‹ Les Américaines (volume 2)Chapitre 6 sur 28 · SECONDE JOURNEE · texte numérisé non relu

SECONDE JOURNEE

Misex. BONNE.

JN ous devons aujourd'hui examiner les preuves de la mission de Jésus-Christ , et nous convaincre que la bonté de Dieu noîis en a ménage de si fortes, qu'il n'est pas possible ti la raison de s'y refuser. Les premières de ces preuves sont tirées des pfrophètès ; c'est-à-dire que Dieu nous avort annoncé cet événement important long* temps avant qu'il arrivât. Lady Méry, répûez-nous celles de ces prophéties que vous avez retenues. Ces darçies suppléeront à ce que vous aure* établie.

"- LàDT MÉRYV

, i (La premier© qui me frappe , est ceîfe de Jacob mourant. Il dit à ^n fils Juda en le bénissant : Le sceptre ne sortira point des Jm4& * ni le prince de sa postérités jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu, et c'est lui qui sera l'attente des nations,

rj f/£S AMÉRICAINES,

Miss FRANCISQUE.

* Avant de nous expliquer ce passage,' je vous prie ,.ma Bonne , de m'apprendre ce que c'étoit que les prophètes. Le$ alïoit-oû consulter comme on fait aujourd'hui les personnes qui disent la bonne aventure? \

HÇadem.' BONWfe.

En vérité >, miss Francisque a raisqn { nous avons oublié .une ehosé essentielle j çt elle nous en faii souvenir: Remarquez, bien, Mesdames, que toute .la science des homme» ne peut aller jusmft .pénétrer dans l'avenir ; il n'y a que Pieu . qui en »it counoissance. , -, 1 ' ., : ,

Mis.» SQPHIE.

i Et cependant l'expérience noas ap^ prend qu'un grand n^bje df? prédic^ lions , qu'assurément Dieu n'a pas faites , n'ont pas laissé d'avoir' leur accomplissement ; f en pourrois; éUer'ttn' g*&4 nombre. * "«a»»»''"1'1'' ' J

Ceci demande beaucoup à'arieMwn, Mesdames, tïesttertairi qu'un* personn* qui réfléchit et qui remarque beaucoup* peut prédire certaius ' événeniens qui

LES AMIRICAIKU/ j$

doivent être une suite ordinaire de ce qui se passe sous ses yeux. Un curé def Normandie qui lenoit dés enfaps-en pension, fut accusé de magie, parce quHt a voit tiré l'horoscope de la plus grande partie des enfans qu'il avoit élevés. Ti*âa duitau parlement, il instruisit lestages des moyens dont il s'étoit servi {Jour deviner si juste. Il examinoh soigneuse^ ment le caractère de ces enfitns, Jétc£ qu'il prodùisoit dans les différentes circonstances de leur enfonce; il coftibinoif ees effets avec les diverses positions de kvie qu'ils -dévoient çiénér qu&nd iW seroient grands, et en conolûoitpitétt|tt$ k coup sûr lai 'Conduite qutflg de*otet* y tenir. Ainsi Tanaquille, d'après ïa'cofrJ naissance qu'elle avoît des vertttt et déB talens de>Servius/Tulliiis , comprit qfu'ii deviendrait Ihonnëui4 âé W fibrille ,»<-&} oa -l'y feisoit ep.\tet dfyès *rf<At ctâtèïë cet excellent camdèeeëee fM ericonV séquence ^qu'elle le prédit , et que , pour aider à la prédiction , eMe lui fit /épouser* sa fille après/lâi avoir doané U meilleure' éducation. EHpft'avofëpas besoin d'être sorcière, cottime vous Je lôy&t , pour te-f surer ces ciibées/unlpeiicdé Sagacité lui'

■y6 1 &Eft AMERICAINES.

tuffisoit. Au contraire elle n'eût pn devinèr,lorsque Tarquin-le-Superbe vint au moade , que cet enfant détrôneroit et tueroit le gendre qu'elle devait choisir, et qu'elle deyoit lui préférer un jour. 11 est certain qu'elle ne se détermina à faire porter la couronne à son gendre,au préjudice de son petit-fils, qu'à raison de la connoissance qu'elle avoit des mauvaises qualités de ce dernier qu'elle n'a voit pu prévoir avant qu'il eût donné des preuves de son mauvais caractère»

Pour qu'une prédiction soit miraculeuse, il ne faut pas qu'elle soit une conséquence de ce qui s'est passé ou de ce qui $e passe. Il faut, pour faire une vraie prophétie , que l'événement' prédit soit ifiolé , pour ainsi dire j qu'il ne tienne à rien , et qu'il ne puisse même être supr posé vraisemblable dans le cours ordinaire des* choses. Il faut ique la personne qui fai t la prédiction la fasse : subitemen t-, par un mouvement involontaire. Il faut encore, pour mieux s'assurer de la divinité d'une prophétie , qu'il y en ait plusieur* qui toutes s'accomplissent et deviennent l'une pour l'autre une preuve^ tu> soutien, Qrf tout cela se trouve dans

LÉS AMÉRICAINE*. jf

les prophéties dont nous allons pariera Elles annoncent dés événement qui né doivent armer qu'après plusieurs siècles, et ne peuvent passer pour vraisemblables dans le temps où ils sont prédits : elles sont indépendantes des événement actuels. Elles sont faites par des gens de tout âge , de toutes conditions ; les uns sont sàvans a la vérité , mais les autres étoient extrêmement ignorans. Enfin ces personnes n'avoient aucun intérêt présent ni futur à faire ces prédictions, qui sont en grand nombre et sur des sujets tout-k-fait différens.

Li»i LOUISE.

Est-ce qu'il y a d'autres prophéties que celles qui regardent Jésus-Christ?

Madew. bonkë. ' *

Oui,Madame:Diei>,pouï condescendre à notre incrédulité naturelle, rie s'est pas contenté de nous annoncer le temps de la naissance du Messie , le lieu où il de voit nailre , toutes les circonstances de sa passion, celles du. châtiment qui devoit suivre le déïcide des Juifs via vocation des Gentils : il a aussi prédit très- clairement plusieurs éveil émeus

qui. dévoient précéder ceux-là, et qui regardoient les divers empires qui dévoient se succéder , afin que l'accomplissement de ces prophéties qui nous importaient peu, nous disposât à croire pu événement doit dépeudoit notre ponheur éternel.

BEL ESPRIT

J'avoue , Mademoiselle , qu'une, et "a plus forte raison plusieurs prophéties 6ont des choses miraculeuses rmais il n'y a rien de plus facile que d'en faire après l'événement. Vous savez.que Tarquin-le-Superbe avoit fourni aux grands de Rome le moyen de tromper le peuple à; cet égard, en achetant les trois volumes qu'on supposait avoir été écrits par les Sibylles* et où le .sénat faisoit trouver tout ce qui convÈnoit à ses intérêts/N'en pourrôit-on pas dire autant des livres des prophéties ?

' Midi». BONNE.

; Non , Monsieur, parce que le cas est absolument différent. Les livres sibyllins étoient cachés au peuple ; on pouvait supposer tout ce que l'on vouloit, y, ajouter ,y retranchera Les prophéties,

LE 6 AMÉRICAINES; JQ

âù contraire, se lisoieçt publiquement dans les Synagogues les jours de Sabbat:* on preseritôït le livre aux étrangers pbur faire cette lecture, comme nous le voyons dans Saint Paul. Ceux qui lafaîsoient ordinairement, n'avoient aucuri intérêt à tronquer les passages ; au contraire , d?ns, les dispositions où ils etoient au temps, de la venue de Jésus-Christ , ils avoient un intérêt particulier à taire les prophéties.

} BELESPRIT.

Je ne vois, pas qael* intérêt ils pouvaient avoir alors à garder le silence sur î^s prophéties; permettez-moi de vous en demander la preuve. Je m'accoutume à vos usages , cqmme vous le voyea.

Madem. BOISNE. .

, Je vais vous donner cette preuve , Monsieur. N'est-il pas vrai qu'au temps d'Hérodô les prêfres et les docteurs de la loi éf oient extrêmement corrompus, et qu'ils etoient d'une indifférence monstrueuse sur Pavénemcni du Messie qu'a voient désiré leurs ancêtres ?

&) £ES JkMÉlUC.ÀiHE&-

BEL ESP RIT

Voilà ce dont je ne conviens pas. Vous

n'en avez la preuve que dans PJEvangilej

niais avant de me faire adopter celle1

preuve f il faut m'en prouver la vérité \

la divinité , et ce n'est pas une choSe

facile. - .

Mjldem. bonne.

Faites-moi la grâce ., Monsieur, de me dire en quel temps l'Evangile a été publié, dans quel pays , dans quelle langue»

BELESPBIT.

Je n'en sais pas précîsériient le femps s ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a été écrit peu de temps après la mort de Jésus- Christ. D'autres chercheroîent à vous le * disputer j mais ce seroit une mauvaise chicane, et j'y renonce. H a été publié dans ta Judée, sans doute , puisqu'il est écrit en: partie en langue hébraïque qu'on ne paYloit que là.

Màde*. BONNE.

. C'est-a-dîrç que de votre aveu, Monsieur, le Saint -Evangile a été publié dans un temps où les faits qui j étoient énoncés avaient pour témoins presque *

tous ceux qui vivoient dans Jérusalem.

Si ces apôtres étoient des imposteurs 9 avouez qu'ils étoient bien, mal-adroits de ne pas changer de climat pour publier des impostures qu'un chacun pouvoit démentir.

Miss DOROTHÉE*

Actuellement, Monsieur, le nombre des méthodistes est assez grand a Londres, quoiqu'on puisse le regarder comme fort petit , eu égard à la multitude des habîtans de cette ville : s'il leur prenoit fantaisie d'autoriser la doctrine de leur patriarche par des miracles qu'ils supposeraient, n'est-il pas vrai qu'iIsserQÎen[t réduits à lés aller publier loin de la capitale , et que, s'ils osoient le faire ici , on les aurait bientôt forcés à se taire , seulement par l'évidence de leur mensonge ?

BELESPftir,

Ecoutez bien ma difficulté , Mademoiselle : c'est par l'histoire de l'Evangile et des Actes des apôtres ,' que nous connoissons les miracles et les conversions qu'on va me donner en preuve. Je nierai tout jusqu'à ce qu'on m'ait prouvé.... ce que je.voulois dire m'échappe. Contf-

$Q LES ÀM EJÙCAINES.

puez f mademoiselle Bon De , votre discours me le rap pèlera.

Et sans doute je répondrai par avance a votre objection. Je l'fentends très-bien r Monsieur, et si vous étiez sincère, vous avoueriez que la honte vous réejuit au silence , plutôt que le défaut de mémoire. 'Posons bien le fait que nous voulons prouver. Otous aux écrivains sacrés toute pudeur , et supposons qu'en vrais idiots, comme ils se nomment eux-mêmes, ils n'aient pas prévu qu'en publiant des mensonges dans la Judée, ils aviliroiént là doctrine qu'ils cherchoient à établir. Toujours est-iL vrai que leurs écrits ont été: publiés dans. la Judée, puisqu'ils Vuoîent écrits en hébreu. Il y a eu des juifs qui se sont faits chrétiens, cela est sûr. Donc i! y n eu des juifs qui ont su , à n'en pouvoir douter , que les miracles allégués étoient réels*

BELESPRIT.

