X.-C-S ÀiaîÉRIClIKCS
^aux discours des palriarclies, commence à soutenir les promesses dans le temps oii il en reçoit lai-même na caractère de Terilé. Le prodige qni'suit , vient à Pappuîetdes promesses et du miracle, et ces lr4)îs choses réunies commencent, ce me semble , a donner un préjugé bien fort en faveur de Mgise. Jepaûrroîs encore ajouter à ce» trois choses la fin qu'il se propose : elle est juste et louable.
Màdem. bonne.
Non-seulement , ma chère , vous pouvez Ta jouter; mai^<:eUe der&ière preuve ne peut êlr6 assez pes^e ; et pour des déistes tels que nous le sontmes encore, elle est décisive. Revenons à notre premier .principe , /// a- un Dieu, c'esl-kdire un Etre infiniment parfait. Nous sommes convenues 4e croire tout ce qui seroit conséquence de ce principe , de nier tout ce qui lui seroit contradictoire ; n'oublions pas cette convention. Lady Louise 9 si vous aviez vécu dans ce temps^ et que vous eussiez eu une grande armée à vos ordres, l'eussie^rvous employée à soutenir la lyrannie de Pharaon, ou il . secourir les I&raélilesi
jfi LES AMÉRICAINES»
Ladt LOUISE.
Vous pensez bien , ma Bonne , que je ne suis psrs assez méchante pour me plaire avoir opprimer des innocens, et , j'ose le dire, j*ai assez d'humanité pour chercher, au contraire, à les soulager de loul mon pouvoir.
Màdkm. bonne.
Soutenir , défendre , proléger, soulager les Israélites , étoit donc un acte d'humanité et de justice?
Lâdt LOUISE.
Assurément, ma Bpnne ; et si vous me permetle;& de vousle dire ^ vous me faîtes là des questions fort inutiles, cela parle de lui-même^
Mâdeh. BONNE.
La, là, ma chère Louise, ne vous fâchez pas ; vous en auriez grande envie, parce que je parois douter de la bonté de votre cœur : pourquoi donc douteroisje que Dieu ait employé sa toute-puissance pour faire c^ actes de bonté et de justice que vous ne manqueriez pas d'exercer si vous en aviez le pouvoir ;
yons dont la bonlé u'est qu'un alome en comparaison de celle de Dieu? N'en doutons point, celle immense bonté sollici- 4oit sa puissance pour en obtenir des mi-» racles en faveur de ces malheureux ; la fin pour laquelle Moïse en fait, m'indique leur source. Il est vrai que les magiciens semblent aussi faire des prodiges ; mais quand bien même ils seroient réels , je né balàncerois pas à les regarder comme des prestiges qui ne peuvent se^sontenir long-temps. Le diable est un grand physicien , et pourtant ses connoissances et son pouvoir sont bornés , nous en ver* rons bientôt le bout. Mais pourquoi prononçé-je si hardiment que les magiciens de Pharaon agissent par la puissance de l'ange des ténèbres ? c'est que leurs œuvres ont son cachet, la fin pour laquelle ils agissent est injuste. C'est pour autoriser la tyrannie de Pharaoïj, doue Dieu ne peut les- aider.
Miss DOÎlOïHÉE.
Vous éludez ma question, ma Bonne.
3çi diçois que Dieu ^ çn perrnettant au diable de faire des prodiges , se rendoilt ^n quel({ue sorte le fAuleur du mensonge
i{8 LFS AMERI-ÇAÏNE*^.
•^l de rinjuslice j pourquoi lui perméUré vde faire ces prodiges?.
^'ÀDEM. BONNE.
Us étoient un châtiment du crhne der Pharaon* Ce tyran àvoit cruellemeitt "viole la loi naturcBe, en maHrailanties enfdiis de* celui aaqiiielTE|^y|lte devoit -son salirt r^ ce crimae mérîtoît que Dieu l'abandonirât et permit an dîiable da faire cea prodiges , capables de consom- 'tner son endurcissement. Le roi d^E*gypie,. peuf arroir ah^sé des lois nalu* relies, s'étoit fermé le chemin a la m^é^ ricorde de Dieu, «et s'étoic'mis 6K)u8 la main de sa justice , qui exerçoit sur lui le plus terrible des cbâlimens , en endurcissant son cœur.
