‹ Les AméricainesChapitre 15 sur 42 · M188 DOROTHÉE · texte numérisé non relu

M188 DOROTHÉE

Je crois que oui , ma Bonne. Toutes les fois qu'il est question d'une opération d'uti Dieu reconnu souverainement parfait, l'injuste, l'inutile, l'imparfiiit sont ' absurdes ; conséquemm en lies contraires de ces choses qui sont fausses, sont *en Dieu : c'est-à-dire, que toutes ses opérations sont justes , utiles et parfaites. Nous ne l'apercevons pas , à la vérité ; mais nous apei*cevons que le contraire ne peut pas être, et par conséquent l'ab- Aurdité de ce contraire est un équivalent aux preuves qui nous manquent pour iromprendre cette justice^ cette sagesse et cette perfection que nous ne pouvons apercevoir. Je sens que cela est bien obscur; donnez-nous une comparaison, ma Bonne.

Madem. bonke.

Etes-vous bien convaincue , ma chëre^ que la vraie vertu peut rendre l'homme heureux ?

LES AMERICAIN SS. iSl

Mi5« DOROTHÉE.

Très-certainement , ma Bonne : Pexamen le plus strict m'a convaincue que la ( vraie vertu fait disparoitre tous les obstacles au bonheur , en réprimant le désordre des passions, et assurant la tranquillité et la paix dn cœur.

Maoïm. BOI^INE.

Si VOUS eussiez été présente à la mort du meurtrier de César, et que vous l'eussiez entendu blasphémer la vertu ^ qui , disoit-il , n'étoit qu'un vain nom , puisque lui , qui Vavoit toujours pratiquée , étoit misérable , auriez-vous cru que Brutusauroitét^ vraiment vertueux?-

Mifts DOROTHÉE.

Non, ma Bonne, on ne me persuadera jamais que la vertu puisse rendre un homme misérable ; cela est absurde.

MiDEM. BONNE.

Et quelle vérité seroit la suite de la persuasion où vous êtes, que la vertu ne peut rendre misérable ?

Mi 88 DOROTHÉE.

Que Brutus n'auroit point été vraiment vertueux» Car si la vertu ne peut

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rendre un homme misérable ^ si au contraire elle le rend infailliblement heureux , j'en aurois conclu que Brutus , qui se trouvoit assez malheureux pour s'ôter la vie, n'avoit jamais été vertueux. Cette affirmation , je Taurois faite , quand bieu même j'eusse ignoré toutes les actions de sa vie.

La»t LOUISE.

Que vous ayez conclu que Brutus »

meurtrier de César, n'avoit point été vertueux,à la bonne heure j mais quc,sans savoir aucune de ses actions , vous ayez porté cette conclusion , cela ûe me paroit pas raisonna^ble.

Miss DOUOTHÉ^.

Il est absurde de dire que la vertu rend misérable. Le contraire de cet absurde, de ce mensonge, si vous voulez, est une vérité. Donc là vertu rend heureux ; dono Brutus, qui s^disoit misérable par la vertu , n'avoit pas la vraie

vertu.

Mai>^em. bonne.

Cela me paroit clair, voici ce que nous en pouvons conclure, en répétant ce que miss Dorothée a déjà dit. Toutes les

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fois qu'en entendant parler de Dieu vous trouverez des choses que vous ne pouvez coniprendre , examinez si le contraire de ces choses seroilt absurde ^ indigne de ^ Dieu j et si vous Iç trouvez lel , croyez femement ces choses, quoique vous ne puissiez les comprendre : car il est aussi clair que un et un font deux ^ que tout ce qu'il y a de beau, de bon, de parfait, est dans l'être dont l'infinité de toutes les perfections fait l'essence.

Mi9s CHAMPÊTRE.

Voila une règle qui me paroît admî- .rable, et que j^aurois trouvée si j'avoisbien

ré^échi. Je demande une excuse à miss Dorothée d'avoir interrompu ses plaintes sur cette liberté qui la met de mauvaise humeur. J'en sens le poids tout comme elle : J'avoue pourtant que }'aurois de la répugnance à être débarrassée de ce fardeau j je répugne à être un automate.