Mauvais raisonnement dans votre bouche,, et qui va devenir excellent dans la mienne. Il y\eut peu de juifs qui se firent chrétiens. Pourquoi cette résistance

à la doctrine de gens quiavoient, selon vous , le ciel a leurs gages , pour ainsi dire, et qui pouvaient en obtenir a leur .grélesmirqcles les plus étonnans?N'est-il pas naturel d'en conclure que ces miracles, que vous alléguez , n'ont jamais été faits ? Tous les juifs, sans exception, se seroient convertis. •

Màdêm. bonne.

! Et pourquoi Àchab et les Israélites n'abandonnèrent-ils pas l'idolâtrie à la vue des miracles opérés sous leurs yeux par Elie , Elysée et Wautres prophètes ? Jéroboam voit sa main desséchée au moment qu'il menace l'un d'eux j cette main est guérie à la prière- du même prophète : ces deux miracles consécutifs opèrent-ils sa conversion? Non. Serionsnous autorisés à dire au.x juifs : Nous nous inscrivons en faux contre ces miracles ,parce,qu£, s'ils eussent été opérés, Jéroboam se seroit converti. Ces ennemis du Christ sont-ils d'accord avec nous pour vous tromper ? Ont-ils. inséré ces miracles dans leurs livres exprès pour nous procurer une preuve que ces effets de la toute-puissance de Dieu sont souvent inutiles pour toucher et convertir

des cœurs endurcis ? Car, enfin , ifs ont élé les conservateurs de ces faits ,. ainsi que des prophéties»

belesprit;

Il me vient une singulière pensée ,.

Mademoiselle ,. et voici ce qui Fa fait naître. Je vous* avoueraf franchement que je suis peu versé dans cette matière, et que par conséquent j'ignore de quelle* raisons eu prétextes les juife se sont servis pour rejeter l'Ëvangile et son auteurs Je veux donc vous, procurer un adversaire plus redoutable. Je suis très -lié avec un juif très-honnête homme, et qui de plus est décoré du titre de docteur parmi eux, 11 demeure à vingt pas d'ici , permettez-moi de l'appeler , je ne serai qu'un instant.

Mabim. BOTS NE.

De tout mon cœur , Monsieur, Au reste , Mesdames , je n'espère pas beau* coup de satisfaction de ce nouvel adversaire. J'ai beaucoup vécu avec les juifs, et j'ai cessé d'être surprise de leur aveuglement , parce que, j'en ai connu les sources. La première est une ignorance au-dessus de l'expression ; la seconde,

LES àmértcàiwes. 85 une indifférence monstrueuse sur les choses qui. regardent Dieu, Je me souviens qu'à Metz je voulus parler religion avec un juif que je yoyois souvent pour affaires , et je lui citai les Ecritures. Il n'en avoit aucune connoissance > et comme je voulus l'exciter' a les lire , il me répondit stupidement : Que m'importe ? J'ai mes affaires qui m'occupent trop pour me laisser ce loisir. Je crus d'abord que ce sentiment étoit particulier à cet animal a face humaine j j'çlamînai la façon de penser dos autres , et je vis .avec étonnement qu'à l'exception d'un très-petit nombre, tous les juifs étoient dans ces malheureuses dispositions.. Voici Monsieur Belesprit de

retour avec son juif; vraiment c'est un Rabbin , j'espère qu'il sera plus habile que les autres.

Monsieur Belesprit , Mademoiselle m'a dit qu'après avoir prouvé la vérit< -de là révélation de Moïse , vous entre "prenez de prouver aussi la divinité d celle de Jésus. Ces t dommage, aprèsavo soutenu une bonne cause et en être sort triomphante, c'est dommage , dis-j

t fe S A M pi C A I N E S.

Remployer vos talens à en soutenir une mauvaise -dans -laquelle vous serez Vaincue.

Madim. BOINNÉ.

C'est ce qu'il faudra voir. Monsieur doit aussi vous avoir appris que je ne suis pas peureuse et aisée à décourager. Entrons en matière.

Vous croyez que les prophètes qui ont vécu parmi vous ont étéânspirés de Dieu. Nous allons exposer leurs prophéties. Ecoutez-les. toutes 5 s'il vous plaît, Monsieur: et quand il faudra en faire voir l'accomplissement , je dirai mes raisons , et vous aurez toute la liberté de me contredire ; monsieur Bel- .esprit et ces Dames jugeront des coups. Répétez, miss Dorothée , ce que vous avez retenu des prophéties.

Miss DOROTHÉE.

Voici la première , prononcée, par Diéi* même après la chute d'Adam i Je mettrai de l'inimitié entre toi ( le serpent ) et la femme, et entre ta semence et la sienne ; elle t'écrasera là tête , et . toi tu lui briseras le talon* Voici celles que Dieu, répéta ;trèsr&oijvent à; Abra-

LES AMÉRICAINES.' d'f

ham , à Isaac et à Jacob : Toutes les nations seront bénies en ton nom. Je ■vais répéter celles de Jacob mourant : Le sceptre ne sera point ôté de Juda , ni le prince de sa postérité , jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu; et c'est lui qui sera l'attente des nations.

Voici celle de Daniel qui prédit le temps de la naissance du Messie , le crîme de votre nation, et le châtiment qui de voit le suivre :

Depuis l'ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem , jusqu'au Christ chef, de mon peuple 9 il f aura sept semaines , et soixante - et deux semaines ; et les places et les murailles de la ville seront rebâties de nouveau parmi des temps fâcheux , et difficiles / et après ce temps le Christ sera mis à mort , et le peuple qui doit le renoncer ne sera plus son peuple. Un peuple qui doit venir avec son chef, détruira la ville et son sanctuaire; elle finira par une ruine entière , et la désolation qui a été prédite arrivera après la fin de la guerre. Il confirmera son alliance avec plusieurs dans

une semaine , et à la moitié de la semaine les hosties et les sacrifices seront abolis. L'abomination de la désolation sera dans le temple , et la désolation persévérerez jusqu'à la consommation * et jusqu'à la fin.

Le RABBIN.

Je conviens avec vous de la vérité de cette prophétie, et nous en atten- , dons l'accomplissement. Nous ne disputons que sur l'application qu'on en doit faire , et nous offrons de prouver par ces mêmes écritures que vous recevez , que le Messie viendra plein de gloire et de majesté pour relever le trône de David et nous rétablir dans une puissance beaucoup au-dessus de celle qui nous fut autrefois donnée par Moïse. Il m'est aisé de vous prouver que ce Jésus que vous regardez comme le Messie , n'a aucun des caractères de grandeur , de puissance et de majesté , par lesquels les prophètes l'ont caractérisé. J'avouerai , si vous voulez, que ce fat un prophète puissant en œuvres et en paroles ; que ses mœurs ont été pures et irréprochables ; mais je nierai qu'il soit le Messie , qu'il soit

LIS AMERICAINES. £f

Dieu. 11 ne Va pas dit lai-même dans tout le cours -de sa vie ; et s'il sembla s'arroger cette dignité devant les juges et les docteurs: de la loi , c'est qu'il parloi t ud style figuré fort en usage parmi les Orientaux. Eslher ne dit-elle pas qu'Âssuérus parut comme un Dieu ?

N'y a-il pas d'autres endroks où Ton dit : Nous sommes des dieux ? Je le répète : cette façon dé parler est d'usage dans la langue hébraïque , et ne signifie point du tout la divinité.

AU de h. ÉOWNL

* Je vous fais {tige de des objections , monsieur Belesprit , vous en voyea la foi blesse. Il faut pourtant y répondre, ce qui n'est pas fort difficile, et faire voir à Monsieur qu'il se contredit.

Lt RABBITÏ.

Vous trouvez mes objections foibles , et croyez-vous que je vous aie fait toutes belles qui' se présentent? Non assurément. Ce w 'est pas même noire usage d'entrer en matière sur ce sujet; cependant je veux bien y déroger par considération pour mon ami qui l'exigé, Je vous ai accordé que Jésus fût un pro-

pbète puissant en paroles et «n œuvres ; c*est le témoignage -que lui rend notre historien Josèpbe. Ne croyez cependant pas que je convienne de tout ce que Vos Evangélistes ont écrjt de sa vie et de ses miracles. Le savant auteur que je viens- de citer n'entre dans aucun détail a ce sujet , et nous tirons de son silence une preuve victorieuse*. Il n'eu* pas manqué de s'étendre sûr toutes les ttierveilles opérées par cet homme , si elles eussent été réelles.

Madbjt, BONNE.

J'irai plus loin que vous , Monsieur j et je vous accorderai * si vous le voulez** que ce peu de mots qu'on attribue à Josèphe ont 'été mis après coup dans fcon histoire ^ et qu'il n'a parlé de Jésus* Christ en aucune manière. •

6ÉLÈSPRIT.

Comment , Mademoiselle , vous abàn* donnez un passage tel que: celui-là ? 11 faut que vous vous croyiez riche en preuve* '. ■

t* RABBIN.

Je savois aussi bien que Mademoiselle que ce passage est contesté; ce-

LES AMERICAINES. Qt

pendant, comme quelques-uns Vont défendu , là politesse m'engageoit a le laisser subsister : c'étoit peu de chose j cependant cela doit vous prouver que Ja richesse des preuves est dé mou côté. Que ce passage soit ou ne soit pas . de notre historien, toujours est-il vrai qu'il est seul , et qu'il ne serait pas na turel qu'il eût gardé le silence sur cette foule de miracles attribués à votre Jésus. Sa mort , telle qu'elle est rapportée par vos Evangélistes, eut causé un certain trouble dans Jérusalem : d'ailleurs , cet événement devenoit de conséquence, si les prédictions qu'on attribuoit à ce Jésus eussent été réelles.

Midemi^ BONNE. ,"

Je conviens avec vous , Monsieuf i que le silence de votre historien sur ce qui regarde Jésus n'est pas naturel. Il s'étend avec prolixité suf des faits bien moins importans, et dont les suite» éloient moins à craindre, comme vous le remarquez fort bien. Quelle liste ne nous donne- 1— il pas d'un grand nombre d'imposteurs réprimés pîr les gouverneurs romains , ou qui s'étoient -dissipés d'eux-mêmes ? Cependant ces

hommes avoient disparu, pour ainsi dire, presque aussitôt qu'ils avoient été connus; et si on compare le nombre de leurs disciples à ceux de Jésus , il étoit très-petit. D'où vient tant de détails pour les uns , et si peu pour l'autre , en admettant même les deux mots qu'on lui attribue ? Plus ce silence a droit de nous surprendre , plus nous sommes autorisés à en chercher la cause. Convenons de quelques faits »

s'il vous plait , Monsieur : d'abord , Josèphe étoit contemporain de Jésus ; je ne sais pas quel âge il avoit lors du siège de Jérusalem ; mais il pouvoit , s'il étoit déjà vieux , avoir vu Jésus dans son enfance. Secondement le christianisme avoit déjà fait de grands progrès , sur-tout dans la Judée: l'Evangile avoit été publié aussi bien que les Actes des Apôtres. On y avançoit des faits capables de couvrir de honte et d'opprobres les principaux chefs de la nation , ou plutôt la nation toute entière , des faits capables d'ébranler ia religion Judaïque jusques dans ses fondemens. Vous êtes forcé de nier ces faits après dix-sept siècles pour soutenir

LES AMÉRICAINES. çZ

votre religion : Josèphe n'avoit-il pas le même intérêt? Et il a voit, à cet égard, des facilités qui vous manquent. 11 n'a pas contredit les Evangélistes : pourquoi ? C'est qu'il étoit impossible de le feire, tu la notoriété des faits qu'ils a voient allégués ; et pour me servir de vos termes , son silence est une preuve victorieuse de tous ces faits qu'il auroit contredits, s'il eût été possible.

