‹ Les AméricainesChapitre 32 sur 42 · B'EL.ESPRIT · texte numérisé non relu

B'EL.ESPRIT

J'entends * fort bien que vous avez; eêtte opinion , mais il faut me prouver que vous avez raison de l'avoir.

ttits BELOTTE.

' Cesl ce que j'allois faire lorsque vous m'avez interrompue. Rappelez - vous qu'au moment où je dis qu'il y a un Dieu f je sous-en tends un Etre infiniment parfait. ComTpe jijfînimenl sage, il n'a mis rien d'inutile dans la créature.

L'homme «daûs uù être borné a des désirs d'être beureux , qu'on peut appeler immenses; L'expérience a prouvé qu'il

LES AMERICAINES. x57

ce peut satisfaire ces désirs dans cette vîe mortelle; donc il doit j en avoir une autre oii ce désir sera rempli ; sans quoi il seroit inutile dans l'homme qui ne l'auroit que pour son tourment.

0iia étaint un Etre infiniment juste ; doit aimer et récompenser le bien , il doit haïr et punir le mal. Jetons les yeux sur ce qui se passe sur la terre ; communément le vice y triomphe , et la vertu y est opprimée; Donc il y aura une autre vie , oii chacun sera traité selon ses oeuvres. Si cela n'étoît pas^ Dieu seroit moins bon et moins sage que les législateurs qui ont trouvé le moyen de diminuer les crimes par la crainte du châtiment qui en doit être la suite , et qui n'ont point manqué d'infliger des peines contre ceux qui s'en rendroîenl coupables. Voyez- vous, Mon^ sieur, ces preuves de rimmorlalilé de noire ame , ma Bonne nous a enseigné dès noire enfance à les tirer de nousmêmes de cette vérilé , Ilj a un Dîeu\

Miss SOPHIE.

Il me semble aussi quç ma Bonne nous en adonné une autre preuve. C'est que rimmorlalilé de Famé est un senii-

(58 Ifl&S ÀMé^MCAlN£9.r

ment inné^ je ne me aouviens que de cela, et j'aurois peine à,p.i'e;]|:|)liquetr ; }e la ]^e de vouloir fbien. 1^ faife po.ufi moi. ' • / .{. - • /i), . .:.,

' ' ' M'ade'm. bÔNNÉ. .

Je vpia$ ai. dit aulrefois, ma ïchère , que les hommes dans tous les pays, dans tous les temps ,, ont cru Timmortalité.de l'épier, etont^ét^ persua4és/que cette, vie est un passage pour arrivera une ajatfe qui ne finira- jamais ^.et qui sera heureuse pour ceux qui auronj bien vécu. Or, ce témoignage de toutes les nations ,; qui d'ailleurs diffèrent si fort entr'elleSf est une preuve certaine que ce sentiment a été gravé dans l'ame par la main du Créateur.

BELESPRIT.

Comment , Mademoiselle Bonne , vous croyez qu'il y a des idées innées , pendant que les plus habiles gens les nient, et soutiennent que nos idées doivent leur naissance aux perceptions des objets extérieurs , perceptions qui nous viennent par nos sens?

Màdek. bonne.

Je n'ai garde /Monsieur , de raison-

-ner SUT C€la en savanle , car je ij#Iasuis pas :/ mais je sens y et personne ne peut tme:nier rèxislence de ce ^jue je aens^ Comme 'Diep m'a douée d'une prodigieuse mémoirb , i'ose vous assurer que 3e rappelle l'aurore de mes 'conuois?- 'sances. si je puis employer ce terme.

Oui , je me rappelle mes premières pensées, et ces dames qui sont beaucoup plus jeunes que moi , peuvent se les raj^ peler aisément. J'ai connn, parle seul sentiment dé l^amour de moi-même , le jusleet l'injuste-; et je vais vous le prou* Veren répétant ce que j'ai» dît autrefois à ces dames.. Quand n\ai mère m'ôloit une pomme yerte, que la servfinte m'ayoit donnée , parce qu'elle disoit que cela me rendroit malade , je pensoîs qu'elle se trompoit^que j'élois bien mal- ' heureuse. de lui être soumise; mais il ne me venok pa? dans Pesprit qu'elle fût injuste. Qu^nd ma soeur m'arracboit celte pomme ,pour la manger, je jsentois qu'elle étqit méchante^ injuste. Ces deux perceptions étoient très-di$tinctes en mc^i. Donc ^ je disc^rnois le justg d'avec Tiij^jufstejâssurémept personne n§ m^avok appris à fsiire cet^e •distjuclipu,^

l6o LES AMERICAINES.

Si peil^nhe ne m'avoit insinué, ce sentiment, il étoit donc inné en moi. Voilà ee que tous les discours des savâns ne pburrpient m4ufirmer ^ parée tpxe je suis un témoin irrécusable dé ce qui se passoit en moi ; et si je ne vous cite ;q^e cet exemple, je pourrois y en ajouter mille ; mais une seule idée , un seul sentiment inné suffisent a ma preuve ; car s'il y en ^ un , il peut y en avoir un mil*lion ; et j'ai de bonnes raisons d'ailleurs de croire que toutes nos! idées sont innées. Vous souviendrezHVoiis de ce que nous avQps dit à ce^ égaf d , Lady Méry ?

