‹ Les AméricainesChapitre 17 sur 42 · HISTOIRE DE LÉONTINE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LÉONTINE

Pendant mon séjour en France , je fus témoin d'une aventure fort exlraprdi* naire. J'étois à la campagne, dans un quartier extrêmement désert : c'étoit un petit hameau qui n'avoit qu'une douzaine de maisons habitées par des malheureux qui n'avoient, pour ainsi dire, que la figure humaine , tant ils étoient stupide8> Un d'eux vint recommander à mes soins une femme très-pauvre qui étoit tombée malade, et dontla misère étoit extrême.

Je suivis cet homme, et je trouvai dans une espèce d'ctable une femme d'environ trente ans. Malgré la pâleur de la mort qui étoit répandue sur son visage, la régularité de ses traits me fit présu^

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mer qu'elle avoit dû être d^une beaulé parfaite. Un pea de paille étendue contre terre composoit son lit, et sa misérable cabane étoit absolument dépourvue de meubles. Je lui Bs quelques questions sur la nature de sa maladie , et je compris par ses réponses, que le chagrin et la misère Favoient occasionnée; mais ce qui me surprit infiniment, c'est la manière noble et sensée avec laquelle cIIq m'exprima son état. Sa voix étoit si touchante , que le son en alloît jusqu'au cœur: son langage étoit pur, et il n'étoit pas mal-aisé de comprendre que cetle infortunée n'étoit pas née dans la classe des personnes du commun. Vous senter , Mesdames , qu'il eût fallu manquer d'humanité pour ne pas secourir une telle personne. Je la fis transporter chez moi-, et les bons traitemens eurent bientôt rétabli ses forces. Je manque de termes pour vous exprimer combien elle fut éblouissante lorsque sa maigreur el sa pâleur eurent disparu : cependant les charmes de sa figure n'étoient pas corn" pàrables à ceux de son cœur et de sou esprit ; qu'il vous suffise de savoir qu'il n'est pas possible de rencontrer une

créature plus accomplie. La culture de soxi esprit, sa politesse me découvrirent , malgré elle , la noblesse de son sang , et sa reconnoissance pour moi lui arracha des aveux qu'elle avoit résolu de ne faire à personne. Voici ce qu'elle me dit de ses aventures : je la laisserai parler ellemême j mais il me sera impossible de Tendre son discours avec les grâces touchantes qu'elle y mit, et qui firent couler mes larmes tout le temps qu'elle parla.

Je suis fille unique du marquis D

Il avoit passé sa jeunesse dans les Indes, d'où il avoit rapporté de grandes richesses. Une Mexicaine , qu'il avoit , épousée dans ce pays, mourut en me donnant le jour. Comme il l'avoit pasfiîonnément aimée , il me transpôrjfi toute la tendresse qu'il avoit eue pour elle, et renonça à' de nouveaux liens pour me conserver toute sa .fortune.

Elle consistoit en de grosses sommes , en des diamans de grand prix, et des as- /sociations dans le comme?rce des pareuç 4e son épouse. Comme rinclination ^y oit présidé au mariage de mon pè)'ç^ilai'!a7 voit pas ç^jDjSulté le préjugé àu^^jet dç la noblesse : ses pa;*eqs, qui CjU élQjent

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extrêmenieiilenlêlés, ne voulurent point ralifier son mariage par leur consenlenient, et ma mère étant morle avant qu'on eût pu les gagner, ma naissance fut regardée comme illégitime. J'étois donc frustrée par les lois, des biens de mon père , s'il y'eùl cherché à réaliser; mais afin de se conserver la liberté de me les laisser, il n'acheta jamais que ]a petite maison dans laquelle il vivoit, et qu'il pouvoil me léguer comme portion alimentaire : il cacha même ses richesses avec soin , de crainte d'excîtcr la cupidité de ses parens, et vécut toujours dans la médiocrité. Au reste, il crut me dédommager avantageusenjent du faste et du luxe qu'il me refusoil, en n'épargnant rien pour me procurer la meilleure éducation. 11 fut à Paris, et y p^ssa six mois entiers a examiner les différentes personnes qu'on lui offroit pour placer auprès de moi. Ce n'est pas qu'il eût dessein de se décharger du soin de veiller sur ma conduite ; il étoit convaincu que le plus sacré de ses devoirs étoit de travailler lui-même à la formalion de mon esprit et de mon cœur : il cherchoit plutôt une aide qu'une gou-