BELESPRIT.

Je vous avoue , Mademoiselle , que cette preuve me paroit sans réplique, et je ne sais comment je n y avois fait aucune attention jusqu'à ce jour. Le si* lence d'un accusé a la force d'une conviction dans tous les tribunaux* Jor sèphe n'a rien répondu aux crimes dont on accusoit ceux de sa nation , et cela dans un ouvragé fait pour l'exalter j nous sommes en droit d'en conclure que ces crimes étoient si notoires , qu'il n'étoit pas possible de les affaiblir, encore knoins de les nier, et que le seul parti convenable étoit de garder le silence a cet égard. Que répond M. le Habbin ?

Le RAffBIN; • •

Pouvez-vous rendre la nation' ou plu-

g\ ILES AMÉRICAINES.

tôt la vérité responsable du silence d'un' auteur , qui sans doute a eu , pour le garder , des raisons qu'il ne nous a point transmises? Pouvez-vous en tirée de; pareilles conséquences ?

Mâjdem. bonne.

.Oui, Monsieur, nous le pouvons > elles sont raisonnables. Vous aviea des. docteurs e.t des scribe$; ce;s hommes, qui, montraient tant de zèle pour la loi de Moïse ? ne devoient-ils pas s'attache^ a faire tomber dans Ja confusion les diséiples de celui qu'ils avoient crucifié 7 Au lieu de les traîner dans les tribunaux pour leur faire souffrir des peines cor-' porelles, il falloit les confondre aux jeux xle tout' Israël, en prouvant qu'ils appuyôient leur prédication sur des faits'

niiï n'avoièut iamâis existé : on pouvdit

?"f^i>3 > * ).t;-T' •.. t. À :*'j> • '»=< .'■) en prendre a témoins, tous ceux qui vi-

voient encore.

B£LE$PÏUr£.

Effectivement, rien de plus facile alors que de réfuter leurs mensonges, «u]pposë qh'iU en eussept dit. M. le Rabbin , si ou accusoit un de nQS parlemens d'u&e injustice qu'il n'eût pps commise, pensez-vous qu'il gardât -le silence?

îj ;

p£S américaines, 95

Madem. BONNE.

Ce toi t le i eeul îBoy en de retenir le» Juifs dans la foi de leurs pères qu'ils abândonnoient, On^ disoit aux prêtres :

l'envie et la jalousie que. vous aviez conçues *defc vertus et des miracles de «Jésus, ont ëjé les seules causes 4e 1$ persécution que vous» avez excitée non?

seule ruent contre Ksi, mai» jencdre contre nous, qui sonirçies ; ses disciples, C'es\ parce qu'il a démasqué votre hypocrisie, vos rapitieé y qu'ut vous. appeloH des se pulcr^s blâtt^Âisi, iqu'il vous reprQchoit que tous aviezjâbfmdonpé la loi (Je Dieu . pôU^stibstUuefVôstradiïidDstomaiD^^ et souvent i m pies t que, vç>us Ifygez, » fa»if mourir. ïi' * vous $i confondus toutes; le$ foi* qùé{Vo{i#aVeW VQulu/disputer coutçfi lufi. Il à1 faittin v grand nombre de ,çair tildes àVosyëdx îles principaux d'entré vous éioieiit préâèatfj lorsqu'il' a ressusjcité Lazdre^quisen toit déjà mauvais»,!) a prédit la ruine de Jérusalem , celle di^ temple : no^iis vous^aurOTO qu'elle ar?

tf Wra;ill'a eithortlê Jesjhabitaus de <çielte tîllè a- la fuir, a Fâbaqdonrièr,, parcç qiiîdle Va bientôt éprouver iaccterS cet

leste. Sa mort a été accompagnée, de votre part, des plus grands excès d'injustice, de scélératesse i et de la sienne, de prodiges que véus avez vus. Il èstres*» suscité le troisième jour , comme il l'a* voit promis ; vous n'en pouvez, douter , puisque vous avei été réduits à séduire les gardes que vous aviez placées à son tombeau , pour dire que nous l'avion^ enlevé. Voilà ce que les évangélistes écri voient, ce que les apôtres et les disciples prêchoient , ce que les 'scribes. et les pharisiens; ne pou voient ignorer. N'éioit-ïl pas* de. leur honneur de faire dès enquètds juridiques qui eussent anéanti le christianisme dans son berq eeau , si lés. -apôtres e,us&eui allégué un seul fait qu'ils eussent pu prouver faux? Josèpfee eût dû, suppléer k leur négligence : le faiiétoit assez singulier , asse? public pour mériter Une place, d?i}* Soi* h istpire. Je vous défie, Monsieur, dç npu% donner une pneuve satisfaisante 4u si-?

lenee que les uns et les autres ofct gardé $ si ce n'est celle «que J'ai alléguée. Au reste, ne croyez pas que ce qup je vie*)* de vous dire soit le fruit d'une longuç méditation : je pourrais vous jurer

LES ATtfERÏCAIÏïtS." g^

je navois jamais pensé à celte preuve : elle naît dû sujet , et je l'ignorais moimême il y a un qtaart-d'heure. ,

BELÊSPRÏl'.

Pour moi je la trouve telle , qu'elle! nie suffit pour, admettre, sans balancer, toutce que les évangélistes ont écrit : il ne faut pas déraisonner par^entêtement.

Lé rabbin.

Je suivrai votre exemple, Monsieur,* et )*a,voue que cette preuve me frappa moi-même. Mais en supposant qu'elle est telle qu'elle le paroît, elle ne cérti6e: que le récit de certains écrivains que vous appelez sacres; et rien déplus. Nous sommes encore bien loin de trouver chee eux la preuve de la divinité de Jésus- Christ. Elle y est jsi peu , qu'un grand nombre de chrétiens qui reçoivent ces écrits, ne l'y ont pas trouvée , et l'ont disputée dans tous les temps. . ; , . j Ladt inconséquents.

Oh ! cela est trèç-vzai j Maman a -été très-en colère.coûAre ma Bonne ., parcç qu'elle m'avpit dit d'adorer Jésus dani la crèche , et parce que nous offrons pos actipç* à pieu en union 4e celles' Je

j}8 LES AMERICAINES.

Jésus. Elle a dit à mademoiselle Devins , ma gouvernail te , qu'elle et oit une idolâtre , parce qu'elle adorait Jésus ; et elle assure qu'uq très - habile ministre lui a certifié que Jésus était à la vérité la plus excellente de toutes les créatures , mais qu'enfin il n'étoit qu'une créature,

Ljldt VIOLENTfi.

Vous n'y pense» pas , ina chère , cela est contradictoire. Ou Jésus est te fils de pieu , ou U est nn scélérat digne du supplice auquel il a été condamné. 11 n'y a point de milieu entre ces deux extrémités»

x., h*nw ÎHCOJSSÉQUE-ÏÏTE.

jfe ne vois point da tout cela r ma chère : ma mère , qui a beaucoup d'esprit, ne le voit no© plus ; et je vous assure que f ai vu quantité de gens très* *avans qui sont d'uitfjautre avis que vous sur cet arltel& J

; lV kabbïN. '

Jésus lui-même nVb-il pas dit: Mon père est plus grand que mo*? N'est-ce toas à tuï qu'on attribue ces 'paroles : lp sagesse m' a créé au commencement de ses "voies? Ne dit-il ;pas que nul pe-céti-

iioît le jour du jugement, et non pas même le fils de l'homme?

Lmt LOUISE.

Il 7 a longtemps qu'on a décidé qufc Jésus parle alors de lui-même en se considérant selon la nature humaine. J'ai ouï dire que cette dispute a été terminée à Nicée , où un grand nombre d'évêques s'étaient rassemblé».

Mademv BOKIfE.

Ne sortons point de notre sujet , s'il yousplâit, Mesdames: la dispute sur la divinité dç Jésus, qui fut terminée à Nicée, reviendra en.son temps, 11 faut éviter de sauter de branche en branche, c'est-à-dire1 que nous ne devons point quitter un sujet avant de l'avoir assea approfondi pT>ur savoir ce que nous en devons pepser, 11 ne sera donc point question aujourd'hui de ta divinité de Jésus. M. le Rabbin n'a pu s'empêcher de reconnoîlre que le silence des scribes et des pharisiens, et ensuite celui de Jo« sèphe, sur ce que les évangélistes ont prononcé , loin de lui fournir un moyen de réfuter là fidélité des livres sacrés , est une forte présomption en leur faveur*

IGO LES AMÉRICAINES.

Demeurons-en là. Croyez-vous, Monsieur, à la prédiction de Jacob .mourant/ telle qu'on vient de la répéter?

Le RABBIN.

Assurément , Mademoiselle , elle est même répétée très-souvent dans les çaintes Ecritures.

MiDiH. BONNE.

11 en faut conclure que , du temps où le sceptre est sorti de Juda , et la couronne de la famille de David, celui qui étoit l'attente des nations est venu.

■ Lu. RABBIN.

Et qui vous a dit que la famille de. David ne règne plus? Ne çavez-vous pas* que le Talmud nous enseigne comme une chose sûre , que dans une région inconnue et fort éloignée il règne un des. descendant de David sur des Jui fs fidçles? Qu'ils ont là une nouvelle Jérusalem , ijin temple où Von sacrifie , et que la loi y ô3t observée jusqu'à un ïota ?

BELESTPRIT.

De bonne foi, mon cher, un homme comme vou$ peut-il ajouter foi à une telle fable? Vous demandez à Mademoi** selle comment elle ne sait pas cela ? Et

LES AMERICAINES. lOt

moi je vous ,dçmandè comment vous le savez. Il en est de cette région comme dur royaume dé la lune ; personne ne pouvant se vanter d'y avoir été, on en discourt tout à son aise. Croyez-moi , mettez votre région avec les mondes de M. de Fontei&elle. /

Le rabbin.

Et depuis quel temps , mon ami , vous êtes-vous chargé du rôle d'apôtre? Ne vous ai-je pas entendu badiner mille fois sur ce que votre religion a de plus sacré, tourner en ridicule deux qui avoient la simplicité de croire la révélation des deux Testamens, en un mot, en faire des contes beaucoup plus ridicules que ma région inconnue ?

BE-LESPftIT.

Les temps sont bien changés, mon pauvre ami. Je veux bien ôpous avouer ici que j'ai douté sans preuve, pour suivre la mode, pçrce que cela m'étoit plus commode, et me laksoit la liberté de suivre les mouvemens d'une nature qui n'é toit pas très-saine. Un examen sérieux m'a convaincu des vérités que je blasphénlois sans les connoître, et je ne me

103 LES IMIRIC'AINES.

suis point piqué d'une fermeté qui n'auroit été , à vrai dire , qu'une obstination jne'prisable* Mon témoignage ne doit point vous être suspect j vous me con- ^îoisses assez pour penser que je ne me suis rendu qu'à la dernière extrémité et après avoir résisté autant qu'il m'a été possible. Croy€»-moi , imitez ma bonne foi , cherchez à vous éclaircir ; et pour me servir d'une expression de l'Ecriture : Si vous entendez aujourd'hui la voix de Dieu , n'endurcissez pas votre cœur comme vos pères firent dans le désert.