'- '' ' Laut MÉÏtt. ' '"' ' Parfaitement, ma Bonne. 11 est sûr qu'on ne peUt donner ce que l'on n'a pas ; que l'effet ne peut pas être plus parfait que la cause. Or ^ si les objets extérieurs qui spnl matéri«s , pouvoicnt produire les idées qui sont spirîluelles , Teffet séroit plus parfait que la cause. Nous ne pourrions pas dire que le néant donne l'être : il ne le peut , parce qu'il ne l'a pas. La matière ne peut pas non plus produire la penéée , lui donner un être spiritiiel; ciar elle donneroit ce qu'elle n'a pas. - * . .•*

LBS ÀMERTCAINE8» l6t

Comment donc ! Lady Mérjr s'exprime eu logicienne : c'est dommage qu'elle ait gardé le sileuce jusqu'à ce motiaeut, elle parle très-bieu, Oserois-je lui demander sî elle est bien sûre que 4a m^tièr€ ne.pénse pas ? Si elle pourroit fu'en donner des preuves ? *

• Làbt méry.

Et pourriez -vous , Monsieur , note prouver que voue croyez | comme vous J10U3 lr'4S$urez , que Pieu n'est pas maté- ;rie} , .et qu'il existe ?

BELESPRIT.

Comment f Lady Méry ! vous pa- Toîssez douter de mon intégrité , lorsque je vous! assure que je cirois fermement qu'il y a un Dietî, c'eél-à-dîre un pre- 'raier Elrej qu'il est spirituel, infiniment parfait ! Pourquoi me faites-vous •cette in j ure? '

Làdt méry.

Ai-je tort d*en douter, Monsieur ?

Vous êtes' un homme de bon sens ; cependant , quand vous convenez d'un

t6j LES AMEPiICAlNESb

J)rincîpe, vous eu DÎezles conséquences; Vous m'accordez un Dîeu d'une nxàin , et voTis me Pôtez ' de l'autre. Tout ce que ma Bdfane vous a dit sur la révéla^ iioa,surrimmortalité de i'ame, est une conséqveïice de rexlsléncè dé Dieu j el , «non conteht de la chicanner sur ces articles j vous' revenez à votre bût par un autre chemin et ciierche:^ à établir la moralité "de Va me , en vous efforçant de nous la faire regarder comme ma-

térielle. ' ' <

' *BEliÊSPRlT.

Jen'ai pai diï xm seul mpt (ÎDxi vous puissiez tirer celte conclusion ; j'^éti prends toutes ces dames ii témoin.

Ladt MÉIY.

r /Qu,ine le croiroit avec son air sîpcëre I M^s jp p'«i;:suis pas la dupe. Oseriezvous jijrer;; Monsieur, que jje ne vous ai pas:deviné, et que vous ne vouliez pas en v^nir là? Je ne suis pas assez stupide pour être la dupe de vôtre détour ; vous m'impatientez, car vous êtes de inauvaîse foi.

,1IELE'SPII'IT.

Quel agneau ! Vous êtes piquante au dernier pwnt, ma belle Dame , et vous

LXS ÀMéKICATNËS^ 3 63

me mettez dans la nécessité de me justifier. SavezrVQus bien pourquoi je dérâi- 50ntie'(J*u^lqùefois?C'estpouffàirebriner votre psprit ; d'ailleurs vous avez une

grâce merveilleuse à dire des injure^/ '

'. r'' ^ LA0T MÉRy. <

-'ipôi;t b'îén, mais jé^ ne prçïidspbmt lis change^': je vous ^i prie de «ieprpûvef que Dieu n'est point matériel^ ayez la

bonté de le faire.

Cela né sëi*rf*]^s difficile. Uii^e <^K^se ^àfék'iéHéf ^éèt 4in torapô^ H^Iilusidùrs l^rlieS qttî'int elé^jo&lés^^^t ^m pfenvent être su^éeiptib'les'de tôUtes^sorles 4è tîhangèhieiS, pdrlâsotisltactioti de queK lïtie^tinès fleîffespkrlies^^i ou par Tacigîrtiëntatiôtt de c^u'elques initres j or cela np petit cotivehir k* Dieu qui est ithmuàblê de sa nature. • i

Làdt MÉRY.

Çest-a-dire, si Je vous comprends bien, que Dieu est le contraire d'une chose niâtériefle^: apparemment v^tus crbyea que^lla facukë d'êtpe divitée' est une'qna^ lité essentielle à là matière. ■ î ■ *

l64 ^^^ XWiiKlCXl'NESi

BELESPRIÏ*.

Cela ya sans dire : dès-là que. deux parties sont dans un sujet , elles peuvent être séparées l'une de Taulre. Mais pourquoi me faire ces questions , Madame?

11 me paroîtque Vous' savez cela tout aussi bjeb qvi^ 4moi| et ceUjok*4 ignares de rapport; k ce quf ^ous disiovs.

liADT MÉRY. "

Je cherche à m'assurer de ce que vous pensez, Monïîèùr^'el Jéufe puis le faire ^qu'^n prenaipit la liberté de vous faire des iquestidps^lMe vpjici: déjà |.ure;que vous âdinetleâs ide.i^3(:.etra^ absolument cqq'praires; l'un qui a de». ps^rties^, l'autre qui n'en. a pa9 ) Je pi^emier qu^^sidivir sible ^ r^ulr^qqi c^t ét<ei3pii|l et ^^wu^blct, puisqu'il e«t insmcefiUhliS ^^'addit^çn ejt lie SQuslractiom) Me, dirie;&-V'Ous bien à présent ce que vous connoissezde TÈtre divin ^ c'est-à-dire quelles sont ses qualités essentielles ?

