‹ Les AméricainesChapitre 26 sur 42 · BÊLE5PR1T · texte numérisé non relu

BÊLE5PR1T

Je ne vois pas à quoi peut aboutir cet eufantillage. J'ai beaucoup de respect pour lady Violente, et c'est ce respect qui m'empêche de la croire dai^s son bon sens ; non , dans son état naturel , elle ne donneroit pas dans de "tels écarts* Je n'ai point été endormi depuis un mois , ni vous non plus , Mesdames: or, qui de nous a entendu parler de ces pluies de feu et de cendre? Et ce pain qu'on m'enlève aussitôt que je veux manger , qu'est-ce qu'il signifie ? Ah ! mademoiselle Boqne, Télude ne convient ])oint aux personnes du sexe : en voici une a qui la science a tourné la tête , vous n'en pouvez douter ; et s'il est nécessaire que je soutienne de pareilles scènes, je quitte la part^ie.

Ladt violente.

Il faut avouer que vous êtes un drôle de corps de trouver ridicule dans^ ma bouche ce qui vient de sortir de la

6o LES AlttÉRICAINES.

vôtre. Vous dîtes que je suis folle parce que, pour vous obliger de vous soumettre à mon autorité , je me prétends inspirée de Dieu , et que je vous donne pour preuve de ma mission des prodiges que je soutiens avoir opérés aux yeux de toute la ville de Londres, quoiqu'il soit réel que personne n'en a rien aperçu. Il est certain , si je disia vérité, et que j'eusse opéré ces pi*odiges, que vous et les autres seriez forcés de me regarder comme véritablement armée de la puissance de Dieu ^ et que , si je dis faux , mon exposé , loin d'exciter votre obéissance , doit VQus engager a me mépriser comme une insensée.

Ceperrdant vous voulez me persuader que Moïse tint une conduite que je ne pourrois tenir sans extravagance? Que pour s'assurer de l'obéissance des Israélites, il aura inventé un roman qui supposera des faits extraordinaires passés sous leurs yeux , sans qu'il en ait eu aucune connoissance , /Sans. se douter que cette histoire ne servira qu'à le faire passer pour un effronté fou, et ne sera propre qu'à le décrier dans l'esprit de SCS compatriotes auxquels il douneroit

LES américàinss. 6i

par là une preuve kromplelle de sa folie? Un an après l'entrée au désert , les Israélites mangent pour la seconde foî»

l'agneau pascal , ainsi que Moïse le leur a ordonné. Ce repas , celte cérémonie d pour objei de perpétuer la reconnoissance qu'ils doivent au Seigneur qui a préservé , l'année d'avant , leur famille du massacre général des premiers^ nés des Egyptiens ; plusieurs millions de personnes dévoient avoir été témoins de ce fait , puisqu'il y avoit six cent mille Israélites en état de porter les armes, sans compter les femmes , les enfans , les vieillards ; et c'est à une telle multitude que Moïse prétend en imposer sur lin fait récent, et qui devoît avoir fait cheà eux l'impression la plus vive ! Allez , Monsieur, tous les Israélites se seroierït accordés à dire à Moïse comme vous venez de me le dire, vous êtes un extravagant. Un imposteur dans son bon sens seroit plus habile ; il auroit choisi uu fait plus éloigné , dont aucun de cent qui vivoient alors h'auroient pu être les témoins , un fait tel que le voyage de Mahomet dans les sept cieux , que vous avez eu la mauvaise foi de mettre

6s t'^S AMÉaiGAINES.

à c6té da meurtre des premiers-nes d'Egypte ^ comme s'ils eussent été semblables , quoique le premier n'eût d'antres témoins que le fourbe qui le débitoit, et qui avoit un intérêt trop marqué à l'inventer , pour en être cru sur sa parole.

Vous êtes le maître de choisir entre ces deux opinions , Monsieur : ou le massacre des premiers-nés est réel, ou il ne l'est pas. S'il est réel, il n'a pu être le fruit des artifices de Moïse, vous êtes convenu qu'il seroit extravagant de le croire. S'il est faux , Moïse ne peut pas l'avoir donné pour preuve de sa mission à un million d'hommes qu'il disoit en avoir été les témoins, et qui étoient en état de lui donner un démenti formel : choisissez entre ces deux opinions celle que vous croirez la plus sage.

Je ne m'attendois pas a une telle chute, Pavoue , lady Violente , que vous avez beaucoup d'esprit.

LiDt VIOLENTE,

Je vous tiens quitte de toutes ces

louanges, Monsieur : me trouvez-vous conséquente ? Cela me sufBt.

BELESPRIT.

Donnez -moi le temps de respirer,

s'il vous plaît , vous êtes trop vive 5

* demain je vous dirai mon dernier mot»

Madeu« bonite.

Et comme vous avez du bon sens , je suis preôque assurée que vous en viendrez à penser comme nous sur la révélation ] car il n*y a pas moyen de se roidir el de se refuser à l'évidence , quand on l'aperçoit. Je vais m'élendraun peu sur ce que lady Violente n'a fait qu'effleurer, pour ainsi dire: ce point est décisif.

Mesdames; redoublez d'attention. Moïse étoit-il inspiré , ne l'éloit-îl pas ? Monsieur n'est pas le premier qui a regardé Moïse comme un homme qui n'avoit en vue que de se fonder un empire: éloignons l'ombre même de toute incertitude par rapport à la divinité de sa mission.

Il y a eu des Juifs qui ont observé Ja loi de Moïse -.c'est une vérité qui ne peut être révoquée en doute j nous en voyons encore aujourd'hui dans toutes les parties

64 LES A M sai G AI NES.

du monde, qui sont encore attachés à cette loi , et qui l'observent.

Celte loi que Moïse a donnée a ux Juifs, étoit absolument opposée a leurs inclinations vicieuses: ils étpient par euxmêmes grossiers, terrestres, et leur pen-^ chant à Tidolâtrie étoit une espèce de fureur.