Je sais par mon expérience qu'il en coûte quelque chose pour renoncer à des préjugés qui nous sont chers ; qu'une fausse bonté retient souvent dans l'erreur après • même qu'on l'a reconnue; que des intérêts de famille, de fortune, de réputation, sont capables de fixer dans un mauvais parti. Mais je soutiens qu'il n'y a qu'une ame lâche qui puisse être arrêtée par des considérations si foibles. Un honnête homme ne craindra jamais de tout sacrifier à la vérité, mêmedansles choses de peu d'importance , à plus forte raison quand il s'agira de tout ce qui nous importe le plus, du salut éternel, -•

Le RABBIN.

Et croyez-vous de bonne Foi que noire bonheur dans l'éternité dépende de la façon dont nous auront pensé sur la terre? Je n'ai jamais douté de la bonté de ma religion : Dieu me feroit-il un crime 4e l'avoir crue sur la foi de mes pères ?

BELESPRIT,

Je vais vous parler à cœur ouvert. Je suis actuellement convaincu de la vérité de la révélation faite a Bflfoïse j ce n'est pas qu'il ne reste bien des choses dans les livres saints qu<è je trouve incompréhensibles, d'autres qui semblent choquer nia raison j mais cette raison m'ayant démontré que Dieu est l'auteur de celle révélation, je ne dois pas me flatter de la mesurer à mes lumières : j'admire celles que je comprends , j'àdoré en silence celles qui sont au-dessus de ma portée. Quant à ce qui a suivi la révélation de Moïse, je n'en ai pas une certitude aussi absolue, parce que je n'ai point encore examiné si ces deux révélations sont dépendantes l'une de l'antre; je conçois pourtant, par le peu que nous en avons dit,que la certitude sera le fruit de Pétude

:1o4 LES AMERICAINES»

que nous allons faire. Si après avoir employé à cette étude toutes les forces de mon esprit , j'étois malheureusement le jouet de l'erreur , alors j'espère qu'elle némé seroit point imputée, parce que Dieu est trop bon pour nous demander l'impossible. Je vous dirai plus, c'est que cette impossibilité a trouver la vérité me paroît une chose absurde. Cest notre orgueil ,; notre présomption 3 notre mauvaise foi, notre paresse à chercher la vérité , la négligence à demander à Dieu ses lumières , qui .éloignent de nous la connoissance du .bien, du vrai; donc nous sommes comptables de nos erreurs, parce qu'il a été en^notre pouvoir de nous en délivrer; donc Dieu nous condamnera avec .justice pour ces erreurs dont nous avons négligé de vider notre esprit. Vous croyez t dites-vous , sur la foi de vos pères , sans vous embarrasser si c'étoit celle que Dieu exigeoit d'eux et de vous : cette indifférence monstrueuse est ellemême un crime. Auriez-vous la même négligence pour les choses qui regardent votre fortune? Ne croyez-vous pas .devoir vous instruire par vous-même

LES AM&MCÀnHES; lo5

des moyens de la faire, de la conserver et de l'augmenter; faites pour totre ame ce que vous faites pour votre corps , pour l'éternité comme pour le temps?

car vous croyez , je pense , à une auUe vie , vous n'êtes pas Sadducéen. >

L* KABBItf.

Non, Monsieur;. je crois la résurrection des morts aussi fermement comme je crois qu'on peut se sauver dans toutes les religions, pourvu qu'on y soit d#

bonne foi,

Madeh. bonhe.

C'est un point qu'il faudra examiner à loisir : finissons ce que nou^ avons commence , et abandonnez de bonne loi ce royaume imaginaire où règne un fils de David , que personne n'a vu , et dont on ne peut même soupçonner; l'existence sur le moindre fondement ; en le supposant môme ce royaume,; vous ne-pourriez vous tirer d'affaire , et vous avez conservé des prophéties qui deviennent impossibles à accomplir en suivant votre système.

Le prophète Aggée dit positivement £ en parlant aux Juifs qui rebâtissoient lte

temple de Jérusalem : Pourquoi vous affligez-vous en comparant ce temple avec celui de Salomon dont il n'égale point la splendeur? La gloire de ce dernier surpassera celle de l'autre, parce que le désiré des nations y viendra , et que c'est là qu'il donnera la paix.

Les Juifs à qui l'on fit cette prophétie , l'entendirent comme nous Tentendons aujourd'hui : ils comprirent que c'étoit dans ce temple qu'ils rebâtissoient que le Messie devoit paroître ; Dieu engageoit sa parole que son fils l'honoreroit de sa présence : ce temple ne subsiste plua depuis long-temps; il en faut conclure ou que les prophéties sont fausses , ou que le Messie est venu.

Mais Jésus est-il ce Messie ? C'est ce que vous pouvez raisonnablement chercher à découvrir. De quelle famille ce Messie devoit- il sortir , Monsieur? En quel lieu devoit-il , ou doit-il naitre ?

Le RABBIN.

Il est répété mille fois dans l'Ecriture qu'il doit être du sang d'Abraham par Juda et par David. C'est celui dont le règne doit durer éternellement. Beth-

léem doit être le lieu de sa naissance ; car il est écrit dans le prophète Michée : Et toi Bethléem appelée Ephraïm , tu es petite entre les- villes de Juda ; mais c'est pourtant de toi que doit sortir celui qui doit régner dans Israël , dont la génération est dans le commen* cernent , dans l'éternité.

Madem. BONNE.

Cette prophétie a été exactement remplie a la naissance de Jésus. Il étoit du sang de David : la circonstance de sa naissance à Bethléem n'étoit point un coup prémédité par ses parena , comme on pourrait le supposer en d'habiles fourbes , qui eussent préparé de loin la scène qu'ils vouloient faire jouer un jour à leur* fils : tous savez que ce fut l*édit pour le dénombrement qui y donna lieu. •

Le RABBIN.

J'en coflviens avec vous, Mademoiselle ; mais comment concilier cette gloire et cette majesté dans laquelle le Messie devoit paroître , avec cette pauvreté, cette étable ? Vous me citez trois ou quatre prophéties qui peuvent s'ap*

pliquer à Jésus,; et je vous en citerai xiiilîe , où il est représenté .comme un roi puissant, comme un conquérant qui viendra soumettre l'univers et nous retirer de l'humiliation dans laquelle nous somme* tombés. Rien de tout cela ne peut s'appliquer a votre Jésus, qui loin d'être en état de nous rendre notre première gloire , a vécu pauvre, ignoré jusqu'à trente ans , et qui n'ayant passé que trois années avec une sorte de célébrité , a fini sa vie par une mort infâme. Je dis avec une sorte de célébrité , car il rampa toujours avec la plus vile canaille : ce fut parmi le bas peuple qu'il eut des admirateurs ; pas un homme de nom qu'on puisse compter parmi ses disciples. Tout cela étoitil digne de Dieu,, de sa majesté, de sa puissance, de sa sagesse, et même de ce q[u'il nous avoit promis ?

Madin. BONNE. ,

Oui t Monsieur. Je reconnois comme voms les prophéties qui annoncent la gloire et le triomphe du désiré des nations , et je m'offre a vous prouver Celles ont su leur accomplissements

Ï,ES AMERtCÀINÏS; 10£

Quittez vos préjugés et faites-moi .la, grâce de répondre à une question que je vais vous faire ; mais je vous prie de ne consulter que votre bon sens* Lequel trouvez-vous le plus grand prince, d'Alexandre qui a soumis l'Asie, ou de Pierre - le - Grand à qui la grande Moscovie doit Padoucissement de ses mœurs ?

Lb rabbin.

Assurément je pense qu'il n'y a point de comparaison. Je trouve qu'il a fallu réunir Je courage le plus ferme, les lumières les plus étendues et la prudence la plus consommée à Pierre , je ne dis pas pour faire ce qu'il a fait > mais même pour le tenter.

Mâdem. bonne.

Je ne vous demande pas , Monsieur r quelles qualités il a fallu à Pierre pour entreprendre de policer son vaste empire , mais laquelle de ces deux entreprises, celle d'Alexandre et celle de Pierre, étoit la plus grande, la plus noble , la plus utile a l'humanité.

Lt RABBIN.

C'était sans doute l'entreprise de

Pierre. Alexandre étoit le fléau de l'humanité. Pierre en devint le père , l'ami , le prolecteur , le restaurateur.

Mais je vous prie, dites-moi, Mademoiselle, à quoi tout ce discours tend-il?

Màdem. bonne.

Un moment , s'il vous plaît, Monsieur} souffrez encore quelques-unes de mes questions. Pierre a-t-il rempli la glorieuse carrière qui lui étoit ouverte? A-t-il fait tout le bien qu'il pouvoit et devoit faire? N'y avoit-il point un au-delà où il n'est point allé? c'est-à-dire, n'y avoil-il pas des moyens infaillibles de pousser son projet plus loin qu'il ne l'a été ?

Le RABBIN.

Je crois que Pierre a conçu un dessein plus vaste que celui qy'il a exécuté. Cependant j'ai peine à l'accuser du défaut de perfection qu'on aperçoit dans son ouvrage. 11 manquent d'éducation , il avoil des babitudes et des préjugés très- enracinés à détruire chez ses sujets : leur ignorance, leur stupidité, leur obstination , le peu de secours qu'il trouva dans ceux qui au-

roient dû concourir avec lui a ce grand ouvrage, ne lui Qnt pas permis de* faire tout ce qu'il auroit souhaité»

Ladt VIOLENTE.

Je ne suis pas si indulgente a l'égard de Pierre. Il avoit , selon moi , un moyen infaillible de donner plus de perfection à son ouvrage. S'il eût pu se déterminer^ à faire la guerre à ses propres défauts , il est à présumer qu'il auroit eu meilleur marché de ceux de ses sujets. Il n'est point de sermon plus efficace que celui de l'exemple; je crois même qu'il est le seul efficace, et que tout lui cède à la longue : le triomphe sur lui - même manque à la gloire de Pierre-le-Grand.

Le rabbin,

Je ne puis en. disconvenir. Pierre ne dépouilla jamais une certaine férocité qu'il tenoit de l'éducation ; j'avouerai même encore que leaeffetsen devinrent encore plus fâcheux par l'excès qu'il fit des boissons violentes. C'est que Pierre étoit homme , et que l'humanité ne comporte point nue perfection telle qu'il l'auroit fallu pour faire

iïH LfcS AMERICAINES

réussir parfaitement l'ouvrage qu'il a voit entrepris. Si l'empereur des Moscovites avok su se vaincre, je le mettrois au* dessus de tous les hommes qui ont existé jusqu'à présent.

Màdem. bonne.

Comment ! au-dessus des César , des Gustave , et de tant d'autres ?

