‹ Les AméricainesChapitre 18 sur 42 · I. lO · texte numérisé non relu

I. lO

ai8~ LlïS ÀMXRICÀINES.

demetlra , tt mon époux consentit k

^iacek* spos ^ôn nom les sommes que

iïdxxs iirâifiei' defi^os diamans: j'eusse

souhaité W faire autant deé titras du

i^este de mes biens ; je n'en fus pas là niailresse :'mes contrats étoient passés en moh npm , avec la clause expresse ôue je 'n'en pourrons disposer avant trente ans : je n'en a vois <jue vingt-deux , et il fallut malgré moi attendre le temps fixé pour me dépouiller eiitièrement en faveur de mon ingrat.

(jéontin ne méritoit pas alors ce tilre diffamant. Hélas ! il ne tarda pas à s'en rendre digne': mais pourquoi accuser un ipalheuréux qui m'est encore cher? Sub-^ jligijé par une passion violente , je suis sure qu'il a gémi plusieurs fois des maux qu'il m'a fait souffrir. Vous allez frémir, Madaihe, me dit Léontine, àcet endroit de son histoire, et tous mes sens se glacent au souvenir de ce ^ui me reste à vous raconter.

, Il y avoit à peine trois mois que je m'éioîs dépouillée en faveur de mon ^poux , lorsqu'une de ses parentes , que iâ mauvaise fortune avoit réduite dans Tétat le plus triste , me fut présentée par

•w tES AMÉRICAINES. a,Q

aa'êlir ""î" P*'"'' **« ^o«« dire

eponx metoit cher: e pris dans m»

J^m lie ,e lui fas part de mon aatoriié 8«r les domestiques , et elle me deyinld ^èrequ. je la lafssai pl„s maliresle d" . ™? ^'*"^^«« moi-«,ême. n n'en étoit q« un que je m'étois réservé tout eçti-^r et que je ne de vois partager a^ec »er sonne; c'étoitle cœur de Ln épo J «" ce fut le bien qu'elleme ravit. ^J'a'oue queHe n'eût pas e'té capable par elle!

même de concevoir cet affreux dessein son cœur en ce temps n'étoit que foible! etce fut sa première fautequi le deWa entièrement : cette faute lui fut sugSrée par Léontin père de mon épou^^ Cet

Î^SI'h ;''.''^ - °"" degentilhomme quil porto.t, s'etoit comporté dans ma

maison d'une manière si scandaleuse que j'avois été forcée de le prier d'en sortir j son cœuri,lcéréne respiroit que

lavengeancerHuclinationviolentequ'E jnihe prit pour mon époux lui en fournit

les moyens. Il fomenta celte inclination

et lorsqu'il la crut parvenne à soa derr nier période , il lui fit entendre qu'il avoi t un moyeu infaillible de la rendre ':bëu« reuse. Affreux projet! pomi^ois^u être ini« au jour^ San» faire ilbourir d'horreur celle a qui il fut propose? Vous avea vu, Madame , que mon mariage Àianquoît de quelques formalités prescrites par les Jotav-et que mon père ndua a voit ftil promettre dé les suppléer. Nos affaires , qui avoient pris tout nôtre temps ^ ina ' confiance pour mon épdux m*avoient fiait négliger cet ordre ; Léontin se servit de cetlenégligence'pour meptrdre.'Ce malheureux avoit soigneuseVnetit sondé le cœur de sonifils: il m'ai^moit:sans doute^ cependant ses pencharis -secrets i étoient absolument incompatibles avec , mes inclinations* Sans être ennemie des plaisirs innoceas, favoi's une Kotreur invincible non seulement pour la dé* bauche et le dérèglement , .mais encore pour l'indécence : 3^étois sérâfCuse, modeste , généreuse sails être prodigue , eu ( un mot , qu'il me soit permis de le dire , je j devois à mon éducation des vertus également éloignées des excès^U falloit inspirer à mon époux le dégoût de ces vertus,

aussi hian-qoe defiàalidfactioD^innôcentes que )e lui pmd^uqis j il faliQÎt lui faire prendre le g9Ût des plaisirs vifs et tu* muiltieuxque promet une passion déré* glée ; une courte ^bseuoe à laquelle je fus forcée, Iûp^* donna la faci]ité.Emi* Ua ioubliaut ce qu'elle me devoU, se laissa -conduire pai^ Leoutin au lit de moQ époux ; ses manières emportées firçnl paroitre les mienâes iTroides et {auguiss^ntes j'Uu anr^ûr déi^glé prit^ la placf d'une flamme I^gilimé et purev et LiqoBtnn secotidu'si bleuies effoiHs de ma rivate,que Philippe consentit sut:

démarches odieuses qvU doVoient briset* nos nœuds. Un funeste- s^uccès suivit leur entreprise > mon mariage fut déclaré nul; et Emilie, apjçès ^yoir pris le litre d'épouse qia'ellexpjavoitT^yi, poussa l'inhumanité non sèûlanpent îusiqju'à me cliasser de ma maison, mais encore iusqu'a me refuser lf^$ secours les plus lé* gers. 5eu\e , sa,ti^ ^Ç^if^j ^P* ?^cp«T?5^ sans proiection, saûs argent /je ré^ojus d'ensevelir ma misère et ma honte dans le lieu le plds obscur :le^ hameau dans lèqiiiel voas «ilaTcz trouvée , me parut pçopre k ce dessein, j'y louai \me Ca-

M2 L£à AM£aiCAlN£S.

bane.que je meublai deslfruils de mpn travail, et j'y passfii plusieurs années eu pi:oie à tous les maux qui pouvoient déchirer un cœur aussi sensible que le mien : enfin , la nature succomba ; une longue maladie me força à vendre ce que j'avpis amassé aux dépens de- Hxes sueurs, et après avoir dépensé jusqu'à mon dernier sou , je me traînai dans rétable où vous m'avez rencontrée , et pi] la mort n'eût pas tardé longrtemps à terminer ma malheureuse vie, si vos soins généreux ne m'avoient rappelée des portes du trépas.

Lady LOUISE.

• Cette histoire provoque ma colère.

Philippe , son détestable père , et Emilie me paroissent des monstreà plutôt que des hommes. J'ai grande pitié de Léon- Une, malgré là foibtesse qu'elle ad'aimer encore son odieux époux ; cela n'est point du tout pardonnable. Et dites-moi, «'il vous plaît , ce que devint cette infortunée* '

Màdem.' bonne, y,

Mon indignation contre ses ennemis jie fut p98 moindre que la vôtre. J'exa-

i«£S AMERICAINBS^ 223

gérai leur injustice , je pesai sur l'odiensq ingratitucle de Philippe pour essayer de le rendre l'objet de sa haine : tout fut inutile. Elle le méprisoit, elle convenoit qu'il étoit le plus criminel de tous les hommes ,.san« cesser de s'intéresser à son*sort.

Mifts DOROTHÉE^ . u'

Avoue:È, ma Bonne, que le sot intérêt qu'elle prenoit a ce monstre est une tache dans son caractère ; la justice auroit dû le lui rendre odieux , si l'araour-pro-! pre n'eût pu produire cet effet.

Madem. bonne.

GardesS-vousbîen d'avoir celte pensée,^ ftia chère, vouiJ outrageriez la vertu la plus héroïque. Ne croyez pas , me disoitfelle quelquefois en versant des larmes, que la perte du cœur de mon ingrat cause le plus cruel de mes déplaisirs : son amour iaisoit mes délices ; cependant j'eusse été capable d'y renoncer s'il eût été possible , et que ce renoncement eût été capable de le rendre heureux. Ses vertus, son bonheur étoîeût mes idoles; son injustice me touche parde qu'elle le rend criminel , et non parce que j'en suis la victime. Si j'eusse été à l'abri des cruels

"2^4 l'Es AiïTERrCAlNES;

^ffronts qu'il m^'a faits , dé Faffreuse misère à laqaêlle il m'a rédaîle , \e n'en âurtSîs^pas moins été mikéVable, parce qu^il tt'eri eût pas élé moins coupable. Je tcohscnliroTS volontiers à passer le reste de ma viedatîs les opprobres et la misère^ si wii repentiir smcère et capable de le rÇJ^Mi^'' ^^^^ l^s ..droits, d^uQ. honnête bomaie pouvoit ^evei^îr le pri^ de mea maux. '

Wisi ÇHAMÇ;ÊTR,E. .i

Oh r vovlà utié hùnlé rmAanesquè qai m'impatiente.; YQyez^nVWS , ma Bonne ^ si un aulre q^e tous* me racontait ceile tîsloîre , fauroîs peinç à croire qu'il y eut des cœurs si méchans, et qu'il fui possible d'en Uqnvfx u» si bon : ces çxcps, fie ip^^emble, sont hors .de la îiplure. Qu'çB pensez-vpus , Lady .Vîo- Jenl^? U rn^ s^çmbie que vous riez sous vos coiffes j est-ce que vous ne trouve» Çaç içomm^ ppus que Lëonline pousse )a,ch;^rité.|i*squ'à yn. excès /qu'on, est i^jLklé de !:rQ^v.çr Jilân^abJe ?

f : I t4M VIOLENTE. :

" 3é ne dirai ]' s'il vous plaît , mon avis qu'à la fin de cette histoire, elle n'est

pas encore finie : f$A grande enyie de savbip commctil elle se termiaera , j'eû ^^i^ine le • dénbqement.