BELPSPRIT.

\ L'iofmité de . toutes les perfections; il connoît son être , il aime son être parce que c'est le centre de toutes les perfec-

' LES AMSaiCAlNE.Sf l65

lions; voilà loul, ce que j!en sais. J'ajouterai pourtant qA^'àJa^fuede ses partages ]'m conçi^i. qu'il v<idloil èlw connu , mmé hors de lui > puisiqu'il a fait des créatures qu'il a jouées de facultés propres ji cet effet , c'est-à-dire q«i -ont un .entende-» ment pour Iç çonnpitre ^ et un qœur pour l'aimer. ,. .,..

lidt i&éry:

Vous, dîtes dès'merveîlles, Monsieur.

Je conçois par volî^e discours pourquoi nous autrës''CliréTïèbs' nous disons que nous lonimes faits à l'image et réssem-

nt, je pense, que je suis le contraire îa matière : car si j'ai quelque chose

ler f j en ment'

(\m ressemble à Di^u, ce quelque c^ose là ne peut pas êtreqiaténel^ à moins que TOUS ne vouliez dire que là matière pense eiaimei Mai&non^ ce seroit:itnir«leux contradictoires ; car vous tions ave% dit que Dieu qui se cdnnoît et qui s'aime^ étoitle contrqire delà matière. Or, of 'qui ei^t le contraire d'une; chose qui cotim^lc éi qui penseï, doit être une dbpse^^di ne pense f^as et (]uî ne peut aimer; Si la

l66 LES AMERICAINES.

matière est incapable ^e eonnoître, elle lie petit produire la 'pensée : car on ne forme ques^onsemblable* Si nos pensées ne sotat pas produites par les objets extétfieui^^ donc nous en avons 1^ germe aû^^dedans de nons-même. Ne yoilà-t-^il pds-ijedidées innées, M<^nsieur? ;

BEJLJESPRIT. ' ' ''■'"

Vous croyess m'embarr^sser^ima belle D'âme , niais on ne peut aller contre âes faits. Les bêtes sont n^lér^elles :. çepeiidait les bêtes sentent, et aiment; elles connoissent, elles raisonnent eJL relie-, ^bissent ':. donc laf rpalièî'é "pei^t penser et ^îiher V. donc la, matière am a cette capacité peut, produire çnei nous, des idées , sans qu'on 'puisse! dire qu'elle donne ce qu'elle tt'à pas...!. 'Vous riez. Madame'! , .

* I.AJ)T MÉJ31Ï. r ^

: Oùî^ ^e: ris de: voir ,un> psàvre homme, qui .«e noie et qui. s'acçr^cbe à-tout ce qu'il trouye en son chemiir, qui voltige de question en: question , :plttt?ât que de skvouer vaincu.» quiiiùppdsâei il'absùrde pour TO9 prou/ver:j<}te M. .Locke étoîti iiifaillible çonptme Pythagore.^ C'est le

maître quia parlé ^plus de question ; les

doutes seroient un crime dans un écolrer.

Ah ! ça , Monsieur, vous croyez m'em*

barrasser ^vec vos bêtes. Elles sentent

et pensent , on nen peut douter ;^ dites^

vous. Pardonnez* moi , Monsieur^ on ext

doute, et moi qui vous parle je prends

celte libertp ,^saQ$ me; laiBfaer^ éblouir par

voire ton affirmatif jetnâalgi^éilès ëfijdrlff

dies philo&opbes modernes, dn. sent biefÀ

Vil) ter 4t qu'ild ont à soutenir cette thèse ;

mais je ne suis pas la* dupe uî de? fleurs

raisons, ni de leurs motifs, 6 1 je^xe^rains

pas la- dispute. Sun. Qe^porçt^v ')•

' - ' ' Làdy toUlSE.' • '

iVous. nous éloignons , funensemen^ de notre sujet, ma Bonne, Qu'importe k la vérité de la révélation que nous voulons prouver^ la niaij)ère dpnt le$ bêles existent? : ,

, . màdem- bonne.. ; « ;

Nous sommes ici pour y parler cba-^ Gune selon nos lumièi'es. Madame. Ap-^ paremment que lady Méry voit cette question .d'un autre œil que vous : lais-* sons-lui dire, ce qui lui vient dans l'es*^ prit ; peut-être ne s'écarte-t-elle pits ati-^

l68 LES ÀMERICAinSS.

tant de notre sujet que nous pourrions le croire.

hJL9J MÉRY.

Teness, tna chère lady Lôuiâe, je n'ai ^ue treize ans , et il y en a àé]k cinq ^ne je rumine sur cette matière. J'aime là lecture ài la fureur , et à la réserve de^ Rvres malhonnêtes, j'ai tout lu, jiisqu'à Bayle. Je me sais aperçue que Mêssieui^' les beaux-espritsi n'oublient rien pout* nous persuader que les Bélés senténi et pensent; Its' parlent de ces ehoses aviecitant de feu , que je n'ai pu m'imaginer €{w cts^^fÂt-par amitié poàn leur chien on pofir )ear. linotte : ainsi je les ai suivis pas à pas , pour chercher à cîéknélfer léurS vues , et voici le résultat de ittôn examen.