Le rabbin:

Sans contredit > Mademoiselle. Je suis un peu philosophe , et Je connois la valeur intrinsèque de ce qu'on appelle biens , autorité , gloire , bonheur et plaisir. Je crois qu'on est riche, quand on sait modérer ses désirs , qu'on acquiert de la gloire ep faisant des actions utiles à l'humanité. Adoucir Ietf mœurs d'un peuple , le rendre susceptible des douceurs de la société, arracher les vices , faire fleurir les vertus ,• chasser l'ignorance , voilà ce qu'il y a de plus avantageux pour les hommes, voilà par conséquent ce qu'il y a de plus glorieux, et cela est infiniment au-dessus des conquêtes. Gustave délivra son pays de la tyrannie des Danois*; Pierre délivra ses sujets de la tyrannie des^ vices le& pi-us

XES AMERICAINES. flj

contraires à l'humanité ; lequel rendit nn pins grand service à la nature ?

Madzi. BONNE.

Assurément ce fut Pierre , je suïs de yofre sentiment. Faire du bien aux tommes , leur procurer les plus excelïens biens, tels que ceux qui accompagnent l'exercice des vertus , c'est en quoi consiste la vraie gloire. La gloire d'un législateur, d'un restaurateur des mœurs, est infiniment plus grande que celle des rois, des conquérons. Si Jésus s'est acquis cette sorte de gloire, son empire est donc plus glorieux que celui des Alexandre, des César, des Gustave, et même de l'empereur des Moscovites, votre héros, et vous n'aurez plus de peine à vérifier en lui toutes les prophéties.

Ladt LOUISE.

Je conçois que tout ce que nous ap* pelons gloire , honneur , empire, domination , victoire /est comme de la boue devant Dieu j auroit-il envoyé son Messie sur la terre, ou, pour me prêter à la façon de penser de Monsieur , voudroït-il envoyer son Fils sur la terre pçmr pro-

Îl4 LES AMERICAINES.

curer aux hommes ces avantages futiles qu'il méprise, et qui sont même audessous des vœux d'un philosophe? Cela répugneroit à sa sagesse ., puisque cela répugne à ce petit rayon de lumière qu'il m'a donné : il falloit de plus grands desseins à un Dieu pour une œuvre aussi extraordinaire que l'Incarnation.

Madem- BONNE.

Et il les a eus en effet , ma chère ; mais je vous prie de faire une remarque, c'est, que Dieu proportionne toujours les moyens à la fin qu'il se propose. Un Messie tel que vous vous le figurez, M. le Rabbin , seroit un moyen insuffisant pour rempliriez fins de Dieu dans l'Incarnation i pour vous en convaincre , faites attention , je vous prie, à ce qui suit.

L'homme créé libre pour pratiquer le bien, et par-là mériter la gloire, avoit fait le plus mauvais usage de sa liberté. Le choix qu'il avoit fait du mal avoit dépravé sa volonté, obscurci ses lumières, dépravé son cœur. Il soupiroit après les biens créés, dans lesquels il élablissoit sa dernière fin, il oublioit son Créateur pour se rendre esclave des vices que le dérèglement de ses passions

avbit produits. La face de la terre étoit souillée des iniquités qu'enfante le désir d'avoir, la passion d'itre konoré, l'amour du plaisir j ces passions étaient déifiées , et les aveugles mortels offraient à ces dieux , ouvrages de leur corruption autant que de leurs mains, ils leur offroient , dis- je , un encens sacrilège : les forces naturelles de l'homme étoient tellement diminuées , qu'il lui étoit absolument impossible de se tirer de cet état misérable , et de se guérir de sa foiblesse.

BEL ESPRIT

Je ne puis m'empêcher de vous interrompre , Mademoiselle : est-ce que cette corruption générale n'avpit pas ses exceptions ? Les Lycurgue > les Solon , les Aristide , les Socrate , et tant d'autres, ne s'éloient-ils pas élevés à la pratique des plus sublimes vertus par les seules lumières et les forces naturelles ?

Madem. bonne.

Non , Monsieur , je suis bien éloignée de penser que les actions vertueuses des païens étoient des vices ; mais je ne puis non plus les regarder comme ayant été

ïlÔ hZS AMÉRICAINES;

véritablement vertueux. Chez le plus grand nombre même le motif gâloit l'action* L'orgueil chez les philosophes subjuguoit certaines passions qui pou* voient leur attirer le mépris des hommes; ils vouloient se distinguer, se faire un »ôm. Plusieurs d$ cefcitf que yous m'avez ZLomymés , ont commis des. actes trèscontraires aux lumières naturelles; on les accuse même avec quelque fondement , de s'être dédommagés en secret de la contrainte qu'ils s'imposoient en public. Mais supposons que, dans cha* que siècle, et chez quelques peuples, une douzaine d'hommes ayent échappé à la corruption générale , quel fruit Punivers tira-t-il de leur vertu ? Ces soidisant sages avoient des disciples ; outils changé la face de la terre ? Non , ce triomphe n'étoit réservé qu'à Jésus- Christ. Il est ce roi vainqueur, ce conquérant annoncé dans des termes si magnifiques , qui devoit subjuguer le monde , triompher des vices , procurer au monde les seuls biens estimables, les affranchir dé la tyrannie de leurs passions. Combien ce dessein étoit-il audessus de celui de Pierre - le - Grand î

LES A.MSRICÀINE8; HJ

Combien la gloire de celai qui l'a exécuté surpasse-toile la sienne ?

Le rabbin.

Ne pouvoit-il pas changer la face de l'univers en naissant , vivant et mourant d'une manière plus convenable à la majesté de son être ? Tous les hommes se fussent soumis à ses* lois s'il eût para comme un roi redoutable.

Mjldbii. BONNE.

Je vous assure , Monsieur , qu'à enr juger selon mes lumières ,Nles moyens qu'il a choisis pour triompher du vice, étaient les seuls qui pouvoient lui faire remporter cette grande victoire. Les contraires se détruisent mutuellement.

C'est par l'humilité qu'il faut terrasser l'orgueil. On ne parvient à éteindre la concupiscence que par la mortification' du corps. Pour faire comprendre aux' hommes le danger des richesses , leur futilité , il falloit leur riiontrér le maître dé toutes les richesses se faisant volontairement pauvre. Pour leur apprendre :

a^e priver des plaisirs criminels , il falloit qu'un Dieu , devenu honyne ?î se déyouât aux souffrances, Plus le§

<tt$ LES AMERICAINES.

moyens que Jésus emploie pour faire sa conquête , paroïssent petits et foi blés , plus les obstacles qu'il rencontre dans l'accomplissement de ce beau dessein paroissent insurmontables , plus les avantages qu'il procure aux hommes sont grands et inestimables , plus sa gloire. est parfaite. Avouez, Monsieur,, quelle est au-dessus de Texpressîon , et qu'aux yeux d'un philosophe tel que vous vous êteè annoncé , Jésus remplit parfaitement les grands tkres sous lesquels les prophètes Pavoient annoncé.

Le RABBIN.

J'avoue^ Mademoiselle , que les biens que procure la vertu sont inestimables ; mais les a-t-il réellement procurés aux hommes? Jetez les yeux sur. toute la terre j y voyez-vous les vestiges de cette victoire de Jésus dont vou$r faites tant de bruit? - V

Madsv. BONNE.

Je pôurrois vous répondre qu'il suffiroît que la doctrine de Jésus procurât infailliblement ces avantages à tous ceux qui voudraient s?assujettir a vivre comme elle l'exige} mais celte réponsq

LES AMERICAINES. rig

qui suffirait pour faire 1 éloge du plus parfait législateur , celle réponse , dig-je, ne suffirait pas pour remplir mes idéear par rapport à Jésus. Jetez les yeux encore une fois sur l'état déplorable où les hommes étoient réduill au temps de la naissance de Jésus.L'idolâtrie et les vices qu'elle traîne à sa suite avoîent étendu leur règne par toute la terre; Dieun'é* toit connu que dans la Judée , qui, comparée au reste du monde , n'est qu'un point. Comment y étoil-il servi ? L'ambition , l'orgueil, l'hypocrisie , Fimpiété , infectoient la Judée comme lei autres pays; Au tempe de sa naissance $ les Sadducéens , vrais matérialistes , inoient la résurrection. Les Pharisiens, sous prétexte de • leurs longues prières i dévoraient la substance de la veuve et de l'orphelin. Consultes vos historiens * Monsieur , et épafguez^moi le détail des iniquités dont Jérusalem et toute là Judée étoient le théâtre. ;

Considérez ensuite cet univers quelques années après la mort du Gbtitfj vous y verrez , comme au temp$ des Machabées , des en fans, des filles te$dpes et délicates braver la- mort et les tour;

mens les plus Cruels , pour conserver la fidélité qu'ils dévoient à Dieu. Vous y. Terrez des avares , devenus saintement prodigues , se dévouer à la pratique des. conseils évangéliques, et vendre courageusement leurs biens , pour en distribuer le prix aux pauvres. Vous y verre» des voluptueux devenir chastes., el pou* me servir des expressions des prophètes^ le lion et l'aspic dépouillés de leur iër rocité et de leur venin , paître sous la même houlette avec l'innocente brebis et le tendre agneau. Quel triomphe pour Jésus ! quelle victoire ! quelle gloire ï Ce que les grands , les puissans , les mo* parques eussent vainement tenté à la tête des armées , Jésus l'exécute seul , sans puissance extérieure , par la seule force de sa grâce et de ses préceptes soutenus de sou exemple. Je ne puis assez le répéter , .Monsieur. , quel triomphe ! :. :

BELESPRIT. r

Toute l'ignominie j toute la bassesse de la vie et de la mort de Jésus ; disparaissent a mes yeux a ce récit : je n'y vois plus queisagsessé , grandeur 9 puissance, Est- il * possible que : faie

«onservé si long-temps le voile funeste qui me dérohoït la connoissance de ces magnifiques vérités?

L* RABBIN

. Mademoiselle , joignez ce triomphe «e votre Messie à celui qu'il a remporté sur le monde: si vous connoissiea Monsieur comme moi , vous conviendriez qu'il n'étoit pas un des plus faciles, je vous en donne nia parole.

MiotK, BONNE:

J'espère bientôt y en joindre un auire. Je vous crois honnête homme Monsieur, et je' n'attribue qu'au malheur de votre naissance l'erreur dans laquelle vous avez vécu jusqu'à présent. Un homme d'honneur né rougit pas d'avouer une erreur reconnue ; un homme de bon sens ne peut résister à la vérité démontrée. Tire» de cela ta conclusion , Monsieur.

Le RABBIN.

Vous me faites trop d'honneur , Madejnoiselle , et peut-être plus que je ne mérite. Je me pique d'être tout ce que vous supposez du côté de la probitc ;

pour ce qui est du bon sens, on m'a flalté jusqu'à ce jour de l'avoir 'pris pour -règle de ma conduite , et il est certain que je ne voudrois pas commencer dans celte occasion à résister à la vérité si.... Restons-en là, s'il vous plaît, et continuez à nous exposer Vos preuves.

Madem. BONNE.