Il n'y a pas d'apparence que les Juifs se soient engagés à observer cette loi sans avoir des raisons déterminantes qui eussent une force supérieure. Moïse leur a donc donné des motifs si puissans pour s'y soumettre , qu'ils n'ont pu s'y refuser.

Ces motifs sont compris duns les livres qui renferment cette loi, et ont été énoncés dafts le temps même oii elle a été donnée.

Je suis le Seigneur ton Dieu gui t^ai tiré de la terreau Egypte et de Id maison de servitude.

La loi de Moïse u'étoit point , comme celle de Numa et des autres païens , ca^ chée au vulgaire : on n'y trouve^'ien de plus souvent répété que l'obligation d'en instruire les enfans dès leur pllis tendre jeunesse. Les livres de Mois^ n'étoient

,poînt cachés comme ceux des sybilles , on les lisoit hautement touffes les semaines cl les jours de fêles : Moïse y rappelle à chaque page les prodiges que Dieu a opérés par son moyen ; il les raf • pelle â un peuple nombreux qu'il prend a témoin des faits qu'il rappelle , parce qu'ils se sont passés sous leurs yeux. Ce n'est point là la marche dW imposteur , et sur-tout d'un imposteur habile , qui sentirdit qu'un seul trait faux sufliroit pour le décrier sans retour dans l'esprit de ses sectateurs. Il faut donc tenir tous ces faits pour conslans , soit qu'ils aient été opérés par rintèrventîon de la puissance divine, soit qu'ils aient été l'effet de la puissance de Moïse , soit enfin qu'il ait été aidé par une autre puissance que celle de Dieu. Mais remarquez, Mesdames, que s'il y a seulement un seul de ces faits qui puisse être regardé comme appartenant a Dieu, il suffira pour faire recevoir tous les autres ; car il seroit contraire à la sainteté de Dieu d'autoriser la doctrine d'un imposteur par tm prodige.

Remarquez encore , Mesdames, que la loi donnée par Moïse étant toute sainte et toute propre à rendre les hommes

heureux , on ne peut raisonuablement attribuer seS miracles au démon , êlre malfaisant^ qui ne pouvoit qu'être ennemi de cette loi : appliquons ceci à ce que nous avons dit précédemment»

Les premiers-nés d'Egypte ont été tués dans une même nuit. 11 seroit absurde de dire que ces morts ont été la suite d'un complot formé par Moise. On ne peut l'attribuer a Satan , puisqu'il étoit question de punir un tyran , dé délivrer des innocens opprimés , et que ces œuvres étantbonnes par elles-mêmes,nepeuvent avoir pour auteur qu'un être bon. Donc ce prddige est un effet de la toute-puis^ fiance de Dieu.

fiELESPRIÏ*.

Cest ce que je ne vous accorderai jamais, Mademoiselle. Il étoit question de délivrer des innocens, dites-vous ; et pour y réussir, on fait périr une multitude d'êtres sans contredit beaucoup plus innocens. Les enfans des Egyptiens étoient-ils coupables de l'obstination de Pharaon ? Les faire périr est une injustice et une barbarie qu'on ne peut attri* buer a Dieu sans blasphème.

Màoem. BONNB. '

Quoi ! Cest ui^^^Ailosophe qui me lient ce langage ! Les païeus sur cet ar« iicle en sa voient plus que lui. Mourir n'est point un mal; mourir avant de connoître son existence , peut encore moins être regardé cpmme un mal ; enfin un chrétien doit penser que la mort pour ces enfans fut un vrai bien , puisqu'il est hors de doute qu'elle leur épargna le crime de l'idolâtrie, et mille autres dont ils se fussent rendus coupables s'ils eussent vécu plus long-temps ; leur perte ne fut sensible qu'à leurs parens , qui sans doute approuvoient la tyrannie de Pharaon sur les Israélites. Reprenons ce que nous disions. Dites-nous , miss Belotte , quels furent les prodiges qui accompagnèrent et suivirent la sortie d'Egypte.

Miss BELOïTE.

Cette colonne de feu qui éclairoît le»

Israélites pendant la nuit, et qui sous une autre forme dirigeoit leurs pas peur dant le jour, le passage de la Mer^Rouge, et mille autres.

BELESPRIT.

Ce passage de la Mer-Rouge a toujours été regardé comme un événement naturel dont Moïse se servit habilement.

Quelques auteurs païens nous assurent que celte mer avoit des flux et reflux ' extraordinaires, qui laissoient quelques* uns de ses passages à sec. Moïse, dans le temps qu'il éloit berger, avoit été instruit du temps oii ce phénomène arrivoit, et il en sut tirer parti.

Lâdt champêtre.

Voilà une de ces choses qu'on auroit honte d'civancer dans le roman le plus dénué de vraisemblance. Ou ce phénomène prétendu étoil périodique , ou il ne l'étoit pas. S'il arrivoit dans des temps fixés , comment supposerqu'il fût ignoré des Égyptiens? S'il n'y avoit aucun temps précis pour cette merveille de la nature, comment Moïse avoit-il pu y compter ?

11 faut donc mettre ce passage sur le compte d'un hasard heureux , mais d'un hasard fait exprès j car un quart-d'heure de moins, une partie des Israélites auroient péri -, un quart-d'heure de plos , quelques-uns des Egyptiens se seroient

sauvés.Pourrangercetévénemenl parmi ceux qui onl des causes physiques , il faut supposer de telles rencontres, qu'elles seroient aussi miraculeuses que le miracle qu'on veut nier.

Miss DOROTHÉE.