Mi»« BELOTTE.

Est-ce que sans être un automate je ne pourrois pas avoir une volonté qui fût absolument fixée dans le bien ?

Urne vient une réflexion, Mesdames^

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dont je veux vous faire part avant de répondre à miss Belolte j cette réflexion, j'aurois dû.la faire plutôt. Nous traitons des matières infiniment relevées, et nous disons librement tout ce qui nous vient dans l'esprit , parce que nous supposons que nous ne sommes pas encore chrétiennes , et que nous n'avons point encore examiné la certitude de la révélalion. Aussitôt qu'elle sera prouvée, il faudra y soumettre nos lumières , nos foibles lueurs, pour parler plus juste. Si donc il nous échappoit des expressions trop hardies , des sentimens nouveaux , il faut d'avance les soumettre à cette révélation , supposé qu'elle soit prouvée divine, et cela est raisonnable. Que nous examinions ce que les hommes nous assurent, cela est prudent, parce qu'ils peuvent se tromper et nous tromper :

mais il seroit ridicule d'examiner ce que la vérité éternelle nous présente comme vrai : tout notre soin doit se border à nous assurer si elle a vraiment parlé. Après cet avertissement , il faut répondre à miss Belotte qui demande si sans être des automates nous ne pourrious pas avoir une volonté absolument

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fixée dans le bien. Qa'eo pensez-vous , miss Dorothée ?

Misft DOROTHÉE.

Je vais trancher la question tout d'un coup. Je ne ikis pas si cela est possible ; mais je suis sûre que dans ce monde ^ tel qu'il est, cela n'étoit pas convenable, parce que, s'il eut été mieux que notre volonté fût fixée dans le bien, le Tout-Puissant eût fait ce mieux qui lui étoit aussi aisé que le reste j car nous sommes convenues que la sagesse de Dieu lui fait toujours préférer ce qui est bien à ce qui est mal.

MioEM. BONNE.

Voilà décider à coup sûr et sans crainte d'appel ; cependant je veux quelque chose de plus. Oublions pour un mo* meut cette raison décisive, et tâchons de trouver, par la nature même des choses, pourquoi il étoiL couvenabla que l'homme pût choisir entre le bien et le mal. Commençons d'abord par nous bien assurer de la signification des mots dont nous nous servons. Que veulent dife ces mots^ le mal, -^ le bien?

l86 LES AMÉKICAINES.

Lâût violente.

Je crois qu'il faut distinguer le mal physique et le mal moral. Un homme est tué par la chûîe d'une tuile ou par celle d'un fardeau que je laisse tomber sur lui , parce qu'il m échappe. La mort de cet homme est un mal physique ; mais il n'y a pas de mal moral : je ne suis non plus coupable de sa mort, que la tuile qui l'auroit tué. Pour qu'il y eût un mal moral, il faudroit que j'eusse eu dessein de tuer cet homme , ou que f eusse volontaiiremeni négligé d'assurer mon fardeau. Pourquoi seroîs-]e innocente dans le premier cas, et coupable dans le second ? C'est que ma volonté n'auroit point eu de part a la mort de cet homme dans le premier , et que c'e^t elle qui l'a cau^é dans le second, La volonté est donc nécessaire pour qu'il y ail un mal moral ; et toutes les fois qu'elle ne donne point son consentement à une action, cette action peut être un mal physique, mais jamais un mal moral.

Qu'en concluez-vou$, miss Maly? Je crois voir , au mouvement de vos yeux, que vous avez quelque chose à dire.

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Miss MALY.