Le fondement de la' rehVîon est la ^pîrîtùalilé , et par conséquent l'immortalité de l'ame. Rien de plus répété danô l'Evangiîe. ' Bçé peines et des récompenses éternelles supposent des' âmes qui le soient aussi , et qui sob* sisteront autant que leurs cbâtimens et leOA'S : récompenses. Nier l'immortalité dej'ame^i c'est sapper La religion par sçftfoiKletneM. ,

3LÉS Américaines; i6q

LADt LômsE.

Je vois soiivenl des déistes , ma çlière,et je n'en aï jamais rencontré ua seul qui ait eu la hardiesse de nier Timmortalité de Vame,

LÂdi MÉRY. •

Peut-être, Madame, n'a vfez- vous îarnais bien réfféchi sur leurs discours.

Nier > spiritualité' de l'ame , c'est aller le grand chemin à nier son immortalUéj voilà oii (îes messieurs veulent nous conduire , et on ne l'aperçoit pa« du premier çoup-d'œil. ,

. BELESPRIT.

Mais qui sont ceux qui disent qae 1 ame est matérielle ? En avea-vous beaucoup rencontré , Madame ?

Laot MÉRY.

^ Tenez, vous n'êtes qu'un hypocrite Monsieur • quand vous dites avec vos confrères que les bêtes ont une ame qui pense et qui sent, vous nous donnez cela comme- uu sentiment de nulle conséquence. Ge sentiment nous amuse • quand je. parle à mon chien , je me fais un plaisit de croire qu'il m'entend. S'il • • 8

176 t«£S AM£arcAiriES%^

me caressCy^aime àpenserqu'il m'aime , et c'est ce qui m'attache à lui j car nous voirions être aimées , ne fôt-ce que par des bêtes ; cela nous flatte toujours. Ou reçoit donc votre opinion sans examen , et vous parvenez k votre bui. Avouezle de bonne feîf ; ¥Ous n/avez jamais nf dît » ni pensé quç. celte ame de3 bètes, qui pense et qu£ $ent , fat inunorldleî dites la vérité

BEi^iisjpaiT.

Vous m'interpelle^ si sérieusement , que je doia votts répondre sur le même ton. Non, Madame,^ ne cnlHs pas Tame de^ bêt.^ immortelle..

Cesl-a-dîre que vous loffez'dans votre bonne tête deux îdées^ contradictoires , et que , faute de réfléchir^ nous admet* ions cette absurdité. Les bâtes seirtent ctpenseiit , dites -vous j donc elles ont une ame : voilà votre priuxape ; et s'il est vrai , la conséquence que vous en tirez est juste. Çenser et sentir ^appartient qu'a une substance telle que noire ame ; ce sont les qualitéa essentielles^ de . ci^te partie de nous^*- même » ou plutôt

^e tout noQS -inême; car notre corps ti'est qu'cm accident , qui dîsparoitra sans que nous cessions d'exister.

Vous ajoutez : l'ame des bètes meurt avec leur corps. Voilà f absurdité^ qui ne frappe pas, parce qu'on s'est accoutumé a croire que les bêtes n'ont qu'une €?cistence momentanée , et que le contraire choque , et on ne sent pas on vous ea voulait venir.

La secte d^s Sadducéens , <fui ne croyoient qu*à la matière, et qui nioieni Texistence des substances [^spirituelles ^ «'est prodigieusement étendue dans C€ «iècle et sur la fin du dernier. A peine ont-ils laissé transpirer leurs sentimens a cet égard, que le plus grand non&bre des hommes en a été choqué ; pourquoi ? C'est que le sentiment de Pim^mortalité de l'ame est inné, et que tout «e révolte chez nous à la pensée d'uft anéantissement total. Qu'ont fait ces «Messieurs? Ils ont laissé tomber cette question , et lui en ont substitué une autre , qui a paru à tout le monde , comme à lady Louise, une question indifférente. Ils ont eu la patience d'aïtendre que leur système fût bien étalai! j

ira l'Es AMERICAINES.

et qaand ils ont cru les esprits assez prévenus pour n'en pouvoir revenir , ils OBl cessé de déraisonner , et ont mis au jour les conséquences de leur système. Voici comme ils s'expliquent

actuellement : .

La matière , organisée d'une certaine

façon , peut penser et sentir , nous le voyons dans les bêtes qui sont matérielles. Qui empêche que ^ous ne croyions que ce qui pen?e et sent, chea les hommes , n'est qu'une matière plus partaitement organisée que dan*' les «rbres , et même dans les ammaux i Là matière est la même en tous, il ny a que la façon de différence. Le diamant brut , celui qui est taillé , celui qui eSl briUant , sont, les uns et les autres , la même matière , le travail de l'ouvrier y xnet seul de la différence. Mais «i 1 ame est matérielle , éUe est donc mortelle. Les gens qui ont une bonne logique ont été forcés de nier le principe ou d'admettre la conséquence j car si une fois on convient que l'ame est matérielle , on ne peut soutenir son immortalité qu'en supposant un miracle. Ceux qui ne savent pas raisonner , et c çst *«

LES A^MEaiC AINES. 178

plus grand nombre , ont dit : Vous avez tort. La matière pense et sent chez led bêtes, et elles sont mortelles ; mais quand bien même ce seroit la matière qui pense et sent chez les hommes, ils sont immortels. Ce raisonnement est absurde j n'importe , il passe , parce que ceux qui le font n^en sentent point l'absurdité : je ne m'arrête pas à vous la faire sentir, Mesdames, vous avez tro[^ de lumières pour ne pas voir que partout où il y a matière , il y a jonctiou de plusieurs parties ; que tout ce qui est composé de plusieurs parties peut êtra disjoint : Monsieur assurément le pense ^ et vouloit tout iloucement nous induire a penser comme lui^ persuadé que si noud admettions une ame matérielle chez les animaux , nous ne pourrions refuser de lui accorder au moins la possibilité d'une mme matérielle etmortellechezrhomme.

