui - la, LÎa > on écoute des hommes, Luther et le Pape j ici, on écoute Dieu. La, on apporte des préjugés j ici , il n'y a personne qui ne soit prêt à céder à la parole de Dieu. La, ou a des ennemis en tête; ici, oiî nV, a faire cfu'à des frères. Là, tout est contraint ; ici, tout est libre.
BEL ES PRIT
Oui , tout est libre , à condition qu'on ferme ' la bouche aux remontrons par Vaotorjté des états-généraux. Ecoutez, Monsieurrle Calvirlistd, soyons de bonne foi, et job nqus piquons pas d'une obstination contraire au bon sens. Yotre
LES AMÉMCAINïj; §69
église el la içjeqne, si vops voulez, a reconnu la nécessité d'un Tribunal pour fixer le éens de l'Ecriture j l'expérience montre qu'où il n'y à point de tribunal il y a< d'abord autant dp religions que de têtes, et qu'on finit par n'en point avoir du tout. Ôirdeybns-nous chercher ce tribunal ? Ou Jésus-Christ l'a placé. Prouvez-pôps par de bonries raisons que Jésus a ^bançlonné l'église*, visible à l'erreur , alors nous abjurerons le christianisme , qui ne peut subsister qu'autant que les promesses du Messie oni eu leur accomplissement.
Si Mademoiselle Bonne nous prouve au contraire que son Eglise a précieusement conservé le dépôt de la foi; si elle nous montrje que toutes les àccu- # salions qu'on a faites co.ntr'elle sont "des calomnies , prenons notre parti, de tonne grâce , faisons-nous catholique^.
Nous allons raisonner isiir des fiits > ces sortes de preuves sont à( la jfôrtéé de tout le monde v laissons -la continuer l'histoire 4e i'3V<3rt ism$i P* du premier cojdcilp gért^r^J , &i ïnoipç 4fr puis la opq version «tes empereurs ; car lep apôtres en avoiejut tenu avant ce temps*
Màdeh. BONNE.
Constantin n'eut rien de plus à cœur que de faire fleurir la religion chrétienne , qu'il avoit embrassée , et qui étoit troublée par Arius. Pour cela, il invoqua un concile universel à Nicée, et il y rassembla trois cent dix* huit évêques, dont la plupart avoient confessé Jésus-Christ, et portoient sur leurs corps les glorieuses marques de»
leur Confession. Outre ces évêquesy il y avoit un grand nombre de diacres . qui avoient accompagné leu/s pasteurs , ,et entr'autres saint Athanase, qui étoit encore jeune, et que saint Alexandre 9 patriarche d'Alexandrie , avoit mçné avec lui. Le pape saint Sylvestre,à qui son grand âge ne permetj,oit pas, un si. grand voyage, y envoya Osius, évêque de Cordoue , pour y présider de sa part, avec deux prêtres de l'église romaine.
,-.; L* CALVINISTE.; '
" v Vous nous donnez comme vrai un fait ires -incertaiû : Osius parla le' premier , niais rien n'indique que* ce fût comme légat du pape.
i*e« américaines? 571'
Màde*. BONNE. *
Gelase de Cysique le dit expressément et ne doit pas être suspect , étant Grec , et écrivant sur les mémoires des Grecs* D'ailleurs, sa souscription aux actes du concile est la première , et un évêque de Cordoue n'auroit pu prétendre à cet honneur suri tous les évêques et les patriarches, ceux d'Alexandrie etd'Antioche y étant en persgnne. Avant la tenue du concile , on écouta Arius sur §a doctrine j et les évêques, saisis d'horreur, se bouchèrent les oreilles à l'ouïe de ses blasphèmes; enfin, le concile décida par l'Ecriture que Jésus étoit fils de Dieu. Parmi ce grand nombre, il y en avoit plusieurs qui étoient favo-, râbles à Arius , et entr'autres Eusèbe de Nicomédie. Il avoit écrit une lettre, en faveur de l'hérésiarque, dans laquelle il disoit que si on reconnoissoit, le fils de Dieu incréé , il faudroit aussi le reconnoître consub&tantiel au père.