Ladt LOUISE.
Vous me faites frémir, ma Bonne, •Dieu peut-il être capable d'endurcir le cœur de l'homme ? Ah ciel ! s'il allôît endurcir le mien !
MÀ»Etf. B'ONPf*E.
De toutes les vëritéè de la rçlîgioii;^ Madame, voilà, seloQ zïioi , la plus ter- 'Tible. 11 y -a une mesure de ,péchés, il.y
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^ une mesure de grâces pour chaque personne : quand ces deux mesures sont remplies, ce qui devroil toucher endurcit; el si rhomme survit au moment qui suit le dçrnier péché , la dernière grâce, c'est pour aller de ténèbres en ie'nèl3res,de crime en crime. J'ai expliqué ceci fort au long à ces dames au sujet de Tordre que Dieu donna aux Israélites, d'exterminer tous les habitansdela lerre promise : relisez cet article dans le Magasin des Enfans, Madame , il y est am^ plement traité. D'ailleurs, vous pouvez cire bien assurée que la mesure des grâces de Dieu n'est point comblée pour vous : vous avez frémi en m'écoutant ; ce frémissement est une grâce; et s'il y avoit ici quelque personne dans ce malheureux état , mon discours l'eût trouvée insensible.
Làdy champêtre.
Il me semble, ma Bonne, que vous accordez un grand pouvoir au diable.
Comment donc! Dieu pourroit lui permettre de faire des miracles réels ? Quelle tentation! Désormais les plus grands miracles ne pourroient me servir de II. 3
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preuves pour rien ; je ne pourrots distinguer de quelle part ils viennent.
Miss DOROTHÉE.
Et moi , Madame, il me semble que je le distîngueroîs a merveille , après co que je viens d'entendre , et qui est conforme k ma raison. Quand un homme fèroit les plus grands prodiges pour ni'engager à faire uçe mauvaise action , je reconnoîtrois dans la fin de ce prodige le cachet du diable. Remarquez pourtant , Mesdamea, qu'indépendamment de celle marque Dieu sait couserver sa supériorité d'une manière écla-» tante. Les magiciens de Pharaon imitèrent Moïse, à la vérité^ en changeant leur baguette en serpent ; mais celui de Moïse dévora les leurs, et les força par là de confesser la supériorité qu'il avoit sur eux. Remarquez encore que ma Bonne ne nous st pas dit que le diable ou les magiciens eussent fait des mira^ clés réels j mais bien qu'avec le secours de ses connoissances il a pu employer les causes physiques pour produire des actes au-dessus du pouvoir des hommes, et qui ne nous paroissent miraculeuses
LES AMERICÀirfES. " 5l
qu'à raison de notre ignorance ; mais jamais il ne parviendra a changer Tordre établi par le Créateur, et à faire ce qui strictement pourroit être appelé un miracle : c'est mon opinion, du moins.
Miss BELOTTE.
Malgré cela , je dis avec miss Cham*
pêtre , voilà une grande tentation. Etoit-
il de la bonté de Dieu de nous y ex*
poser?
Madek. bonne.
C'est comme si vous me disiez : Etoil-» il de la bonté de Dieu de qous présenter les moyens d'exercer notre foi, notre vigilance, et mille autres vertus qui eu dépendent ? Ne nous sûfHt-ii pas qu'il nous ait donné une marque sûre pour tlistinguer ses œuvres d'avec celles de l'ennemi de notre salut ? Vous voyez ^ monsieur Belesprit, que j'ai répondu aux objections de ces dames , et à celles ,que vous auriez pu me faire j il m'importe peu que le diable oti un magicien ait le pouvoir de fasciner ma vue, et de jouer un miracle , pour ainsi dire, je connoîlraî la nature du miracle par son motif et sa fin. S'il est dîgne.de cet Etre
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que noire raison nous a découvert , je l'adopterai; s'il n'en est pas digne , je le rejeleraî. Continuez, si vous voulez i Monsieur, Phisloire de Moïse , telle que vous l'avez racontée à miss Dorothée j ne nous dissimulez aucune de vos objections; nous en sommes, comme vous avez pu le voir , au premier miracle de Moïse.