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vernahle. Après en avoir rejeté plusieurs dont les talens brillans sembloient ne laisser rien à désirer, i) se détermina pour une veuve qui, avec un grand usage du monde et un sens droit, avoit une piété solide. Cent louis qu'rl lui donnoit par année, lui parurent une somme modique, eu égard a Vimportance des services qu'il en alleûdoit. Ces deux personnes crurent me voir répondre à leurs vues, et parmi les malheurs qui m'ont accablée, je n'ai point eu à me reprocher celui de m'êlre écartée de Murs conseils.

J'avoîs un peu plus de quatre ans, lorsque, me promenant avec ma gouvernante, je m'écartai d'elle dans un lieu où elle pouvoit me voir sans me suivre :

c'étoit une grande prairie fermée d'une forte haie, oii l'on avoit ménagé deux ou trois entrées avec des barrières pour empêcher les bestiaux d'y venir j mais ces barrières avoientà côté de petits escaliers , par oii les hommes pou voient entrer. Parvenue au bout de celte plaine , je crus entendre quelque bruit dans la haie , et m'en étant approchée , j'y découvris un petit enfant encore au mail-

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lot , qui^ étant déjà âgé de quelques jjÉBis, se jouoit avec les branches de rosie^auvage dont il ctoit environné. Charmée de cette trouvaille, je m'approchai doucement pour ne point Teffaroucher. Je le baisai plusieurs fois , il me sourit , me tendit ses petites mains^ et moi je m'efforçai de le prendre. Ayant senti qu'il étoit trop lourd, j'appelai ma gouvernanle de toutes mes forces ; elle n'entendit point ma voix , el comprit seulement par mes gestes qu'H m'étoit arrivé quelque chose d'extraordinaire : je n'osois m'écarter de peur qu'on ne m'em-^ porlât mon enfant ( car je l'appelois ainsi), et quand ma gouvernante:fut asSr z proche pour me pouvoir joindre, sars le perdre de vue je courus à elle , et la tirant par sa robe , je la priai de lever mon enfant et de me le donner. Elle fut charmée de cette rencontre ; la physionomie de ce petit innocent promettoît une beauté parfaite, et elle a tenu ce qu'elle promettoît. Mon père nous attendoit devant la porte de sa maison : je courus a^lui, et lai racontai notre avenljure avec de tels transports, qu'il ne pouvoit comprendre comment un

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promecade pour l'exposer à nos yeux , persuadé que la charité de mon père riutéresseroit en sa faveur , et qu'il lui procureroit une éducation plus convenable que celle qu'il auroit pu recevoir dans la maison paternelle. Ce gentil'homme avoit satisfait à toutes les ques^ lions que la prudence avoit suggérées à mon père pour assurer l'aHiliation de Phih'ppe , en sorte quMl ne resta aucun doute sur ce sujet.

Mon père alors lui déclara les vues qu'il avoit sur son fils ; et ce gentilhomme, qui se nommoit Léontin, reçut cette confidence avec des transports de gratitude qui faisoient bien augurer de son cœur. It assura à mon père. que s'il eût eu une couronne à donner à son fils , ce n'eût été qu'à condition de la partager avec moi. Mon père , voulant m'éviter toute discussion avec ses pareus y légua à Philippe sa maison et ses dépendances. Deux jours ^après cet acte ^ mon infortuné père tomba dans une foiblesse qui le rendoit peu différent d'un homme mort. Le curé, qu^on avoit fait appeler y profita du . premier moment favorable pour lui donnée les dçrniers