Ajoutez quelques remarques qui vous échappent , et qui détruisent absolument ce que Monsieur vient d'avancer. S'il avoit lu attentivement le texte sacré, il anroit vu que la mer n'étoit pas simplement desséchée dans l'endroit oii les Israélites la passèrent , mais que ses eaux s'élevèrent des deux côtés comme un mur, et demeurèrent suspendues tout le temps du passage^ qu'elles n'étoient^ pas dans cette position lorsque les Israélites arrivèrent au bord de celle mer , ptiîsqu'ils y éloient acculés, et que ne voyant/point d'issue pour échapper aux Egyptiens , ils éclatèrent en reproches contre Moïse ^ ce qui auroîtélé ridicule si le passage eut été ouvert j que cette ouverture ou suspension des eaux arriva dans l'inslant oîi Moïse les frappa de sa baguette j que les Egyptiens ne virent point ce prodige , puisqu'à leur

«70 LBS AMERICÀtJVES.

approche la colonne de feu quiéclaîroît les Israélites , et marchoit à leur tête , changea de place et se mît entre eux et leurs ennemis, de manière pourtant qu'elle n'étoît lumineuse que de leur côté , et faisoit comme un brouillard épais vers celui des Egyptiens. Eh bien ! Monsieur, que dites-vous de ce passage dont les impies font tant de bruit et dont ils triomphent dans le globe des anti-chrétiens proche de Templç-Bar ?

Us raisonnentlk tout à leur aisé, car il n^j a personne pour relever leurs sottises ; ne vous y êtes-vous point trouvé par hasard ?

.Je vous demande quartier, miss Dorothée; et pour le mériter, je vous confesserai que je suis un des membres de celte belle assemblée, oîi tous ceux qui veulent nier la révélation sont admis; On n'y conteste pas la relation de Moïse comme ayant été écrite. par lui; mais on prétend qu'il a inventé toutes les circonstances dont voils venez de parler, pour donner un air de miracle à ce qui n'éloil qu'un événement naturel. La force de l'habitude a remué

T.ESAMKRICAINES. 7I

vingt fois ma langue pour nîer que ces çirconslaaces fussent réelles ; la honte m'a retenu. Cétoît aux témoins de ce fait que Moïse le r^ppeloît, il seroît absurde qu'il l'eut chargé de circonstances qu'ils eussent pu démentir.

Madem. bonne.

Ajoutez que ce ne fut pas le seul mi« racle de celte nature que Dieu fit en faveur des Israélites. Les eaux du Jourdain furent aussi dociles à la voix de Josué , que celles de la Mer-Rouge l'avoîent été aux ordres de Moïse : elles se divisèrent en deux, toiit le peuple y passa , et ceux qui portoîent l'arche restèrent tranquillement au milieu de son lit. On eut même le temps de prendre des pierres au fond de ce fleuve , et pour quel usage , s'il vous plaît ? Voqs en ferez un autel , dit Josué ; et quand vos enfans vous demanderont ce que signifie cet autel , vous leur répondrez : c'est en mémoire du miracle que Dieu fit en faveur de nos pères , lorsqu'il divisa les eaux de ce fleuve pour nous introduire dans la terre que nous habitons aujourd'hui. Que dites^vous de cette circonstance , Monsieur ?

BELESPRIT,

J'avoue qu'elle est décîsîve , supposé que.... maïs je m'arrête, je ne veux point batailler contre l'évidence : je vouloîs dire , supposé que ces livres eussent élé publics du temps de Josué ; or , il est notoire qu'on les lîsoit publiquement.

MiDEM. BONNE*

Voyez actuellement quel cas- vous devez faire des objections de messieurs les esprits forts , lorsqu'ils nous disent sérieusement que le dessèchement de la Mer-Rouge éloit un événement nature), comme si dessèchement ou suspensioa des eaux étoit la même chose. Quand ils ajoutent que les historiens profanes en ont parlé , cela fait beaucoup pour nous , errien pour eux. Que ce fait soit répandu , il n*y a rien quç de vraisemblable j mais qu'il se soit répandu de bouche en bouche ,,avec toutes ses circonstances , cela, n'est pas probable , puisqu'un événement s'altère en passant d'une rue dans une autre, sur-tout si ceux auxquels on le rapporte n'ont aucun intérêt à la chose. Il n'en étoit pas

tes AMÉRICAINES. ,j5

de même des Israélites : m'en direz-- TOUS la raîsfon, la dy Violante ?

. ' LlDt VIGLÉNTE.' *

^ Elle est claire. L'assujeUîssement deô ïsi'aélîtes à liné loi gênante éloit fondé sur la vérité de ces mîracles : ils avoient donc un intérêt sensible a les bien éplucher , et nous pouvons nous

en fier, k cet égard; a leur inciéàulîlé

naturelle^

BELESPRIT. *

Il n'éloît pas sûr pour eux de montrer des doutes , l\Iadame ; Moïse les punis^ soit trop sévèrement. , .

MiDEM. BONNE.

C'est ce que nous examinerons dans un moment, Monsieur; ne voltigeons point sur noire sujet: c'est une ressource pliais je ne vous la laisserai pè^s. Je vous ai dit q-u^l me suffisoitde trouver un seul fait qui fut au-dessus des forces de la nature, pour en conclure que Dieu qui auroit opéré celui-là ,auroil aussi opéré tous les autres , puisqu'il seroil contraire à sa natuvp de prêter sa toute-puissance à nu impçsteur. Or, ces miracles que je IL ^ 4

^4 ^K^ ÀMÉRlCArNE».

viena de rapporter , sont au-deseus de la puissance humaine» Parmi le grand nombre de ceiî^ cKr même ordre opérés par Moïse , je n*en choisirai qu'un seul , parce qu'il a subsiste pendanl«qii.arante ans.

BELE9PftlT.

Vous voulez sans doute parler de la.; manne ? oh ! pour celui-là , IViademojî-. selle , vous ne me trouverez pas si do-, cile : le capucin du Louvre dont j'ai oublié le noni^ et qui a voyagé dans ces déserts , nous assure que la mamntf y tombe ascoré aujourà^fitiK

Làdt violente. '

Vous êtes bonnes geus , vous autres

ffavâns^ Quand il s'ag;Tt d^un fàft q Ai peut

afibibiir k vérité d«là révélation /vous

VgàxxÊ^Wez B&r kr foY d'utr seul témoin «

sans vous doilBer la peine dl'eh peser la

moindre ^iremisi^aiTce^ A Vîl eii ques^-

ûou des féks qnr puissent l'autoriser ,

vous réeusetr des milKers de témoins.