'Oui, Madame. Je pense ^qu'il faut appliquer au bien ce qui vient d'être dit du mal, et qu'il faut le distinguer en physique et en çnoral. Qu'un homme qui a gifdnd'faim , trouve le moyen d'acheter de quoi -manger, c'est un bien physique ; ce qui le lui procure , est une pièce d'or qui est sortie de ma poche en liraul mon n^ouchoir et qui est tombée dans le chemin; îl est sûr qu'il n'y a là aucun bien moral de ma part. Il y en auroîi un , si , pour l'amour de Dieu , j'avois donné volontairement cette piè(*e d'or à ce pauvre. D'un autre côté, un misérable me proteste qu'il meuirt de besoin, je lui donne de l'argent pour acheter du pain ; et , comme il m'a menti;i il emploie cet argent a s'enivrer. L'ivresse de cet homme est un mal moral pour lui ; par rapport à moi , elle a été un bien moral , et pourtant j'ai fait un mal physique , puisque l'argent que j'ai donné a produit ce mal, malgré Finten-. tion que j'avois de le nourrir , et non de l'enivrer.

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Ladt CHARLOTTE.

Cela est très-vrai : d'où je conclus qu'un homme créé sans liberté , et qui ne pourroit choisir entre le bien el le mal , seroit incapable d'être vicieux ou vertueux^ puisque le bien ou le mal moral dépend absolument de la volonté/et que c'est la volonté qui leur donne ce caracère. Un tel homme n'auroit pas été capable de répondre aux desseins de Dieu dans la création, puisqu'il auroit été incapable de devenir vertueux , et que Dieu ne peut être honoré que par la pratique du bien.

Madem. BOIMNE.

£ette raison est décisive : faire le bien , c'est choisir le bien et être libre de ne pas le faire : tout ce qui se fait malgré nous ne peut justement nous être imputé , ni à bien , ni à mal. Avezvous quelque chose à objecter à cela , Mesdames ?

Ladt LOUISE.

Oui , ma Bonne , j*ai quelque chose de bien fort à y objecter. Dieu ne peut être honoré que par la pratique des vertus. Il n'y a de vertueux que ce qui

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est volontaire. Donc Dieu ne sera 'point honoré dans le ciel par les Saints , puisque tous les actes qu'ils y feront seront nécessaires , et qu'il ne seroit pas en leur pouvoir de se rendre coupables»

en s'abstenant de ces actes.

MiDBH. BOHNE.

Voilà une terrible objection , qu'il faut pourtant tâcher de résoudre. An reste , Mesdames , ma réponse ne sera peutêtre pas aussi satisfaisante qu'elle pourroitle devenir si j'avois eu le temps de la méditer ; mais j'avoue que je n'ai jamais rien pensé sur ce sujet ^ et vous aurez mes premières réflexions. Que Thomme soit libre de choisir entre le bien et le mal , c'est une vérité constante ; et sans répéter ce que nous venons de dire à ce sujet , j'en appelle à votre expérience. Il n'y en a aucune de vous , si elle s'examine sincèrement , qui ne sente qu'au moment même des plus violentes tentations , elle étoit libre , au moins , dé recourir à la prière pour obtenir les forces suffisantes pour vaincre sa passion ; mais je vous prie de faire une remarque : Il est un point funeste oii notre liberté est si fort affoiblie par la

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force d'une mauvaise habitude , qu'elle parott impuissante quand il s'agit de se vaincre , et qu'elle Test en effet sans un miracle de la grâce , parce qu'il n'est point dans la nature de l'homme de vaincre une habitude invétérée. Jugezen f si vous voulez, par les tics pris^ dès l'enfance I d'une tête penchée d'uQ côté, d'élever une épaule , etc. . . . Vous savez «tellement combien on s'en corrige peu dans un âge avancé , que vous avez le plus gi:and soin de rompre ces mauvaises coutumes dans vos enfans. Il y a bien une autre difficulté à redresser l'ame ; il n'y a que les vieux pécheurs qui veulent revenir à Dieu , qui puissent en avoir Tidée. Au contraire, l'habitude de se vaincre donne une telle vigueur à l'ame, que la vertu , chez elle , semble inaltérable. Pfenon^ un exemple qui rende, ceci sensible,

-Je. suppose un homme qui, depuis qu'il se connoît, aura passé peu de jours sans essuyer quelque accident fâcheox ,.

de ces hommes dont on dit communement dans le monde , qu'ils sont nés sous une étoile fâcheuse. Je suppose en** core que la grâce, d^accord avec la rai-

son, aura. engagé cet homme à bien méditer sur la Providence ; il se sera convaincu que rien n'arrive dans ce monde par hasard ; que la sagesse divine , toute bonne, toute miséricordieuse, préside sur tous les événemens.