Miss DOROTHÉE.

Le corps de Tbomme est un composé de plusieurs parties capables d'accroissement , et qui , par une conséquence absolue , sont capables de soustraction 5 de dépérissement , de dissolution. Cependant l'Ecriture nous apprend* que

celle dissolution et ce dépérissement sont une «oile du péclié. La matière ësl donc capable dr se soutenir sans altération j c'est-k-dire , quand on parle du corps de Thomme 5 qu'il pouvoit se ioutenir pçndant Téternité sans aucune altération de aes parties. Or , vous seoxbieziusinuer que cela est ioipossîble.

* LiLDT MÉRY.

Vous n'avez pas fait attention que j'ai ajouté sans miracle. Dieu peut sans doute suspendre , arrêter l'aUéralion el la dissolution des corps, mais pour cela il faut un miracle. Tout s'use par le mouvemecl dans son état. naturel : aussi rEcrîture nous dit-elle que rifumortalité devoîtêtre donnée à l'homme parle fruit de Tarbre de vie. Il ne Tavoit donc pas.

. Lad^ LOUISE.

Je tombe des nues en voyant oîi nous conduit le système de l'ame des bêtes.

Tenez, ma Bonne, pour rien au monde je ne veux avoir une amç matérielle et .mortelle- Cependant , le moyen de croire que les bêtes ne pensentpas? Voua en êtes venue là, lady Méry. Hâtez-vous de ifousdirè Içs raisons qui vous oui eo^

LE'S AMKKICAINE6. 175

gagée à periset ainsi : je meurs d'envie âe le$ eiile&dre.

Ge sera pour la première fois , Mesdames. Je. suis charmée que lady Louise conçoive; que celte question n'est point hors de notre sujet ^ el <]u^au cooiraire nous sommes dans la nécessité de discu* ter à fond celle imporlasilfe matière.

Toute la réyétatioii n'a pour iMit que de nous appr^odrecommeulyen servant Dieit dans celle viev nDus pourrons par« venir à Taiimer élerneliementesiraulre} f ommenl , eu fajant le pëchc , nous pon-^ vpns parvenir à évilrer des siippltcea éternels. Si noire ame étoil mortelle , tout ce cfu'on oous dit ' k cet égard .seroit f^ulL et inutile. Prouvisr rimmcxlalilé de l'ame , c'e$t do.n<: prou v<tr la vérité et k Becessité de la révélation » Les matéria*^ listes, pour prouver que l'aitie est mar« telle , ont imaginé une matière pensante chez les animaux ; il est donc tle consé*^ queute de leur prouver démonstrativement que la matière ne peut penser , et que ce qui nW poînl matière , c'est-k* dire les substances spirituelles, ne peut vaOurir. Je vous exhorte, Mesdames ^

176 LES AMÉHICAlNis;

k faire de sérieuses réflexions 'sdr ce sujets et vous nous en ferez part laf première fois que nous nous trouverons ensemble. Je vous ai promis Thistoire d'Apollonms de Tyane , il faut tenir ma parole.

HISTOIRE D'ApiOLLÔNrUS DE TTÀKE.

En commençant la vie d'Apollonius de Tyane , je vous avertis , Mesdames , que je le regarde comme ufi homme que l'amour effréné d'une folle gloire a engagé à embrasser un genre de vie singulier , et à se distinguer d^s autres Lommes; Vous jugerez par ses actions si je porte de lui un jugement témér.

raire , ou si je lui rends justice? Sa vie a été écrite par un: de ses grands admira* leurs tiommé Pkilostrate , iqui a tiré ses mémoires d'un nblnmé 'Bamis , disciple de ce prétendu, thaumaturge. C'est k vous , Mesdames, à corriger mon juge^ ment s'il vous paroît inique.

Apollonius naquit k Tyane en Cappadoce, sous le règne d'Auguste:- sa mère eut un songe dans. le temjps qu'elle le portoît , dans lequel elle vit Protée qui lui dit : Vous accoucherez de moi, Vn

nouveau songe l'avertit, d'aller dans une prairie cueillir des fleurs r elle s'y endormit, et pendant son sommeil une troupe de ci gne,s vinrent se ranger autour d'elle , puis tout-a-coup ils réveillèrent par le batlement de leurs ailes en s'envolant et formant un concert mélodieux , et dans Tinslant elle accoucha. Le* tonnerre à ce moment tomboit , ^t il se releva.

Miss DOROTHÉE.

El le benêt qui nous rend compte de ces trois merveîUes, les croyoit sur le témoignage de la mère d'Apollonius j car il n'y avoil pas de témoin.

Madem. EOINNE.

11 en a crui>ien d'autres , ma chère.

Apollonius fit de grands progrès dans les sci^Éces , et vécut dans une grande pureté de mœurs. A i'âge de seize ans ilembrasisa la doctrine de Pythagore, laissa croître ses cheveux, renonça à manger rien qui eût eu vie, s'abstint du vin 5 ne porta audun habit ni chaus'surè qui eussent été la dépouille d'un animal , et se dévoua à une continence exacte.

