BELES.PRIT
Maïs , Mademoiselle, sî les conseils evangéliques conduisent à l'observation du Décalogue , d'où vient les pertonnes dévotes sont*>e]]es le fléau de la société , elles qui se vantent de les observer?
P'oii vient que ceux qui sont obligés par état de les observer , sont mille fois plus entêtés , plus gothrmands , plus vindicatifs , plus intéressés , et de plus, mauvaise foi que nous, autres déïsles qui faisons ouvertement profession de ne point croire h ces conseils , et de les regarder comme des choses impossibles f
Mmzm. bonks.
Dites- moi. , Monsieur / quand une dévote est de mauvaise humeur , quand ellô est entêtée , colère , médisante ^ esl - ce qu'elle a trouvé dans l'Evangile un précepte ou un conseil qui lui en&eigne ou lui permette ces excès ï
BELESPRIT.
Je ne dis pas qu'elles trouvent cela
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dans TEvangilë , mais seulement que ceux ^i se disent observateurs de TEvangile sont tels 'que je le dis. ^ Mai>eii. bonne.
Un charlatan qui n'est point médecin ^ donne des drogues à un malade, qui le font crever , quoique son médecin lui ait expressément défendu de les prendre, Seroil-îl équitable de dire : Çesl la science , l'art du médecin qui a tué cet bomnie? car celui de la main duquel il a pris ces drogues^^ , se disoit médecin 9 en avoit la robe. Vous diriez au con-^ traire : c'esl parce que cet boromeli^étoil pas médecin que le maJade a péri. Ce n'est pas la robe , mais la science et l'ob* servation des règles qui font le médecin. E (mbi je dis ; ce n'est pa^ la robe qui fait la dévote , l'ecclésiastique, le religieux, c'est la cônnoissance et. la pra<* tique de l'Evangile. 11 nous dit : soj'ez doux et humbles de cœur ; donc^ tout ce qui est orgueilleux s'écarte de Fesprit de l'Evangile; rayez son nom. de la liste des dévots , neiranchez-en encore ceux qui sont contentieux; car l'Evangile me dit qu'il faut abandonner sa robe à ceux qui veulent notre manteau ^ plutôt qme
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de disputer avec aigreur; Oiez encore an nombre des dévote ceux qui so|it fins , rusés , médîsans , qui yeuletxl primer, qui sont avares; caronu'est dévo^qu'en suivant TEvangile, et i) nous ordonne d'être simples comme des enfans, de chercher la dernière place. 11 veut que notre main droite ignore raumône que fait notre main gauche ; que méprisant les trésors de la terre , on chercTie à s'en faire un dans le ciel. Je le répèle, Monsieur , je ne compte parmi les dévols que ceux qui observent ces pré-, ceples*, et leur pratique rendroit la so-, ciélé bien agréable et bien douce.
J'en conviens, Madeçiioiselle ; mais ou trouver tes vrais dévôls , en avez* tous connu ? Pour moi , je vous avoue que je n'en ai jamais rencontré.
• TVlADEM. BONNE. *
Et quaisid il scroil vrai , Monàîeur , qu'il n'y aurcwt point de vr.tis dévais , , tout ce que vous en pourinez coiixlurif , c'est que PEvangîla ne seroit point pra- , tiqué, et que tons les désordres conlre lesquels vous vous élevez , ont leurs
LE^ A llf ERIC AINES, iS^
principes dan» rmohfipervalicm de ses pré,cepte8. MaÎ8 il sr'en foui de beaucoup que j'en sois réduite là. Oui» Monsieur , je eonnois de vrais dé vols , despersonnes avec lesqiielles Vous vous estimeriez^ très- heureux de vivre , des ecelésias* tiques el des religieux^ tout occupés des devoirs de leur elal» Acel égard je vous prie^de reiBar(|uer deux choses. La prerftîère ,.^c'esl (|ut$ les vrais dévots s^. cachent , n'affichent point la- dévotion > Ibjenl le naonde; et parce qu'ife ne sont pas connus , vous supposez qa'iï n'y en a point , el vous prenez pour eux ces masques Itabillés en dévots , 4^i se jettent à votre têle. el qui vous standalisenU
La seconde chose s^r laquelle je vovlk prie de faire attention ^ G*esl que les mondains ne se contentent pas de juger rigoureusement les dévols et. les per-* sonnes consacrées a Dieu, ils sont même à leur égard des juges iniques.