Cette conduite est-eilc équitable ? Cette

inanne que voire capucin a vue*, cfoît-

elie en ass€» jçrande- quantité ptnit

nowrir pl^is d'ftn miîli<>tf d'IiorjrfiAfcs ?

LES AMlEKlCiïNES, 75

Vous dit-il qu'il ait essayé pendant qtiel- <jues jours de se borner k celte sotte de rfottrriltire ?

MàDEM. BOIÏNiE.

Ce n^est pa^ préciséiâe^t la manûè dotït il e$t question , maid de$ qualités de la msane. Qa^elle tonÉbe encore an* jonird'hui , cek tit tti'itÈtpùrie point dti tout : ce qui e^t cetlain , c*ert qu'elle ni tomboit pa4 loî^squè U» Israélites âtrîvèreia^t dans ce desei^l j car ils^ eurec^ le temps 4y ^uffi^r la faim et d*y iftoriBurer ctywtre Moïse j étt'^eéood lieu ^ ils ^e rëèrîèt^e^t Wla tue de la manifie, parce^ «fti'ilâ tfëu rfvoieflt jatoaii vtf , qttOiqif^iU habitsisstof au tmÂts depuis quelques j^o^^s^ daûs ce délserl. *ï«)Wièraeni€»t , cët(e ^anne côtitiutifa de tonubet juéqil^au nioitient ok ils firent' du, pain avec le blé de là tei^re^ p«>* mise. Ils étoiei>t sortis du désert alors ; donc celte manne lomboit sur les bords du Jourdaîû qui dcpttis ce temps ont ^é fort fréquentés , et le s'ont eticôre anjourd'hut. Cile^moî quelque voyagéttf .qui aie vu 3e lar rttatinè aux enviton^ du ' Jo^daiu, Voira voyez , Monsieur , que

•jG LEf A MÉjR ICA INES.'

ce capucip a pris quelque gomme ou autre chose pour la manne dont les Israélites furent nourris ; et s'il a osé annoncer ce fait pour ôter le miracle que Dieu fit en faveur des Juifs , ses voyages , en étendait ses connoissances, n'ont pas perfectionné son Jugement:

c;ix il n'y * ^^^ rapport entre ce qui eKÎsle aujourd'hui., çt ce qui éloit aloi;s. D'ailjfeurs , |ii je n'ai pas lu les ouvrages dé cet horhme , j'en connois un jgrand nombre d'autres qui «l'eussent pas manqué de nous instruire de cette partieu- Ijirilé, Les voyages dans ces déserts sçroient plus fréquens si on y trouvoit celle ressource , et les voyageurs ne se faligueroient pas a y porter des provisions. Mais revenons à ce que je voulois vous dire , Miss Doi;olhée. Tous les êtr^s qui existent ont - ils des qualités ? Quellesi sont ces qualités ?

Miss DOROTHÉE.

11 y en a d'essentielles et d'accidentelles. Les premières sont tellement attachées a leur sujet , qu'on ne peut Içs en détacher sans le dénalurerel le fiélruirp: une qualité essepliçlle isiu feu,

tpS A MEKlCAlNE^. 77

c*est de déchirer , de diviser loul ce que Ton offre à son action, un feu qui ne produîroit pas cet effet, ne seroît pas de la nature de celui que nous connoîssons , ce seroît un feu en peinture par rapport au nôtre. Une qualité essentielle h leau est la fluidité : toute eau qui n'est pas contenue , cherche a s^échapper. Une qualité essentielle a la tej^re^ est la pesanteur j il faut qu'elle soit soutenue, et au moment qu'elle cesse de l'être , elle tombe* Ces trois choses cesseroîent d'être feu, eau, et terre, si on pouvoît les dépouiller de leurs qualités. Toutes les forces dis la nature réunies, quand on y ajouteroît iQut ce que l'art peut inventer , ne seroienl pas capables de conserver le feu en lui ôtant ses parties aiguës et tranchantes , l'eau , en la privant de sa fluidité, la terre en la dépouillant de sa pesanteur. Tant que ces corps existeront sous le mêHle mode , ils auront ces qualités essentielles qui constituent leur essence,

MiDEM. bo:n]V£.

Remarquez que ce qui est absolu-

7? tçs AniftlCAlKES.

ment hors de la puissance de la nature et dç l'art requis , e»,t possible i Pieu , et que les miracles danjs lesquels il suspend et intercepte , pour ainsi dire, lesqujtlilés essentielles, n'appartiennent par conséquent qu'à lui. Ainsi , dans le pasjsagç de la Mer-Rougç et du Jourdain , le^ eaux , sans cesser d'être fluides , furent suspendues } l'ordre de Dieu fut pour elles une barrière qu'elle^s ne purent franchir. i/Orsque les trois enfans furent jetés dans la fours^aise , I^ feu ne perdit çien de son activité , puîs^-* qu'il consuma ceux que Nabuchodonosor employa pour les j jeter; maiis les flammes reçurent l'ordre de respec*- Içr les tr(>i3 enfans, si je puis envployer cette expression ; leur qualité essentielle de déchirer et dîe détruire, par rapport à ce$ trois enfant , fut sus^ pendue. Que ponclurez-^^vous de tout ceci , lady ViolenUe ?

LàdtAiolenïe:

Que toutes les fois qu'un corps si»bsi&tera , et <)ue ses qualités essentielles seront suspendues, nous serons forcées de recoanoître l'ipterveutiou de la Di-

LES AnéaicAixcs. 7^

vinîlé; car il n'y a qti'elle à qui celte ea^en&ion soit possible.

Madem. BOISISE.

