‹ Les AméricainesChapitre 27 sur 42 · BELES^RIT · texte numérisé non relu

BELES^RIT

Passons outre , s'il vous plaît ^ miss, Dorothée ; vous a vee ides argumens sans réplique. Je ne suis pas assez hardi pour soutenir la négative , ni assez humble pour faire une confession publique. D'ailleuirs , cela vous scandàli^^

seroit.

Madeh. bonne.

Ajoutez que si vous Oubliez quelque chose, miss Dorothée qui a la mémoire excellente , etqui^ vous xp^npit depiiid long-lemps , seroit personnel vous rappeler vos faits et gestes. Vous ete^^.mal^ mené , mon pauvre Monsieur ; peut* être serez^vous plus heureux dans Ja troisième partie de votre objection* ...

Moïsç^, dites*vous, trouva dans ii|.

suite les moyens d intimider les^reb^Ue^j par des chdtimens terribles^ Cest^^^iti^: que vous lui attribuer ces chàtimens.

Marie sa $œur fut frappée tout-À*coup; de la lèpre , puis elle. fut guérie radicari lementd^ins un temps fort court, Coré-,^ Dathaùfet Abiron forent précipités daii6 les entrailles de la terre, qui ^'/ouvrit pour les engloutir , et se referma aus^

ICO LES AMERICAINFS.

sitôt. Le reste de leurs partisans fut tlé-. voré par le feu. Je pourrois vous citer d'autres châlîmens ; maïs ceux-là suf^ fisent. Voyons si la physique vous fourûîra re^plicalîou de ces prodiges,

BELESPRI^.

Il ne faut^que consulter un habile ingénieur: il vous diroit qu'une minepourroît avoir produit cette merveille prétendue.

*' Je ne rouis chicanerai point sur la poudre dont Tinvention est moderne:

jb supposerai', pour vous faire plaisir , qu'elle étoit connue de Môise , et même de Josuéj car vous'en aurez besoin pour jFait'éiômber les murailles de Jcrichoi Mais pour faire produîi'e h. la l^udre cet 'effet merveilleux , îlYâut une xttîne; Pour faire celte miné , il faful avoir creusé une cliambre sous terre * il faut atluraer k'ttièché, et avoir fliit un retrânéhèmêilt solide pour mettre en sûr^lé^y^elul qui doit Pallumer;-Ôr,com-.

ment Mo'i$6 euti-il pu faire ouvrît? Iff tërrë sàns«tre aperçu deé Israélites? AVbit-îl aussi un secret pqur les endormir peu-^

LES A!ttéRtCÀTriE5. lOI

daut ce temps-là ? Si vous dites qu'il fit ouvrir la mine à una très-grande distance ducamp , et que le tk^avail fut con^ tinué sous terre sans qu'on s'en aperçai*, •c'est lui supposer un grand nombre de confideus'; car un teLtravàil dei!nande beaucoup d'ouvriers. Comment dans ce ponibre ne setrouva-t'-ilpointnn 3ndis«cret , ou un hoonête homme, qui avertit les Israélites de la supercherie qu'on leur faisoit? D'àillenrs le châtiitient des rebelles suivit immédiàtemetit leur ré* voile j'Moise avoit donc deviné qu'il y auroît une sédition, que CorévD^haà et Abîron en seroient lès 'che& j car il falloit placer la mine sous leurs tentés, et le faire si adroitement qu'elle nVfldommageât pas celles de leurs voisins iimocens- Il n'est point que$:tion d^eirplosion , c'esl-à«dire de bruit ,* dans cette •ouverture de la terre ; leb rebelles ne saulèrent point en l'air, touè effets iné^ vitables de la poudre. De plus , il falloit que celui qui devoit mettre le feu à <?elte poudre , fut exactement instruit de l'instant oii Moïse vbuloit 'que ce prodige fût opéré. Si ces hommes, dil-il , meurent de mort naturelle , vous

lOS. LÈS AMERICAirr£5.

ponrrez dire que je ne parle pa$ de la part du Seigneur. Si la terre s'ouvre et les engloutit tout vivans , vous eonnoi- .trez que c'est le Seigneur qui a parfé. En ^înissant ces naots la terre s'ouvre. Quatre minutes plus tôt le prodige n'eût point été prédit. Quelle justesse dans cette mackiné de Moïae. ! Disons plutôt qu'il faut des circoiBstances impossibles à rassembler^ pour donner une ombre de vraisemblance aux fables des incrédules. Je le soutiens , et le répète : ces liommes qui refusent de croire la sainte Ëcriture à cause .des événemens merveilleux qu'elle nous présente , sont obligés de recourir à l'absurde y ou du .moins a des combinaisons si extraordi- ;i^ires ,. que leur assemblage seroit une vraie merveiUe qu'on ne pouvoit raisonnablement se promettre. Monsieur Bel-* esprit n'a-t-il plus rien, a nous objecter sur ce fait ? '

BELKSPAIT.

Non, pour le présent , Mademoiselle :

vous pouvez, si vous le voulez, continuer votre bistoire.

Màdem. BONNE.

