‹ Les AméricainesChapitre 33 sur 42 · M18S DOROTHÉE · texte numérisé non relu

M18S DOROTHÉE

Tout ceci va donc se réduire à quelques questions fort simples. Apollonius a-t-il vraiment fait des miracles? Ces miracles sont-ils de nature à ne pouvoir être attribués *à Fart ou au démon ? Ces miracles sont-ils étayés par descircons* tances pareilles a celles dont les miracles de Moïse ont été accompagnés , comme des prophéties multipliées et non suspectes? etc....

Madsh. bonne.

Nous reprendrons l'examen de ces trois questions } il faut laisser à Monsieur le temps de détailler Thistoire d'Apollonius et le récit des miracles- <^'il a opérés* •

BELESPRIT.

Voici le plus éclatant de ses mîracJes. Etant a Epbèse, il crédit que celte ville seroit attaquée de la peste , mais en termes énigmatiques ; et comme on né (il pas de sa prédiction tout le cas qu'il

igi L'£S AMERICAINES.

eut souhaité, il fut à.Scnyrne. La peste força ceux qui l'a voient me prisé à recourir à lui , et il dit : partons. Aussitôt il se trouva dans.Ephèse. 11 en assembla les malheureux habitans et les mena au théâtre. Us y aperçurent uq mendiant , vieux , clignant les yeux d'une façon par-

- tîculière , portant une besace ou il y 'avoit quelques morceaux de pain, couvert de haillons , et hideux de visage.

Frappez cet ennemi des dieux, cria Apollonius. Les Ephésîens furent choqués d'un ordre qui paroissoit si contraire àThumanité, d'autant plus que le mendiant les supplioilen toute humilité, et tâchoit de les émouvoir à compassion. Apolloniusinsista, et quelques-uns ayant comtiiencéa jeter des pierres, cet homme qui avoit les yeux ferinés » les ouvrit en plein , et il lança sur rassemblée des regards étincelans; Sur cet indice, les Ephésiens jugèrent que cet homme étoit le démon de la peste, et ils lui jetèrent tant de pierres qu'il s'en forma comme une petite montagi^e.* Après un intervalle, Apollonius leur commanda d'oter

' les pierres pour conuoitre quelle bête ils av oient tuée. On lui obéit , et au lieu

LÏS AMERICAINES; ig5

du mendiant iïs trouvèrent un chien noir, grand comme un lion, et de \b gueule duquel il sortoît beaucoup d'écume. Que diles^vous de cet événement, Mesdames?

Il fut suivi de la cessation de la peste j et Apollonius , pour en consacrer la mémoire et faire comme une soMe de talis* man , fit dresser en ce lieu même une statue , qui représentoit ce chien , et il la consacra à Hercule. Mais ce ne fut pas le seul miracle qu'ait fait ce philosophé. Je vais continuer ^à vous les rapporter : celui-là vous a stupéfaites ^ vous n'avez rien à y répondre,

Mtss DOROTftÉEl ' /

Je me hâte de prendre la paroIeJ II est si aisé de vous répondre , Monsieur, que je veux épargner cette peine à mat Bonne ; je m'en charge moi , qui ne sùis^ qu'un enfant. Mais continuez, je vous prie : fe réserve mes remarques pour la fin de votre romanesque histoire , et n'ou* bliez pas que malgré celle merveillq Apollonius reçut un affi^oùt sanglant chezlesAthéniensimnaédîatementaprès.

BELESPRIX .

Ilest vrai que s'étant présenlé dans ". 9

'l04 '•** AMÉaiCA-INE».

Athènes po«r élrc initié anx my rtire» de Céris Ëknisin*, celui qui piésidoit » ces fét«8 le rejeta et lai dit : qu'il ne touloit point décoovrir le« mystères des Dieux à «m fourbe. Mkis cet affront servit irelererk gkMred'Api:Atoni«s>qni lui

rëpobdU : tu n'as pas marqué le plu»

grand de tous mes crimes , c'est que i'eu sais plus que toi. Le prêtre, étourdi de celte réponse, et voyant d'ailleurs que » conduite étoit improuvée de la multitude , lui offrit l'initiation que le phi- JoBopbe refusa alors, en lui disant que son successeur llnitieroit j ce qui arriva quatre ans après. Ainsi voUà une prophétie accomplie. Uii jour qu'il ei^seignoit aux peuples, un jeune homme osa rire , et en fut puni sur-le-champ ; car il devint possédé du démon. Apollonius le guérit, et il devint un de ses disciples. KUÎs voici un fait bien autrement wn.