! Je remarque ce caracRK de la TU* 'vrinièé, sâr-totait dans un de$ miradeé de Moïse , qui-eit lé plus k la portée de nous autres femmes qui somtDes ignorantes. La manne qui tomba* dans le désert, étoit si corruptible de sa nature y que du jour aru' lendemarn eHe se remplissoil de vers. Cependant cette qua-' • lité qui lui eteit essentielle , demeuroit suspendue le septième jour , et ne l'ëtoil que ce jour la ; tonte la puissance Humaine ne pouvoit opérer ce prodige.

Le "beurre, par sa- nisifure^ se liquéfie au feu 4 ;si tous lés dimancbés un liomme parvenoit à le faire jeter dans une fournaise et a le retirer en masse, on ne pourroit douter que cet homme ne fût aidé 4^ secours d'en-haut. Disons donc ; , rincorruptibîlUé de la manne le septième jour éloit un miracle que toutes les forces de la nature êl de Tart ne poirvoieut opérer : done Dieu ea étoit routeur.

Ce seul fait, suffirait , MesdAmes ,

to If.CS AMÉRICAINtS. !

•pour nous prouvçr la niis^îou dô Moïse et la divinité de la réyélàtion dont il a éié le ministre et Técrivain ; mais je suis si rich^en preuves que je ne puis int contènllKe celle-là. Je vous exhorte donc d'ki à la première leçOoià réfléchir sur rbistoirè de Moise , et à rassembler loutés les [Objections qui pourront vous venir dani Tesprit.

Seconde jpijRNÉE.

, Madem, BQISKE.

Eh bien. M. Bqlesprît ^ vous n'avez point pie rëbulc de n'oïre première 'leçon. (Quelles réflexions opt produit ce due vous avez entendu ? Car , si j*ai bonne mémoire , vous m avez promis d'en faire , et je gagcroîs bien que vous m'avez tenu parole ^ peut - êtr« malgré vous^ - '

. ^ BELESPRIT. ' , \

Encore une fois , Mademoiselle , dispensez - moi de cette confession ^ je reviens , c'est signe que je ne suis

rES AMERICAINES. 8f

pas bbsliaé : ne m'en demandez pas davantage j souffrez-moi, dans Tespérance de ne pas perdre absolument vos soins a mon égard j du moins , en attendant, je vous serai bon à quelque chose. Vous souhaitez, dites - vous , qu'on vous fasse des objections : je conrioîtrai bientôt si vous êtes sincère^

Màdeh. BONNE- r

Eprouvez-le, Monsieur^ ne me ménagez pas : c'est bien sincèrement que je vous ai prié d'en faire ; j'ai bien autant d'intérêt que vo^s à n'être ppiut trompée sur un article d'aussi, grande conséquence. ' . ' .

BELESPÎIIT.

Ma première objection est sur la manière dqnt les écrivains que vous regardez coii>me sfiçrés , ont .traité ce qui regarde les sciences : ces hçmmes , s'itf eussent été inspirés , ;nei,i)pus eussepi^ pas dit que le soleil fut arrête par Josu<?; puisqu^il est certain que c'est la terre qui tourne. On feroit^^un votwme de^ fautes qu'ils ont faîtes par' rapport à la physique, à là chronologie, a là géo-:

graphie.

$2 tES AnéhîCJLinZBi

Madsm. BONN'E.

Vou3 commencez par poser en fait , Monsieur^ ge qui n'est qu'en question.

J'avoue que le système de Copernic est le plus généralement reçu j cependant le sentiment opposé a encore des partisans célèbres. Quant a la chroBologie , il pourroît fort bien arriver que nous ignorions la façon de corwptcir des anciens j m^is je ne m'arrête point k ccla^ et je vous répondrai, d'après Saint-Augustin , que le but du Tout-Puissîipt, W inspirant Je^ écrivain^ sacrés, étoit défaire de&s^ipts, etnQZji des savans : ainsi dans tout ce qui rer garde la foi et la morale , les écrivains sacrés ont été inspirés de Dieu. A l'égard Aeé choses qui regardent le« sciences , du ils ont été abandonnés à leurs lumières naturelles , ou ils ont crû devoir se con* former aux idées reçues de Jeur temps.

Si Josué eut dît à la terre de s'arrêter , il n'ent pas été entendu, et les Israélites l'eussent regardé comme un insensé.

MiS8*D0RQTHÉE.

11 y avoit un remèdç à cela j ma Bonne , il falloit brièvement leur Éaîfe,

IXS AMERICAINES. ^

â lat térie de Tarméev un petit cours de €0$mogni}>Iue^ ei leur expliquer eu peu de ;mdts' lès ibonues raisons qui engagent: à croire qée c'est la terre qui tourne 9 et non pas le soleil.

BELESPRIT.

Il faut avouer que miss Dorothée est ^ien inéchaDte. Mais que répondrezyous par rapport aux histoires scandaleuses que ces écrivaios ont insérées dans leur. histoire ? Plusieurs des patriarches ont élé des scélérals à pendre p je ^\s. me-nie. plusieurs de ceux qi/ou compte parmi les aïeux du Messie.

Pavid, qu'ils disent avoir été selon le cœur de Dieu,ctoit un méchant homme, et rÉcrilure ue. blâme point un grand nombre de mauvaises actions qu'il a

faites.

madem. bonne.