Nous n'allons pas si vite , Monsieur,

LES AMÉRICAINES. loS

il faut auparavant résumer ce que nous avons dit. 11 y a eu, il y a encore des Juifs qui observent une loi fort pénible. Cette loi leur a été donnée par un nommé Moïse qui les a tirés d'Egypte, en opérant plusieurs miracles j car on ne peut assigner des causes naturelles à plûsiei^rsdes événemens dont nous ayons parlé , ou plutôt à tous. Ces événemens , c'est-à-dire la sorlie d'Egypte et la con- >quête du pays de Chanaam avoient étQ prédits long-temps auparavant , et Ton aperçoit clairement la liaison dés pro* digesavec les proiqesses ;. )ea premiers ne s'opèrent que pour l'àccoinplisse-»

ment des seconda. L'histoire de ces mi* racles a été écrite sous les yeux de ceti:fi qui en avoient été les témoins : ils ne Font' point contestée , quoiqu'éHe fût publique et entre les mains de tout le inonde. Donc cette bistoire contient des faits réels.

BELESPAIT.

Encore un mot, Mademoiselle : en supposant comme vrais les miracles faits par Moïse , seroit-cè une preuve que la religion qu'il enseignoit fut divine? Lcf paganisme a ses miracles. Toute la "ville

104 V^S flMERlC AINES. .

de Ronaç n'a-l-elle pas- vu une vestale injusieiiieiiit pp^pçpnnëe d'avoir manqué à son; vœu (Jechastelé , tîr^r jEjvec siOQ voJe* un vaisseau qui étoit demeuré immobile malgré le vent et les efforts, des rapi^urs* yespa^ien n'à«l-îljpas guéri an ^yeùi^^ , .^ jui mettant, de la salive sur les ypu?(. Aipotlpuiiis de Thisfi^e n'â-l-il pfl$ respusçf^é ui^e JiUe morle ? I^a prêtresse d'Apollon a Deipbe , n'art-elle pas deviné ce que l'empereur fai^oil.axi ipon^ent qu la lettre qu'il! lui qi%vic?yoit avoit été écrite ? Ui^e. autre fois, iiVt-elle^ pas deviné I4 piège qu'il lui tçndoit , eA lui envoyant^ une feuille de papier noti> écrite scellée de son çceau, et à laquelle çlle jlevoil, répondre san$ briser le ;cac;het.j- Qlle lui îçnvoya: pour répo.n^e.ujie. feuiUe; pa^^ill^ à celle qu'elle avpife re-^ çije, ypilk» (içs miracles .assjirémen.t; jjes prîjnKÎf 0Bf -j^ous çot^ime uii^., preuve dft la vérité de la religion des Rorçiâins? En seriez- vous d'â^vis ?

' * MADEif. BOWNE.

^. Si jç-fi^ ypus avpisîprés^nté que -des fi^iraçles jiç, çeiite espèce^ vous ne seriez ;gasaq^sremi)arrassé;qfiç vous Têtes à

LES américaines: io5

Yous tirer d'affaire. Nous les examinerons dans un raomenl ; maïs auparavant , je rappelerai , s'il vous plaît , une règle que j'ai déjà établie , et qui B*est point équivoque pour juger des faux miracles. Dès là je suis persuadée que le miracle est l'œuvre immédiate , pour ainsi dire , d'un Dieu infiniment parfait ; il doit être opéré pour des fins dignes de celui qui le fait. Ainsi , toutes^ les fois que je veinai ou qu'on me rapportera un fait extraordinaire dont l'effet a été de procurer la connoissance , la gloire et le service de Dieu , une grande utilité pour le genre humain , la conversion ou le châtiment d'un pécheurv»

la justification d'un innocent ; je dirai : toutes ces œuvres étant dignes de Dieu, il est naturel de penser qu'il a pu les faire ; il ne me restera qu'à examiner s'il les a faites réellement j car il est certains biens qui nou6 paroissent nécessaires à nous créatures aveugles , et qui ne paroissent pas tels aux yeux:

du Tout -Puissant. J'examinerai donc moins ce miracle y que la fin du mi** racle : le fruit qu'il opère est la pierre

de touche pour mou* i . n • j

hkPT LOUISE.

Je n'entends pas bien ce qae voos avez dit dhbord, ma Bonne. Est-ce que Dieu, qai est infiniment bon , ne fait pas toujours ce qu'il y*a de plus juste et de meilleur ?

Mai^bm. BONIfÉ.

Oui , Madame , mais ce juste ne

' nous paroit pas toujours tel qu'il est

Deux innocens sont accusés d'un crime:

l'un est un. homme d'une grande

vertu , et auquel il ne manque que

Payantage d'être persécuté : Dieu le

laisse succomber sous le poids de la

calomnie , il perd sa réputation , ses

biens, sa yiemême. Assurément Dieu

pouvoit le justifier par un miracle ^ mais

ce miracle , cet homme de bien , loin

de le demander , en auroit gémi , parce

qu'il l'anroit privé du trésor d'une

infinité d'actions^ d^ vertus héroïques

qui ont fait sa fortune pour l'autre

monde ^ et Dieu, comme un bon père ,

n'a pas voulu arracher des mains de cet

enfant chéri des richesses dont il savoit

qu'il devoit faire un si bon usage. L'autre

est un homme imparlait ^ qui vit , si

VOUS voulez, dans le désordre » qui mourroit dans le désespoir, s'il succoitiboît sous la calomnie : alors Dieu qui prévoit que s'il vivoit encore quel* que lemps il se converlîroît ^ peut faire tin miracle pour manifester son inno** cence et l'engager par là à se con* verlin Ces deux conduites de Dieu sont dignes de sa sagesse et de sa bonté ; maïs à nos yeux elles ne paroîtroient pas telles; et si la foi ne nous éclairoit, nous aurions décidé que le miracle eût été plus juste , pour justifier le premier de ces hommes , que le second. M'entendez-vous à présent ^ Madame ?

« Ladt LOUISE.

Oui , ma Bonne. Je vous demande pardon de vous avoir inlerrpmpue , et je vous prie de. continuer.