Comme on lut cette lettre dans le con-
cVle , on remarqua que oe mot excitoit de grandes risées et du trouble parmi ceux qui soutenoient l'arianisiiie : et
373 LI&*ÀMÉRJGÀÎNE3:
comme on reconnut qu'ils l'avoient en horreur , parce qu'effectivement il le- Tôit toute équivoque sur la divinité de Jésus-Christ , le concile l'adopta.
Mis» DOROfHEÉ.
Expliquez-nous ce mot, s'il vous plaît; je ne le comprends pas,
M à oem. BONITE.
" Je comprends, ma chère, qu'il veut dire de çiême substance que le père et parfaitement égal à lui; mais je n'ai jamais demandé une définition particulière; ainsi je l'igiïore.Ce terme avoit été proposé , quelque temps auparavant, .par Paul de Samoèate, hérétique*; il y attachoït un mauvais sens , et. il avoit été rejeté dans ce sens. Les pères du concile l'expliquèrent d'une manière si claire et si nette , que cela leva toute difficulté. D^abord , il y eut di*- sept évêques qui refusèrent de signer ce décret ; et à la fin , il n'y en eut que deux qui demeurèrent opiniâtres ; ils furent déposés par le concile et bannis par Pempéreur. Mais parmi ceuk qui, après avoir paru rebelles , se rétractèrent, il y en eut plusieurs qui ne le firent pas de
bonne foi , et qui restèrent ariens dans le coeur /bien resolus.de l'être à découvert quand' ils le pourraient.
On décida aussi à Nicée quelques points de discipline , et entr'?utres le temps où Ton devoit célébrer la Pâque ; mais je dois Vous faire faire une re-% taarque : lorsqu'on prononça sur la divinité de Jésus, on dit : Voilà quelle est la fin de F Eglise catholique , " nous croyons , etc. ; et pour montrer que c'étoit ce que l'Eglise avoit toujours cru f on ne mit point 4 ce décret la date du jour et de Tannée'; au lieu que lorsqu'on décida sur le temps où Ton ce* lèbreroit la Pâque , on mil : N<fus avons résolu ce qui suit ; car cela ne regardant point la foi, mais la discipline, pouVoit se changer.
Iadt LOUISE.
Expliquez - nous, s'il vous plaît , ce que vous entendez par la discipline , et en quoi elle diffère de la foi.
Madeii. BONNE.
Ce que nous devons croire, Mesdames, nous vient immédiatement de Dieu, ou par la révélation, qu'on appelle l'Ancien
Testament 9 que le Saint-Esprit a dicte , ou par le Nouveau , dans lequel les apôtres nous ont rapporté une partie des discours et des actions de Jésus. Il faut y ajouter les Epîtres écrites par les apôtres ou par lea premiers disciples , jcomme saint Luc ; et il est de foi qu'ils ont été inspirés en les écrivant Ce n'est donc pas l'Eglise qui a choisi les objets de potre foi ; elle n'en est que la dépositaire; elle ne peut y rien ajouter, y ri^n retrancher > et il faut qu'elle là conserve telle qu'elle l'a «reçue des apôtres , pu par écrit, ou de vive voix. Lorsqu'il survient une dispute sur le sens des Ecritures , elle 3 le droit de la terminer en déclarant que depuis les apôtres on a toujours entendu tel passage1 dans nu tel sens. Ce sens e?t sacré pour elle , et nous la disons infaillible , parce que * selon la promesse de Jésus, elle peut substituer un sens étranger à celui des paroles de l'Ecriture , soit par. mauvaise volonté , soit par ignorance, parce que le Saint-Esprit la dirige.
Lady LOUISE.
