II
25a LES AM£ilICAlK£3.
péché , le dérèglement sont la seule <:au«e des maux que noué éprouvons?
Otes la cause , l'efifet ne peut plus
subsister.
BELEBPRIT.
Je ne puis être de votre avis , Madame. J'avQpe qu'en ôlant le dérèglement des passions, ies peines-Jés plus sensibles de la vie disparaitroîeni.;mais il cnresteroit encore de is>ten «ensîMes. (La frélè machine de ds&s cùrp6 est si aisée k se rompre , à se détra<|uer i Ce corps est donc une occasion de douleur dont ri^nne peut nous garantir : la maladie., la mort sont des suites inévitables de notre manière d'êlre, -
Voila comme raisonneroit un homme qui n'aiiroil pas Tidéè d'ian Dieu , d'un Etre infiniment puissant. Cette phrase , rien ne pourrait nous en garantir^ ne peut raisonmafaiiemenit soilkde la bouche de éelai qui est'copvaracu de résistance d'un Dieu dont la p£n*ole.e^/ /icte 9 et qui n'a qu'à vouloir pour exécuter. D^ailleurs, Monsieur , il pe. faut pas^ raisonner par rapporX à nos corps sur l'état où ils sont aujourd'hui. Depuis six mille ans , Tes-
LES AMÉRICAINES. aSt
pèce a furieusement dégénéré par les excès. Les pères transmeltenlaoxcnfans des sucs viciés, dépravés, affolblis, qwe ceux^i donnent à leurs enfaus , airec un nouveau degr.p de corruption qu'ils y ont ajouté : il faut que U machine de nos corps , toute frêle »qu'eîle est , soit encore bien forte pour résirter h tous los assauts que Jla débauçib^ ist l<e dérèglement liu ont livrés. Que ne ^yoit^elle pas être dans son origine ! Cependant, malgré Tétat déplorable ou jelie lesl* ac* tuellement réduite , la médecine , çn devinant par 1<3$ effets l9s ^.^v;$£f 4'fune niala^ipj. parvient à Jia dolri^ire. ¥o^ vons^pouji d^uAer que Touyrier de qqs Tf ssari^ n'eût eu des mçf^e^s'4^ l^S coi)serVer daçs l'ardre, s'il l'eût v.oy|]#? Qui» sans doute , îl le pouvoil : il,n'ayoit qu'à le v.Quloir. Douter qu'il ' l^e pût , c'e$t cesser de le regarder comme Tô\il-Puissant , c'est anéanîîr ]^ <:noyance de ilQp Etre dool vauB dii€« être ^copvainc^. N'en doutons point ^ Monsieur , }(e âéjr.||||^^en.t'est.la cause pjrincipale de no^ BialadJMîS ^ SQLt que nonsjyqns été {M^ififpiiêonies dér^égl^s , soit que x)^s ^^ffi l'ayent été. Les animaux , en cgih. .mille
2l52 LES AMERICAINES.
fois plus heureux que les hommes , ne vont poial au-delà du besoin : cependant , dans votre hypothèse , ils souffrent , ils meurent. Donc ils ont uu crime, a punir 9 ils sont coupables.»
BELESPRIT.
Mais quel inconvénient y auroit-il de
dire que les animaul pèchent ? Ne
-voyons -noÉs pas qu'ils se mettent en
colère , qu'ils sont jaloux , envieux , ca-
fpricieux, qu'ils ont de la malice ^ qu'ils
se vendent?
Lady mery. ^
Monsieur Belesprit est comme ces grands capitaines qui défendent le terrain pied à pied , et auquel on ne peut reprocher le manque de courage ou d'industrie. 11 oublie que nous sommes convenus que lés bêtes ne sont pas libres, et que la liberté seule fait le péché. D'ailleurs , si elles sont capables de péché» c'est-à-dire si elles peuvent choisir le mal , il faut nécessairement qii'elles soient capables de choisir le bien , c'està-dire, de faire des actions vertuerites. Donc il leur faut une récompense digne
d*une ame capable de connoitre et d'aimer.
LES AMERICAINES. . â55
BELESPRIT.
Je me souviens fort bien , Madame y que vous avez dit que les animaux ne sont pas libres; mais il me souvient aussi que je n'ai poînl acquiescé a celte proposition, qui me paroît démentie par Texpérience. Les bêles me paroissent agir librement : elles voftt, viennent,' se couchent, se lèvent selon leur caprice. De deux chiens frères, Tun est vif, et Tautre paresseux; Tun est adroit et capable ^'être dressé , Tautre ne veut rien apprendre et se laisse rouw de coups.
Miss DOROTHÉE.