Màdkii. BONKE.

On vient me dire qu'il s^est iÊi un miracle pour autoriser une action manifestement contraire aux dix commandemens de Dieu. Je dis Iiardiment : ce fait est faux , ou Dieu n'en est pas l'auteur. S^il é toit de ceux qui surpas*

|08 LES amehicaines,

sent la puissance de la nature ou de l'esprit des ténèbres, je prendroîs le premier parti , et voici comni^ je raisonnerrois. Dieu seul peut ressusciter un mort. Il ne peut pas avoir ressuscité ce mort pour me persuader qu'il soit permis de lui désobéir ; donc Dieu ne Ta pas ressuscité } ^onc il n'étoit pas mort. Si c'étoit la guérison d'une maladie, je tien-

- drois la première partie de mon opiqion, et jedirois:cetle guérison ^yantétéopérée pour autoriser le violement de Ja loi de Dieu, il ne peut pas en être l'auteur. Elle pst pourtant réellej j'en conclus que la na; ture ou le diable en ont été les artisans. Ce mal , sans doute , n'éloit pas incurable par sa nature ,maid parce que las médecins ignoroient et sa cause, et les moyens efficaces de la faire cesser. Ce jquè les'médecins ignorent , le diable le sait, el peut par conséquent, sans miracle, avoir opéré celte guérison. Je

■ yais%ou8 reçdre ceci sensible par un exemple. Un homme qui s'étçit couché Je soir avec de très-bons yeux, fut éveillé vers le milieu de la nuit ^pax des douy leurs terribles. Son œil étoit enflé , el rinflamçaation étoit telle , qne l'oculiste

LESAMERIGAINES. 1T)9

qai fut appelé , avouoit n'en avoir jamais vu une pareille , et conclut à la saignée et, à un grand noipbre d'autres remèdes. Pendant qd'on se prëparoit à les administrer, la fille de cet homme se souvint qu'il avoit travaillé la veille sur un ressort d'acier, et pensa que peut-être quelques particules imperceptibles dé ce métal étoient entrées dans les yeux de sort père. Frappée de (cette idée , elle va chercher une pierre d'aimant , l'approche avec persévérance de Toeil de son père , et , après un cerlaîn temps , y voit voler la petite pointe qui picotoit Tœil du patient. Cette fille ne fit point un* miracle ,' quoiqu'elle opérât une guérison dans Ia<!iuelle l'homme de l'art auroit échoué ; mais il eût été facile à un impofeteur de donner ce fait comme miraciâleuse^ , et d'en étonner les simples. Si donc on me cîtoit un fait pareil ,''6u hiême plus* extraordinaire dans le cas qujÉHpi supposé, je;dixois : ce fait est l'ouvrage de l'esprit d0 ténèbres ; je le reconnois à la fin qu'ii se propose: Dieu lui permet d'agir eu cette occasion , ou pour exercer ma/oi, bu pour punir ceux qui refusenl^ d#

V i^ ''^' ohblenieni à $a loi. D'a-

Liict^' ifjpes qoi soni k k portée

L^^^ comtoc des sarans, bous

^ i/j^r^^ 7^5 miracles opérés pàt

fijfjn^^''^ j^és avoir parlé de ceux que

^;5';/.»r oppose.

^ BELESPRI.T.

r^ prenaiei*,. coiQnie. je Xai déjà

j//, ^s« celui d'une vesiale accusée d*a-

^^/r i>Jessé es^enliellement sou yœa de

chiJ^steié : elle aYQit donné lieu à cette

accusation par son air libre et évaporé >

et peut-être n'eût elle pu se justifier.

Dans ce temps, il arriva un vaisseau

chargé de choses réputées sacrées, et

qu'on ne put faire entrer dans le port i

mais il céda .sans peine au foible mou*

vement que fit la vestale en le tirant

avec son voile ,,qei qui la ^li^tifia parfai*

lement.

Pour moi je nii||§rouvë "pns ce miracle indigne de Dieu , en supposant que cette fille invoquât la Divinité protectrice de l'innocence. Il est vrai qu'elle ne connoissoit pas le Dieu qu'elle inN'Oquoit;

tuais comme dan$ le fait «lie ^toit ca«

LES AMERICAINES* . tll

loniDiée y prouver son inbocence étoilun bien. Je le crois d'autant plus, <}u'il seroit difficile d'eicpliquer autrement le succès de son épreuve. Qu'avez - vous t miss Dorothée ? Vous levez les yeux au ciel d'un air d'étonnement.

l»iss DOROTHÉE.

Véritablement , Madame , je suis surprise: depuis le temps que j'ar l'honneur de vous connollre, c'est la première fois que jevousai ^entendue raisonner à faux. Dités-moî, je vous prie, pensez- vous que l'obslacle qui arrêtoil ce vaisseau fût naturel? Combien de méthodes qui seroieut à la portée des hommes^ s'ils savoienl pénétrer au fond des eaux , et qu'ils eussent la force suffisante ? De combien de méthodes , dis-je , pourroient-îls se servir pour arrêter un vaisseau? Une grande quantité de sable amoncelée tout autour pourroît le retenir d'une manière aussi fixe que s'il y étoîl cloué. Or, ces obstacles que le diable avoit pu faire naître dans un instant, ne pouvoit-il pas les ôter de même ? Vous ne pouvez donc pas dire qu'il est difficile d'expliquer ce fait sans uji miracle^ puisqu'il

|I2 LES AM£aiCAIN£S» ^

peut être à la potlëe de celui qui avoîf inldrêt à la propagation du pagauisme.