Comment , ma Bonne I votre Eglise
n'a pas le privilège de faire de nouveaux articles de foi quand il lui plaît ? m
Ma dem. BONNE.
Elle se glorifie de ne rien changer ni ajouter à ce qu'elle a reçu des apôtres.
L'ARIEN
Elle ajouta pourtant le mot consubstantiel , qui éloit nouveau et ne se trouve pas dans l'Ecriture.
Madem. BONNE.
l" Si- le mot étoit nouveau , le sens éloit ancien , puisqu'il étoit dans l'Ecriture et qu'elle l'avoit toujours cru. Comme les hérétiques se sont souvent servis de faux-fuyans pour déguiser leurs erreurs , comme vous l'allez voir, il a fallu chercher des paroles dont ils ne pussent tirer avantage, et dont on n'avoit pas eu besoin avant eux , parce que personne ne disputoit la vérité en question.
L'église n'a donc jamais rien changé, aux vérités que le Saint-Esprit a révélées, et n'y changera jamais rien ; mais elle peut changer certains usages , qui, bons et salutaires dans un temps, seraient^ sujets à des inconvéniens dans un autre.
376 iES AMERICAINES.
C'est cet usags qu'on appelle la discipline, autrefois , par exemple , on piongeoit trois fois dans l'eau ceux que Ton baptisoit , à présent on donne le baptême par aspersion.
Lk calviniste.
Si les usages viennent des apôtres , pourquoi s'arroger la licence dé les changer ?
Madim. BONNE.
L'église a du moins autant de privilèges qire la synagogue, Dieu avoit ordonné de manger la pâque debout , cependant cet usage avoit été changé ; mais cela reviendra en son lieu , je vais continuer mon histoire.
Vous regardez sans doute , Mesdames, Pbérésie d'Agios comme anéantie après une décision si solennelle; c'est faire trop d'honneur aux hérétiques; ils ne cèdent pas si aisément. Afiq$ chassé > condamné, trouva des protecteurs : on assura l'empereur qu'il se rçpentoit de ses impiétés, et il eut l'audace <fc jurer en présence de ee prince ^ju'il rjBpeyoijt sans déguisement la foi d$ Nicée, quoique Constantin l'eût averti que Dieu
punissoit les parjures. Ce misérable ne tarda pas de réprouver. L'empereur ayant ordonné qu'il fut réconcilié à l'église, le saint évêque Alexandre pass* là nuit, prosterné dans l'église , demandant à Dieu avec larmes de le retirer du monde plutôt que devoir le triomphe de cet ennemi i de son fils* Sa prière fui exaucée ; et, le dimanche , Àrius accompagné de séà partisans , s'étant mis en chemin pour aller à l'église , il fut pris d'un besoin naturel, et étant entré dans un lièui public, il y jeta sen Foie et ses entrailles, et fat trouvé mort dans son ordure. '
Misa CHAMPÊTRE.
Apparemment qu'il ne fut plus question d'ariani&me après la mort de ce blasphémateur de la divinité de Jésus- Christ ?
L'ARIEN
J'ose votis prier de ménager vos termes , Madame. On trouveroit mauvais que j'en employasse de tels en parlant de Luther, de Calvin , et de Henri VIII : ayez le même ménagement pour un homme dont la doctrine a long-temps prévalu dans l'église , et s'y est conservée
37$ fcES AMERICAINES»
jusqu'à présent. Si vos,ministres avoient des titres aussi anciens que les nôtres > ils .les fecoicnt sohner bien haut , eux que nous avois vus naître , pour ainsi dire f et qui i malgré leur nouveauté > oui l'audace de vouloir nous chasser de l'église, où nous comptions plus de douze cent* ans: de 'domicile avant . qu'ils existassent* i , >
Màdem. BONNE*
Qde chacun relève ici ce qui le re* garde : je aie conteste de ïiwr que l'arianismeiitjafeiais prévalu da»§ l'église , ni> que^ lesl ariens y* aient fkit.eorpsj 1b en ont été chassés à Nicée , oii ik étaient dix -sept contre trois cent quarante-trois. Ils n'y sont pas rentrés depuis.
