X.K-S >MEftlCAIIiÇS. 5j
BELESPRIT.
Moïse , cet homme si hpn , si doux , si charitable , fait, éq mourant, un corn- *maudemenl cruel aux Juifs. C'est u'cxterminer tous les habitans du pays qu'ils vont habiter, sans épargner personne,.
N'étôil-ce pas assez de leur enlever leur héritage , sans les égorger avec une cruauté qui révolte ? r:
J'ai répondu à cette question darts le Magasin des Enfaris; et pdis , si^Vbûfc croyez 5foïse iuspiré, ne lui dediàtidefe pas compte de ses actions.
BE'L'E&frfCïT.' } • '
Qiiahcl je conviendrais qu'il a été rftu de Dieu perwlanl toute sa vie, je ne pourrois yons accorder qu'ij Teût été dans ,celte dernière occasion "Un commpndément de celte espèce répugnée. absolument a ridée que j'ai d'un Être souve-
rainement bon.,
Si 6n trous amenait ijn voleur-, un parrjcide rvm homme , en un mot , chargé de tofos les crimes possibles , et que vous
fassiez chargé de la vindicte publique f qu'en outre vous fussiez persuadé que cet homme , bien loin de vouloir se corriger, fût dans le dessein de continuer; ses forfaits, et même d'encourager les autres à lés commettre , seriez - vous louable de sauver un tel homme, de lui laisser la vie ?
BELESPRIT.
Non assurément , ce seroit une pitié très - pernicieuse ; je me croirois coupable des crimes qu'il commettroit à l'avenir* ,
tyADEM. BONNE.
Et pourquoi voulez-vous, Monsieur , que Dieu, soit moins juste que vous ne le seriez ? Les peuples dont il prononça l'arrêt par la bouche de Moïse , arrêt es Israélites dévoient être les exécuteurs! ces peuples, dis -je, avdîeut comblé la mesure de leurs crimes. Nonseulement ils méritoient la mort à làquelle ils étoient actuellement condam^ nés; mais Dieu pré vb^oit qu'en vivant plus long-temps ils n'eussent fait qu'accumuler leurs crimes , «t que * de plu*, ils auraient entraîné les Israélites dans
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l'idolâtrie par leurs mauvais exemples.
£a justice demandoit donc qu'ils fussent exterminés. Ce châtiment n'offeusoit point Sa miséricorde ; au contraire , en îeurôtant, avec la vie, la faculté d'accumuler leurs iniquités , c'étoit diminuer les chàUmens qu'ils dévoient souffrir.
Làdt LOUISE.
Voilà un éclaircissement qui lève une grande difficulté dans mon esprit. On voit quelquefois des gens qui ayant vécu moralement bien , ont le malheur de commettre uu crime et meurent aussitôt. Cela révolte la raison humaine, et paroît contraire à la bonté de Dieu ; il faut donc penser que Dieu ne leur ôte la vie, que parce qu'il prévoit qu'au lieu de se corriger ils iroient de crime en crime.
Miots. BONNE.
Je me souviens de l'avoir dit ainsi à ces dames quand elles et oient jeunes, et c'est une conjecture que je fais. Sur quoi je vous prie de vous souvenir d'une remarque que j'ai déjà faite. Ce qui fonde notre incrédulité par rapport aux hommes, c'est qu'ils sont sujets à l'er~
reur et aux passions ; ainsi ils peuvent se tromper et nous tromper; et par conséquent la raison nous ordonne l'examen , sur-tout si la bonne foi ou les lumières de ceux qui nous parlent nous sont justement suspectes, ou si ce qu'ils nous racontent blesse la .vraisemblance.