Màdem. bonne.

Je SUIS de l'avis de miss Dorolhée pat la nature des cWses que portoit ce vais-^ seau. Un miracle en cette occasion eût tendu à les faire regarder comme effectivement sacrées , etJa divinité ne pouvant coopérer à une telle œuvre , il faut nécessairement la regarder comme l'ouvrage du père de Tidolâtrie. SI ce prodige prétendu eût élé opéré par Moïse M. Belesprit nous diroit que le hasard fit qu'il tira le vaisseau au moment où Tobstacle naturel qui le retenoll , avoit cessé; mais je lui abandonne ces hasards qui viennent si à propos pour le dégager: passons aux autres merveilles qu'il nous a citées. Laissons celui qu'il attribue à Apollonius de Thîane ; je vous raconterai son histoire à la fia de celle leçon, et vous en jugerez.

Dans le^temps que Vespasîen éloit h, Alexandrie , deux hommes de la lie du ' peuple se présentèrent à lui : l'un éloit avçugle , l'autre avoit la main droite $i

ht$ :AMÉKIC:AI NES. uï

affgibliç^, c[u'il ne p.ouvoit s'en servir* Us a$roient€t4 avertis» ^Idiso^ni- ils ) par le dira Sérapîs ^ x^ej'empereur poavoit les guérir en appliquant à l'un de la salive sur les yeux, et en pressant fortement la main de l'autre avec son pîetl: D'abord Tempereur se moqua.de ces deux hptnmes'j mais encouragé par ses courtisans , il ' (enta l'aventure éri présence d'une multitude de peuple, et

réussir.

Màoeh. bonne.

, "Voiifir passez, adroitement ;une petite

cîrcopstance , Monsieur ; c'est que ce fut par ses nxédeciss qu'il fut encouragé y et voici par quels motifs. Ils lui représentèrent que la vue de l'un n'étant paà éteinte , c'est-à-dire , que l'organe de la vue n'étant pas détruit ,1a guérison n'éto^t pas impossible , et que la main de. l'au ti:ç avoil souffert une Ipxatio^ qu'une pression.forte ppuyoit remettre. Voilà certainement dctix.miracles qui ne sont pasi de la naturçde ceuxque pieu s'est ré* seri^és^ etqu'ûnmédeciuJiabile e^tgué|ri aifssi l^çf)^ que Yespasien. Mais qu^n4 ils seroienjt aa>paroîtrpientbeaacoup plus considérablçs ^ je .récuserois le témoi-

Il4 Z'Z^S ÀMÉRICAIKES.

giiage de mes sens, parce qu'il ne seroit pas prudent de les xrraîre au préjudice de ma raison qui me dëfendtoit de les croire réels,

BELESP^RIT.

Je né comprends pas pourquoi votre raison vous défendroit de croire. ce$ miracles plutôt que ceux de Moïse.

Massm. B0Ï4NË.

Ce n'est pas moi que vous deVez accuser de votre difficulté k comprendre ce que j'ai l'honneur de vous dire , mais votre prévention , qui vous a sans doute empêché d'écouter ce que je viens de dire tout-à-l'heure. N'êtes- vous pas convenu de ce principe , Il y a un Dieu , c'est^à-dîre un Etre infiniment parfait ? N'êtes-Tous pas convenu aussi que tout ce qttis'accordoit parfaîteracnt avec ce principe pouvoit être regardé comme vrai, et qu'au contraire ce qui lui étoit contradictoire étoit absolument faux?

Concluez donc qu'il ne répugne point à ce principe de croire que Dieu soit l'auteur des miracles de Moïse, parce qu'ils éloient faits pour autoriser une loi si parfaite y qu^elle étoit visiWcmenl dî-

LKS AMÉmCAlNSS. Il5

TÎue , et qu'an contraire il répugneroit à ma raison de croire que la souveraine vérité fît* un miracle pour autoriser le mensonge,

, Vous esquives^ l'histoire de la résurrection de cette fille qu'on portoit en terre , et qu'Apollonius de Thiane ressuscita : ce miracle , qui fut fait en présence de tout un peuple assemblé, l'emporte sur tous ceux de Moïse.

Màbbv. bonke.

Je ne l'esquivois point, Monsieur, je ne voulois que le remettre ; mais pour vous tranquilliser à cet égard , je vous dirai qu'avant de me prouver <jue cet imposteur eût ressuscité cette fille , il eût fallu me Remontrer qu'elle étoît morte.

Un chirurgien de Madrid dont j'ai oublié lenopi, mais qui est devenu médecin de dom Philippe^ a donné au peuple un pareil spectacle , excepté qu'il n'a pas prétendu l'ériger en nterveille. On portoit en terré un homme qui n'avoit pas le visage couvert,, soit que ce soit la cou* tume en plusieurs villes d'Espagne, sott que cet homme fût de quelque confré^

Il6 ,LES AMéarCAINESr

rie , où l'on est eu usage de les enterrëf ainsi. Quoi qu'il en sait, ce chirurgien ayant considéré altenlivement ce soidisant mort , soutint qu'il étoit vivant ; il obtint qu'on le portât chez lui , oii effectivement il. le rappela de la léthargie dans laquelle il étoit. Cet événement qui lui donna de la réputation, lui valut là confiance de dom Philippe. Le diable est bien aussi habile que ce médecin. Le peuple et les parens de celte fille ctoient trompés par cette léthargie ; maisPes»

prît de ténèbres savoîtcequienétoit.ll savoit aussi, pour répondre tout d'un coup a deux autres de vos miracles; il sa voit, dis-je , ce que l'empereur faisoit lorsqu'il écrivoît à la prêtresse, et qu'il n'avoît rien écrit dans ce papier. scellé de son cachet , et il avoit tant d'intérêt à retenir les peuples dans l'erreur, qu'il a pu dé- ;côuvrir ces vérités à Apollonius et à la prêtresse,

BELESPKIÏ. r

Mais au moins ^ Mademoiselle , vous javouere2? qu'il étoit indigne delabqaté jieDieu.de permettre au diable d'abuser de^ la connoissance qu'il avoit de ces .c)i'ose& cachées. C'étoit tendre un piège

LES ÀMÉRÎGAïNGS. TI^

'au peuple y et le confirmer dans le pa«

gai)isme.