Il faut "pour cela, Monsieur, vous * faire voir en Jésus l'accomplissement de toutes les prophéties. Comme il étoit de la dernière conséquence que les hommes ne pussent se méprendre sur un fait si important, Dieu, ainsi que nous l'avons dit, avoit fixé le temps de la venue du Messie. Mais miss Dorothée a omis le commencement de la prophétie de Daniel, et je vais vous le rappeler. Dieu 'a abrégé et fixé le temps à soixante et dix semaines , en faveur de votre peuple et de votre ville sainte , afin que ces prévarications soient abolies , que le péché trouve sa fin , que V iniquité soit ejfacée , que la justice éternelle vienne sur la terre* que les visions et les prophéties soient accomplies , et qup

le Saint des Saints soit oint de l'huile sacrée.

Mis» SOPHIE.

Est-ce que le Messie est venu au monde après soixante et dix semaines du temps ou Ton a rebâti le temple?

Ma DEM. BOIS NE.

Le mot de semaine a deux significations dans l'Ecriture: c'est quelquefois une semaine composée de sept jours, et d'autres fois une semaine de sept années, et celte manière de compter étoit connue chez les Juifs; or, Jésus est né précisément après soixante et dix semaines d'années. Remarquez , s'il vous plaît, toutes les paroles de cette prophétie. Le Christ, l'envoyé de-Dieu, vient abolir les prévarications, mettre fin au péché, effacer l'iniquité: il vient accomplir les visions et les prophéties. Quelle est celui qui doit accomplir toutes ces choses ? C'est la justice éternelle , le Saint des; Saints. Vous avez vu que c'est Jésus qui a changé la face de la terre , que lui seul a triomphé de TidoljUrie, qu'il a enseigné aux hommes à pratiquer les vertus les plus

i:>4 LES AMÉRICAINES;

héroïques par son exemple et par ses discours ; qu'il leur avoit promis la force nécessaire pùtot pratiquer ce qu'il leur avoit enseigné; -qu'ils l'ont eue, puisqu'ils ont vécu dans l'observation de ses préceptes, et qu'un grand nombre sont morts plutôt que de les violer. Cette prophétie sert donc à nous faire çonnoître non-seulement le temps de la naissance du Messie, mais encore ce que sera te Messie. S'il est la sagesse éternelle et le Saint des Saints , il est Dieu en dépit des Ariens et des Juifs , car ces dénominations n'appartiennent qu'à Dieu. Cette sagesse éternelle doit mourir; elle a donc pris une nature mortelle : voilà le mjs^ère de l'Incarnation , annoncé d'une manière si claire , qu'il faut fermer volon* tairement les yeux pour lie pas voir les deux natures réunies en Jésus,

L*ftAEBIN.

Dites , s'il vous plaît , le Messie et non pas Jésus : ce passage ne m'ap* prend point du tout que Jésus soit ce Messie promis.

Ma de m. BONNE.

Jl nous apprend , Bfonsieur , que ce

sera après la mort de ce Messie , Die a et homme tout ensemble , que les hosties et les sacrifices seront abolis j que le peuple qui l'aura rejeté ne sera plus son peuple ; qu'un peuple étranger viendra détruire le temple et la ville de Jérusalem; que l'abomination déjà désolation sera dans ce lieu saint. Remarqua? la date de cet événement : la mort du Christ est le premier 9 les autres en sont la suite* Ces aptres ont ep leur accomplissement ; donc h fait qui les devoit précéder est passé. -

Un prophète ou un homme , qui se donne pour tel , vient nous annoncer que l'Angleterre doit posséder la. monarchie universelle après être devenue république. Si les Anglais devenoient monarques de l'univers, ce ne pourroit être en conséquence de la prophétie 9 qu'autant qu'ils auroient commencé à être républicains.. Si la première de ces deux choses avoient manqué, on auroit droit de dire que le prophète étoit un imposteur: ces deux événeoiens sont liés par la prédiction ; le second ne doit s'accomplir qu'après le premier.

Choisissez donc , Monsieur , ou de mettre Daniel au rang des imposteurs, ou d'avouer que le Christ est venu.

Le RABBIN.

Je me rappelle le passage allégué} il n'est pas actuellement dans nos livres tel que vous l'avez répété.

M a de m. BONNE.

Vous êtes un vrai Israélite, Monsieur, le mensongef ne peut sortir de votre bouche. Le mot actuellement met la vérité a couvert. Je conviens que la prophétie de Daniel et plusieurs autres 60nt ou effacées ou falsifiées dans les livres que vous avez à présent^ mais ils y ont subsisté long-temps. C'est sur l'Écriture telle qu'elle est entre vos mains que nos livres ont été copiés j ces livres ont toujours été publics* et pendant une longue suite de siècles vos docteurs ne nous ont jamais accusés de les avoir falsifiés.

Le RABBIN.

Je n'içsiste pas sur cet article, Mademoiselle , je n'ai jamais approfondi celte matière pour en parler en critique

judicieux, et je ne veux pas abuser de l'ignorance où vous êtes des langues mortes dans lesquelles ces ouvrages sont écrits.

La** LOUISE»

Comment , Monsieur, vous êtes maître en Israël , et vous ignorez ces choses !

Le RABBIN

Soyez généreuse, Madame, et n'abusez pas de mon aveu. On seroit sans doute fort heureux si on n'a voit d'autre occupation que celle de mé^.

diter la loi du Seigneur: l'oppression dans laquelle nous vivons parmi les nations, nous met dans la triste nécessité de partager notre temps entre le ciel et la terre. Forcés de nous faire un état par notre industrie , il nous reste bien peu de temps pour une étude sérieuse.

Lad* LOUISE.

A Dieu ne plaise que je cherche a abuser de Paveu , ou plutôt des: aveux que vous avez faits , sans compter ceux que j'espère que vous ferez encore ! J'ai de l'humanité , et toutes les créatures me

Ï2& tfiS AMERICAINES»

sont chères : je vous dirai même arec franchise que j'ai trouvé parmi vou* plusieurs personnes digues d^e mon estime j niais en même temps , soit dit sans vous offenser , le nombre en est petit, et la multitude semble prendre à tâche de mériter la haine générale qu'on leur porte : je crois que vous en conviendrez avec moi.

Le. RABBIN.

Je «'entreprendrai point , Madame % de justifier la conduite de plusieurs* d'entre nous>$ cependant je puis vous assurer à bien îles égards que nos die feu l s ne méritent pas la haine qu'on leur porte : on Je^voii a travers le mierGxscope de la haine et de Ja . prévention ; cela grossit furieusement les objets, .

. Miss *>OM>'T!IÉ"ê.

Vous me faites faire une réflexion r Monsieur. Depuis quatre années je travaille sans relâche a détruire en moi les préjugés., c'est*à-dir.e a ne conserver aucune opknoû , à «noms qu'elle n'ait un fondejftenA raisonnable : il en est un qui m'est échappé. C/eftt la hafrie, ou

plutôt le dégoût que je me sens pour

LES AMERICAINES. 12g

votre nation , dégoût que je partage avec le public ; il n'est point motivé , donc il n'est point raisonnable.

Madev. BONNE.

Permettez-moi de voqale dire , Monsieur; cette haine générale et qui n'a point de motif, est une suite dès menaces de Dieu à l'égard de votre peuple. Dispersés par toute la Jerre , persécutés , bais 9 méprisés, accablés d'impôts, sans ville., sans tempje , sans magistrat , sans souverain, vous éprouvez cette malédiction prédite par le prophète Daniel , et les menaces de Moïse mourant , ou du moins prenant congé des Israélites. L'esprit le moins sujet aux préjugés est entraîné p$r \sl haine publique ; c'est un torrent auquel on ne peut résister : il faut réfléchir pour distinguer un certain nombre d'honnêtes gens qui sont parmi vous. Ce sentiment n'est, pas naturel.

Cherchez-en l'origine dans une dispositionparticulière de la Providence, qui veut encore, après tant de siècles, punir le crime de vos pères.

Miss DOROTHÉE.

J'ai relu depuis -huit jours la sainte

l30 .LES AMERICAINES»

Bible , et j'ai été frappée d'une chose, c'est du soin que Dieu prend, pour ainsi dire, de rassurer vos pères contre le désespoir, par la promesse d'un pardon qui ne leur sera jamais refusé sitôt qu'ils retourneront a lui de tout leur cœjur ;ces promesses sont répétées non - seulement a chaque page, mais plusieurs fois dans une même page. Ce que Dieu leur promit il le leur a tenu. On ne peut rien ajouter aux crimes dont ils se rendirent coupables avant leur transmigration à Babylone. Les prophètes en font une peinture qui effraye. Ils adoroient les idoles et sacrifioîent leurs enfans aux dieux de leurs voisins. Cependant ces crimes énormes ne purent leur fermer l'accès au trône de la miséricorde de Dieu : ils crient à peine vers Lui , qu'ils sont exaucés. D'où vient Dieu a-t-il changé de conduite à leur égard ? Depuis près de dix-huit siècles ils gémissent sous l'oppression la plus dure, et celte oppression n'a point été précédée par l'idolâtrie : on avoit- détruit les idoles et les lieux hauts dans toute la Judée ; le temple du Seigneur étoit fréquenté , ses autels fumoient de l'encens qu'on y brûloit&ns

LES AMÉRICAINES. l5l

cesse. Cependant Dieu paroît sourd aux cris de ceux auxquels il avoit promis sa miséricorde , qu'il avoit choisis pour son peuple , jusqu'au moment prédit où un autre peuple remplacerait les Juifs* Quelle est l'époque de cet abandon ? Le temps de la mort de Jésus. Ce fut un peu de temps après, que l'abomination fut mise dans le temple, et cette désolation n'a point fini depuis un si grand nombre d'années. Encore une fois , quel .crime les Juifs ont-ils commis pour me- * riter un châtiment si terrible, et qui dure depuis tant de siècles? Si Jésus n'éloit* pas le Messie, il étoit un imposteur: ils ont obéi au Seigneur en s'efforçant d'effacer son nom de dessus, la terre. Ah ! n'en doutons point, il étoit le désiré des nations. La conduite de Dieu se dévoile, les oracles sacrés sont justifiés , leur déicide mérite qu'ils aient été rejetés sans

retour. ,

Le rabbin.

En supposant que Jésus fût réellement le Messie , ce n'est pas en cette qualité que nos pères l'ont crucifié ; ils le croyoient un imposteur , cela les justifie j si j'en croyois les Evaugélistes *

\Zl LES AMERICAINES.

Jéeus même reconnut celte vérité sur la crois j en priant poiar «eux il dit: mon père , pardonnez-leur , car ils ne savent ce qu'ils font» Lm péché d'ignorance ne pourvoit être puni si rigoureuôement.

Ma. de m. BONNE.

Assurément ils ne savoient pas que Jésus éloit le Messie , et pourtant n'en étoient pas moins coupables, parce qu'ils àvoient volontairement fermé les yeux ara témoignage que les Ecritures luî rendoîent» Toute la nation, plongée dansllndiffé^ rence des choses de Dieu , ne 'fait pas la xnoindre démarche pour vérifier la naissance du roi qui leur étoh promis , et que les mages venoient leur annoncer de st loin . Le saint vieillard Siméon parle publiquement de sa venue aussi bien que la prophétesse Anne; tous les deux sont écoutés d'un grand nombre de personnes* îl n'y en a que quelques-uns qui ajoutent foi à leur ^parole, et- ce sont ceux qui atiendoient la rédemption d'Israël : les autres ferment les oreilles à ce témoignage. Le précurseur Saint-Jean attire au Lord du Jourdain une multitude de toute espèce; on éloit si persuadé à Jérusalem que le temps de la venue du

LES AMERICAINES. l35

Messie étoit arriva, qu'on députa yetp lui pour &VMT «s'il éteit Je OhrisL: il rendit lémpigi*8§e à Ja vérité *tft»e fol cru que de peb de personnes.

uit jlouis'e.