Grand merci, Monsieur Belesprft, vous appuyez mon système. Vous prouvez que les animaux sont libres, et dès-Ik vous ne pouvez me nier qu'ils ne fassent un meilleur usage^de leur liberté que Thomme , et que par conséquent ils ne lui soient supérieurs.
BELESPRIT.
Je suis précisément entre deux feux , et je ne puis m'éloigner de l'un sans m'exposer à essuyer toute la furie de l'autre. Qui peusoit à vous et à votre
254 LES ÀMÉEICAINfïfl.
syslême , miss Dorothée ? Que ne vous leniez-vous tranquille ? Elle est la comme * en embuscade , oii elle épie toutes mes paroles. Oh ! cela est bien désagréable et bien gênant.
Ladt MÉRY.
Certainement elle a tort de vous prouver que vous ne pouvez soutenir votre système qu'en tombant en contradiction avec vous-même. Vous allez retomber de Caribde en Scylla ; car de quel poi(j[s peuvent être les preuves que vons.alléguez de la liberté des oêtes , contre celles que je vous administre ? Les animaux ne gâtent rien , ne perfactionnentrien , et sont absolument uniformes dans les ' procédés qui conviennent à leur espèce ; c'est une vérité de fait. Je vous le répète, Vhirondelle n'a jamais perfectionné &on nid , elle ne s'avise de rien , non plus que les autres animaux qui font précisément ce qu'ont fait ceux qui les ont précédés , et qui seront imités par ceux qui les -suivront. S'ils sont libres , eette uniformité est un prodige : jugez-en par les procédés des homimes, qui changent , fiemuent , perfectionnent , gâteni , disputent sur le bien ^ sur le juieux , et
qui prouvent par là qu'ils so^t libres de faire le mal ou le bien.
BELESPRIT.
Je n'ai rien a répoudre a ce raisonnement, vous me forcez. Non ^ les bêles n'ont point d'ame , c'est-à-dire , qu*eUes n'ont pas une ame comme la nôtre :
l'abandonne l'analogie que l'auteur de V Esprit 2L cru voir entre ri\OHime et elles. Cependant en cent mille ans je ne pourroîs me reso.udre à les regarder comme des macbines , et voici ce qui m'en empêche.
Dieu ne pourroît-il pas avoir créé des êtres mitoyens entre les hommes \i les végétaux? Ne pourroit-il pas avoir donne aux animaux une ame inférieure à cèlfe de l'homme, d'une autre nature , si vous voulez, et qui fût pensante et mortelle^?
Ne pourrions-nous pas dire que les bêles pensent 'et ne souffrent pas.. ..• Mais non, mon chien crie quand je le bals , donc il souffre. Tenez , si cçla dure long-temps, je serai contraint d'admettre le système de la grand'malîlari de . Miss Belotle j je ne puis éclaircir tout ceci qu'en me déclarant *pour la^métempffy^cose.
256 I^ES^ ÀMERlCAINfiSJ
Laot ^fËRY levant les mains au ciel,
Je i^ous rends grâces , 6 mon Dieu , de ce que vous avez révélé ces choses aux petits et aux faibles ^ pendant que 90US les cachez aux grands et aux saçans de la terre. Oui , Monsieur , je confesse hautement que vous avez pins d'esprit, plus de science que moi , et cepeudaut vous ne savez où vous en êtes , parce que vous ne voulez pas plier sous la main du Tout*lPuissant. Le fameu|^ monsieur Le Cat a imaginé une matière supérieure aux élénteus, qui nous est absolument inconnue , mais qu^il croit devmer par ses effets : il prétend que Dieu ^ par un seul acte de sa volonté » lui a assigné la conservation , la propagation y les changemens qui arrivent dans ce grand univers , c'est-à-dire la facufté de les produire. C'est une cause aveugle qui ne peut se délourner ni à droite ni à gauche ^ qui exécute et qui exécutera toujours à la lettre les volontés éternelles de son auteur. Sans examiner si celte idée a des fondemens légitimes , je l'ai trouvée si belle , si grande, si magnifique , si digne de Dieu ,
LBS AMÉRICAINES. ^5^
que je l'ai adoptée avec complaisance.