* Il est 'pourtant plus çurprçnànt que tout ce que vous ayez entendu ).qsqu'à présent ; au reste ^ nii^s Champêtre n'4 pas consulté son cœur quand elle n^ peut crorre qù'iî soîl p(5$$ibt^ ^*eh trouver un auséi bon. Ceux qui on( yn vrai amour pour la justice, sont plus affligé^ du mal

. que leurs ennemis se font à eux-mêmes en les outrageant , que de celui qu'ils en reçoivent- Nous discuterons, cela ensemble Une autre fois , je me hâte de, finir mon histoire par égard pour lady Violente,

Lébntine m'a voit fait entendre qu'elle n'avoit point été la maîtresse de disposer de ses contrats d^QSspci^tion en faveur de son ingrat j c'étoît une ressource qui lui restoit , et j'étpis surprise qu'elle n'en eût pas fait usage. Elle m'avoua qu'elle n'y avoît pas pensé Ja

. première année de son n)alheur ; que, dans la suite, le défaut d'un ami (jdèle, auquel elle pût cojîfier ce trésor, Tavoit empêché de s'en servir : et puis elle

326 liES AMERICAINES;

étoit tombée dans uiie. telle indifférence pour toutes le$:choses do monde , qu'elle dédaignoit des biens, qui étoieiit. rnoâ>pables de lui rendre, celui qu'elle avoit perdu ^ et.auquelseulement.elle pouyoît être sensible. Je la tirai de cette léthargie, j'avois des amis qui commerçoient en Espagne , et qui ,. à la seule ipspec;tion de ses.contrafs, lui ayancjbrjejat des sommes considérables , et SQ châ|rgèrenJt volonliersde lui faire passer ses rçyenus toutes les années. JLéontine sç bâta de répandre l'aisance dans tous les lieux qui Tenvironnoîent ; et ne voyant plus de misérables à soulager, elle soy^baita un cbamp pjus vaste pour exercer Sft charité. Mes affaires demandoiefîit ua voyage à Paris : elle voulut m'accompagner dans celte capitale , et m'abandonna le soin des voitures et de la route. Arrivée dans la Bourgogne, elle fut saisie un soir d'une émotion extraordinaire : je la vis fondre en larmes.

Effrayée de sa situation, je lui demandai avec empressement qui pouvoit l'avoir occasionnée. Hélas! m^ dit-elle, je suis proche des lieux qu'habite mon ingrat : il n'y a que deux lieues de cher

min d'ici à la maison qui fut mon h^f; ceau, et que mon père lui a donnée; * et le désir de connoitre 8;^ sitfif^ioa me presse . avec une telle violence {qu'il ne m'içst pas possible d'^ r^sisf|^.)?Je l'âf- Touerai , Mesdames , je . f |is effrayée - de cette résolution , je cràîgnois qu'un amour mal éteint ne causât quelque foiblesse à moi;i amie^ et j'essayai dç la dissuader de son dessein j ie la cpn«» lioissois mal ; sa cnrioçîié n'ayoii pour principe qu'une charité ardenie, et j'en fus bientôt convainçue/Elle. ayoît^per»

du tout espoir de recouvrer le cœur de Philippe ,. et ne po^voil s^^mpêchet d'espérer son repeplir. Qu'il déteste son ingratitude, me dispit-elle,, çt je mourrai sans regret. Si je ne m'ëioîs fait violence, je serois tombée aux pieds de Léontine par l'impression dû mouvement respectueux qui s'ertiparoît ae mon ame à la, vue de son. excessive bonté , et il ne m'étoit plus possible 3^ penser que ce sentiment eût sa source dans un? foibléssé de caractère , tant son attendrissement étoit accompagné de fermeté : il est vrai qu'elle, disparut • bientôt j ;à peine fàmes-nous arrivées

dans le lieu de sa naissance , que Thôtësse de Patiberge oîi nous entrâmes larecdnnut. AM Madame, lui dit-elle, qixe l'ai de jaîé de vous revoir! Elle îie pèilt élire comparée qu'à celle que fui ressentie lorsque je vous ai vu vengée : vous l'êtes d'une manière si terrible, que vous dçvea en êtrç satisfaite. La*tna}heureùse que Philippe vous a préfét*ée. Va jpas tardé a dissiper leg grands 'biens don.l Vous l*avîez rendu poisèsseur; réduit a la dernière misère» îl^^traînfe une vie pire que la mort, puisqu'il est témoin de celle de quatre Letits énjfau? auxquels il peut a peine aidnïier le pain,' et qui n'ont pas de îju(îj; se Couvrir,

