‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 107 sur 138 · UNE SOIRÉE AVEC EMERSON · texte numérisé non relu

UNE SOIRÉE AVEC EMERSON

tracta uu second mariage et l'ut habiter Concord, à soixante dix milles de Boston.

On raconte que, lorsque Mme Enferson parlait de faire baptiser leurs enfants, Emerson répondait : — J'y consentirai, lorsque nous

aurons trouvé un 1101)11)11' aussi bon qu'eux!

Channing arrive à Concord.

— Voilà notre homme 1 s'écrie Emerson ; e1 les enfants furent baptisés.

Emerson pense, lit, étudie la nature, choisit ses amis parmi les savants qui en sondent les mystères, est intimement lié avec Agassiz, dont malheureusement il ne partage pas les convictions, et \ il i\Au> une solitude relative, tout en se rendant, chaque fois qu'il visite Boston, chez l'éditeur Fields, dont le salon réunit lés gloires littéraires du pays.

L'hiver entier d'Emërs m es! pris par ses conférences. On se hâte de les lui demander, car il avance dans la vie, et chaque année on craint de l'entendre pour la dernière fois. Rien, selon moi, ne justifie cette appréhension. Les Américains, lorsqu'ils ont la figure exactement rasée, comme Emerson, semblent ne plus vieillir. Emerson possède en outre un je ne sais quoi de naïf, qui le maintient aussi jeune de cœur et d'esprit que, d'extérieur. Sa manière esl c lime. Son accueil, sympathique et cordial, le fait dès l'abord, aimer autant qu'admirer. On sent son génie, mais ce génie n'écrase pas. Emerson crée autour de lui une atmosphère vivifiante et douce, dans laquelle chacun respire a pleins poumons.

LA SiOUVELLE-AXGLETfiîtRE.

Qui rendra l'impression de prospérité, de bien-être général que fait naître la Nouvelle-Angleterre, avec ses centrés populeux, actifs, ses Églises élégantes, et ses blanches fermes éparpillées ça et là !

Cette prospérité ne tient point à la fertilité du sol, ingrat et maigre à l'excès. Dans certains districts, la mirtce couche de terre végétale disparaît sous un prodigieux amas de cailloux ; aussi, nie rappelais-je l'histoire de ces moutons, qui, s'ils feulent parvenir à saisir quelques rares brins d'herbe venus tant bien que mal entre les pierres, doivent commencer par se faire aiguiser le museau.

Les métairies, les villages, les cités florissantes que je rencontrais dans ces contrées, provoquaient sans cesse mon étonnement.

Disons-le, si la nature se montre avare, l'homme est inventif, il est actif, il est industrieux, il travaille de ses bras, ne laisse rien perdre, et finit par arracher à cette marâtre, non seulement le pain quotidien, mais le superflu.

En vain chercheriez-vous, dans les villes manufacturières, cette population d'ouvriers à l'aspect famélique, trop nombreuse chez nous.

A Lawrence, trente-cinq mille jeunes filles sont employées dans les fabriques ; j'en ai vu par milliers derrière les métiers ; la propreté de leurs vêtements, leur extérieur soigné, leurs façons distinguées, l'expression intelligente de leur physionomie, me les auraient fait prendre pour des jeunes personnes de la classe moyenne, s'essayant au travail en amateurs, bien plus que pour des ouvrières à tant la journée.

Quel contraste entre ces demoiselles, et les créatures misérables qui, vêtues à peine, la tête nue, et souvent, par la pluie ou le iroid, pieds nus aussi, remplissent nos rues au sortir de l'atelier!

!.A K0ÙTÉLLH-AJTOLËTËHT1E. 371

Les ouvrières de Lawrence et de Lowel gagnent de huit à dix dollars par semaine ; elles en dépensent trois pour leur entretien, — de respectables familles les reçoivent en pension - et tous frais comptés, peuvent réaliser de fort j dis bénélices. Un jour de paye entre autres, vingt-huit mille cinq cents dollars furent déposés par elles à la caisse d'épargne.

i-quablenienl cultivées, suivent pour la plupart les classes du soir; quelques-unes môme apprennent la musique et les langues étrangères. Les manufactures mettent k leur disposition bibliothèques et salles de lecture. Une de ces bibliothèques — Idrs dé ma Aisite — renfermait cinq mille volumes, dont quinze cents étaient sortis. Les journaux, les réVtiês du pays couvraient la table ; j'y remarquai une publication fran- . On dirait, en voyant ces jeunes filles quitter par milliers les ateliers \ers six le lires du soir, chacune un livre à la main, eu 1 [Ue auditoire féminin qui sort d'un lieu de culte oU d'une conference.

M. X**\ étranger, assistait à cette procession. Le flot une fois écoulé : — Mais où sont les ouvrières? demanda-t-il.

Cette supériorité des classes travailleuses de la Nouvelle-Angle terre sur les nôtres, était un problème pour moi. Je le posai à mon ami M. N***, de Nortnampton. Massachussets. — M. N*** nie conduisit devant sa fenêtre :

— V. Jre£-rouS cette maison blanche?

— Cette Ailla âtti \olets ^erts, avec une verandah enguirlandée de rosiers et de chèvrefeuilles, là, dans un verger?

— Oui ! elle appartient au forgeron. Il ferre lues chevaux, et vit dans son cottage, eii gentleman qu'il est. — Voyez-Aous cet antre bâtiment, avec son grand portique? C'est là que loge inon charpenikT ; habitation, clos, il possède tout. Si j'ai à faire répa-

tnës portes DU niés voiëté; je v ais le chercher; il est aussi

bon ouvftef que vrai gentilhomme. — Et maintenant, voulez-

1 us le mot du problème? le voici : Nûtis honorons le travail!

L'bomme qui a le plus de cordes à son arc et qui sait le mieux

i servir, prend chez noms le haut du pavé.

i ami recevait naguère la visite d'une dame suddiste. 11 lui ; [ i une excursion à Hatfield, pair y v isiter les demeures, j i urn a 11

— Que \JuJ attendez TOUS k tr.iner là? lui demanda-t il chemin fais; n .

Ique chose d'un peu supérieur . ax casés de nos noirs

Wrl

Page 1