‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 110 sur 138 · NAISSANCES, MARIAGES, MORTS · texte numérisé non relu

NAISSANCES, MARIAGES, MORTS

noce de bois, dépèche ses invitations sur de minces feuillets d'érable, (1) très-ornéet et voit arriver en bataillons les coupepapier, les pupitres, les cassettes, les tables, les secrétaires, le tout en bois, conformément a. l'ordonnance. Le vingt-cinquième anniversaire: noce d'argent, exige dès offrandes en argenterie; c'est le tour des sucrUrs, des services à découper, des paniers a pain, des plateaux à fruits, des pots à crème, sans compter mille brimborions à la portée des petites bourses. Le cinquantième anniversaire, [trend le nom de noce d'or. Et quant au soixante et quinzième : la noce de diamant, il arrive rarement que les joailliers soient mis à contribution pour le fêter.

u de quelque autre substance ligueuse.

ni

JOSI.\ O. GOUGII.

C'était il y a longtemps. Je suivais encore l'université. Un soir, je me rendis à la City Hall de Glascow, pour entendre la conférence que devait y donner sur l'ivrognerie,- J. B. Gough, l'orateur américain.

A le voir s'avancer timide, s'asseoir ou plutôt s'effacer dans la tribune, derrière le majestueux Chairman, on ne se serait guère attendu a des foudres d'éloquence. L'air embarrassé, les mains nerveusement agitées, Gough écoutait, ou subissait, le discours préparatoire du Chairman. Mais quand vint son tour, quand il se leva, quand il ouvrit les lèvres, sa voix musicale et virile fit courir dans l'assemblée un frisson que je sens encore à l'heure qu'il est. Embrasé de l'ardeur du combat, enlevé par la puissance de ses convictions, il parla durant deux heures, et durant deux heures tint palpitant son auditoire enthousiasmé.

Gough, sa tournée finie, retourna aux États-Unis. L'Angleterre l'oublia. Quelques mots, traversant l'Atlantique, venaient de loin en loin, nous dire que Gough vivait encore : c'était tout.

A peine en Amérique, j'entendis son nom retentir de tous côtés. Gough, qui n'avait pas cessé d'occuper le public, en était devenu l'un des conférenciers favoris.

Je l'entendis au Cooper Institute. Quelle transformation ! Rien ne restait de l'orateur imberbe, à la chevelure noire. J'avais devant moi un homme d'âge mûr ; les cheveux blancs, la barbe épaisse, la moustache grise ! Sa voix seule, demeurait comme autrefois impressive et vibrante.

Dramatique, passionné, Gough, s'attaquant à l'intempérance, son sujet habituel, captivait la foule, qu'il faisait tour à tour rire aux larmes ou éclater en pleurs. Gough est — ainsi qu'on l'a dit — le Garrick de la tribune. 11 forme à lui seul tout un personnel de théâtre, et dans tous les rôles, il est premier sujet.

JOHN 1). GOUGH. 381

Au bout d'une heure, Gouglî regarda la pendule :

— Continuez, Gouglî î Encore, Gough! — cria-t-on dé toutes paris. Quelques moments iprès, les regards tie Gough cherchèrent encore le cadran :

— A bas la gendulel Emportez la pendule!— reprirent les voix ; saillie qu'accueillil un tonnerre d'applaudissements.

Gough termina par la magnifique Apostrophe d Veau, empruntée, de Paul Benton. Je renonce à rendre l'énergie avec laquelle il la redit.

Voici trente et un ans que l'orateur parle en public. Pendant ces trente et une années, Gough a pris six mille fois l'intempérance à partie, et s'est adressé à cinq millions d'auditeurs. Chaque hiver, Gough donne des conférences. 11 en donne chaque soir.

Tout se paye aux États-Unis ; les sommes que reçoit Foràtenf a [testent sa popularité. Il y a vingt-cinq ans, la séance ne s'évaluait guère que de un à dix dollars. A l'heure qu'il est, Gough n'ouvre pas la bouche — ainsi disent les Américains — à moins de deux cents dollars! — Chicago lui en offrait cinq cents naguère. Gough, jugeant le voyage trop long, les a refusés.

Le nom seul de Gough bat monnaie. Qu'une institution philanthropique ou religieuse se trouve en déficit, vite elle mande Gough, et les dollars de pleuvoir.

A tous ses talents oratoires, Gough joint celui de l'imitation ; on comprend le parti qu'il en tire et l'hilarité des auditeurs. Mais si Gough amuse, s'il captive, il réveille la conscience et remue l'âme jusqu'au fond. Chrétien sincère, les calomnies ne l'ont pas épargné. On a fait de lui, tantôt un ivrogne, tantôt un fumeur d'opium : un viveur hypocrite, pour le dire en deux mots. — L'Amérique traite comme elles le méritent, ces ignobles faussetés.

J'allai visiter Gough dans son home, à Hillside, près Worcester. Le village de Boylston, se groupe au pied de l'éminence couronnée par l'habitation de l'orateur. Une avenu", ombragée d'arbres que lui-même a plantés, y conduit. Tout dans sa demeure parle des joies délicieuses du chez-soi. La maison s'est agrandie à mesure que croissait la fortune. Tant d'ailes, de pavillons, de galeries, d'appendices de toute espèce sont venus s'y ajouter, qu'au milieu du dédale, les visiteurs — rien n'égale l'hospitalité de Gough — éprouvent quelque peine à s'en tirer.

M. et Mm- Gough n'ont pas d'enfants. Leur manoir n'en retentit pas moins d'accents juvéniles. Ils s'entourent de nièces et de neveux, auxquels Gondii ne lo cède en rien pour lagaité.

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