Lidt CHAMPÊTRE.
Vous battez la campagne 3 Mademoiselle Bonne , vous craignez d'en venir à prouver ce que vous avez promis, qui est que du temps de saint Athanase l'église se trouva dans le grand nombre des évêques. Je soutiens , moi , qu'elle éloit dans le petit.
Majmsm. BONNE.
Je ne demande point de crédit, Mont
si mr , je vais payer ma dette sur-le-
; Je vous ai fait remarquer , Mesdames, que quelques é vêques avoient eu repu*, gnance pour le mot de consubstantiél \ parce qu'un hérétique en avoit fait uû . mauvais usage. Ce fut de cette répugnance que les ariens se servirent pour tromper, les simples.Us les sollicitèrent d'abandon* rçer cette expression, pourvu qu'op en pût trouverune aussi for te,pour affirmer que le fils de Dieu éloit égal. à son, père, et ils proposèrent celle-ci : Qu il était j$emblqble en substance. Les évoque* d'occident ne voulurent point adopter ce:
changement, et soutinrent qu'il falloit s*en tenir au symbole de Nicée , et garder le mot qu'il avoit choisi pour expliquer et affirmer la divinité du ffls de» Dieu. Ceux d'Orient pensèrent que $ pourvu que la foi fût en sûreté , ou pouvoit user de condescendance. Saint Àthanase , devenu évêque d'Alexandrie, refusa toujours ce ménagement :
plus éclairé que ses confrères, il entrevoyoit la malice des ariens quiexpliquoiënt ce mot selon^leur sens. Notez, que les évêques d'Egypte furent. toujours
58o LES AMERICAINES,
unis à leur saint patriarche, et que, dsfts les temps les plus favorables à «l'arianisme,il y en iavoit plus de cent qui soùtenoient comme lui le con$u6stantiel. Joignez ce nombre aux évêques d'occident , et déjà la balance emportera du côté des catholiques. N'allez pourtant pas croire que ce fut tout ; on pou voit1 y ajouter un grand- nombre d'évêtjues orientaux. Saint Àthanase* qui s'est plusieurs fois exposé à la mort plutôt que d'entrer en communion avec lefc évêques ariens, et d'à voir -pour eux* la moiiHke complaisance ; Saint Âtbanâse , diô-je , écrivoit à ceux qui a voient adopté le semblable en substance : Je sais que nous sommes frères , et que nous avons la même foi. Pourquoi cela ? C'est qu'il sa voit que ces évêques auraient donné leur vie pour la divinité de Jésus-Christ , et entendoient le semblable en substance , dans le même sens que le consubstantieh
Le CALVINISTE. •
Pouvez-vous le dire , Mademoiselle ?
après avoir entendu saint Jérôme s'écrier, Tout l'univers fut étonné de se trouver arien. ,
LES AMERICAINE^ 38l
Miss DOROTHÉE.
Donc l'univers n'étoit point arien 9 je le conclus de ce passage : on n'est point étonné d'être anglican en Angleterre , parce qu'on a intention de l'être , qu'on croit l'être* Mais si Un de ces matins on prouvoit aux Anglais qu'ils sont catholiques, que leur confession de foi renferme le sens de celle des papistes , ils seraient étonnés, et dlroiènt : l'équivoque des mots nous a déçus, nous ne les entendons pas dans le sens des papistes ; il faut abandonner celte Confession qui nous a trompés.
Voila précisément le cas des évêques.