Ce que je répondrai , Monsieur? que votre objection |bien loin de diminuer ma ioi sur la divinité dessaintesEcritures^est Xkxxe des raisons qui m'engagent à croire que ceux qui Ton) écrite ont été inspirés îe Dieu.*Voos autres savans incrédules , TOUS soufflez fort bien le froid et U

S4 ^^^ am£rigain2s;^

chaud de la niême bouclie: Sur quoi prîncipfklêmenl appuyez-rYOosile pyrrhoiifsme par rapport à Thistoire? Sur ia partialitë des historiens : ils oct €crit, . dites* vous , selon l'intérôl de^'la passion dont ils étoient animés^ Que je présente la vie de Marie d'Ecosse à un Anglais prolestant , il se inoquera , et avec raison, des éloges ique le père d'Orléans lui donne, et dira: cet homme préoccupé du zèle de la religion qu'il professe, a eu inlérél de blanchir utie reine papiste, et n'a eu garde d^avouer les crimes dont elle etoil réellement coupable : c'est phitôl un apologiste qu'un historien ; ce qu'il ne peut nier, il. le pallie comme s'il eût craint que le contre-coup des crimes de celte reine* ne fôt retombé sur sa religion. Cet Anglais aura une bonne raison d'être en garde contre un historien partial : oh sait assez qu'un historien dissimule avec adresse les fautes de ses héros. Est-il question d'un roman? Les principaux personnages sont toujours des modèles de perfection : il ne coûte rien à l'auteur de les décorer d^ tôuies fes vertus possibles , et il n'y manque pas s'il sait son «létkK Quel éloit

LES AMiaïCAINXS. êS

le but de Mo'ise en écrivant, supposé qu'il doive être regardé comme un historien ordinaire? De faire passer la race de( S^ni;, doùt Abraham descendoit, comnae celled'oifdevoit sortir son peuj^Ie et.k; chef de son peuple. Les promesses que Dieu*âvoit faites à Adam, il les renou- Vfelle: d'une manière bien plus marquée à Abraham et aux patriarches, ses de»* cendans. Voilà les héros de Moïse, et par conséquent ceux dont il auroit eu intérêt d'atténuer, ou, du moins, de justifier les mauvaises actions par des motifs secrets. Le fait-il ? Au contraire : il nous av6^c que, plusieurs , et les principaux même de cette race choisie, ont été. de fort malhonnêles gens j c'est-à-dire que Moïse est un historien conime on souhaiteroil qu'ils le fussent »us , un homme impartial qui a choisi la vérilé pour soii guicJe.Vpus prétendez que Moïse étoit un hojnme habile , un homme fin et rusé. S'il étoit un imposteur, je prononcerois hardiment qu'il n'avoît pas le sens commun, puisqu'il eût fourni des objections contre ceuxi dont il écrivoit rhistoire, ou ^:)rurot sous lé nom desquels il bâtissoil'son rônafan-i'èbjcclious qu'il lui éloit

aisé de prévoir et d'anéantir : le plua mince écrivain de nos jours n'auroit garde de commettre une (elle sottise.

Donc Moïse étoit forcé > en écrivant , de suivre le mouvement de l'esprit qui le guidoit , et cet esprit est réternelJe vérité qui n'a pas besoin d'étayer son ou-* vrage par le déguisement et le men^ songe.

Voici ma troisième objection, à la> quelle il ne sera pas aussi facile de répondre qu'aux deux premières.

Les Israélites connurent fort bien que^ Moïse les trômpoit > et leui^ donnoit en preuve de la dîvinifé de sa mission , des faits qui n^avoîent jamais existé^ mais la crainte lioit leurs langues ; ils le connoîssoient pour un homme qui sacrifioit tout à son aiiibition, et let^cliâtiment épouvantable qu'il fit de ceux qui osèrent se révolter contre lui , força tous les autres au silence.

Mabeh. bonne.

Décomposons votr^. objection , afin d'y mieux repondre. Vous élahlisçkea d'à-, l^ord^ cqmme une chose, 4ei fait ^ .que

Moïse éloit un ambitieux , et vous me l'assurez sans preuve : )e serois autorisée à vous en demander , et cependant je yeux bien vous épargner une peine inu« tile ; je prends sur moi de vous faire convenir que ses démarches et sa conduite sont contradictoires a celle d'un homme domijoé par l'ambition.

. Vous supposer , en second lieu , que le silence des Israélites , lorsqu'il leur ré»> pelpit sans cesse des faits qui n'avoient jamais existé , vou^ supposez, dis - je , que ce silence ^tpit un effet de la ven«geance qWil tira de ceux qui lui déso-^ |)éirent.

Enfin , vous supposez que le châtiment de ces rebelles, dnit être attribué à Moïse. Il s^agit de détruire ces trois moyens d'in* crédulité. ' ,

Qu'est. n ce que l'ambition? Le désir d'être estimé, de dominer, de laisser après soi une famille puissante qui transmette son nom à la postérité. Un ambi* lieux s'attribue toutes les bonnes quali* tés \ cache adroitement ses défauts , évite d'associer personne à sa puissance, ^garde les répréhensions comme une insulte ; examinons si nous découvrirons

88 LES AMÉRICAINB^'Ï

ces caractères dans Moïse. Qu'en pense2!. vous , Mesdames ? Répétez à Monsieur ^e que nous avons déjà dit.

Lady VIOLENTE-

Du moins on ne peut l'accuser de s'être donné comme un homme courageux ; }| s'enfuit au premier reproché 4lù meurtre qu'il a voit commis. Qu'eussetit^faitTarquin, Mahomet, en pareil cas Plis eus$ent lue l'indiscret qui leur faisoit ce reproche, et auroieul trouvé leur sûreté non-seulement dans la mort de celui qui le leur faîsoit , mais encore dans celle de celui qui avoit été témoin de cette accusation. Moïse ^ au Keu d'imiter la conduite des tyrans , se sauve , et, pendant plusieurs années, s'occupe tranquillement à garder des troupeaux»

llrùbus a .laissé par.écrit l'histoire de sa vision sur le mont Sinaï; s'il l'avoit inventée , assurément elle seroit écrite dans un autre goût. Jl nous' auroit assuré qu'il n'avoil pas hésité a se sacrifier ppur le salul de- son peuple au premier commandement qu'il en reçut du Scigneuir.: il nous jmpalienle , au canlnaire, par tes- difficultés qu'il osefaire a DfLeu j