Malgré celle conviction , il sentira vivement ses premiers malheurs: il sera obligé de se faire les violences les plus terribles pour échapper auchagrin , au dégoût , au découragement et au désespoir; sa sensibilité diminuera en pror portion des violences qu^iï se fera , en proportion des actes réitérés de foi , de soumission , d'amour de la volonté divine. Enfin , a force de se vaincre , i\ acquerra une telle facilité à le faire , qu'on pourroit croire qu'il est devenu de marbre , et que sa soumission aux ordres d'en haut lui est naturelle. Je dis plus : il ne lui seroit presque pas possible , ou du moins il lui seroit fort difficile d'être moins soumis , de souhaiter même d'être délivré de ses peines , parce qu'il les regardera comme un Wen, comme un moyen que Dieu lui 4onne pour acquérir unç gloire immense , et on ne souhaite point d'être dé-

igâ LES AMERICAINES.

livré d'une chose qu'on regarde comme un bien. Croyez-vous que la soumission de cet homme , cesse d'honorer Dieu , parce qu'elle est devenue extrêmement facile p^r la force de l'habitude ?

Lady LOUISE.

Yoilk un beau tableau , ma Bonne :

mais un tel homme existe-t-il ?

Madem. bonne.

Il seroit bien malheureux qu'il n'en existât qu'un de cette espèce j j'en ai connu plusieurs > et il y en a un bien plus grand nombre que je ne connofsc pas et qui ne sont yus que de Dieu. Ccè* personnes m'ont donné une idée d« l'état des Maints dans le ciel. La mort les fixera invariablement dans l'exercice des vertus qu'ils auront pratiquées ^

c'est-k-dire qu'ils ne seront plus exposés à blesser ces vertus ; mais s'ils eussent vécu des millions de siècles dans un état passible , Dieu sait qu'ils ^toient déterminés à pratiquer ces mêmes vertus , qu'ils aurôient mieux aimé mourir que d'y manquer , et que les fautes qu'ils aurôient commises a cet égard seroient échappées à leur foiblesse plu*

LÏS AMiRlCAIlfKS. igS

tôt qu'a leur volonté, lis ont voulu aimer Dieu dans le temps et dans rélernité : cet amour éternel est de leur choîx j ils ont fait ce choix en poussant le dernier soupir ; s'il leur étoit libre de ne pas adorer, aimer leur Créateur sans^ cesse et sans relâche , ils choisiroient l'anéantissement plutôt que de se distraire un instant de ces justes devoirs; quoi de plus capable d'honorer Dieu que de telles dispositions !

Làdt LOUISE.

0 Voila qui est bon pour lejj Saints , ma Bonne; mais les âmes communes qui n'ont pas eu ces dispositions sublimes.»»

Madem. bonne.

Qu'appelez-vous dispositions sublïipes , Madame ? Celles que je viens d'annoncer sont absolument nécessaires ipour entrer dans le ciel. Il sera éternel* îement fermé à celles qui , ch €xpirant, n'auront pas pour Dieu oét' arpour de préférence, qui feroît'choîsir mille morts plutôt que de l'offenser. Mais ce^ n'est pas ici le moment de vous prouver* qu'il est bien rare de mourir dans cet hèu-re^x état, si on n'eil a pas pris Thabi- I. Q

lude pendant sa vie : je veux achever "de vous dire ce que je pen$e sur le bonheur des Saints. Je me figure que ce n*estqu'aIors qu'ils seronl vérilablemeul libres..