, 'A ces paroles , Lëontîne leva les yeux et les mains au ciel sans pouvoir pro* noncër une seule parole; car ses larmes couloîent avec tant d'ahondisince que tiôus ',criimès qu^elle alloil su^fToquer ; ct^e long-temps' nous ne pAhies parvenir à la calmer. Pendant que nous y employions. nos soins, le. bruit de sa 'veuvfe sie. répandît dans l,e bourg, et parvînt aux oreilles de Philippe et de ftori épouse. Ils n'eurent pas la hardiesse

de Vexposer a ses regards ; et se char^ géant de leurs enfans, ils prirent le chemin d'un bois voisin pour s'y cacker et se dérober à sa vue. A peine Léontîne 1 e6l-elle appris, que, trouvant de nouvelles forces dans sa bonté , elle me prit sous le bras , et me conduisit sur les traces de ces misérables. A son ap* procl^e , les remords, la honte et te repentir s*emparèrent du cœur de ces coupables, qui se prosternèrent la face dans la poussière sans avoir l'audace de lever les yeux sur elle. Après avoir vu Léontine si atlendrîe an seul récit de leurs malheurs, je craignois ponr elle un redoiiblement de peine. Quelle fut ma surprise!. Ses. larmes furent larîes en un îûslant. Philippe , dit-elle , avec beaucoup de fermeté , est-ce le repentir qui fait couler vos pleurs , ou la horile, et le dépit du fruit amer que vous avez recueilli df vos înjustiçeç? Ces paroles furent uu coup de fpudré pour ces coupables époux, qui, pressant la terre de îsur visagjG , sembloient, vouloir la forcer de s'auvrir pour les dérober à la vuq de ccjie qu'ils avoieul oulragée tVune manière si indigue : elk les contempla

SkSo LES AMERICAINE^.

quelque temps dans l'humiliante posture ok ils étoient , puis elle leur dit : levez-vous : je puis pardonner, si vous pouvez réparer vos fautes. Ah! Madame, Jui^dit l'épouse de Phili()pe, je n'ai pas attendu à ce moment à gémir des mau^ que je vous ai causés : orr dojnnez, je suis'prête à tout faire pour les. réparer, faut-il à la face de tout l'univer^ publier notre ingratitude? Faùljl , çn vQps rendant le titre d'épouse que que je vous ai ravi , passer ma vie prosternée à vos pieds. o^ dans la sor litude la plus austère? Parlez, commande^ y ']e .$uis prêtç^ a tout.

Philippe ayant confirmé les paroles de son épouse, Léontine les etnbrassa, et adressant la parole à cette femme , elle lui dit : Madame, je voudrois que la justice et mon devoir me permissent de vous abandonner l'époux que voué ïn'avez enlevé : ils s'y opposent ; un inique arrêt n'a pu briser les lieûs sacrés qui m'atlacholent à Philippe : c'est un bien que je ne suis pas libre de vous laisser ; je partagerai volontiers^ avet vous tOTis ceux qui me restent , çt mon plus grand plaij&ir sera celui de vous

JLt$ AMBAICAIIfESè 23"!

Yfyîi héttreii3ei. Cependant comme oà n^ peut l?étre s^its r^npocer au crime et 9anà l'expier», )e mqUb e«kart^ h féparet leB volros «^pa m^ç^re^raite dont )e voiia Qwvpimi Ir^ntrée^ A l'Qgardtlè Philippe, îl ne m'est' plus permis id< me fier h sa faible V^FlUr^ il £aut: qt^-uil repentir de plusieurs années me prouve la sincérité de )celaî qi^'il. exprima aujourd'hui , avatit qaerijè Lui 'rende mon amitié et znpn leétirtie .*) voyei$ si voqs^ voulez eii accepte^* l'espoir à ces conditions que la justice n^'impose ^' et que je ne pourrois a^dou^irs^n^ la blessçr^

I Vous ' concevez bien , Mesdames ; qtie f^hilippe, qui a voit eu toitt le temps de regretter sa veHueiise épouse, v se soumit ^ tout ce qu!élle exigeoitj sa complice imita son exemple : cependanit un soupir <}t;('elle accompagna d'un regard douloure.ux sui^.ses enfans, ap* prit à L^ontine ^on inquiétude sur le ;8ort qu'ils alloient subir. Rassurez- vous , .Madame, lui dit. notre héroïne; s'ils sont jamais à plaindre, ce sera assurément parjfsurfaute etnon par la mienne.