Use réfugia dans un temple d^sculape^

l-jô 1.SS AlïïÉPvICAlKÈf.

et ce dieu dit a son prêlre qu'il éloîf charmé d'avoir un tel témoin des guérîsons qu'il opéroil : il lui renvoya même un de s^s malades. C'étoh un jeune homme que la débauche avoit réduit à un étal pitoyable. Apollonius Je guérit par la dîèle et un régime de sobriété.

Un liio*iime qui avoit perdu un œil^ apporta un magnifique présent aîi temple » pour obtenir du Dieu un œil qu'il avoîl perdu/ Apollonius commença par demander le nom de cet hom^me et dit ensuite : C'est un criminel qui ne mérite pas d'avoir ax:cès icî.Esculape , d*aceord lavec lui ,prdonna a son prêtre de chasser cet indigne suppliant, qui étoît un inces* tueux à qui £Ou épouse outragée avoit arraché un œiU

Ljldt violes te.

, On ne peut refuser a Apolk^nius el au die^u la louange d'avoir' élé Tort prudens. Rei^drenn œil arraché, éîo^l une tâche trop pénible, et ilfalloit s'en débarrasses sous le prétexte de l'indignité jàu snp^diant. C'eût pourtant été là uii beau mirs^cle j d'ailleurs il étoil bon de savoir le nom de cet homme avant de décliner^on crime, sans quoi, saiw doute^ on ne l'aiîroil pasxleviné^

LBi AMERICAINES^ 179$

BELESPRIT.

Voîlk ce que c'est qu^e la préveûtîon ; sî j'eusse ergoté ainsi sur les miracles de Moïse, vous eussice crié à rîû]usiîce.

kiDEii, BONNE.

Non, Monsieur, je ne vous auroîs point cru injuste, si vous eussiez eu d'aussi bonnesTaisons contre les aiiracle$ de Moïse ^ que ces danies en ont contre les^ œuvres d' Apollouius ; car jusqu'à ce moment il n'y .a rien eu de miraculeux. Trouvez- vous que je sois partiale ? Racontez-nous vous-même les actions de votre héros, (Bt 80 uffrçzmçs réflexiousj je serai toujours pr«te à profiler des voiras.

Trouve re»-vou« a redire a son désin* térëssement? Après la mort de son père il se trouva très - riche, et commença par distribuer â ses pauvres parens la moitié de ce qu'il lui revenoil de sa succession « dont il Avoit cêàé la moitié à son frère, quoiqu'elle ne Jui appartint pas par les lois. Il Ht plus pour lui ^ car il l'engagea pair sa. douceur a renoncer à la débauche dans laquelle il avoit donné jusqu'alors* Pour lui^ il ne se réserva

l8o LES AM£RICAIir£S;

qu'uu fort petit revenu. Celle action estelle belle ? ,

Madsm. bonne.

C'est seloa , Monsieur ; se dépouiller d'une partie de son bien en faveur des mdigens , c'est unebelle aclion si elle est faite par bumanilé; mais si* la vanité, le désir de s'élever au-dessus des autres en est le prîucîj)e , c'egt une soltisç. Cest troquer mille douceurs réelles qu'on peut trouver dans Tjiisage modéré des richesses, contre du vent. Or, l'hîslbrien de votre héros ne nous laisse point ignorer ses motifs. Il se metloit au-dessus d'Anaxagore , qui avoil laissé ses terres en friche pour servir de pâturage aux troupeaux dfauirvti , et de Craies, qui ;ivoit jeté son or dans la mer. Il observoil que ces philosophes avoient man« qùé leur but, l'un ne s'élant rendu utile qu'aux animaux > et l'autre n'ayant pas fait même le profit de.s animaux.

Miss bORbTHÉE.J ^

Quel bruit vous feriez, si vous aviez un tel orgueil et une si grande sot* tise à reprocher à Moïse ! Voyez - voua qu'il se soit mis au-^dessus des patriarches

L'ES AMÉRIC AINKS* iSl

qui l'avoient précédé. J'ajoute une telle sottise ; car se rendre utile aux animaux qui pâturent, c'est enrichir leur maître; d'ailleurs ;ApQllonîus, en bon Pythagori* ,cien , né <devoit : point nabaisser^ celte action, Ijui qui croyoit ^ue les bêtes étoient animées par des âmes qui avoient appartenu et qui dévoient appartenir k des hommes. ' •

BELESPRIT. .

Pauvre Apollonius! te voila sur là sellette ; on né te fera grâce de rien. Mais continuons.

Les Pythagoriciens dévoient garder le silence pendant deux, trois, quatre et même citiq années : ApoHonîus choisît ce dernier tçrméi II a avoué lui-même que ce silence lui iavoit beaucoup coulé : cependant' il s'éloîf fait un langage par signes, si expressif, qu'il vint à bbut d'apaiser une sédition, Aprèis ce temps, voici quel éloit l'ordre de sa jotlrnée.' Au lever de l'aurore^ il ^'ôccûpoit de pratiques mystérieuses qui regardoient son .commerce avec les Dieux, et au^squelles 'il n'admettoit que ceux qui avoient éié éprouvés par un silence de quatre ans* Ensuite il asscmhJDÎt.Jès. pjrêtrea du

ijS^ Z.E& AMERICAINES*

temple où il habitoit , et les instrui- 8oit sur le culte de leurs dieux , sur les abus qui s'y étoient glisses , et sur les moyens de les réformer , îservice qu'il rendoit daiis tous les lieux où il passoit ^ sans se scandaliser de la diversité des dieux qui étoient adorés. Il disoii ensuite : J'ai passé la première partie de la journée avec les dieux ; la seconde à parler des dieux : je puis actuellement m'occuper des choses humaines. II donnoit donc le reste de U journée à se» iiisciples et à ceux qui voyloient Tinterroger , et il la terminoit en prenant un baia d'eau froide. Son style dans le^ discours qu'yi prononçoît ♦ ou dans ses réponses > éloilco.url , serré , nerveux. C'étoit des seiileDces qu'il pro^on^oit d'un ton de maître. Il dÎ8oi«t qu'il savoit toutes les langues saisies avoir apprises , et qu'il pétté^roit daq^ le çqpur de tous les hon^mes. , ^