, Nous SQmmes convenues que Tamour dé la vertu est inné dans notre cœur , que nous l'estimons et la chérissons dans les autres, et que nous la pratique* rions nous-mêmes, si nous n'avions pas une maladie funeste qui dépr$ive nos goûts et qui gêne notre liberté j maladie que nous ne pouvons guérir c|ibsolument , mais que nous pouvons^ affoiblir, avec le secours de la grâce s'entend. Or, la mort nous guérit de cette maladie : la récompense de ceux qui auront combattu leurs penchans déi:églés sera d'être délivrés de ces penchans qui tiennent nos âmes conoime captives : nôtre çsprlt y dégagé des ténè* bres qui nous ont caché dans cette vie le seul moyen d'être heureux, ne pourra plus se tromper dans l'objet de son boaheur.Notre cœur suivra sans répugnance ces nouvelles^'et sublimés lumières ; il s'élancera avec rapidité vers Dieu qui est ^on centre. Comme il trouvera dans ce

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tetitre tout ce qui pourra lesalisFaîre, il seroit contre nature qu'il cherchât à s*en éloigner, quand même il lui seroit possible de le faire. Si iDieu proposoit aux Saiuts l'asseniblage de tous les fauic plaisirs qui font aujourd'hui Fo'bjef de nos sotihaits , ils les tegarderoient tels qu'ils sont en effet , comme du fumier , de l'ordure, et les dédaigneroient quand ils seroient libres d'en jouir : car il seroit contre nature de se distraire d'un bien souverain^ d'un bien qui remplit toute la capacité de l'être , pour se livrer à la misère et à l'ordure, connues pour telles. Voilà comme je connois rimpeccaBilîlé des Saints dans le ciel : leurs lumières ne pouvant plus être obscurcies, leur volonlé ne pourra plus êlré débravée. Heureux état , qui sera , comme )e l'ai dil , la récompense du bon usage, qu'ils adront fait de leur liberté 6n cette vie , pour former des habitudes qui ne pourront plus êlre pertfues dans le cours de l'élèrilTté V 4^î ' ^^'^"^ seront pas moins agréables a Dieu , parce que ce sera volontàirenieût que les Saints auront' fodaié ce^ habitudes; Voilà moa opinion , que j'abandonneroi^ portant ^

igÇ LES AMERICAINES.

quelque chère qu'elle me fût , si elle' étoit contraire a la révélation.

Miss DOROTHÉE.

Voy^zsî je l'entends bien, ma Bonne.

Vous savez que je me tiens très-mal, et que cela donne beaucoup de pçiue k ma mère : je suis résoljue , pour lui plaire , de faire les plus grands efforts pour raccommoder pa taille j cela me coulera î^u-delà de Texpression , je vous, assure , mais je me flalte que ces difficultés n'auront qu'un tenips, et qu'enfin la bonne habitude que .je veux prendre prévau-!dra, en sôrle que je me tiendrai droite tout naturellement. Je suis bien persua-p dée que ma mère jie pourra m^e rçgftrder» et admirer rna taille , sans se ressQuvepir que c'est pour lui plaire que j'ai surmonté la difficulté que j'ayqis à me biei^^^çnir , et qu'elle me s^ura gré ^e qe.tte b.elle. taille dau§ le temps même, ok je nj^urfii plus de peine à me tenir droite.. ^, ^^^ ; .,

Mi.|>,EM, BONNE. î : , '

Votis m'avez très»bîen comprise, mat cnere: xuàis^ soit difcenti^e nbusyje n'ai pas la foi à cette beUe> taille future,^ ÇontiuMon^.' *: .- k . u '» ^ c .,,:•!. ^

ïnES AMÉaiCAlKBSé iCfJ

Miss^ DORO-THÉÉ.

Je VOUS avoue , ma Boune , que Pidee du bonheur due fpus venez de peindre me ravît el me transporte ; hélas! je puis commencer k ïe goûter des celte vie j c'est mêine lé seul moyen di? me l'assurer et) l'autre , el cependant je choisis d'être misérable dans le temps, et je risque à l'être dans rélernité. O aveuglement qui se conçoit à peine ! Opéché d'Adam , que tu as fait de tort à mon ame! Je vous jure , ma Bonne , que de tout ce que ma foi m'ordonne de croire, la chute d'Adam et ses suites effroyables sont ce qui me paroîl le plus incompréhensible, le plus difficile à croire. Une faute légère causer desi grands maux , et encore à des innocens. qui ne l'ont pas commise! Quand j'y pense , il fïut vite faire un acte de foi aveugle et renoncer à ma raison.

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