‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 104 sur 138 · ELQUES REMARQUES A PROPOS HE BOSTON · texte numérisé non relu

ELQUES REMARQUES A PROPOS HE BOSTON

— et le fourrant dans la main du Teuton abasourdi : — Votez un nutre bulletin, Monsieur, demain tous les cafés seront fermés!

— Ali! John! comment cela va-t-il ? — Ceci s'adressait à un quidam, dans la foule : - Par ici, John ! Vous voulez le vrai bulletin, n'est-ce pas ? le bulletin indépendant ? Tenez, prenez !

Au centre de la salle, pleine de votants... et de fumée de tabac, un petit espace resté libre permettait à l'électeur de se présenter devant le bureau, et d'y décliner son nom, que contrôlait l'employé (Mi consultant un registre, soit pour s'assurer du droit qu'avait l'individu de voter, soit pour empêcher qu'il n'en usât deux fois. — Cela fait, l'électeur, jetant son bulletin dans l'urne, it son chemin, tout en échangeant avec ses voisins quelques mots sur les chances probables de l'élection, et non sans ajouter son tribut de fumée aux nuages qui obscurcissaient l'atmosphère, sa large contribution aux flaques de jus de tabac qui en souillai 'nt le parquet.

Les électeurs ne faisaient nul mystère de leur vote. Quelquesuns modifiaient d'un coup de crayon la liste du bulletin qu'ils avaient adopté. D'autres le laissaient tel quel. Je n'en vis pas un user des enveloppes et du papier mis à la disposition de quiconque désirait garder le secret sur son vote. Enveloppes et papier constataient le maintien du droit : cela suffisait.

— Montrez-moi la liste! demandai-je à l'un des employés : "Donnez-moi quelques détails sur les principaux candidats?

— La voici! fit mon interlocuteur; puis, biffant quelques noms : — S'il y a des gens qui ne vous conviennent pas, supprimez-les ! tenez, comme ça!

— Que b;:ii)ouillez-vous-lâ ? — interrompit un rude personqui entrait.

— J'explique notre système électoral.

— Ajoutez que nous en sommes fiers!

Quelle que fût l'excitation dans la Hall, tout se passait néanmoins avec ordre : ni querelle, ni confusion. Je n'aperçus qu'un seul homme pris de vin; encore, ne l'était-il pas assez pour oublier les convenances.

La lin de 1 1 j lufnée amena un peu plus d'agitation, surtout aux abords dès offices dé la presse périodique, où se pressait une foule impatiente de connaître Le résultat du vote dans les autres districts. A peine sut-on que la République — le parti de l'interdiction des boissons fermentées - était battue, les débitants de liqueurs ouvrirent à grand fracas leurs cabarets.

Rencontrant deux jours après Wendell Phillips :

362 LB8 WJHiFCAI.VS CHE2 EUX.

— : ]!•' bien*! ni'écriai-je : que pensez-vous de Pélection ?

— Nous avons reculé d'un pas. Rassurez-vous; quand non; aurons tàté du libre commerce des spiritueux, nous on reviendrons a. la prohibition.

— Est-il vrai, comme on le prétend, quo la majorité dos hommes tempérants appuient le libre débit ?

— Ils l'appuient si peu, que los quatre cinquièmes veulent la prohibition. Ceux qui ne la veulent pas, ne s'y opposent que parce qu'ils ne reconnaissent pas au Gouvernement le droit d'intervenir dans une question purement moral»1 à leurs yeux.

— Le Mayor affirme, dit-on, que l'application d'une loi prohibitive serait inexécutable !

— Vraiment ? Hé bien, si le Mayor ne peut faire exécuter nos lois, nous trouverons un homme mieux qualifié que lui.

Charles Dickens était attendu de jour en jour à Boston (t). Le public ne s'occupait plus d'autre chose. — Me rendant un matin chez MM. Ticknor et Fields, éditeurs, j'aperçus de loin un formidable rassemblement devant leur Office.

— Y a-t-il quelque incendie ? quelque meurtre ? demandai-je au policeman.

— Non, Monsieur. On délivre des billets pour la conférence de Dickens !

Jouant des coudes, m'ouvrant un passage à travers le conglomérat humain, je me glissai par une porte de derrière dans le bureau des éditeurs, où M. Fields, debout vers la fenêtre, parmi au suzerain de quelque castel assiégé, regardait inquiet les houles tumultueuses monter et grossir d'instant en instant.

— Depuis Jenny Lind, s'écria-t-il, rien de semblable ne s'était vu ! Si j'avais pu prévoir cette attaque en règle, j'aurais fait vendre ailleurs les billets t

Chacun s'imaginant, lorsque je quittai M. Fields, que je venais d'obtenir un de ces bienheureux coupons, il me fallut, à mon tour, soutenir l'assaut.

— Un dollar et demi pour votre billet 1 Deux dollars ! Deux dollars et demi! Trois dollars! Quatre dollars! — On eût dit une enchère.

Et cette fièvre n'était rien, comparée à ce qui eut lieu quelques semaines plus tard à New- York. Là, d'effrontés spéculateurs accaparant l'ensemble des billets, les revendaient dix, quinze, jusqu'à

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