BELESPRIT.
Je vous l'ai dit , mademoiselle Bonne^ je suis déiste de bonne foi. J'entrevois que je pourroîs bien jusquà présent avoir raisonné sur de faux principes; mais je ne faisque l'entrevoir , et il me faut une certitude inaccessible aux doutes. Je vais donc supposer que je n'ai encore rîeu entendu qui puisse avoir dérangé mes premières idées , et raisonner en cqnsé'^ quence.
Moïse ne se rebuta point deTinutilité de sa pren^îère tentative auprès de Pha^ raon , il s'étoit attendu à ses difficultés; en habile machiniste, il n'avoil donné d'abord qu'un léger échantillon de son savoir faire, et réservoit les grands conps pour les derniers. Il fit plusieurs autres prodiges dont les uns furent imités par
les magiciens de Pharaon , et d'autres qui furent au-dessus dé leur porlée. Je passerai tout d'un coup au dernier, qui p'avoit rien de miraculeux » maïs qui avoit été ménagé avec tant d'adresse , qu'il éloît bien capable d'en imposer à un peuple qui se sentit frapper par l'endroit le plus sensible.
Moïse, de longue main , s'étoit assuré d'un certain nombre d'hommes déterminés à lui obéir aveuglément? c'cloit comme les frères rouges de Cromwel , ou comme les sujets de Taissassin de la montagne. Il avoit eu soin de les disper^ ser dans toutes les familles égyptiennes. Sûr de la fidélité de ces hommes, il chercha à donner un air de miracle à la terrible exécution qu'il méditoit. Il commande aux Juifs de tuer un agneau avec de grandes cérémonies , sans casser ses os; il faut manger cet agneau avec des laitues sauvages^ et avec je ne sais combien de formalités ridicules; et ce.qui étoit de plus important , il leur ordonne de barbouiller les portes deleursmaisons avec le sang de cet animal. Cette même nuit les cruels confidens de Moïse és^or- •gent le fils aîné de chaque maison , et le
leùdetïiain Moïse persuada aux Egyp»
tiens et à Pharaon que c'étoit Dieu qui avoit tué leurs enfans pour les punir de ce qu'ils nô vouloient pas laisser sortir les Jui& d'Egypte.
Lady violente.
Là , M. Belesprit , mettez la main sur votre conscience , et dites-nous bien sérieusement Y bien véritablement, si vous croyez la fable que vous venez de nous débiter , ou si vous nous prenez pour des oisons Y en nous proposant de la croire. Si un historien , xxn romancier même, avoit osé employer un fait aussi absurde que celui que vous venez de raconter, ne jeterîez-vous pas son ouvrage au feu sans pouvoir gagner sur votre patience de l'achever ? Quoi ! Vous voulez nous persuader que Moïse , qui avoit été fugitif depuis tant d'années, avoit ^u le temps de séduire un aussi grand nombre d'hommes que cebii dont il auroit eu . besoin pour exécuter ses desseins criminels ? Vous voudrez nous faire croire qu'il avoit eu assez de crédit pour les placer dans les meilleures maisons d'Elgypte, et jusque dans le palais du roi ?
Les a m BRI gain es. 55
Vous supposerez que, dans ce grand nombre de coupables , il n'y en eut pag un seul qui , touché de remords ou flatté d'une grande récompense, n'ait pas dé^ couvert ce noir projet ; pas un seul dont la pitié n'ait arrêté la main au moment de l'exécution? Avant de croire de telles extravagances, je deviendrai folle k lier^ et je placerai sans façon au nombre des fous ceux qui oseront soutenir une telle thèse. Pardon de ma franchise, Monsieur ; mais je vous la devois pour l'espoir que vous avez conçu de nous voir donner croyance.^ un roman si mal imaginé , et que vous ne croyez pas vous-i même.