^"Mennippe , jeune homme attaché à Apollonius , reçut des, avances d une femme riche et belle, et se preparoit à répou8er.Lephilo8ophe,parseslumière9

supérieures , connut que cette prétendue femme étoit utt fantôme ccuel et «angui-

LES AMKRTCAîNÊS. IQÎ

naîre , qui engraîssoit Mennippe pour le dévorer el se nourrir de sa chair. Le jour de la noce , il se transporte sur les lieux , et commanda aux domestiques , aux vases d*otel d'argent, et même aux mets qui étoient sur la table , de se dépouiller des raines apparences par lesquelles ils eil imposoient aux yeux ; el conrime toutes ces choses étoîenl fantastiques, elles disparurent. La femme se fit un peu ^lus presser ; elle pleuroit et prioit le philosophe» de ne la point forcer à se démasquer : il tint bon , et elle 9^oua quelle étoit un Empase ( i ), et qde sou dessein avcrit été de se nourrir delà cbair et do sang^de Mennippe après l'avoir «pousé; c'est-indire , qu'elle lui 4iurt)itmce^le sung Cûmtne un vampire.

!■ I è—fc4 !■ -Il I „

; \{i) Os .naniiMit 4bteî ces fti^nred f<yfm^^ par uae ÎBiftfii^tÎAti échâuffta. CtiM felie s'esl renoovel^e en Sohème , oà l'oo croit que ceof-* tains morta sucent les vivans ^ les dessèchent , et qae , pa;r ce moyen , ils se«coiiseivent frais et Tci/aieils &ns le tombeau. On déterre ces vam- ^res f où leur perce le cœur , e^(ar là on s'etf délivre.

iq6 I^ES AMÉRICAINES.

Madem. bonne.

Chemin faisant , une petite remarque , s'il vous plaît. L'historien d'Apollonius, qui se nommoit Philostrate , «se félicite d'avoir éclairci<:et important événement a l'aide des mémoires de Damis, et il avertit qu'auparavant on . p'en avoit qu'une idée vague et confuse. Continuez, Monsieur.

BELESPRIT.

Néron , qui possédoit alors l'empire , excita la curiosité d' Apollonius^qui vouloit voir , dit-il , quelle bête c'étoit qu'un tyran. Arrivé à Rome, quelques' paroles trop libres le firent accuser ; mais lorsqu'il comparut, le juge fut effrayé de ne trouver qu'un papier blanc quand il voulut tirer les griefs qtf on lui avoit donnés contre lui. U l'élargit sans caution. Ce fut à Rome oi* il rencontra le convoi d'une jeune fille dont le visage avoit conservé une certaine moiteur; il fit poser k terre le cercueil, ou le lit sur lequel elle étôit , et la rappèU; à la vie par quelques paroles mystérieuses, Voila «ne résurrection , Mesdames.

LES AMERICAINES. IQ*^

Madem. BOWNE.

Notez que Phîloslrale,lout hardi men* leur qu'il esl , n'ose pas assurer que celle fille fût morte , et ajoute que les témoins eurent létnême doule. Après, Monsieur.

BEUESPRIT.

Un édîl de Néron ayant chassé tous les philosophes d'Italie , Apollonius se rendit a Cadix, c'esl-î^clîre en un lieu qu'on regardoît alors comme les bornes du monde. J'avoue qu'Apollonius ou son historien mentent un peu trop hardiment dans cet endroit ; car je suis de bonne foi , Mesdames. Ils nous assurent qu'il n'y a nul crépuscule à Cadix, que l'éclat de la lumière succède sans milieu aux ténèbres de la nuit, et vient frapper subitei^ent les yeux comme un éclair. Il y vit deux arbres sortans du tombeau de Géryon , 4ont les feuilles dégoûffent de sang. Ensuite Apollonius continua son voyage, et enfin se rendit à Alexandrie, pour satisfaire Vèspasien qui lui témoiguk toute sorte de respect.

MÀbEM, BONNE.