LES JLfiiKîCAïlftÈ. . ttcj

il:n'est occupe que de la difficulté qu'il a de bien prononcer, et ne se rend qu'il desordres réitérés 3 j'aime sur-toutla simplicité avec laquelle il nous assure qu'il eut grand'peur à la vue du serpent dans lequel sa baguette ayoit été transformée, et qui le porta à fuir. , •

Moïse avoit des enfans ; il doit sans doute les avoir eus en vue dans la. souveraineté qu'il se ménage. A-t-on ja» riiaîs vu un ambitieux élever ses neveurV des étrangers \ et laisser sa famille dan^ la- poussière? Le sacerdoce reste dans Ist famille d'Aaron , le commandement est donné à Josué, et les enfans de cet Jiomme, soi-disant ambitieux, n'ont pafi hiplus légère distinction. Moïse ne prend aucune précaution pour leur assurer du moins' une portion avantageuse dans lâ terre promise; précaution qu'il prend par rapport à d'autres, je crois que c'étoit pour les enfans de Caleb. Non , ce n'est pas^ la la marche d'un ambitieux, l

Miss DOROTHÉE. .

Non d'un anabilieux ordinaire; mais «i la marotte de Moïse a été d'immortar User son nom à titre d'homme inspiré

90 tpS AMÉRICAINES.

de Dieu, il ne pouyoît pas mieux s'y precidre. D'ailleurs , l'iocapacité de ses eafans a pu le forcer à les laisser dans TouUi, par amour pour son ouvrage qu'ils étoient Jncapahtes de soutenir. Un ambitieux , dit^oii ^ n'a pas de parens.

Madbh. BONNE-

Il y ayoit des emplois qui ne demandoient aucune capacité , tels que ceux qui furent lajissés d^naU famille d'Aaronj Moïse pouvait t sans .risquer son our vrage > les laisser , à ses enfans , ou d« moins les y associer.

Hf ss ÊHAMPÊtHE.

j Peut-être craîgnpît - il son frère qui

ëloit aussi ambîlieux que lui , et qui

p'eûl pa$ été d'humeur à souCfrir ce parr^

tage?

Madem. bonne.

Non , Mesdames j Moïse ne craijgnoit pas son frère ^ qui elQit . d'ailleurs un homme foible. Nous en avons la preuve dans la manière dont il se comporta pendant que Moïse fut sur le mont Smoi. Au lieu de s'opposer vigoureuse* ment à l-impiété du peuple qui voulait

XiES ÀMÉmcAIKEB. Qf

«çe idole 9 Aaron se prête à ce criminel dessein : il aime mieux leur fondre un Teau d'or , que de s'exposer à périr eu rësisUmt. Moïse montra bien qu'il ne le craignoit guère, lorsqu'il lui reprocha cette indigne action en présence de tout le peuple.

Ladt LOUISE.

Ces Dames ne s'aperçoivent pas que si leurs objectiooB étoient réelles, elles prpduiroi^^ntuQ eÇEat unique. Deux ambitieux qui s'acçordejit pendant laat d'années, c%l ce qui ne s'est jamais vu, ou du moins qui est bien rare : la rivalité dans la faveur divise les pères d'avec les enfanç , brouille les amis les .plus chers} a plus forlç. raison la rivalité dans le commandement eût-il fait élever quelques nuages entre les deux frères : Mais je suppose avec elles que Mo'is^ craîgnoit réellement Aaron j nous avons . déjà remarqué qu'il avoitune belle occasion de s'en défaire. Lorsque les Lévites traversèrent le camp en tuant |i droite et à gauche tout ce qui se rencontroit sur leur passage , Moïse pouvoit fort bien ménager un bon coup d'épée pour Aaron, puisqu'on est convenu que

gj LES AMERICAINES.

les ambîlieux n*onl point de parens, La politique lui en eût fait une loi, supposé qu'il fût passionné pour son ouvrage.

11 ne pouvoit pas deviner qu'il survivroit à son fvère; et dant le cas oii il fût naorl avant lui , ilne pouvoit guères compter, pour soutenir son entreprise, sur un homme qui venoit de montrer une telle foiblesse.

Mapem. bonne.

Ce raisonnement est sans réplique et prouve qu'on ne peut rai^nnablement attribuer à la crainte la préférence qu'il donna aux enfans d'Aaron sur les siens. On n'est pas mieux fondé à dire que ce fut à raison de J'iucapacîté des derniers, et par amour poilr son œuvre. Cromweî connoî^soil fort bieù celle de son fîls^ et Itii laissa pourtant sa place. Pourquoi Moïse n'en a-t-îl pas fait autant?

Cet'e conduite désintéressée n'est-elle pas la preuve de la réalité de sa mission? TVous voyons par-tout un homme qui est conduit, qui n'agit point sélûp son goût, seloti ses inclinations naturelles, et selon que tout autre qui agiroit par ses propres lumières, le feroit. Remarquez encore que Mo'w sut ne pas ménager se«

Lf:s AMsaxcAiNES. gS

proches quand ils firent des fautes ; sa sdfeur Marie ne fut-elle pas punie pour fi^'être moquée de sa femme ?

11 nous reste à examiner si ce fui la craiol^ qui ferma la bouche aux Israélites , et si le châtiment des rebelles et celui de Marie peut être attribué k Moïse sans blesser les règles de la vraisemblance.

L'histoire de Moïse nous apprend que les Israélites se révoltèrent contre lui, presque ayssitôt après le passage de la Mer-Rouge, Ils voulurent le lapider, et lui reprochèrent qu'il les a voit menés dans le désert pour les y faire mourir de faim et de soif. Que ne lui disoient-ils alors qu'il leur eitoit de faux miracles? Au milieu de cette troupe de séditieux , Moïse est tranquille et leur dit : ce n'est point contre moi que vous ipurmurez , c'est contre le Seigneur qui; vous a tirés de la terre d'Egypte , en twant les premiers-nés des Egyptiens, en ouvrant la Mer - Rouge. O qu'il leur ouvroit un beau champ pour lui reprocher son imposture , s'il leur eût cité des faits moins bien avérés! Cela eût été capable de porter teur fureur a son djpr-

nier période. En bonne politique , c*é* toit ces premières séëîtions qu'il eût fallu punir d'une nmnière terrible. Elles demeurèrent sdns châtiment, et Moïse aans vengeance. ^

BELESPRIT.