Que dites-vous de celte humilité, Monsieur? Ajoutei-y ces paroles qu'Apollonius prononçoit sur la Su dé ses jours : Je sais plus que qui qu« ce soit ; car je sais tout*

Il est quelquefois permis de se louer.

Paul , que vous regardez comme un Saint , s'est donné d'excessives louange^.

Madem. BoniSE.

Avec quel ménagement., Monsieur , ne parle-l-il pas des grâces <{ue Dieu lui a faites , lorsqu'il fut forcé de ie faire ? Il avoue qne se louer est une folie ; mais qu'il est contraint de parler comme un fou , pour rendre «âges ceux qui méprisoient son ministère, 11 rapporte à Dieu toute cette gloire , et finit en disant qu'il ne se glorifie que dans la croix du Sauveur. 11 se iioitime un avorton , le dernier des apôtres, il i^appelle souvent qu'il a clé on persécuteur. Osez-vous le comparer avec votre Apollonius PMais cela ne m'étonne poiiit*; les païens ont bien osé le mettre en parallèle avec Jesâs-Orist. Continuez, Monsieur, et voyons s^il y àvoit la moindre ressenv- Mancë, je^nedis pas avec le Sauveur^ mais envers le nK)indre àe ses disciples^ et avec Moïse.

BElESPKlt.

AjJoMonîus encore jeune , çroyanl

l84 l*t$ ÀMiRICAIKES. «

avoir épuisé toute la sagesse des Grecs, voulut y joindre celle^des Brachmanes dans les Indes , el voir en passant les mages de Babylone et de Suze. Sept disciples qu'il avoit , ayant refusé de raccompagner , il partit avec deux esclaves , dont l'un écrivoit Irès-vîte , et l'autre très-bien. Arrivé à Ninive, il v fit l'acquisition de Damis qui ne le quitta plus. Lorsqu^il voulut passer l'Ëuphrate à Leugma, il fallut payer un péage, et celui qui le recevoit lui demanda ce quil ménoit avec lui. Apollonius lui répondit : La Tempérance , la Justice , la Vertu ., la Modération , la Force , la Patience. Cet homme crut botaneraent que c'étoil des femmes, et dit à Apollonius , écrivez sur mon livre les noms de vos esclavèS'. Ce ne sont point des esclaves , répon3it le philosophe , mais mes raïiîtress^s. En ,ta:aviersa6t'la Méso- .polamie, il'fipprit le lartgagè des hêtes -en cnangeanl le cœur et/ le foie d'un dragon, Bardane, prince guerrier él philo- ,sophe., régnoit alors à Babylone. En entrant dans la ville, on lui présenta la statue d'or du roi pour l'adorer selon ^'uçage. Il sera bien heureux , dilApol-

LES AMERICAINES. l85

lonius , s'il peut être. loué par moi comme partisan de la vertu. Des réponses aussi hautes lui attirèrent l'adrairation des magistrats , qu'on npmmoit les oreilles du roi , qui avertirent leur maître dô son arrivée. Le prince ne se scandalisa pas de réloge que le philosophe lui fil de sa personne j au contraire , il Tadmira,' et véritablement il fit paroître une grande vertu dans cette cour , refusant les dons magnifiques que le roi vouloît lui faire ; et se contentant de s^intéresser pour des Grecs d'origine établis en ce lieu ^ dont il améliora la €lndition.

Ils virent dans les Indes des hommes de sept pieds et demi , des serpens de soixante-dix coudées, une femme moitié blanche et moitié noire. Damis nous assure même qu'il vit sur le mont Cau* case' la chaîne où l'on avoit attaché Promélhée. En historien fidèle, j'avouerai qu'il se trompe sur le moht Caucase, qui n'est pas dans l'endroit où il dit avoir yu ces chaînes,; mais cette bévue n'est rien en comparaison de celles qu'ont faites les écrivains que vous appelez sacrés. D'ailleurs , Damis ne se yantoit pas d'êlrç inspiré.

t86 1£S AMÉRIGAIKES.

Màdem. BONifE.

Nous ne croirons pas non plus qu'il fut grand sorcier , témoins lés contes 4e ma mère TOie , qu'il va nous faire sur ce voyage. Mais remarquez , s'il voua plait , Mesdames « que Monsieur, qui révoque en doute les miracles de Moïse faits en présence d'uu million. de perr sonnes, nous invite a croire ce qu'il nous dit d'Apollonius I sur la foi de Pamis et de deux de ses esclaves; çdiY ï\ n'y avoit pas d'autres témoins.

#E:XE^PRiT.

