LES AMERICAINS CHEZ I
Traversant la riante vallée de Connecticut. \\< entrèrent dans Ilatfied par une allée de grands ormeaux, derrière les ■■■ ni-
chaient les plus jolies maisonnettes, chacune pourvue de son verger. Parvenus au bout de l'allée :
— A propos, fit M. N***, j'oubliais de vous le dire : ces \illas sont les maisons de nos ouvriers.
Tandis qu'en d'autres pays, la population agricole, composée en majeure partie de fermiers, loge dans les métairies et sur Les terres du propriétaire, ici, dans la Nouvelle-Angleterre, le plus mince cultivateur est un homme absolument indépendant. Terrain et constructions lui appartiennent : nul n'a rien à. voir dans ses affaires; il possède son cheval, sa vache, ses porcs, à lui ; il sàme et récolte ses moissons, à lui ; il plante, il arrache ses raves et ses pommes de terre, à lui. De plus, il est intelligent, il est instruit, ses enfants vont a l'école, il reçoit les journaux, il achète, des livres, il se maintient au courant de la politique locale, de la politique étrangère, il sait ce que font Gladstone et Disraeli, il a droit de vote, en use avec bon sens, et s'il prend la parole dans quelque meeting, il exprimera sa pensée avec justesse et précision. Ce sont ces hommes-là, qui assurent à la République sa vitalité ; ce sont eux qui lui donnent son pouvoir moral.
Leur comme il faut, étonnerait fort les gens qui en sont restés au Yankee de Dickens — premier voyage — ou aux caricatures crayonnées par ses contemporains. Cet état de choses correspond, dans la courte histoire des États-Unis, à ce que serait chez nous l'époque de la vie sauvage.
Mais n'oubliez pas ceci : que les États-Unis étant une vraie république, toutes les classes y ont droit à l'égalité, en théorie et en fait. N'allez donc pas regarder comme un inférieur, le palefrenier qui étrille vos chevaux ; c'est un citoyen qui condescend à s'occuper de vos intérêts dans l'écurie, au même titre que votre agent de change à la Bourse, ou que votre avocat devant le tribunal. Si, imbu des vieux préjugés d'Europe, vous vous permettez de traiter votre groom du haut en bas, il ne supportera pas plus l'offense, que M. l'agent de change ou que M. l'avocat. Vous vous indignerez peut-être contre l'impertinence de cet homme f Prenez garde, vous êtes aux États-Unis, en plein pays d'égalité humaine, et il se trouve, au bout du compte, que c'est, non votre groom mais vous, qui avez violé les lois de la bonne éducation, en oubliant que vous parliez à un Américain, c'est-à-dire à un gentleman.
Le ton hautain que nous prenons trop souvent, nous autres
LA NOUVELLE- ANQI.ETERHE. 373
Anglais, envers nos serviteurs, esl one flea causes de notre impopularité aux États-Unis. De là vienl ainsi que trop souvent, nous avons à nous plaindre de la grossièreté yankee. Nul, mieux que l'ouvrier américain, ne s'entend à rabaisser votre orgueil, sitôt que vous affichez des manières impérieuses on des airs de supériorité.Nul en revanche ne se montre plus obligeant, lorsque vous requérez ses services, avec la politesse d'un homme bien élevé qui s'adresse à son égal. Ai- je besoin de le dire au surplus? làbas comme chez nous, on rencontre de brutaux personnages, et de toutes les vulgarités, la plus exécrable peut-être, c'est la vulgarité yankee. Mais accuser la nation tout entière des travers, fort regrettables sans doute, de quelques individus, c'est la calomnier.
Je ne reviens que pour mémoire, au respect, au culte faudrait-il dire, dont les femmes sont l'objet d'un bout à l'autre des États- Unis.
Une dame voyage-t-elle seule ? des wagons spéciaux - les plus confortables et les plus élégants — lui sont réservés. Les steamers lui gardent leurs cabines d'arrière ; celles qui facilitent le mieux: le sauvetage, en cas d'explosion. Les grands hôtels ont pour elle une entrée particulière, et lui assurent l'exclusive jouissance (!•' salons meublés avec splendeur. Cette dame se présentet-elle à la portière d'un omnibus ? le plus rude manant, l'ours le plus mal léché se lèvera pour lui donner sa pla:e; entre-t-elle dans un lieu de culte, s'arrète-t-ello auprès d'un banc? les messieurs qui s'y trouvent établis, s'empresseront de lui offrir la leur. Règle générale : de l'Atlantique au Pacifique et de la Colombie au Missouri, les hommes sont ses très-humbles serviteurs.
Les Américains poussent-ils trop loin l'application de cette chevaleresque devise : Honneur aux dames t je ne me charge pas de le décider. En tout cas, nous l'avons trop effacée de nos mœurs. N'est-ce rien que, dans un milieu jusqu'ici peu favorable aux raffinements de la civilisation, que sous une forme de gouvernement, laquelle semble convertir la force en droit, le sexe fort montre plus de respect envers le sexe faible qu'il ne le fait chez nous, les anciens preux, qui nous piquons d'urbanité, de courtoisie, voire de raffinement?