" Les ariens levèrent le masque peu-a-peu, et dirent enfin que Jésus* étoit semblable en substance à son père , comma tm 4ablea\i vPést à céliii qu'il représenté. Ils a Voient dît que Jésus n étoit point créature. Ils ajoutèrent , comme les autres créatures*, etbien d'autres explications qu'il Jserôit JMt>£ long de vous détailler. A lors lesévêqùés qu'ils avoient trompés les rejetèrent atféc indignation, et écrivirent de tous côtés : Nous avons
été trompés , mais nous n'étioiis pas trompeurs. Ils gémirent de leur simplicité , demandèrent pardon aux fidèles qu'ils avoient scandalisés , en ajoutant qu'ils avoient toujours été fidèlement attachés à la foi de Nicée. .
Miss BELOTTE.
.: Je n'entends pas trpp bienl£significa- . tion du mot équivoque ;, voudriez-vous . J>ien me l'expliljîièr ?
Màdeh. BONNE..
Il y en a de plusieurs sortes, ma chère* Communément, c'est un mot qui a deux sens , ou qu'on peut entendre de deux. différentes manières. H y a aussi des propositions équivoques. Elles sont vraies en elles-mêmes; mais elles peuvent cesser de l'çtre en y faisant une addition , ou en négligeant. d'y en /aire .une. Je dis, par exemple : L'homme -■ peut se convertir, résistera la tentation. Celte proposition, qui est très -vraie dans la bouche d'un catholique , est très-mauvaise dans celle d'jun.pélagien.
Le premier sous-entend toujours 'Avec la grâce de Dieu. Le second : Par lefi propres forces de la nature* Daus ce
Second seas, la proposition est impie.
De même ces mots : Le fils de Dieu est semblable en substance à son père , il n'çst point créature , étoient équivoques. Les catholiques entendoient que Jésus étoit éternel comme le père , de la même substance. Les • ariens , au contraire , eppliquoient le oiot semblable par le paot de ressemblant ; et ajoutant à celui-ci , il nést point créature , comme les autres créatures » ils entendoient qu'il avoit été créé plus parfait qu'eux; mats comme ils cachoient cet autre sens dans leur, esprit, ceux qui ne le vojroient pas pouvoient employer ces termes sans être hérétiques. Pour l'être, il faut soutenir une erreur condamnée par l'église,
.Lad* .VIOLENTE. 1 :
En ce cas , nous sommes toutes hérétiques ; fcar nous disons avec les armi-* niens que l'homme, eu péchant, perd non-seulement lé sentiment de la grâce , mais encore la grâce; que le'Saini.- Esprit s'éloigne de lui totalement, âbsdlument.finalemerfLs'il meurt en cet état.
Li CALVINISTE. ,
J5ï<Qus, convenons que celui qui meurt
€n péché est damné; mais le prédestiné ne peut pas mourir dans cet état;
Miss DOROTHÉE.
Ce mot de prédestiné, dans le sens oit vous l'entendez , est ma bête d'horreur .î il anéantit à mes yeux la divinité. Tous lés homme^ sont prédestinés , Monsieur, c'eat-à-dire que Dieu les. a crées pour lé ciel. Jésus à sérieusement , Véritable* ment offert son sang po"ut tous ies hommes; il n'y en a pas ;un seul, qui ne reçoive la grâce , la puissance d'être fidèle à cette grâce ; cette fidélité leur en eût attiré de plus fortes , qtiî les àuroient conduits a la convertïon et au salut jet c'est parce qu'il y a des hommes qui rejettent cette grâce , qu'il y a des réprouvés. Voulez-vous que je signe ces senlimensde mon sang? Je le ferai .volontiers^ Je suis donc hérétique , et trèsrhérélique j car je ne nie sourriettrai jamais au synode de Dordrecht ,' ses déci- Vious me font dresser les cheveux de la
tête. ' .
Le CALVfttîSTE.
jtk»
Qui vous dit de vous y soumèllre ? Ne vous ai-je pas annbndé ^juë nous avions abandonné ses décisions et cet égard?
Miss DOROTHÉE.