Notez , s'il vous plait , qu« Philostrate ,

plus ÎDfilruil apparemmeiU que Tacite, ue donne que ce motif au vojage cle Vespasien à Alexandrie; que ce gr;rnd en^pereury joue le roîe duo îmbëciilej qu'Apollonius et deux autres philosophes «es acolytes, sont consultés par lui pour savoir s'il doit garder Tempire , et mil/e autres choses dont T«ite ^ les ai^tfes ne disent pas un mot. U y a mêm^ dans le récit de Phil<^trate des eténemens publics démontrés absolument faux, et sur lesquels je n'ai pas le temps de m'étendre , mais qui prouvent Figoor^nce de Thistown.

Utss BOEOTSÉS.

Si vous le voulieaî^ ma Bonne, nous donnerions congé à Monsieur du reste de ces pauvretés, car elles ennuyent.

Je vais réfuter tout ce qu'il a dît^ en deux Biols. D*abord Philosftràte; a écrit plug de tent ans après la mort d' Apollonius. Secondement , la plupart des faits qu'il allègue se sont passés dans des lieux éloignes àe celui oii il écri voi t , et ne pcnivoient par conséquent être avérés ou contestés par }es témoins uaiurels , c'està-dire les habitans dç ces lieux. Troisièjnement , il écrit sur la foi d'Apollonius

l.E« AMiaiCAINIS. 19g

Im^méme, ou enr les mémoirtt d'un lioniaie qui élok un imbédlle» si^il a «u de bonne foi ce qu'il aiTancse , ou un impMieiur mal-adroit , tf il a voulu en imposer à la po&térité,

BÉLESPRIT.

Ne pourroîs-)e pas rétorquer celte difficulté et dire que Moise étoit un imposteur comme E^mis , à la réserve qu'il étoit plus habile?

Miss ©OKOTHÉE*

Non , Monsieur , vous ne le pourriez pas , à moins que vous n'eussiez fait vœu d'exlravaguer. Mo'ise écrit en présence ci pour un p^ple ncnnbreux , témoin des faits qu'il ciloit. Moïse n'avance en second lieu rien d'absurde, au lieu que votre Damis fait suer par sa bêtise. De tous les prétendus mirades cités , il n'y a que la peste d'Epkèse qui pourroît çtoqd&er. Mais quand on pense que celui qui rapporte ce fiait est celui cpai noos dit sérieusement Thistoire prétendue de ce fantÂnie vampire, on est autorisé à nier toutes les circoustances qui paroissent miraculeuses dans le premier» Soovenez vous que le prétendu phénomène

du ja»r sans crépuscule à Cadix n'est point donné comme miraculeux , mais comme un événement naturel et journalier. Il est maififestement faux, c esta-dire l'auteur manifestement un fourbe.

Prouvez - moi un tel mensonge dans Moïse, et dès-lors je le mets au rang d'Apollonius?

BELESPRIT. . /

N'est-on pas convenu que vos historiens prétendus sacrés ont fait des mensonges historiques, géographiques et physiques?

Madem. bonïïE.

Y pensez^vôus , Monsieur? Il y a bien de la différence entré suivre une erreur établie qu'on croit sur l'autorité du plus ^rand nombre i, etcbercfaec à induire les autres eu erreur , en publiant comme :'véritab}e une chose qu'on sait êlre fausse. Le plus faonuêtehommedu monde peut faire la première de ces choses^ et ne voudroitpas, au prix de sa vie, faire Ja seconde. Je vous répète ici , d'après saint Augustin, que dans les choses de pure curiosité Dieu a abandonné les écrivains sacrés à leurs lumières naturelles.

parce que sod but n'étoit pas de faire des savans, maïs des saints. Vous ne pouvez Tavoir oublié : c'est donc une mauvaise chicane que vous nous faites , d'autant mieux ^ comme je vous l'ai encore dit, que la manière de compter dés anciens, et mille autres circonstances qui nous sont inconnues , peuvent nous faire croire les fautes queiës écrivains sacrés ont faîtes eh ce genre , beaucoup plus considérables qu'elles ne le sont en effet.

Concluons , comme miss Dorothée , que l'histoire d'Apollonius de Tyane élant pleine de faits manifestement faux, Pau* teur ne peut- jêlre. cru daps tout ce qu'il avance d'e;xtraor(îinaîre, et, que. voua auriez raison de vous révolter contre les écrivains sacrés, s'ils vous admiuis* troient de tels faitsi Je m'étendrai davantage sur -cjBlte matière, en conlî* nuant l'histoire, de Moïse, et rapprocherai souvent les deux tableaux pour vous en faire remarquer les différences. Aujourd'hui il est temp^ de finir» . ,

903 ' LfeS AMERICAINES.

Page 1