S'ils étoient infaillibles r l'examen seroit ridicule. Or 5 Dieu l'est. Nous sommes actuellement convaincues > par l'éwmen, qu'il a parlé par la bouche de Moïse : il faut que notre raison , qui nous a servi à faire celte découverte , s'arrête là. Elle peut bien nous servir encore à décider qu'une chose est bonne et juste , dès la que Dieu l'a commandée, sans qu'il lui soit toujours possible de s'apercevoir de la justice et de la sainteté de ses œuvres. Par exemple, nous croyons avoir découvert la raison de l'ordre que Dieu donua aux Israélites d'exterminer *les habitans de la terre promise : je suppose que cette raison eut été impéné* trable pour nous, il n'en faudroit pas moins croire qu'il y en a une, Fixons bien les bornes de la raison et de la foi. Les concevez-vous , lady Violente ?'
phénomènes : il ponvoil se trouver parmi eux, comme parmi nous, des impies qui peut-être eussent voulu donner des causes physiques au passage de cette mer ; ce fut pour prévenir leur impiété que Dieu renouvela ce premier miracle dans un lieu qui éloit très- voisin, et comme au milieu du peuple juif , afin qu'ils fussent eu état de vériBer chaque j&ur le miracle de leur second passage et par conséquent le premier ; car il se r oit ridicule d'admettre l'un et de rejeter J autre : les eaux du Jourdain tfétoient pas plus aisées à suspendre que celles de la mer. Qui a retenu celles de ce fleuve, à pu retenir aussi les autres. Je défie l'incrédulité la plus décidée de trouver à mordre sur le passage en Joùrdam , et fcur les autres miracles dont Josué fut l'exécuteur* Il frappe les eaux de ce 'fleuve en présence de plus d'&n million de personnes: aussitôt elles s'écoulent du cô# de la mér Morte , pu elles vont se rendre , et s'atttoucèient du côté de «leur source ♦ en sorte qu'elles demeurent suspendues saus autre digue que la volonté du Créa»» leur. Ce passage si étrange se fait avec
tranquillité -, les prêtres Se tiennent hardiment au milieu du fleuve desséché , et le peuple passe en bon ordre. Josué se donne le temps ^de faire enlever douze grandes pierres dufônddu'lit du Jourdain pour en composer un aulel qui puisse servir de mémorial à un si grand événement. Douze plus petites servent à. faire dçs cputeaux pour circonqre ceu;x qui sont nés dans le désert , afin de leur imprimer le souvenir de ce prodige. Je répète ceci , Mesdames , parce q,jne ,ce mjraçle sert à cpnfirmer tous les autres, h » -, ;
. r, ]W[IH$:S<àP.^^IE., •
Sir j'afroigété la , j'aurois couru de toutes,. mes forces de .l'autre côté du fleuve^ tant jVur^eu ,peqr que cette montag»^4^aufine)S,e lût écroulée spr
ttioi. ,n \>r '1 \ '„ »: î. ,
Je croîs , Madame , que vous auriez fait cofcme les autres ; car , enfin 9 il y en iû voit là quelquesruns qui dévoient $ç soumnir.de Ja mec Bouge qu'ils avoient passée dans leur; enfance ,.etquiavoient été: téihoins^îusqu'à' vingt ànsi, d'oa graodV nombre d'autres prodiges. Le
passé fondoit leur confiance et auroit sans doute excité la vôtre. Celle coufiance dn peuple sert encore à vérifier les autres miracles : on voit ici des gens accoutumés aujL prodiges.
Mâdem. BONTîE.
M. Belespi'it ne dit rien : cherchet-il dans les forces de la. physique de quoi nou$ prouver que le passage du Jourdain peut cire un événement naturel; ou le croît-il inséré après coup dans les livres de Josué?
«BELESPRIY.
Ni l'un ni l'autre. Je ne veux point faire de mauvaises chicanes : ce fait n'est pas de nature a être controuvéj il avoit eu trop de témoins , le tempi de sa d«rée avoit été trop long pour pouvoir en imposer. Je vous passe même les autres prodiges opérés par ^Josué ; mais que dirte des1 tempfc qui ont suivi celui elfe ce chef des' feraéliteb ? Que dite.de l'idolâtrie si souvent réitérée chez les Juifs, de leurs mœurs dépravées et corrompues , des crimes de leurs rois? Est-ce donc là ce peuple formé de la main de Dieu même , pour ainsi dire ?