Je pourrai prendre un jour pour eux des sentimens de. mère ^ mais.il faut

^jullô 8-eii rendent dt^es; Je v«!S leur assuneriles nroyeiw de dfe^eûir boBiiêtes geû94 Je^e tihatgé ^de feur feii^e dçnner 'tin^ bonne «édocalioa : s'il* eà profilent, îirlefr aàôpîeraî ï^our naes^ ea* fanb , .et j'oublierai qu'ils ne doivent leur naissances qu% un crime qui a fait mou malheur. *

, Nous rep««îute& tous^^nSieipbUs le xbé^ toin du- bourg , et j'étois si trtttfspoylée d'admiration potor le procédé de Léoti* tine, que je ta'avois pas de terrises pour Texprin^er, J'admirois sur- tout son amour pour la justice, qui aVoîisu tem* pérer son excessive bouté j^t oe»|déux yerluS àvoieiit chacune con"^rvé letii's droits. Leleûdernâî^, elle me cfeai^gëà de conduire la femme de Philippe dans un couvent voisin. Lorsque je fus de retour, elle répéta k son époux les conditions qu'elle lui avbît annoncées, et lui dit : je çommettrois une impru» dence si je travaillois dès aujourd'hui à faire casser l'arrêl qui nous a séparés, et a rébabililer nos liens; je prends jdeux années pour m'asfsurer de la constance ée votre retour k la'vértii, avant de faire aucune démarche a ce ïujct.

XES AMERICAINES. ^55

Qaànt a vos enfans, ils seront dans ma maison sur le pied de pauvres orphelins , dont la charité seule m'obligera à prendre soin : ce sera de leurs vertus -qu'ils doivent attendre le titre de mes eu fan» y et le droit à un héritage que je vous avoîs dcslîné tout entier , el dont vous vous êtes privé par votre ingratitude*

Je fus forcée par mes affaires de quitter Léontine quelque temps aprè^? mais r)e n'ai point cessé d'entretenir un commerce de lettres avec elle, et voici ce qci6 )'ai appris depuis peu. ËUe a réhabilité son mariage avec Philippe , à condition qu'il romproit tout .commerce . avec ses séducteurs. Un des enfans de ce coupable n>ariage ayant repondu à ses vues, ellel'a solennellement adopté pour son fils} les trois autres ayant prêté l'oreille aux discours empoisonnés de leur grandpère, elle les a repris avec douceur; et comme ilsn'pnt tenu aucun comptede ses avis, et qu'ils ont abusé' die sa patience^ elle les a chassés de sa maispn,' sans pourtant VeÉ abandonner absolument h.

leur mauvais sort, car elle les faitassister sous main /et se sert de quelques bon-

dS4 l'i^S AMEftiC AtNEji.

nêles gens pouf leur faire ouvrir ie& yeux sur leur mauvaise conduite. Elle a fixé un terme pour leur repentir, et a eu grand soin de les en avertir ; ce terme passé ^ elle les exclut de SQn héritage , qui sera seul pour celui qui s'est fait les violences nécessaires pour corriger les inclinations vicieuses qu'il tendit, de ses pareils.

Miss MALT,

Je vous prie, rha Bonne , dites'-moi où demeure cette femme incomparable ^ Je vous jure que je croirai le voyage de France bien employé pour la vt)ir seu* lement une fois.

•Mad*». BONJNË.

Lady Louise n'eii diroit pas autant:

je suis sûre qu'elle la trouve cruelle d'avoir traité ces enfans comme des bâtards, et d'en avoir chassé trois^

Ladt LOUISE*

Est*-ce que voys me crçy ez une folle , ma Bonne , pour m'accuser de porter un. tel jugement? Assurément j'aime votre Léontine fout autant qu'on peut aimer, ]e la crois le modèle de toutes les femmes ^ et )e l'estimerois moins si

elle eût eu une bonté aveugle et saais prudence. Vous riez , lady Violente !