BELESPRIT.
Vous Paves deviné ^ Madame, 3e n'ai feint de croire l'histoire que Moïse nous a laissée , que pour me prêter a vos préjugés; mais je vous proteste que je n'y ai jamais donné aucune croyance. Moïse ainsi que Mahomet ont compté sur la foiblesse de l'esprit humain lorsqu'ils ont donné leurs ouvrages, et je ne croîs non plus aux plaies d'Egypte, qu'au voyage de Mahomet dans le$ sept cieux en un quart de minute.
Autre extravagance. J'admîre avec quelle adresse messieurs les bejaaxesprits cherchent à nous dépayser en brouillant led faits , quils adoptent , rejetieûl ou expliquent^ selon qu'il convient à leurs vues. J'admire aussi avec quelle assurance , tranchons le mot , avec quelle effronterie ils osent prononcer, décider» Ils croyent nous en imposer par" leur ton décisif, et nous «^ler jusqu'à la pensée d'examiner leursxléclsions. Mais', Monsieur 5 vous n'êtes pas dans un cercle de femmes légères » qui trouvent plus facile' de recev-pir vos impressions que de se donner la peine de discuter vos preuves ; ilfaut ici tout peser , tout examiner*
BELESPRIT.
Venez à mon secours , mademoiselle Bonne. Lady Violente est véritablement en fureur , j'ai peur d'être battu.
Mad^m. BONNE.
Je conviens qu'elle pourroit , qu'elle devroit même montrer un peu plus de modération; cependant j'avoue qu^il est
LES américaines;^ Sj
difficile de se contenir dans des bornes Raisonnables, lorsque vous en sortez vous-même ! après tout , il est question de prouver ce qu'elle dit. Elle soutient que vous avancez une extravagance digne des Petites-Maisons , en prétendant nier les faits rapportés par Moïse , aussi bien que ceux dont Mahomet et . ses disciples nous ont laissé le récit : je la croîs personne à vous le démontrer , ^ et cela sans être fort habile , et le gros bon sens suffît pour exécuter son dessein. Allons , lady Violente , tranquillisez-vous, et prouvez à Monsieur honnêtement , poliment même , mais avec clarté et précision , que son second sen* timent n'est pas plus raisonnable que le premier.
Ladt violente, d'un ton grave.
Les discours sont de foibles armes où Ton peut employer l'autorité et la force. Je dégraderois ma mission , si je cherchois à la prouver par des raisonnemens. Je suis envoyée de Dieu pour terrasser,, anéantir M. Belesprit ; et s comme il ne seroit pas juste de l'obliger à m'eu croire sur ma paroles qu'il
apprenne que toute la nature est à med ordres j qu'il sache que c'est à ma voix que le feu du ciel tomba vendredi sur le quartier de Westminster , et qu'il consuma la moitié des maisons ; que c'est moi qui, depuis huit jours, enlève son pain tjuand il se met à table ; que cette pluie de cendre , qui a tant effrayé les habitans de Londres depuis trois jours , éloil mon ouvrage. Tous ces prodiges vous ont effrayées , Mesdames , parce que vous en ignoriez la cause j rassurez- vous: je n'avoîs en vue que Monsieur et ses honnêtes confrères les déistes. J'exige l'abjuration de sa doctrine ; et s'il me résiste , je vais l'enlever en l'air, ou l'ensevelir tout vivant dans les entrailles de la terre.
Miss SOPHIE.
Ah ! mon Dieu , ma Bonne ; lady Violente est- elle devenue folle ? Tenez, j'en suis tout effrayée.
Ladt VIOLENTÉ.
Je vous Tai déjà dit , ma chère , rassurez-vous ; ceci ne vous regarde pas : je parle à M. Belespril , il sait la vérité des choses q^ue j'avance; et après toutes
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les épreuves qu'il a faites de mon pouvoir depuis quinze jours , je ne crois pas qu'il ail la hardiesse de me désobéir*