Voilà un de nies étonne mens 5 ma Bonne. On pourrait croire que ce furent les savans., les docteurs de la loi qui crurent an témoignage de Saint - Jean ; ils avoient la clef de la science et pouvoient plps aisément, que Jes,axUres confronter Jes évênej&eQis présens avec ce qui itoit prédit. Jl n'y eut pas un seul de ceux-là. Quelques hommes simples et jgnprans „ imais idont Jes xoews . Ploient droits .et les mœurs pures , reçoivent le témoignage de Jean, que les savatis rejettent.

C'est un grand encouragement pour nous autres simples femmes. Les grands et les lettrés du peuple Juif ne se montreront pas plus dociles à la vue des -miracles de Jésus : l'envie, la jalousie, l'hypocrite «ont ttiis -sur leuTS yeux un voile d'airaiu que rien ne peut briser. Remarque* quils ne mettent point en

t$4 LE^ AMERICAINES.

doute la vérité des miracles opérés par Jésus : ils sont réels selon eux , mais il les opère par la puissance de Beelsébut. Jésus leur rappelle leurs prophéties, leur fait yoir qu'ils les accomplissent en sa personne: ils ne veulent rien écouter, et par leur malice obstinée ils s'acheminèrent au déicide ; non qu'ils crussent condamner le Christ , mais au moins ils connoissoient très - distinctement qu'ils faisoient périr un innocent. Enfin samort eût dû leur ouvrir les yeux. Les bourreaux , témoins dés prodiges dont elle avoitélé accompagnée, s'en retournèrent en frappant leur poitrine , et les Scribes et les Pharisiens qui a voient poussé là barbarie jusqu'à insulter à leur ennemi mourant, ne descendent du Calvaire que pour consommer leur malice , en de-* mandant qu'on mît des gardes à son tombeau.

Le RABBIN. ,

. Celle démarche les justifies ils le croyoient un imposteur et n'avoient garde de penser qu'il dût ressusciter ; sans quoi la précaution qu'ils prirent «toit inutile et même ridicule.

LES AMERICAINES. l35

Midim. BONNE.

Je vous le répète , Monsieur , l'ignorance volontaire ne raut justifier : U leur I'éloit assurément. Toutes les circonstances de la mort du Messie avoient été prédites : ils n'avoient qu'à se les rappeler ou se donner la peine de les lire.

Miss BELOTTE,

Voulez-vous bien , ma Bonne , nous faire part de ces prophéties ? Je les ignore absolument.

Madim. BONNE.

C'est que vous n'avez jamais lu avec attention la passion de Jésus. Miss Dorothée , rappelez-nous ces prophéties*

Miss DOROTHÉE.

La trahison de Judas étoit ainsi prédite: Celui qui mange avec moi lèvera le pied contre moi. Voici ce qui avoit été dît par rapport à l'entrée triomphante de Jésus dans Jérusalem quelques jours avant sa mort:

Ne craignez point * filles de Sion J voici votre roi qui vient à vous , monté

l56 LES AMERICAINES.

sur une ânesse , et sur Ydnon de celte qui est sous le joug.

Le prophète Jérémie avoit déclaré le prix qu'on doaneroit à Judas pour sa trahison, et l'emploi qu'on feroil de cet argent. Ecoutez le :

Ils ont reçu les trente pièces d'or* gent qui étoiênt le prix de celui qui a été mis à prix, et dont ils avoientfàit , le marché avec les enfans d'Israël; et ils les ont données pour en acheter le champ <ïun potier, comme leSeigneur me Va commandé.

11 n'y a pas Jusqu'à la jçpanière dont les vêlemens du Sauveur dévoient être partagés, qui n'ait été prédite. Ils ont partagé mes vétemens et ils ont jeté ma robe au sont. Outre les prophéties , le Saint-Esprit avoit aussi prédit par des figures plusieurs des circonstances de la mort de Jésus: Vous nehriserez aucun des os de V Agneau pascal. Les soldats, qui selon' l'usage cassèrent les jambes aux deux voleu-rs qui avoient été crucifias avçc Jésus , accomplirent celte prophétie sans le savoir \ car, voyant qu'il -.étoU mort , ils ne touchèrent point à ses ^jambes , et 6e contontèReht de lui percer

Z.ES AMÉRICAINES. iSj

h cô(e avec une lance , pour vérifier ces paroles : Ils verront celui qu'Us» ont percé*

J'ai promis de suppléer à voire mé~ moire, ma chère , et, pour teftîfctoa pv rôle , je répéterai ce q«e dit Isaie #pr toute la vie de Jésus :

Une Vierge concevra, et elle -enfantera un Fils qui sera appelé' Emmanuel. Un petit enfant nous est né , u# fils nous a été donna. Il sortira un rejeton de la tige de Je$$é ^ et une jltur

sortira de sa racine > et... Ji viendra un roi dans ta maison de David ; son trfne s'établira dans la miséricorde > et sjr asseiera dans la vérité.

Le même prophète dit : J'ai abandonné mon corps à ceux .qui me frap* poient , et mes joues à ceux qui m'arra* choient le poil de la barbe : je nai point détourné mon visage de ceux qui me couvroient d'injures et de crachats.

Il dit encore : // -est sans beauté % sans éclat y nous Pavons vu.9 il rimoit rien qui attirât fœil9 & nous Savons méconnu i il nsus <a paru un objet de

138 LÈS ÀiMJSRÎCAINES.

mépris et le dernier des hommes; Wl homtne de douleurs , qui sait ce que c'est que de souffrir. Son visage étoit. comme cache , il paroissoit méprisable, et nous l'avons méconnu* Il a pris véritablement nos langueurs sur lui^ il s'est chargé lui-même de nos douleurs.

Nous lavons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié \ et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités. Il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui devoit nous procurer la paix, est tombé sur lui.

11 faudrait, Mesdames, copier tout Isaïe pour dire toutes les prophéties qui ont rapport * Jésus. Celles-ci doivent nous suffire.

Le rabbin.

Mais , Mademoiselle , vous parlez toujours d'une supposition, c'est que les prophètes avoient Jésus en vue , et c'est ce dont nous ne convenons pas.

Màdem. bonne.

Trouvez-moi un autre à qui toutes ces prophéties puissent être appliquées , Monsieur, et je me rendrai à votre sen-

LES AMERICAINES. ify

tinrent. Considérez quels sont les caractères sous lesquels le Messie nous est présenté, et vous comprendrez que ces plaies, ces douleurs et ces crachats sont incompatibles avec ce jroyaume et celte splendeur temporelle dans laquelle tous attendez le Messie. Il régnera; mais comment? Son royaume sera spirituel , toutes les nations lui seront données pour héritage. Pourquoi ? C'est qu'il a été livré à la mort. Ecoutez, pour finir ce qui regarde les prophéties , celle par laquelle Isaîe a terminé les siennes:

J'élèverai un étendard parmi eux , et j'enverrai ceux d'entreux qui auront été sauvés vers les nations ; dans les mers , dans l'Afrique , dans la Lydie , chez les peuples armés de flèches , dans l'Italie , dans la Grèce, dans les îles les plus reculées ,. vers ceux qui nont jamais entendu parler de Moïse, qui nont point vu ma gloire. Ils annonceront ma gloire aux gentils , et ils feront venir ; tous vos frères de toutes les nations comme un présent pour le Seigneur , sur des chevaux, sur des chars ; sur des litières , sur des mulets eu

l4p LES AMERICAINES.

sur des charriots, à ma sainte montagne de Jérusalem 9 dit le Seigneur , comme lorsque les en/ans d'Israël portent des présens au temple de Dieu dans un case pur; fen choisirai plusieurs d'entreux pour les faire prêtres et lévites , dit le Seigneur* car comme les cieuçc nouveaux et la terre nouvelle que je vais créer, subsisteront toujours >devant moi, dit le Seigneur , ain$i votre nom et votre race subsisteront éternellement; et les fêtes des premiers fours des mois se changeront, en d y autres fêtes, et les sabbats en d'autres sabbats -, et toute chair viendra se prosterner devant moi et m' adorer , dit le Sçigneur.

Miss BE LOTTE.

Il faut que je sois bien stupide , ma

Bonne j je ne comprends point du tout

cette prophétie , ni le rapport qu'elle a

à Jésus.

Màdem. bonne.

Cela w'étonne , ma chère. Ne voyezvous pas qu£ ]'?hrogatk*n de la loi ancienne et la publication de la loi nouvelle y sont si clairement énoncées ,

qu'il n'est pas possible de s'y méprendre. Qu'en pensefc-voos* lady Violente ?

Làdt VIOLENTE.*

J'y vois d'abord un apostolat prédit ; c'est-à-dire une mission vers tous les endroits de la terre. Je remarque que cet événement doit suivre la mort du Messie. Dieu élèvera l'étendard de la croix pouf être porté , à qui ? aux Juifs ? Non : vers ceux , dit Dieu par lé prophète, qui ne se mettoient point en peine de me connoître : ils viendront vers moi. Ceux qui ne me cherchaient point m* ont trouvé. J'ai dit à une na« tion qui ne m'invoquoit point aupara* vant : Me voici , me voici.

Miss 9ÇLOTTE.

Assurément j'avois été distraite , il est clair comme le jou/'que c'est aux païens que ces nouveaux apôtres dévoient être envoyés : ils ont porté la connoissance de Dieu à ceux qui ne le cherchoient pas , cela est clair. Continuez , je vous prîte.

Lui VIP LENTE.

J'ai e'(end$i mes mains pendant tout

\fa LES AMERICAINES.

le jour vers un peuple incrédule qui marche dans une voie qui n'est pas bonne à suivre , en suivant leurs pensées ; %rs un peuple qui fait sans cesse devant mes jeux ce qui n'est propre qu'à m' irriter , qui immole des hosties dans les jardins , et qui sacrifie sur des autels de brique.

Certainement ces paroles ne peuvent s'appliquer qu'aux païens , vers qui les apôtres ont été envoyés par celui qui , sur la croix, a étendu les mains vers ces peuples qui font des autels de brique , ce qui étoit défendu aux Juifs.

Madem. BONNE.

Et Vous, miss Dorothée , que remarquez-vous dans les paroles d'Isaïe ?

Miss DOROTHÉE.

Des prêtres *et des lévites pris parmi les nations infidèles, de nouvelles fêtes , un nouveau sabbat à la place de celui que Dieu avoit établi lui-même.

Vous savez bien , Mesdames , qu'un des principaux points de la loi cérémoniale de Moïse étoit le choix des ministres des autels dans la famille de Lé vi : on ne pouvoit sans sacrilège , je ne dis

LES AMÉRICAINES. ifô

pas choisir des païens pour ce ministère ; mars même les Juifs (Tune autre tribu ne dévoient pas y être admis. On ne pouvoit pas non plus abattre les fêtes et les sabbats sans un ordre exprès du Dieu qui les avoit ordonnés *, et cet ordre , il l'annonce dans Isaïe. Cette loi nouvelle doit abroger l'ancienne , et ne Fui laisser aucune vigueur dans tout ce qui n'est point la loi naturelle, c'est-à-dire les dix préceptes du Décalogue. Or, nous voyons clairement l'accomplissement de cette prophétie. Le sacerdoce a été ouvert k toutes les nations , le sabbat changé au dimanche , et il n'est pas possible de donner une autre application à ce passage d* Isaïe.