Abandonnez - les toutes, Monsieur, mais en même temps cessez d'être, protestant; car tout protestant doit croire que ce synode étoit son église et la représentait de la manière la plus solemnelle. Or , cette église , qui pensa et qui s'exprima si mal à Dordrecht, tféloit pas l'église de Jésus 5 car il ne permettra j'aidais que la sienne profère dès blasphèmes. Dites-moi, Monsieur, les ministres assemblés auroient-ils pu dire alors : // , a plu au Saint-Esprit? En conscience , pourroit-ori prendre leur doctrine pour celle du Saint-Esprit ?
Le CALVINISTE.
Nous portons toujours de notre sujet.
Qu'a à faire le synode de Dordreçlit avec l'histoire de Parianisme ?
TOLÉRANT. ,"
Eh ! Monsieur, n'exigez pas !de ces dames, une régularité de dispute qui dç- j viendroit ennuyeuse pour elles; laissez- , les interroger , laissez-nous leur répondre. C'est à cause de l'impossibilité ab-T sol ue dans laquelle nous sommes, de dis-j cerner le vrai sens de l'Ecriture , c'est a IV. 17
cause du peu de sûreté qu'il y a dans les décisions des hommes , que nous dirons que chacun peut suivre a son gré Popinion qui lui paroît la plus probable , et que Dieu ne nous fera point un crime d'tme erreur que nous ne pouvions éviter.
Le RABBIN,
; Je se<sufc pas de cet avis, Monsieur} heureusement Jésus n'en et oit pas non plusvll veut qu'on obéisse a l'église, sous peine! d'être regardé comme un païen et Un publicain ; or , une puissance à laquelle on doit obéir , doit être connue. Pour être connue , il faut qu'elle soit visible ; pour être visible , il faut qu'elle «oit dans le plus grand nombre des pas* teurs,et c'est dans ce plus grand nombre que réside une autorité qu'on peut suivre sans crainte de se tromperai raison des promesses de Jésus-Christ. Partout le plus grand nombre représente le corps des nations, On ne dit point : lès Allemands , les Suisses sont meurtriers, parce que dans le cours d'une année il y aura eu une douzaine d'hommes de tués chez ces deux nations ; mais on dit,: ces deux peuples aiment a boire t et
boivent beaucoup , parce que le nombre de ceux qui ont ce défaut est plus grand que celui dés personnes sobres , quoiqu'il y eu ait nombre. On ne dit point : les daines anglaises sont déréglées , parce qu'il y en a quelques-unes qui ont donné dans le travers ; on dit au contraire : les dames d'un certain rang sont sages en Angleterre, parée que le plus grand nombre l'étant , elles représentent la nation .On dira avec justice, au contraire : elles sont très-dissipés-, quoiqu'il y en ait quelques-unes qui ne méritent pas ce reproche j mais jamais le petit nombre n'a représenté le corps. La .nature nous a fait elle-même celte distinction } elle prend toujoursla plus grande partie pour le tout. Ne faisons point pour l'église une règle contraire à ces notions générales j elle doit être dans le plus grand xtombre , toute autre idée seroit fausse.
Et b}en, Monsieur , malgré toutes ces notions, il faut voir l'église dans le petit nombre. On ne va point contre des faits. La foi de; la divinité de Jésus fut abandonnée par le plus grand nombre à Ri-
mini. Mademoiselle n'en peut disconvenir,
Maoeh. BONNE.
: Je n'ai garde d'en convenir , Monsieur. Je mentirois impunément. Mais avant de traiter cette matière , dites-moi > je vous prie , ce que vous entendez par un concile, par un synode ; car on ne peut se servir des mots avant de savoir ce qu'ils signifient, Pourqqoi rejetez-vous le copcile de Trente ?