Màdkm. BONNE.
Que dire de tout cola , Monsieur?
Que Jes historiens sacrés pnt écrit avee une vérité , une impartialité qui devroit servir de modèle à tous les historiens : ils n'ont "point cherché à pallier les fautes qui se sont commises parmi eux, et dont les aïeuls du Messie se sont rendus coupables*. Reconnoissez en cela des hofrimes inspirés : ils ont un ïiufc en écrivant, et <îe but n'est point équivoque \ c'est de montrer aux homnies d un côté les promesses de Dieu , et de l'autre les moyens dont il se sert pour les accomplir. Ge qu'ils écrivent doit être perpétué parmi les nations , et servir de fondement à là religion qui doit être prêchée par le Chris* qu'ils annoncent. Si la sagesse humaine eût formé ce plan, la rétiexion que vous venez de faire au roi t été prévue par elle j elle auroit cherché a prévenir de pareilles objections, en sacrifiant les vérités humiliantes pour la nation d'oii devoit sortir le Sauveur. L'esprit divin ne connoît point ces lâches ménagemens : il n'y a que -lui qui puisse $é>>
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pouiller un auteur de toute partialité, et se sertir, pour fonder notre foi , des choses mêmes qui parôrtroient devoir y être un obstacle réel.
N Ladt LOUISE.
Je n'avois jamais fait cette réflexion, ma Bonne, et elle me paroît une preuve non équivoque de la divinité de la • Sainte-Ecriture. Si elle eût été dictée par les hommes , nous ignorerions les crimes d'un David, d'un Salomon , d'un Mariasses. J'admire la sagesse de Dieu, qui sait tout mettre à son usage : je conçois, par le récit des écrivain^ sacrés, le besoin que nous avions d'un Rédempteur , dans l'état de faiblesse où noire raison avoit été réduite. J'entrevois Fénormilé du premier péché qui avoit dégradé la nature.
BELESPR1T.
J'intèrrônfipfai votre réflexion , Ma- , daîné; elle lie toe paroît pas juste. La venue du Rédempteur étoit nécessaire, dites*vous, pour relever l'homme du funedte état dans lequel il avoit été induit par le péché ; mais sommesnous plus innoeens aujourd'hui que nous
ne Pelions alors ? La différence des siècles est peu de chose par rapport aux mœurs, qui sont aujourd'hui à-peuprès ce qu'elles étaient alors , si on en excepte certains crimes que la douceur de nos mœurs rend plus rares parmi nous, et qui éont .compensés malheureusement par des fautes' d'une autre espèce.
Ma dem. BONNE. S
Je conviendrai avec vous, en gémissant ? Monsieur, delà dépravation de nos mœurs , et du peu d'honneur que nous faisons à noire rédemption ; cependant j'oseroîs vous assurer que la corruption n'est pas aussi générale que vous pouvez vous l'irriagineiv Vous n'avez vécu jusqu'à présent que dans le grand monde : j'avoue qu'on a peine à y découvrir des traces de la grâce que Jésus nous a méritée pour changer nos mœurs ; les gens vertueux ( car il y en a pourtant ) sont aussi soigneux de cacher* le bien qu'ils font, qtie les- mécbans de faire parade de leprs crimes. J'ai eu le bonheur v de-passer une partie de mayie parmi un monde d'une autre espèce que celui que ^vous connoifcsez, où j'ai vu les effets
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miraculeux de ïa rédemption; des personnes de qui on pourvoit dire véritablement , c'est Jésus-Christ qui vit en elles. J'accorde que le nombre en est petit : cependant il ne l'est pas autant que vous vous l'imaginez. Combien de gens, dans une condition obscure , mènent une vie innocente et chrétienne ! Vous les coniioîlrez au grand jour du Seigneur, et il manifestera alors des vertus si fort audessus de l'humanité , que si nous les connoissions aujourd'hui , les plus im-»
pies seroient forcés d'y reconnoître 1q doigt de Dieu.