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que fût mon allachemeut pour lui , celui qu'il- avoîl pour moi 1 egaloîl, et il trou» voit trop long le terme qu'on avoil fixé pour noire union. Malheureusement une maladie qui survmt à mon père l'abrégea } ma gouvernante étoit morte depuis quelques années, 'et ce tendre père soukaitoit avec passion de me voir établie avant sa mort. •

Les premiers jours da sa nialadie, on lui annonça un étranger qui demandoit a reiïtretenir 'eii particulier. Cétoit un homme de bonne mine, quôiqu'assex simplement vét'u. A-près être reslq enfermé plus d'Une heure auprès da malade , ix^)n père ilouslit appeler, Philippe ,et moi , et déclara à ce jeune 'homme qi;^'if avoit enBn découvert l'au^ teur de sa naissance. Les larmes que l'étranger ne put retenir, apprirent à Philippe qu'il étoit son père, et il se précipita -dans «es brida avec une émo-» lidnr(|uii étoit la voixrde la nature. L'in* connu -nxaus apprit qu'il étoit gentiU hointne,mâisextréaiement pauvre; que ielrôuvanlJiora d'état de donner à son fils uDe< éducation:. digne de sa nais« saskc&viil âMoiijépiélle momeiiit de notre

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à la ruelle de son lit uiïe cassette fort ' pesante quîl me remit entre les maîns , en me disant que c'éloît ma dot , et il avoit fait jurer à Philippe de me laisser la disposition de'ce qui étoit dana cette cassette. Nous étions trop accablés de notre douL&ur, l'un et l'autre , pour être tentés de Touvrir j et cène fut que quelques jours aprèsjque mon époux me rappelant cette circonstance , fit naître ma curiosité à l'égard de ce qu'elle tontenoitX'étoit un assez grand nombre de diamans d'un prix considérable ^ quelques lingots ^ de l'or monnoyé ^ et les actes d'association au commerce des négocians espagnols auxquels il avoit laissé une partie de ses biens au Mexique , actes qui étoient passés en mon nom , avec la condition expresse que je ne pourroîs les aliéner. Léontin le fils , fidèle aux dernières volontés de mon père, me retniV cette cassette , et me pria de lui donner mes ordres sur I^ih* ploi que je voulois f|iirj des richesses qu'elfe' contenoi t.- Moïi coeur avoit déjà disposé de ce trésor > se réserve-t-on rien quand on s'est/ donné soi-même?

Jq remia la cassette antre ks mains de

.m&n époux , el .^i «He ei^t ffnfei;«îé les,

ûlres de toutes les cfturoraesçlç fy^î:,

vers ^ je IJeusse . fait aiiijss^ y^ipîit)îçrs,.|

t?uîsq«e jç wia ab&oliunftni maîtresse

âe lQ«t ceci, lui dis -je, e.t fjue yoii^

A veîi fait sopment de ne youjs Jamais

opposer k la disposition qup^ j^en ferpis ,

\e yms prie de ks accépier^j |'exigç^

xneûie quç vous ne fi^ssicpz j>AS.Ja plus

légère r^siçl^tuoe au don^qu/s^jf yoqsen

fais à cet iûstant, j6 néin'pAmerve

que ce qui sera nécessaire, pour assurer

à mon bean^çère un.étal, heureux, et

i iranquille. La rèxioiiubïssaYçé du jp^ç

^t du fik parurent sans bornes. 4^^ i?iâis

naon épou?; refusa lon^-lempé ji^ffo-r

priété d'un bien qui / dîsoît-îl , déyôît

m'apparttair -tout entier*: il voutcîit tout

ine devoir, rc^ster dans ma. défjendawe:

^pe 6a,yex-yQus, , ma 4ispît''a , >i je

n'ahivserai pa^. quelque jour 'de yo^

bontés? Olez-m'en Je pQuvoir, et restez

toujours la maîtresse À'uûe vie qiié vous

m'avez conservée , et qui me devien-

4roit à çbarge , ^î je n'eu emplp^ois tous

les instans à vous aimer. ." J^' .

Après, nin combat, de ^énéroàîlé qui dura lon^- temps ^ la victoire me

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