L* CALVINISTE
Parce qu'il n'étoit pas libre : le pape y présidoit par ses légats ; et comme le disoit un homme d'esprit , le Saint- Esprit venoit dans la,malle du courtier j c$est-à-4ire que les évêques , a Trente , recevoierit leurs décisions toutes faites dans lçs lettres que le pape leur envoyoû; qu'ils étoient forcés de lçs recevoir , de les adopter»
Mi'Drit; BONNE; '■
Je ne réiever&i» point les faussetés que vous venez de dire , cela me sortiroit de mon sujet; je m'arrêterai à votre réponse dépouillée des èâlômnies.
Un concile , pour ttériterlc* nom, doit
LE& AMERICAINES. 38g
être libre , c'est-à-dire que les évêquei ou ceux qui le composent ( ce que je dis par rapport aux synodes ) ay eut la li-> berté de dire ce qu'ils pensent, sans être intimidés par des menaces ou séduits par des promesses. Vous prétendez ensuite que le concile de Trente n'a pu être un vrai concile, parce que la crainte du pape ou l'espoir des dignités ecclésiastiques a lié la langue des évêques, qui , dès-là , ne ppuvoient être regardés Comme les organes du Saint-Esprit.
Le CALVINISTE.
* Vous avez bien pris ma pensée ; im concile, pour êlre libre, doit être comme nos assemblées , ou chacun puisse dire son avis sans être obligé de suivre celui des autres, et même du plus grand nombre , qui peut se tromper.
L'ARMINIEN,
A condition d'être excommunié, privé du ministère et de la facullé de posséder, des chaires publiques , dites-moi , Moiw sieur, les évêques, à Trente, avoient-ils à craindre d'autres peines que celles-]^ ? Le papeavoit-il le pouvoir de les faire pendre ou brûler ? Il pouvOit , direz-
5qO LES à MERITA IN* S.
vous, les décider hérétiques) et moi je dis que non j il falloit pour cela le consentement du plus grand nombre.
Le CALVINISTE.
Ils auroient fait toul ce que le pape auroit voulu. Celoieht des évoques de cour, des ambitieux., des adulateurs de la cour de Rome; ils vouloient être cardinaux ; c'esl à ce litre el à Penvie de plaire a leur . souverain , qu'ils sacrifièrent leur honneur et leur conscience.
Li RA&BIN.
Pour oser le dire, il faut avoir des preuves; ou vous les. avez > qu vous n'avez pas réfléchi a ce que vous venea de dire, car, je vous .pxas trpp hom>ête hojnme poup parlai? siasi dfe ce» qs'tf y a voit de plus grande bp*nraes feWs> soit du côté des mœurs, scàt, du côté de la doctrine. Vous senlez qu'un juif n'est pas obligé de savoir l'histoire de ce concile. Dites- moi , je vous prie , y a-t-ou accordé de grands privilèges au pape ?
BELESPRIT.
Je le croyois comme vous le soupçonnez , Monsieur, et j'ai passé la nuit
a lire les décrets de ce cofncile pour m'instruire à cet égard. Quelle a été ma surprise ! je u'y ai pas trouvé un seul décret qui tendît à augmenter la puissance des papes.
Lt CALVINISTE.
Et le dernier ne décide-t-il pas que tous les décrets doivent lui être communiqués, afin qu'il les approuve?
N'est-ce pas là lui donner un pouvoir absolu, le reconnoître pour chef, pour arbitre? D'ailleurs, les légats du pape présidoient à Trente ; tQut s'est fait par leur ordre , par leurs brigues. Lisez ce qu'en a écrit Fra-Paolo. Je vous ai déjà dit qu'il étoit catholique.
Miss CHAMPÊTRE.
Permettez-moi de vous dire, Mon-, sieur, que j'ai lu dans vingt endroits que cet auteur avoit beaucoup de penchant pour la réforme, et qu'il la favorisoit, en sorte que, selon M. Burnet et les autres , c' étoit un franc hypocrite , que des considérations humaines retenoient dans une Eglise qu'il ne croyoit pas la bonne. Il faut rendre
09a LES A MERIC A I N,E».
justice, à la vérité , quoiqu'elle soit cou Ire nous.