Aussi Moïse qui reconnut sa Saute, prit-il de bonnes mesures pour ptmir les séditions qu'il prévit devoir bientôt suivre celles-là ;. et ces mcfsares fiiirent efficaces dans la révolte de Coré , Dathan et Abîron,

Mi8» DQROTBÉE.

Comme vous sautez ' Monsieur t N'est-il rien arrivé qu^on puisse remarquer dans tout cet intervalle 2

Madem. bonne. .

Un grand ndmbre de choses, tîm chère; mais avant de lt?s rappeler, je veux répondre k Monsieur, ef lui répéter qu?e Moïse s'ayisa bien tard de eette effroyable vengeance ; car presque tous les pas des Israélites furent mar- <ïués par leurs murmures : ils se-^révoïtîrent jusqu'à quarante fois; et le pIiTS souvent Moïse , ssfns^ eia tirer des cbâ-

timens , ne leur répondit qu'en faisant tin miracle.

BELESPRIT.

Miracles, seloB vans, mai&qai Irès« assurémeni peuvent êfre contestés. Qai empêche de croire <fae le rocher qu'il frappa de sa verge avoit été émincé auparavant , ea sorte q^|^ n^ restoit plus qu'une écwce .de pierre ^ pour ainsi dire, qu'il fut kfhB <^ aisé à Moïse de nmipfe^n la frappaint k coups redou* I^lés avec son bâCon? .

Miss ï>OllOTBé4&.

Vous demandez ce qui empêche de croire ce que vous venez de dire , Mon-* sieur? Le bon sens. Ne diroît-on pas que Meïs^ étoit armé d'une massrue ég^ile en force à celle»d'Hercule ? Cependant cette arâ;ie formidable est par-^ tout ^peléd liwie ve^rge , une: baguette,, ce qui ne présente a l'esprit que Tidée d'un bâton fort mince..

Ajouter que si Moïse él-oît un foarBe , ii 4toît un fourbe bien heureux , qm eembloit avoir la fortune à ses gsgea f can si c^ rocbei? avoit été émincé, pour

9^ l'ISS américaines;

Kie servir de vos termes , ^i , dis-je , it avoît été assez émincé pour céder a un coup de bâton , comment le mouvement d'une source considérable qui y couloit ne brisa-l-il pas cette écorce devenue si foible? Que devenoient ces eaux assez abondantes pour abreuver tm million ^ personnes et de grands troupeaux^ avant que Mo'îse leur eût donné cette issue ? Sàvez-vous bien queje me reproche de réfuter -sérieusement de pareilles^ objections ? Ef ce^ eaux donl.Moïsq Adovkcit, ou plutôt fit disparoîlre Tamertunae en y^ jetant un morceau de bois , qu'en diies-vous ?

BELESPRIT. . .

'I .If.

Je dis que Moïse, qui étoit un boû physicien, connoîssoit la propriélé qu*avoit ce bois de rendre douces les <:*hose$ qui éloierit ânières , et qu'il se; servit^ habilement de celte connoissance'pour' jouer un miracle. - . j

Ladt LOUISE.

Je le dirai encore une fois : messieurs les pyrrhonieds sont d'étranges gçtîs.r Cour nier le vraisemblable , ijs admet-; tent l'absurde. Ne.Sembl.eroil-il pas , k

vbnsçnlendre, qu'il n'étoît queslioii que d'ôler i'ârnerrurae d'un seau d'eau ? J'avoue *qu'un morceau dé boîs poiiîToit iorl biienchangisi^ramerlumé d'une aussi petite quantité d'e^iu , quoique nos physiciens modernes ne connoisSent pas cet admirable bois, du moins que je sache.

IVIaîs il élbît question d'une eçiu' cou- Vanle qui sorloit d'qrie source dont l'eau se renouvelle sans cessé,, saris quoi* elle séroit bienlôl épuisée j et vous voudrieas nous persuader que ces eàiix qui n'étoient pas encore écoulées , ont participé au bénéfice que ce bois avoît procuré a celles qui côuloient actuellement» Quel beau secret ! Tenez , Monsieur, je répète après ma Bonne , faites-nous des objections plus sensées , ou laisseznous croire avec les Israélites que ce fait et ceux qui l'avoient précédé , étoient miraculeux et ne dévoient rien à la physique.

BELESPRIT.

Mais VOUS supposez , Madame , que lès Israélites regardoient ces faits comme miraculeux , et j'ai des preuves qu'ils n'ont jamais cru Moïse un homme ins^ pire de Dieu j témoins les révoltes et les II. 5

jqÇ les AMÉaiCAiNcà.

marmures dont vous convenez. Quelle nation! quel homme si téméraire que de se révolter contre Dieii , s'il étoit persuadé que c'est Dieu qui commande?

Miss DOROTHÉE.

Hélas! mon cher Monsieur , il ne 6ut pas aller bien loin pour trouver cet atome téméraire (supposé qu'il faille, pour cela , sortir de chez vous ) } , inâépendamment de l'examen que nous faisons ici , j'ai fait en mon particulier des réflexions assez profondes sur la religion , pour savoir à quoi m'en tex^in Oui , JMonsieur, je suis plus convaincue de la vérilé des promesseset des menaces du Tout-Puissant , que je ne le suis de votre présence en ce Ireu ; et cependant cela ne m'a pas empêchée de faire dix mille fautes. Le voleur sait bien que ceux de sa profession n'échappent poin"! au gibet; mais sa passion pour le bien d'aulrui l'emporte sur cette persuasion, comme mes passions l'em* portent sur ma foi. Et vous-même, Monsieur , qui croyez à la loi naturelle , ne l'avez-^ous jamais violée ?

Page 1