Lady VÏQLBNTir.

Pauvi^é l'adj Louise y vous êtes la dupe de l'allégorie de ma Bonne , et vous tom* ") bez 'dans le piège qu'elle vous a tendu pour Vous obliger à condamner vos proprés sèntimens.

Ladt louiset.

Comment donc , ma Bonne , lady Vio- ^lente auroit-elle deviné ? Cette histoire oui m'a si fort attendrie , n'auroit-^elle jien de réel 7 . •

Madbm.. bonne.

Il y a quelque chose de vrai dans rac-* cusation de la^y Violente ; mais malheureusement l'application de cette allégorie n'est que trop réelle , à l'exception d'une circonstance. C'est cjue Philippe devoit- beaucoup moins à son épouse, qu'Adam et Eve ne dévoient à Dieu :

elle ne lui avoit pas donné lelre et une multitude' de dons si précieux, qu'ils bout au-dessus dé l'expression . Vous vous êtes senti une vhre indignation contre cet homme qui employé , pour perdre Léontine, ses propices bienfaits^ qui

û36 LES AMÉltlCAÏNESr

cherche à lui ravir son oooi , sjes.bîenè^ son honneur. Vgos.aVez cru- qu^unç telle méchaiiceté :n'étoH pc^nt dans la nature, et qu'il ny avoîtou'un esprit infernal qui en fût capable, Voijà pourtant ce qu'au roienÇ fait Ad^ni et Év^j, si Dieu eût été susceptible des na^u?; que vouloienl lui causer ses créatures mgrates : elles prétendoient partager son empire, sa science', s*égàler à lui, se soiTstraire h son doniaîne-; et cependant ^bus oserns traiter lèttr-'faut'é de bagatelle ! Noos trouvons Leoutine tin prqdige de bonté, parce qu'elle peut par*donner de si'grandefc £autos , parce qu'elle (Yonne. les mojtens aux coupables fruits de cet bj men d'acquérir la qualité de ses ^nfans, et de rpntrer en.p9S36Ssiou de^ b^'ens qu'elle avoit prodigués àleqr père ; et nous .osons nojis pUindre diêtre héri^ tiers de la faute d'Adam, quoiqu'il soit en notre pouvoir d'effacer la hputede notre n^^issance^ et de itierit^r le titr^ id^en^nS'dn nouvel A di^m t Ço^qevonf dpnc, :|VI.es^aiue^;, qu'au li^u d'avoir k 2;iou$>pl^ndr6 de U î>çr\^é el;^e 1^ iuslic^ de Dieu, elle surpasse infiniment lout ce que nous avipus lieu d'en attendre.

LES AMÉRICAINES. iSy

Mais, dites- vou^, Dieu à qui tout est présent , âvoît prévu cette faute et pourvoit reropêchéjr.C'est-à-dirp ^Mesdames, que pour vous satisfaire il eût dû donner à Adam et à ses enfans le prix d'une obéissance Forcée, les couronner sans combat, les récompenser sans qu'ils eussent ménté la récompenise! C'eût été blesser sa juslice , qui s^apjibse an'taili) à la distribution d'un prisequî n'a par&t été mérité, qu'à un dliâtiment qui n'a point été pr-écédé d'une faute» Remarquez encore notre hardiesse et la bas*^ sesse de notre cœur; nous souhaitons effrontémeaMe' feoohetir de l'autre vie, celui do celle-ci, sans vouloir faire la moindre phose pour ^obtenir : il semble que Dieu nous le de voit ; et que demandet'il donc ppu^r pous l'accorder ? Qu^ nous raimJDDS, lui^juiy ef^l^^^aource dé toute beauté I qucf^nou^ le proférions à la laideur, à la misère^ Qh l cela est bien pénible assurément. Je' iîni^, car je ne pourrois ^l'empccher 4^ me mettre .en colère contre a:na paresse. et contre la vôtre } d'îiitleurs, cetle le^on ejtçessivement longue,) 'a passé beaucoup les^ bornes. qoe je pxQ suis prescrites.. ..

23d LES AMERICAINES.

QUATRIÈME JOUIINÉE.!

madum. bonne;.

JN ous n^aurons plus miss Préjugé, Mesdames, elle n'a pu s'accaminoder d'une élude oji il.fiLut renOBcè^ aci plus grand Aoxxrbre dies idées reçues généralement par le Yurlgaîre, et penser par soi-même ; elle est vrainatent piquée de ne pouvoir je refuser aux lumières qui lui ont élé offertes.

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