J'aime à.voir ce dîvin ouvrier se servir de ce fluide automaie pour exécuter toutes les merveilles que nous admirons et dont nous ne connoîssons que la moindre partie, et cela , parmi seul acte qui suffiroit pour le mécanispae d'un million -de mondes s'ils exîstoient , et . qu ils dussent exister des millions d'années. Quel inconvénient de croire que cet ouvrier, infiniment habile et magnifique, vpulant donner aux hommes un ^échantillon de sa puissance, ail peuplé Tunivei^s de machines organîséeâ si propres a manifester son savoir? Que les animaux aient une ame ou qu'ils soient des machines , leur création ne lui a pasplus coûté dans une hypothèse que dans une autre. Quoi! Vaucauson , homme foible et borné , aura pu produire à^s machines capables d'en imposer à mes sens , des figures qui , par l'air qui sort de leurs poumons artificiels et par le mouvement de leurs doigls , exécuteront vingt-deux airs de flûte à deux parties avec une justesse admirable ! lî aura pu former un canard qui digère ce qu'il mange! Un Jésuite à Trêves aura
d58 LE$ AMÉRICAINES.
composé un automate qui marbhok e^t parloit ! Un autre aura fait voir a toute la cour un Saiil faisant toutes les contorsions d'un homme agité par l'esprit malin , un David jouant de la harpe , ayant à ses côtés un aUge qui tournoit le feuillet du livre de musique au momen< précis l Les hommes, dis-j.^ , auront pu construire des machines si merveilr.
leuses » et je trouverai difficile à croire que Dieu les ait in£nimeDt.suFpas&és s'il, a ^oulu ! Oh ! mon doute , fi cet égard , seroit une folie qui ne souffriroii point d'excuse.
BELESPRIT. *
Eh ! qui d^ute que Dieu n'ait pas eu le pouvoir de le faire ? La question est de savoir Vil l'a voulu.
Ladt MÉRY.
J'en reviendra^ à la réflexion d'une de ces dames j vous n'y étiez pas , Monsieur, je vais la répéter. Croyez-vous le système de Capernic?
BELESPRIT.
Oui assurément , Madame, je le crois.
Mais qu'est-ce que cela a de commun avec ce que nous disons?
LES AnÉaiCAINES. dS^
L,ADT MÉRY*
Pourroî«-je vous demander, Monsieur , si Dîcu nous a révélé ce que Copernic yeut nous persuader , ou avezvous eu un cheval aîlé pour faire un voyage dans les astres, et vous assurer par vous-même de la vérité de ce système? car je ne vois pas ce qui pourrbît vous déterminer à en croire Copernic plutôt que les autres qui n'ont pas eu le même sentiment que lui.
BELE s PRIT.
Vous savez tout aussi bien que moi ce que vous feignez d'ignorer j mais , n'importe, je vais répondre. C'est qu'en suivant le système de Copernic, je trouve le moyen de résoudre un^ infinité de difficultés que ]e ne pourroîs lever en suivant le système de Ptolomée» '
Ladt MÉRY.
Voilà précisément la raison qui m'a déterminée k suivre le système de Descartes. Les bêtes macbines sont la solution d'un million de difficultés qu'il me seroit absolument impossible de résoudre sans cela. Les voici.
Un Dieu bon, juste et saint, ne fait
point souffrir un innocent. Les bêtes souffrent; donc elles ont péché : si les bêtes ont péché , elles ne peuvent, par toutes les réparations , réparer leurs crimes : il leur faudroit doue un réparateur qui , en se revêtant de leur nature , expierpit leur péché.
Si les bêtes souffrent , elles ont une ame spirituelle; car la matière ne souffre pas , à moins qu'on ne^ dise que l'ame des bêles est tout-à-la-fois matérielle et spirituelle , ce qui seroit contradictoire et par conséquent absurde.
Dire que Dieu a donné aux bêtes une ame d'une autre nature que la nôtre , c'est ne pas entendre les mots dont on se sert. Une ame est capable de vouloir et de sentir , voilà son essence. Il est vrai que tout ce qui est capable de vouloir et de sentir n'est point une ame } car les anges , qui sentent et pensent , n'ont point d'ame ; mais i^ ne peut y en avoir une qui ne soit capable de vouloir et de sentir. Ces qualités essentielles se trouvent dans toutes les âmes, puisque ce sont ces qualités qui constituent leur être. L'ame qui animoit Descartes , JVewrion , n'a voit que ces deux qualités ,
LES AMERICAINES» 2.6i
comme celle du paysan le plus stupîde ; c'est le seul étui de l'ame qui met de la différence dans leurs opérations: l'organisation des corps a laissé à Tame des deux premiers la liberté de faire un usage facile de ces deux facultés , et celte organisation a manqué- au paysan.
Un accident , une . maladie , peuvent développer les organes du paysan , et ensevelir et détruire celles des autres. En un mol , je le répète , ce qu'on appelle ame étant un être simple, ne peut .recevoir ni augmentation ni diminution.
Nous sommes convenues de toutes ces choses au commencement de nos eati-eliens,
BELESPRIT.
Et que répondriez-vous a ceux qui Youdroient aller contre celte définUioa?