JL.B RABBIN.4

Nous ne savons qhe trop que la loi de Dieu est abrogée par toute la terre ; excepté parmi nous ; mais comment nous prouvera-t-on que cela est agréable à Dieu et qu'il Ta voulu ? Ne pouvonsnous pas dire qu'il l'a permis, seulement comme il permet les autres crimes ?

Mapem. BONNÇ,

JLe prophète semble avoir prévu votre

l44 t36S AMERICAINES.

objection , Monsieur. Les nations dis* persée6 , réunies sous une loi nouvelle , ces nouveaux prêtres, ces fètes nouvelles «erorrt agréables aux yeux de Dieu, comme des présens portés au temple dans un vaseptur. Ce qsie nous venons de dire suffit*ii , Monsieur? Etesvous content? Avea-vôus trouvé dans îes application^ des prophéties a Jésus- Christ quelque chose qtfi vous répugne ? Vous reste-t-il encore des difficultés ?

Le RABBIN.

La chose est assez importante pour prendre du temps afin de l'examiner à fond : j'ai besoin de vérifier sur Fhébreu les prophéties énoncées]; si elles sont telles que vous les avez citées , j'avoue que cela fait un fort préjugé en. faveur de la religion chrétienne.

M a è e m. BONITE.

Et ce n'est efacore qu'une partie des preuves que j'ai à vous alléguer en fa* veur de la divine mission de Jésus. Nous allons examiner à présent les prédictions qu'il a faites lui-même , et ensuite nous examinerons ses miracles.

Miss SOPHIE.

Est-ce que Jésus a fait aussi des prophéties? Où les trouve-t-on , m» Bonne?

Je ne les ai jamais lues.

Madem. BONNE.

Eh ! mon Dieu, nia chérie , vous me faites rougir de honte pour vous avec votre question. Ne vous souvenez-voûs plus que les apôtres , admirant la: solide structure du temple de Jérusalem , Jésus leur prédit que de cet édifice superbe il ne resteroit pas pier,re sur pierre ?

Miss SOPHIE.

Hélas ! ma Bonne, j'ai vraiment appuis cela en petite fille , sans y réfléchir y,e& a te moment que j'y pense ,- cette ^pror phétie me paroît décisive,

Màdbm. BONNE.

Elle est d'une telle conséquence, qu# Julien l'Apostat se flattoit de parvenir à renverser le christianisme de fond eu comble , s'il pouvoit parvenir à y donner atteinte en rebâtissant ce temple.

Labt LOUISE. *

• i * J'ai beaucoup entendu parler de cq

Julien l'Apostat, et je ne le connoispas.

f46 LES AMÉRICAINES.

Voudriez-vous nous en faire l'histoire .

ma Bonne ?

Mjldem. BONNE,

J'aurai bien de la peine , ma chère ; je n'ai pas ici cette histoire ni les autres ouvrages de Julien l'Apostat , que j'ai lus il y a long-tems : ainsi je crains d'avoir oublié les noms , et de n'être pas fort exacte j je me la rappel* lerai du mieux que je pourrai.

^brégè de la Vie de Julien , surnommé

V Apostat.

Julien, autant que je me rappelle , étoit neveu de Constantin , premier empereur chrétien. Ce prince étant mort f un de ses frères monta sur le trône ; je crois , sans en être sûre , qu'il se nommoit Valens. Quoi qu'il en soit de son nom , il est sûr qu'il étoit arien , et nioit , comme ceux de celte secte , la divinité de Jésus-Christ. Il fit périr le père de Julien : il est vrai qu'il profita pour cela d'un temps de trouble, et affecta de pleurer son frère par la suite. Ce fut cette hypocrisie de Valens, qui sauva la vie à Julien et à un de ses frères , dans

LES AMERICAINES. l£f

un âge qui touchoit à la première enfance. Valens voulant diminuer aux yeux du peuple l'odieux que son fratricide a voit jeté sur lui, usa, contreson inclination , de clémence envers ses neveux.

Le zèle de quelques^ ecclésiastiques les avoit dérobés au péril en les cachant soigneusement pendant les troubles ; et lorsqu'on crut le danger passé , on les tira de leur asyle. Valens prit les plus grandes précautions pour empêcher que ces enfans ne pensassent un jour à venger la mort de leur père ; et une^ de celles qu'il crut la plus efficace , fut de les tenir dans l'obscurité. Leur éducation fut confiée à un évêque arien , qui eut ordre de les traiter durement ; ce qui augmenta l'horreur que Julien avoit conçue contre ce destructeur de sa famille, horreur qui rejaillit sur la religion qu'il professoit. D'ailleurs, uu arien n'étoit guères propre à lui donner une idée avantageuse de cette religion : Julien avoit trop d'esprit pour ne pas sentir les contradictions ou son maître tomboit nécessairement, €n voulant en même temps soutenir la véi'ilé de la religion chrétienne

l48 LES AMÉRICAINES.

et nier la divinité de Jésus-Christ. Dèslors il crut cette religion fausse, et •forma dans son cœur la résolution de retourner au paganisme , si jamais il se voyoit maître de ses actions. Il falloit cacher soigneusement cette disposition :

il y alloit de sa vie ; son oncle ne demandoit qu'un prétexte pour le faire périr , et eût saisi celui-là. Pour mieux déguiser le fond de son atne , Julien affecta beaucoup de piété; et son goût décidé pour l'étude fit" juger qu'il embrasseront Pélat ecclésiastique qui était., s'il m'en souvient bien , celui auquel son oncle le destinoit II faut vous faire, Mesdames , le portrait de Julien ; j'ai oublié ses traits, mais* je sais qu'il s'ha* billoit fort xnalj qu'à' la manière des philosophes , il avoit une longue barbe fort négligée t un manteau de fpédant, en un mot , rien dans s op extérieur ca* pable de soutenir la majesté de son rang, même quand il fût xlevenu em* pereur. Il avoit beaucoup d'esprit , mais c'étoit un esprit inquiet , turbulent , ce qui se décéloitpar ses mouvemens extérieurs. Il parloil haut, rioit inconsîdéj*émenl , tournoit indécemment la tête ,

remuoit sans cesse les bras elles jambes. Deux grands personnages (je crois que c'est saint Grégoire de NaZianze el saint Basile ) éludioient avec lui a Athènes , et décidèrent , par l'inspection altentive de son extérieur , que l'Eglise nourrissoit dans son sein, en la personne de cet écolier > un monstre qui la déchireroit un jour. Gomme il s'en falloit de beaucoup que le paganisme ne fût entièrement^ détruit, il y avoit encore un bon nombre de philosophes païens qui avoietrt uqè graride réputation : Julien eût bien souhaité pouvoir prendre de , leurs leçons : on s'y opposa trop ouvertement , et par là on parvint a augmenter dans cet esprit ardent la passion qu'il avoit de les contioître. Quelque contraint et obsédé qu'il fût, il réussit pourtant à les voir en secret ; et avec les dispositions qu'il avoit , il ne leur fut pas difficile de l'empoisonner de leurs opinions. Son frère ayant été choisi par l'empereur pour être son collègue à l'empire , Julien fut envoyé dans les Gaules avec une grande autorité en apparence , mais dans un esclavage réel , puisqu'il avoit des espions qui observoient toutes

l50 LBS AMERICAINES.

ses démarches , et qui en rendoîent compte à l'empereur. Au bout de quelques années ,' son frère mourut , et l'on attribua, je pense, sa mort au poison.

Ce qu'il avoit à craindre de son oncle le détermina sans doute à profiter de la bonne volonté des soldats qui le forcèrent de partager la souveraine puissance sans sortir de son département.

Devenu maître absolu de l'empire par Ja mort de son oncle , il leva le masque , et parut n'avoir rien tant à cœur que* d'anéantir lé nom de Jésus de dessus la #facé de la terre. Il commença par interdire aux Chrétiens le gouvernement des écoles et des chaires de philosophie, persuadé que le grand moyen d'établir une opinion est de s'emparer des premières années des enfans. Il essaya ensuite , par caresses , de détacher de la religion ceux qui approchoient de sa personne ; et voyant que ses artifices n'avoient pas tout l'effet qu'il s'en étoit promis, il chercha avec ardeur un moyen décisif de détruire le christianisme de manière qu'il ne pût se relever. Effectivement, il en trouva un qui auroit rempli ses vues , s'il eût .été au pouvoir de l'homme de l'exécuter.

LÉS AMÉRICAINES: l5l

Bien de plus clair , dans les saintes Ecritures , que les châtimens dont les Juifs étoient menacés pour le déicide . qu'ils comraettoient en la personne de Jésus. Ils devoieftt être dispersés , errans , haïs , persécutés , sans villes , sans temple , sans sacrifices ; et cette désolation de voit durer jusqu'à la fin. Jésus avoit confirmé ces effrayantes prophéties } et , s'il étoit Dieu , rien ne pouvoit arrêter l'effet de ses prédictions, Julien . entreprit de les anéantir en rendaftt aux Juifs leur ville, leur temple, et la terre dont Dieu avoit donné la possession à leurs aïeux. Il fit donc publier un édit par lequel il invitoit tous les Juifs à se rendre dans la Judée > offrant de faire rebâtir le temple de Jérusalem. Vous pensez bien qu'ils y coururent en foule, et Von jeta les fondemens du temple j mais à peine commençoient-ils a s'élever, que des feux sortis de ceà mêmes fondemens les détruisirent : ce prodige fut renouvelé plusieurs fois ; et après plusieurs autres tentatives aussi inutiles que la première, il fallut abandonner l'entreprise.

1$2 l,ES AMÉRICAINES.

Mus DOROTHÉE.

Mais comment est-ce que Julien ne se convertît pas en voyant un tel prodige? Il falloit qu'iliût bien obstiné !

Midem. BONNE.

, Les miracles convertissent bien peu de personnes , ma chère : on compte ceux qu'Us ont changés , et on ne peut nombrer la multitude de ceux qu'ils laissent insensibles. Julien résista à ce miracle* et mourut dans la guerre qu'il fît aux Perses* Ce prince a voit de bonnes mœurs et reprochoit souvent aux païens la licence de leur vie en leur citant l'exemple de la vie pure que menoient les ministres du saint Evangile. Il étoit persuadé que cette sainteté de mœurs contrrbuoït' beaucoup à la propagation de la religion chrétienne, et il eût bien voulu en donner .le goût aux païens.

Il échoua dans cette entreprise aussi impossible que la réédification du temple de Jérusalem. Tous ceux qui se disent chrétiens ne sont pas des saints, mais tous les saints ont été chrétiens , et il n'y a que cette religion qui puisse conduire à la sainteté.

Lfi'S AMERICAINES. . l55

Adieu , Mesdames. Nous parlerons la première fois de nouvelles preuves de la divinité de Jésus , tirées de sa vie, de sa mort, de sa résurrection, et de la publication de son Evangile.

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