Màdem. bonîîe,

N'avoienl-îls pas le$ilun^ières natu*^ relies aussi bien que nous pour connoilre Tabsurdité de la religion païenne? Je suppose j Monsieur, ^qu'actuellement un homme fît un njiracle pour vous prou^ ver qw'il n'y a pas de Dieu , et que l'arrangepient de l'univers est l'effet du ha-; 6ard,croiriezrVOus ce prodige opéré par le pouvoir d'un être bienfaisaiXt ?

BELESPRIT.

, Non , Mademoiselle ; ma raison m'a convaincu de la néc^ssiM de l'existence d'un Dieu : il ne me seroit pas possible de doni^-er un démei^ti à mes lumières naturelles. .

Mi9S DOROfHÉE^

Jusqu'à ce moment ,* si nous vous eu croyons , la ' révélation n'a point con^ Iribué a votre conviction sur la nécessité d'un premier Etre ^ vous êles donc dans le cas des païens , ou plutôt iîà dtoient dans le vôtre , et pouvoient connoître Dieu comnie vous.

fl8 LES AMKRICAINES*

Misé CHAMPÊTRE,

J'ai ouï dire que c'est Tacife qui rapporte le fait des guérisons de Yes* pasien ^ quMl ne Ta écrit que long-temps après la mort de cet eoipereur ^ et qu'il ne le donne que comme un ouï-dire»

Quelle comparaison de ces deux faits avec les miracles de Mo'ise , attestés ^ rappelés , donnés en preuve à plus d'un ^ million de personnes sous les yeux desquelles ils s'étoient opérés !

Màdem. bonne.

Ne lui contestons point ces deux faits que nous avons démonisés , et couronnons nos preuves par la marque cer* taine que Dieu a mise à ses ouvrages , et que je viens d'insinuer : c'est son cachet , que nul ne peut contrefaire.

La loi qîie Moisë a donnée , comme venant de Dieu, est si parfaite, qu'il n'est pas possible qu'elle le soit davantage.

L'observation de cette sainte loi banniroit tous les maux, procureroit tous Tes biens. Celui qui la pratiqueroit parfaitement seroit heureux dès ce monde : il deviendroit inaccessible à tous les chagrins i à toutes les inquiétudes. Cette

divine loi a pourvu non-seulement au bon ordre de la société , à la paix et à la tranquillilé publique , mais encore au repos intérieur de chaqpe individu.

Les autres lois défendent et punissent les actions qui troublent l'ordre extérieur. Celle-cî défend les mauvaises pensées , les désirs criminels. Les législateurs ont eu besoin de faire un grand nombre de lois , on en a composé des volumes. Celle-cî est courte ^ claire, ren* fermée en dix préceptes , et cependant comprend lout , pourvoit a tout , suffit à tout. L'hommie le plus criminel ne peut refuser 5on estime à cette loi sainte : ceux qui l'observent le moins , souhaitent de vivre avec ceux qui la pratiquent le mieux, et se défient des personnes qui , comme eux , la transgressent. Ah ! cette loi est l'ouvrage d'un Dieu : celui qui nous Ta donnée , étoit son interprète, agissoitpar ses ordres. Ce* chefd'œuvre est trop parfait, pour pouvoir ^tresorti de rentendement d'une créature , quelqu'excellcnte qu'on la suppose. En considérant de quelle importance il est à la justice qu'elle soit ob- (çryée , le bonheur qu'elle peut pro^

120 LES AMÉRIGAIK ES.

curer aux hommes, les prodiges qui ont précédé et. suivi sa publication me paroissejiL dignes de celui qui est :1a jus^ ticè ei la sainteté par esse ncë*

BELESPRIT.

Vous parlez des dix commfi^démens dqnnés par Moïsjej, et en cçla je, suis de votre avis. Mais^ JVfademojseîl^ , que flirez-vous de ce fatras de lois et d'p^^ donnances que Moïse a ajoutées à ces dixxommandemens? Que direz - vous des . additions que le législateur des Chrétiens a jointes à ces dix. préceptes, si. courts /si beaux , si faciles ? Vous dile^ que leur observation pourvoit à tout , suffit à tout : je le dis comme vous ; c'est laloi naturelle , dont je suis Je.grand admirateur. Je soutiens qu'ajatapt qu'elle est belle, autant les préceptes de TEvangile sont puériles , petits , pénibles et inutiles. Je soutiens que le sort de ceux qui veulent s'astreindre à les observer est pire que celui d'un pauvre galérien tout couvert de chaînes. Démentez-moi, si vous le pouvez. * ;

Ladt LOUISE. ; - .