BE1.ESPÏIIT.
Je passe votre première remarque ; mais pour la seconde, vous m'avoueress' qu'il est bien difficile de ne pas être ^andalisé 'de certaines choses. Par
tS8 LES AMiKICAINES.
exemple^ quand je reyius d'Allemagne, je passai à Colaiar on je vis un de vos prélats qui avoit vingt*cinq à trente * procès à ce tribunal. Gelui-là donnoit-il. sa robe a qui lui deniandôit son manteau ?
MiDBU. BONNE.
Vous ne pouviez me ^fournir un exemple plus propre à vous [confondre et à prouver ce que j'ai avancé. Mon père a vécu vingt-cinq ans dans la ville de ce prélat , et dans le temps qpe j'ai passé chez lui , j'aieu occasion de con* noltre particulièrement ce prélat ^ sans pourtant lui avoir jamais parlé ; mais j'examinois soigneusement sa conduite.
Il faut vous dir^ , Mesdames , que cet evêque succéda à un autre qui , étant très-rîche- de sou patrimoine, aban* donna le revenu de son évêché à des administrateurs qui surent tirer parti de sa négligence.. Tel ôccupoil une maison qui pouvoit être louée mille livres par année , et n'en donnoit que cinq cents livret , moyennant une somme considérable dont il gratifioit l'inten* , dant à titre de pot-de-vin. Lorsque le roi donna cet évèché à ce prélat , il le
LES AMiRI€AI]N.CS; îSq
chargea de plusieurs pensions considérables et proportionnées au revenrk qu'il devoit produire , sans peiiser que • ces revenus étoient réduits a là moitié. U fallut donc y de toute nécessité , que le nouvel évêque eût des procès avet tous les fermiers de Tévêcîié , et comme vous le dîtes ^ il en eut trente à-la-fois.. Aussitôt voilà les mondains qui Se récrient. Les maximes de TEvangile auxquelles ils ne croient points ou du ntoius très-peu , sont rappelées. Un évêque plaide , c*esl par avarice, par esprit de contention. Peu de personnes réfléchissent qu'un -évêque , étant le fermier des pauvres ,. est obligé de con-s^^rver son revenu. On n'examine point l*usage qu'il fait* dç ce revenu , qu'il rachète par des procès. J'ose le dire, je. fus plus équitable , et par un examen scrupuleux je nie suis convaincue ^que ce-prélat , eh plaidant , n'avoîl été animé que de l'esprit de justice et de charité. Ses actions forceront tous ceiix qui ne veulent point se livrer a d'injustes préventions d'en convenir. Pendant une cherté qui a duré fort longtemps , il a fait distribuer chaque jour
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da pain et dés alimens aux pauvres , et une multitude liTi a du sa subsistance pendant six mois entiers. La ville épiscopale est pleine de veuves et de Glles d*o(Ticiers qui , bien loin d'être en état de vivre selpa leur condition, manquent souVent du nécessaife; il les assistoit secrètement , et trouvoil le moyen de pourvoir à leurs besoins , sans leur rendre le bienfait à charge parl'appareil et la publicilé. Son diocèse manquoit de. prêtres élevés de manière à»
s^'acqiiîtier dignement du ministère; il a sacrifié des somn>cs considérables a Vé* taiîJissement d'un séminaire: un Jardin consacçé au luxe de ses prédécesseurs^ et qu'on alloil voir par curiosité, tant l'art y av.oit enchéri sur la nature, a été changé en jardin potager ; les fleurS r<ares ont fait «place aux légumes qui servent à la nourriture du pauvre écolier , qui, avec de la piété , des talens et de la vocation , manquoit des secoursnécessaires pour se mettre en état d'entrer dans le sacerdoce.,