Les citoyens de la Ifouvelle-Aagleterre, plus rudes que les habitants du Sud, moins droits, moins intègres peut-être que ceux de l'Ouest, sont supérieurs, sons certains rapports, aux u is el aux autres: ils jurent moins, boivent moins, chiquent moins; tout «mi conservant la môme activité, la même déférence pour les
femmes, la rnôme hospitalité envers les étrangers. — S'agit-il des facultés de l'esprit? ils tiennent le premier rang. Tous les cerveaux sont en ebullition dans la Nouvelle-Angleterre. Les écoles regorgent de futurs philosophes ; les fermes, les manufactures, voient chaque jour éclore quelque nouvelle invention ; les collèges d'Hanard, d'Yale et d'Andover, préparent les pionniers intellectuels de l'avenir.
Tandis que le Sud produisait, à grand renfort d'esclaves, du coton et du tabac; tandis que l'Ouest fournissait du pain a. la moitié du monde, la Nouvelle-Angleterre cultivait les esprits. Ses petits États, étroitement serrés dans un coin de la vaste République, en sont le cerveau: ils sont le centre spirituel d'où jaillissent les idées qui ont fait l'Amérique ce qu'elle est.
En 1861., le Sud prenait les armes, pour s'opposer à l'invasion des idées parties de la Nouvelle-Angleterre. Ces idées, poussées en avant par les cinq cent mille baïonnettes du Nord, ont remporté la victoire. Elles poursuivent leur conquête, et transformeront le Sud, comme déjà elles ont transformé le grand Ouest.
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Tout le monde connaît ce remarquable traité sur les serpents d'Islande , traité qui se compose de six mots : L'Islande n'apasde serpente.
La même formule, on serait tenté de le croire en lisant les j taux américains, pourrait résumer l'article: Naissances.
Notre presse périodique anglaise mentionne avec un soin particulier jusqu'aux moindres événements de famille. La presse américaine enregistre les mariages, les morts, mais de naissances, point !
Le silence tient-il à cette pruderie qui, pinçant les lèvres et int les yeux, met les vaches au masculin ? Je ne sais. Quelle qu'en soit la cause, le fait demeure établi.
Si les journaux se taisent sur les naissances, ils s'étendent avec d'autant plus de complaisance sur les décès. Le caractère du défunt, sa carrière, les événements qui ont accidenté son exis- . la d.uleur des survivants, allongent indéfiniment la colonne mortuaire. — M. Ezekiel X"* quitte-t-il ce monde ? nonseulement le jour, le lieu de son départ sont communiqués au public, mais des vers — j î donne les deux premiers — accompagnent la nouvelle.
Le pauvre Zekky, hélas ! est parti,
Ses maux sont terminés, son voyage est fini !
Je transcris — Philadelphia Ledger, 11 janvier 1S68 — l'article suivant, à titre de spécimen. Les feuilles américaines en placent chaque jour de pareils sous les yeux du lecteur.
« Le sept courant est morte madame X***, femme de John X***,
de cinquante-sept ans.
3"6 LES AMÉRICAINS CHEZ Ei;\.
» Notre mère est expirée,, rendue h la poussière! Cette poussière nous parle à voix haute aujourd'hui. Elle nous dit de sécher nos larmes, car notre mère se repose de ses travaux. — Chère mère, demeure dans ce doux repos, que ne pourra plus troubler le moindre de tes ennemis ! »
Puis viennent d'autres lignes, fort goûtées du public, paraît-il, car le même numéro les reproduit à trois reprises, accolées à trois noms différents :
« Oh l ne la pleurez pas! C'est cruel de pleurer! Son pauvre faible corps s'est endormi. Partie, mais non oubliée ! >
Des mots plus touchants encore, apprenaient aux lecteurs la mort d'un jeune garçon :
« Notre petit Jacques a été transplanté du jardin terrestre, dans un plus beau vase à fleurs, là-haut! »
D'autres élégies présentent un caractère moins idéal : « Le Révérend X*** — écrivait le Christian Index, en annonçant la mort du digne pasteur — le Révérend X***, père de notre Église, soutien de nos principes, lecteur fidèle du Christian Index, payait d'avance, toujours, son triple abonnement ! »
Voici un dernier échantillon de ces oraisons funèbres : « James Bangus — nous regrettons de l'annoncer — est défunte. 11 est parti lundi dernier, sans combat. Telle est la vie. Aujourd' bui verts comme l'herbe ; demain, coupés comme un concombre. James tenait un magasin bien fourni; sa femme continue le commerce. James avait maintes vertus, sa compagne en hérite. James, nous sommes heureux de l'apprendre au public, n'a jamais trompé personne, spécialement en ce qui concerne les maquereaux, toujours frais chez lui ! Sa femme montre la même intégrité. James, bien qu'il en eût un gros tas devant sa maison, n'a jamais mélangé de sable à son sucre pilé. Pas plus qu'il n'a mis d'eau dans ses liqueurs, bien que l'Ohio coulât devant sa porte! Paix à ses cendres! James laisse, pour le pleurer, sa femme, neuf enfants, une vache, quatre chevaux, un magasin d'épiceries, et d'autres quadrupèdes. Mais, pour employer le langage du poète :
Sa perte est leur gain éternel. »
Chaque État, chaque communion religieuse en Amérique, a ses rites funéraires particuliers.
Dans la Nouvelle-Angleterre, la salle où l'on dépose le corps est ornée de fleurs ; des guirlandes couvrent le cercueil ; guirlandes et fleurs sont une offrande des amis. La décoration se fait, oserai-je le dire, plus gaie encore lorsqu'il s'agit d'un enfant.