Ah ! pauvre homme ! oii allez-vous

XE^ améhïcâïnî:*. 121

vous fjCMirrer î Que de contradictions > d'impiétés, de choses absurdes vous vêliez d-âvanecrî'J'aî pilié de voius, vous allez être battu à ploie xoat)ire , je vous €Q averjtis d'avance^

Je |i*aî point peur. Madame,- tout 'gît fen. prçuv.^. Que veulent dire,* par exemple, ces beaux.préceptes : Renon^ •ce% à yous-rnênte,"' Heureux ceux qui pleurent. 'Malheur aux^ riches et à ceiuc ùùi ont leurs corijmçcfités'. Comment !

la sajgesçeel la bonté divine auront rempli cet unîvçrs de choses propres à nous donner des plaisirs ; le Créateur nous a donné des sens Apables de goûter ces plaisiï*s, et on voudroît nous ^engager % y renoncer^^flfK)^3rlQWPleilter, pour détr.uire ep ijous des goûts qui nous sont ♦4j:rané8.par ce Dieu 3age'? à pous priver * dt^Ja poiss^sâîpn dçs trésor^ qui uqus sont ddiinés par sa* main libérale ?Oh ! voilà qui est du dernjer ridiçale/Vojlà ce qui engage 4an.t de personnes à se révolter contre la religion prétendue révélée, k 'Cbercher à la détruire. Ne proposez à ces personnes que le Décalogue pour but de la révélation^ et aussitôt tous II. . G

Itia LES AMEAIOAINES.

ks honnêtes gens y souscciroBt de bon

cœur.

Une preuve que rEvangîle n'a pas la mcme fin que le Déqaldgue « et ne peut ^««nir du "même esprit , c'est qu'autant que le second est propre à conserver Tordre et la paisi dans l'univers , autant le premier %s?t-il propre* à le détruire^; î*en prends tout le monde à lémioin. Une dévote de profession , c'est-à-dire une personne qui veut s^assujeltir à suivre FEvangile à la lettre ^ est la personne la plus insupportable dans la société ; ira* cassière, querelleuse , vindicative , despotique 9 elle est le fléau de tous ceux qui ont le malheur d« la connoltr)^ , et qui sont forcés de vîyre avec elle.

Madbv* BOHHE.

Vous ne dégénère?^ pas de la manie , ou plutôt de la méthode de messieurs les incrédules; ils sont habiles à brouiller les propositions. Ih en avancent une avec une hardiesse capable d'en imposer, la débitent cpmnie certaine , dW ton décisif et qui semble interdire l'appel, passent rapidement à une autre , et finissent par un trait satyrique qui fixe Tes-

fcES AMÉRICAllTBS. '. i>5

prk de l'auditeur, «t Ui ôte l'idée des propositions hasardées quî, auplugléijer examen, paroîlroienl futiles et conSadictoires. Je vous l'ai déjà dit, Monsieur cependant vos récidives m'engagent i des répétitions ennuyeuses.

Mt«« DOROUHÉE.

11 faut- le lui pardonner, ma Bonne; qu importe que l'é^ donl il se^ert soit

n-?"?. * *^'*' PO"rv«<ïu'il se d*:

gage. Malheureusenaent pour noire voi- ' sm , vous avez une autre méthode , vous ne laissez nen passer sans l'approfondir", avouez que cela est bien gênant. *

J'en conviens ma chère; mais aussi cela est biensàr.: et pour suivre notre coutume , commençons par réduire à quelques points, fixes la belle déclama^ tion dont Monsieur vient de nous régaler, et dont il s'est applaudi, j'en suis

Vous reconnoissez, Monsieur, la divinité du Pécalogue, ou plutôt vous » êtes point éloigné de la reœnnoltre* e von^le feriçz «ansquelques raisoni qûon peut deviner sans être sorcier.

,124 * ï*** AM-ÉRICA.INES.

C'est, àiles-vo»s , i'-expreewon de h loi

•naturelle.

Vous xaàcoxmnuseTi. la divinité des .préceples d«l'Evtfngîle , qui sont , selon W0U8, aussi -paériles et ioiïtiles que les autres soùt gnures , raisoamafelcs et nécessaires au Jaien de ia société.

Dans le temps où vous m'.accoKdez -que l'observatio» j|** JDécalpgue rend lieureux , vous soutenez que robserva- • tien de TEvangilerénd misérahle j et ; pour conèksiDn, vous prétendez que Tcette observation -trouble l'ordre et la

Yjaix de la société.

Moi je prétends que les moyens les plus sûrs po«r obséryeraîsënient le Décalqgue , sont ia pratique de* ;Con$pils i>Mingéliq.ae&,j q»e .plus m «bsireini à ©bserver .c^s .CQOfieik» plus an Petrancbe les. obstacles wu >onlwur fljw ^ioilpro-

c;^rcr robseBva.lipn du.Dé!i»%»e ;

■ .Qije des ,perfiWJmes^fr«» ' observent' le^

préceptes et les conseils évangéliqcés. , |(>in de .troubler l'ordre et la pai» de la sawîiié , sont fiellos av.«c .le^ueUes-ll «sf t

délicietts de vivKC , i»i;qe qu'elles |>9p- ^ent ,,pq.ur.ai«si.Atfe^ «veçrejie^i'^Fdye

cl la ipaix. :

LES AmiRICAIlYES, 1^5

Nous avons , comme vous le voyez , Monsieur , des prélenlîons conlradîcloires, el jl faul nécessairement que Tun d^ nous deux se (rompe. Avant de commencer à examiner lequel de nous deux doit être crti, i« voudrois bien savoir pourquoi mîss Dorothée a souri dans le temps oii vous exposiez avec tant de feu votre façon d<î penser sur l'Evangile.