Vous ne me rendez pas juslîce , Matdemoisell^ : je ne me rends point garant des discours de Damis ; au contraire ^ j'avoue qu'il va nous débiter des choses extravagantes i mais cela n'influe point iBur les faits qui se sontvpassés en public , tels que la résurrection de celte fille qu'on porloît en terre. Damis , qui a pu inventer les uns , ne pouvoit sup* poser celui-là ; il en auroit eu le dé* menti.

Miss DOROTHÉE.

Votre raisonnement est faux , mon pauvre Monsieur : un homme assea

LES AMERICAINSS. 187

simple pour être séduit si grossièrement, ou assez fourbe pour inventer toutes ces choses, ne mérite aucune créance; vous dites qu'il auroit été démenti } et qui avoit intérêt a le démasquer? Il ne cherchoit point à détruire la religion domi^ santé , et ^ar conséquent les prêtres n'éloient point ses ennemis. Ce n'est pas que je nie le fait en question qui n'a rien de miraculeux, et qui n'annonce qu'un habile fourbe , j« me sers de cette expression, parce qu'uir homme qui se vante <l'entendre le langage des animaux est un menteur, et ^ue tout ce qui vient de lut m'est suspect v. en; sorte que si de mes jeux je lui avois vu faire une action qui me parottroit mifaculeuse , je ne pourrois la regarder comme telle , parce que ma raison coutrediroit le témoignage de mes sens.

Elle m'apprend que la Divifiité ne peut autoriser le menteur.

BELESPRir.

Si vous m'interrompez ainsi à chaque mot, je ne finirai d'aujourd'hui celte histoire. Donnez-moi, s'il vous plaît ^ une audience plus tranquille» Je suis de boane foi , je vous avouerai que moa

l88 tES JiMÉlVlCAtîiÊS.

héros, qui savoit toutes les langues , eut besoin^ d'un interprète avec un roi des Indes pythagoricien. Il arriva à^ la demeure des Brachmanes. C'étoit une colline qui leur servoitâ'asile : eJleétoil environnée d'un voile épais à l'aide duquel ils se rendoient visibles ou' invisibles à leur gré. Ils avoienl en leur disposition les éclairs et la foudre. Ale:standre , selon eux , h'avoît osé les approcher. Hercule et Bacchus ne Tavoient fait qu'à leur honte, et on, voyoit sur la colline les vestiges des pieds fourchus et du reste du corps des Pans et des Faunes, dont les philosophes s'étoient servis pour les mettre en fuite, Detix tonneaux étoienrt placés sur la colline 5 Tun renfermoît les pluies et l'autre les veiils , dont les Brachmanes disposoient à leur gré.

' Les Brachmanes; , ou plutôt leur chef, au lieu d'interroger Apollonius^ lui racontèrent toute l'histoire de sa vie. A l'heure de midi la colline s'élevaut , les porta dans l'air , oii ils chantèrent un hymne au soleil j puis les ayant remis à leur place , ce chef dit au philosophe : Interrogez-moi sur les choses qu'il vous plaira^ car vous avez^trouvé des hommes qui savent tout.

ApoUoT^ius lui demanda donc s'ils se connoissolent eux-mêmes. Nous commençons par-là, répondît rindîen. Qui pensez,- vous que vous soyez? Nous sommes des Dieux. Et comment êtesvous des Dieux? C'est que nous sommes des gens de bien. Quelle est votre opinion sur Famé? Celle de Pylhagore, qui l'avoit apprise de nous, Pourriezvous dire ce que vous ayez été , avant qu'elle animât le corps qu'elle gobverue aujourd'hui? Le Brachmane ne fut point embarrassé de celte demande , et lui répondit qu'il avoit été Gangès , fils du fleuve du même nom , prince sage, vertueux et doué de toutes les per^ feclions; et il ajouta^ en montrant un jeune honinie de la compagnie : Celui* ci a été Palamède ; et indigné de ce que Ulysse , qui passe pour sage , â tramé contre lui une horrible perfidie, et de ce qu'Homère n'a pas daigné f^ire de lui b plus légère mémoire, il a pris en haine la philosophie, et ne demeure ayec nous que malgré lui.

Lorsqu'il fut question de manger , la terre produisit des tables et des lits de gazon pour la compagnie. Des échaosons

ftgO i«ÊS AMERICAIir £S«

d airain alloient puiser l'eau et le vin dans de grands vases j des mets excelieus se servoient d'eux-mêni^s.

Mr»» FRANCISQUE.

Voila des contes de Fée , ma Bonne , c^est tout comme les Mille et un Jours que )'ai lus la semaine passée : cela est fort amusant. %

Li.DT VIOLETTE.

Pour moi , je conclus que celui qui les a débiles le premier éloit un imposteur, et celui qui les a rapportés d'après lui , un îmbécille. Je n'imagine pas que M. Belesprit ait la tête assez foible pour , croire de pareilles rêveries?

BELESPRIT.

Je n'ai jamais regardé Apollonius que comme un habile imposteur : cependant je ne saurois le mépriser j son but étoit de rendre les hommes aussi bons qu'ils pouvoient l'être dan^ le paganisme. Il a pourtant fait des miracles, ce fourbe j et j'en conclus qu'on peut en faire pour soutenir une révélation fausse ; qu'on ne pourroit sans impiété attribuer ces miracles, k Dieu j que par conséquent ou a

LES AMÊaiCAlNES. I9I

tort de vouloir me donner les miracles comme mie preuve de la mission de Moise , et qu'il pouvait être un imposa leur comme Apollonius*

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