Miss DOROTHÉE.

Ce mouvement a été causé par un aveu qtie Monsieur a eu la boulé der nous faire avec la meilleure foi du monde , et qui nous donne la clef de sa coiiduîle el de celle de ses semblables. C'est que ceux qui admeltroîenl k divinité du Décalogue , qui reconnoîlroienf par conséquent comme vraie la mission de Moïse, si elle n'avoil pour but que la publication et robservarice de ces dix Gommandemêns , nîenlel chicanent la vocatîon'de Maîse par horreur pour leg préceptes évangéliques. 11 y a done une • liaison nécessaire entre ces deux révélations , et telle', qu'il faut absolument iejeter la première pour parvenir à nier la seconde. 21 en faul conclure qne ce

»26 I;E« AMlÉaTCAïNF.J.

n'est, pas l'esprit de ces Messieurs gurse revolle contre la rcvélalion , c'est leur cœur. Grand merci de cet aveu , M. Belesprit ; je suis persuadée que ma Bonue «n saura tirer parti.

MADm. BONNE*

Je ne J'oublierai pas , ma cl.ère, j'éfois wen convaincue de celle cause de l'ineréduilié avant que Monsieur etr convînt j sans doute c'est le cœuf qui a aveuglé l'esprit : indépendamment de la cause l'effet subsiste i et il faut le détruire. J'avoue qu'il seroil bien plus sur de commencer par le cœur;.mais celte œuvre appartient ^ Dieu , et est au-dessus de mes forces. Je ne sais parler qu'à l'esprit ^ et encore ai-je besoin que Dieu bénisse mes paroles, sans quoi elles ne seront que de vains sons.

Vous dites , Monsieur , que le Décalogue, c'esl-à-dire la partie du Déca- Jogue qui renferme les dix Commandemeiis, est l'expression de h loi naturelle écrite au fond de nos cœurs. Si je vous prouve que les préceptes évangélique^ sont absolument semblables aux dix Coramandemeijs, que.les conseils é van- ^cliques ne sont que d#s moyens pour

LES AM£I^ICAII^£5. 1^7

les observe/ plus sûrement ^ plus aiséraent^ pourrez -vous continuer à dire qu'ils sont puériles, inutiles^, contraires à Tordre ? ';

BELESPRIT.

Cesl ce que vous ne ferez pas. Quel rapport y a-t-il de celte maxime, Bien-heureux les pauvres , avec les préceptes énoncés dans le Décaloguc ? Ils sont ccmtraires^ ces conseils^ à l'esprit de Moïse, ^|fll promet par- tout les richesses, l'abondance, les plaisirs et tous les biens auxquels l'Evangile veut nous faire renoncer; qui les propose, 'dis-je, comme la récompense de la fidélité à garder ces Commaudêmém.

Madzm. boivne.

Vous voilà encore à brouiller les espèces ^ à passer d'une question à une autre. TenotiS'-nous^en à la première , s'il vous plalt. *

Voici les deux préceptes du Décalogue, qui rendent nécessaire eu bieù des rencontres le conseil qui vous révolte , Tu ne prendras point le bien d' autrui^ non - seulement tu ne déroberas point ^ mais tu ne souhaiteras pas

mêïfke le bien d\autt^ y. m 9Qn sèn^f^l teur , ni sa ser,\aj;ite , ni son hoduf \ : ni son âne , ni aucune, chose qui soit è lui. Qu'est-ce qui nous engagé à tioler ces préceptes? 1« cupidifcé., le désir d'avoir. Pourquoi ^souhailons-nous les- rî-> chesSes jusqu'au point dje leS ravir aux autres par le vol , les procès , lôs exactions ou» axilremenl? Ces* que- nous les rcgai'doDS comtiie de vrais biens j: noire esprit déçu dans le jugeme|i4 que nous en portons, séduit notre cOeur, enlraine • notre volonté. 11 est donc mipc«*tai*t de redresser nos idées pouT* corngèv nos pencbans.. Où ne désire point , on ne , recherche point un malheur ; a» eontrajre , on le fuit , on s'en éloigne. Or » l'Evangile noiisr répèle eu titiHe endroits , ' que o'e^l un- ôialheur d'êir^ riehe ^ que les paavreÇ'SQnl? keurèux.E^e clirélleo > c'est C|;oiw TEvângile,^ Do»c, ai tout le rponde étoît chrétien,* il n'y duretti plus de Voleurt , de ehieanes > de w&alversalioils , de disfmtefif, de riobçg av^re^, dei pauvres aBondtoHes. ]>ï<!>n-s€toleinctit on lie se metiroit pas dï^ns le ca$^ dé se faire péndre*en volant Sur le grand chemin ^ mais le marchand se garderoit de vendre

LES AMERICAINES. 12g

à faux poids, à fausse mesure , de surfaire sa rnarchandiie ; il se direil a lui* même : si les richesses bien acquises sont un danger , si c'est un malheur d'êlre., exposé à ce danger , à plus foffe raison les richesses mal acquises seroiénl-eHes un malheur , et jeseroisbren foude m'y exposer. Quçl agrément , Monsieur , dans la société , si on n'avoit point à sei précautionner contre la mauvaise foi des marchands ! Presque toiis le$ maux qui inondent la terre viennent de la cupidité. Le conseil évangélique tend à. coun per la racipe de celte mauvaise piaule; donc, le conseil que vous regardez comnie inutile , est un grand moyeu de paix pour la société et pour Tobservation des deux Comm and emens qui , pour** yoye^t à la sûreté des biens d'un chacun. J'ajoute que ce précepte et ce eouseil sont des moyens de bonheur. Il est dur de lutter pis rpéluëlle ment contre soimême, de s'abstenir d'une choaç que Ton souhaite ; on s'épargne cette peine si on est pauvre d'esprit. La perte des biens ne touche que médiocremeiU celui qui s'en est détaché, et elle réduit au désespoir celui quiyavoit mis ses affections.

^ZO LES AMiRICA^t KE8/

BELESPRIT,

. Mais le moyen de n'être pas aUaclié aux choses quî procurent les plaisirs , les honneurs, la considération ? C'est la chose impossible.

Màdem. BOI4KË.

' Je vous répondrois bien , avec Iç législateur des chrétiens, cjue ce qui estimt possible au:K hpiiimes ne Test ftas à Dieu , c'est-à-dire que ces choses qui vous pa roissent impossibles, d e v iennen t a i sées avec le secours de sa grâce ; mais )e ne parle pas à un.chrétîen , et je parle à un philosophe. Cësl donc dans votre raison, Monsieur, que je dois chercher des armes contre vos erreurs. Ceci va nous écarter de notre sujet , du moins en ap** parence j cependant cela nous y rame*nera par un chemin plus court. Vous iH>us l'avez woué, ce quî nous éloigne de TËvangile ,-c'est que vous voulez être heureux , et €{ue vous ne croyez pas qu'il soit possible de l'être en pratiquant ses maximes. Je veux vous arracher, sll est possible , ce préjugé funeste , en votis prouvant quatre vérités. Au reste, je llrerai tottt ce que j'ai à vous dire suç çt

Btijel^d'uD excelleBl auteur que je ne I30iniiierai pas: son nom vous préviendroit contre son ouvrage , j'en suis sûre« Miss Dorothée) soulagez ma poitrine, et exposez-nous ces qàatre vérités, vous les ayez apprises par cœur.

Miss DOROTHèK.

' Si nous^avons à goûter, sur la terre quelque bonheur , il ne peut se trouver que dans la paix de Vamù , le contente* ment de l'esprit , et la satisfaction du cœur. Convenez-vous de cette preihière^> vérité, Monsieur?

BELESFRIT.

Oui, Mademoiselle : si les trois antres iférités que vous avez à exposer sont aussi claires, nous n'aurons point de dispute.

Miss UOROTHÉE.

l^e xnon^e ne donn# point , et ne donnera jamais ce contentement et cette paix du cœur , dût>il multiplier a Tinfini ses prétendues joies et ses plaisirs. Voilà ma se|:onde vérité qui ne vous paroit pas telle : suspendez votre jugement jusqu'à la preuve.

La religion , la v^rtu, la piété peuveal

l53. LES ^MÉljtlCAlNKfl»

seules nous procurer oe selîde^ODten-^.

tement ^ç cœur q/sie le maode promet en Taîri. C'est la (roiaîèsKie yériié^ -

Enfiû y.voioî U ^udlrième, et o'esCHrelle dont vous aurez k'plus de peine à ccwivenir. C'est qvie ee que l'Ev«ngite a de plus austère , loîn de troubler ce contentemant du cœur, l'établit solidement»

BfÉLÈSPitll*. ♦

Prouvez cèk, et suf-ïe-cHamp je de- *fîens chrétien, dévot, iDoiâesi vous le voulez, je ne yûxxic qti'êfre lieureux / qu'importe comment.... Maïs non, ne prouvez rien.... Peut-être cela dérange- . roit trop le coii^s de nàé Ferons : n'allez pourtant pas croice que j^aie peulr ; je sais qu'il vous, est impossible de teûir voire parole. Je veux remettre à un autre temps la confusion que vous ne pouvea manquer de Concevoir.

Miss DOROTHÉI;.

^ V ietoire ! J'ai Tait reculer mon brave r il craint l'événement du combat , il Seul qu'il sera battu. '

MÀ&fii*. B'pNNE.

(i) Accordez -lui le délai qn'îî cTc* mand:^, ma chère : supposez, Monsieur,

(i) Celle disflertutiojT; ^u'on n'iû$<Jrc point ici ^

tES AMÉRICAINES. 1 35

que noos n'avons riendil sur cet arllcle> et continuez vois questions.

BELESPRIT.

J'en reviens donc à ee pre'cepl«. -Renoncez à vous-même , mortifiez votre chair, haïssezrl^, poHez votre croix f «t le reste.

Je dirai que nous ne violons deux autres pre'ceptes dû Décalogue que faute de l'accomplir. tJn corps bien mortifie ratnuseà désirer le nécessaire , et ne s'avise guèresde souHailer les plaisirs. Un Itaovre cheval dd post6,une haridelle qui traîna un fiacre, ne sont pQÎnt des animaux vicieux : m;ettez-les deux moi* dans une boirpfc écurie avec du fourrage et de Tavoine à discrétion , et vous apprendrez par le cliangeraenl qui arrivera eu eux, ce que voliS aVez à craindre

»fe irôuvfe à la lin .d'un ouvrage de Monseigneur TEvêque de Soissons , qui a pour litre : Traité de ta eonfiance en /a- misuéricorde de Dieu ; et i'ouvrâgé: ert' question i&t aûtïoncé sot» le litre suivant : Dti faux bonheur des,gjens du motide. Je voulois l'extraire \ nuis il est si' beau q^uU doit «li'e'lutoulenlicF.. ^

lS4 LKS AHERICAINCS.

de l'oisiveté elde la bonne chère. Voyezvous, Monsieur, les hommes sont un peir chevaux sur cet article.

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