‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 111 sur 138 · NES AMÉRICAINS CHEZ EUT · texte numérisé non relu

NES AMÉRICAINS CHEZ EUT

» Ce soir - dote lès lignes surt ml s a nmn journal —

BdUgli, pondant le souper, a provoque* tiiie si exubérante nil

cboz scs hôtes, quo tout affamés que nous étions, à peine pârveni >ns-n ns a manger. Ami do* enfants, Gough en tient toujours un ou deux, perches sur s iix. il a fait établir derrière sa

maison une vaste salle, paradis des p tits durant les j >urs pluvieux. Là, sont réunis des md is qu'une arène en p]

air, ouvre son enceinte aux exercices gyrnnastiques. 11 faut voir Gough, entouré de son jeune peuple, tantôt assist r radieux ■', ébats, tantôt lancer la boule, abattre les quilles, saisir la balle au VOl, courir, sauter, plus content que pas un.

» Près du bâtiment principal, s'étale une construction, une institution allais-jo écrire : la basse-cour. Elle abrite deux mille hôtes ailés, sans compter les pigeons.

■» Gough, m'a^s ait-on dit autr fois, se livrait à de gigantesques spéculations sur les poules ! Singulière entreprise pour un orateur. Or, voici le vrai. Mme Gougb, qui éprouve un attrait particulier pour la gent emplumée, avait réuni des races dé cb >ix. Lorsque la mode, en un de ses caprices, impos fions d'espè

rares au goût du jour, ilme Gough lit c s p n leusesr, multi-

plia les sujets, vendit les produits, si bien que ses poules — véritables poules aux œufs d'or — lui procurant des produits significatifs, elle construisit sa merveilleuse basse-cour, en confia le soin à un serviteur spécial, et transforma en opération financière ce qui n'avait été qu'un délassement.

» Gough m'a conduit ce matin dans le palais des pensionnaires de sa femme ; bâtiment traversé de galeries, sur lesquelles s'ouvrent les apppartements des v latiles, logés là comme des rois.

» Chaque ménage possède chambre à coucher, salon, balcon, avec son nom écrit sur la porte d'entrée ; il n'y manque qu'un timbre ou qu'un marteau, pour annoncer les visiteurs. Toutes les espèces possibles, dorkins anglais, polonais argentés et dorés, bantams africains, bruns Iivournais, cochinchinois hauts sur jambes, coulent dans ces lieux enchantés des jours t ïsés l'or et de soie, tan lis que Mad. La Flèche, sujet hors lign -, se pavane dans son boudoir particulier, avec la dignité qui convient à une dame dont chaque œuf se vend un dollar !

» De la basse-cour, nous avons passé aux écuries, puis au jardin, puis aux vergers. Tout est dans un ordre parfait. Le clos, lorsque Gough l'acheta, ne présentait qu'aridité, brous ailles et jachères. Changé en Eden aujourd'hui, il sert d'illustration au pouvoir régénérateur de GoUgh.— C'est ici que l'orateur vi reposer des

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fatigues tic l'hiver : ici qu'il foui*] i! ses .innés pour les batailles prochaines. Autant que faire se peut, Gough s'arrange, au mil i u liirin" de la riide campa&ne d'hiver, de manière à passer chaque dimanche Chez lui, refusant les propositions qui le n lien Iraient au loin. (1)

» dough possède une admirable bibliothèque, qui luia Coûti jônimes c nsidérables...et il ne s'arrête pas. Les ouvrages illustrés par de grands artistes, sont sa spécialité. Aucune bibliothèque particulière ne renferme, à ma connaissailcej pareille Collection. Admirateur passionné de Cruickshànk, (ï ouïr h, partout où il découvre quelque desslh de lui, achète l& \oiume, en détache les planches^ el les ajoute à son trésor. La richesse. L'élégance, le boil goûl des feliîires n'étonnent plus, quand on se rappelle que Gough a débuté par travailler en qualité d'omrier, dans l'atelier d'un relieu r.

» L'orateur m'a montré, ce soir, un curieux wemento. Ce sont deux albums, renfermant tous les articles de journaux publiés sur seâ cortfefencesj depuis 1812. La presse parlai! al >rs de lui — quand elle daignait en parler — comme d'un jeune artisan, qui dans certain taeeting, âYait fail un assez bon discours (2).- Gough ëpn tlve un bonheur légitime, jetant ainu les regards en arrière, a mesurer le chemin parc earn et les progrès accomplis (3). »

Bien que né ëfl âûgl sterre, Gbiigh est profondément républicain: 1' n- per, nid l\ trail r en inférieur. Lors de son

voyage sur le continent, visitant sou père et se promenant avec lui, tous deux renc itltrent le patron du vieux M. Gough. Le \i • llard s'arrête, se décoin ce. el murmur ' :

— Monsieur Demi; . voici mon Ills, John Gough d'Amérique.

If. Denny, daignant à peine entendre, laisse tomber Sur le jeune mie Un : — Ah ! bonjour G jugh ! —auquel celui-ci, tète haute, >nd par un: — Bonjour Denny! — non moins dédaigneux.

1. Gough m'a l'ait voir la lettre que lui écrivait Moody — prévient de

i th retienne de jeunes gens à Chicago — pour lui demander quatre-vin :••

: d'hiver, d n:u! s pendait dix ans, à r.ison <!e deus c a ta dollars

l •>• ii e. C'est comme cela qu'on procède à Chicago! — Gough, que cei

arrangi arail iroj» de soi) Hume, arel

1 En l :i donna ses premiere* conferences' à raison d'un dollar

i L'année BUWânte, trois cetil quatre-vingt-trois conférences loi rap-

portèrent sepl cent vingt dollar.?. En 1861 • liaanl -<!> n\ Béaocea lui

fbrenl payées ringt-huit mille cinq cents dollars. — On Ini en demandé, à l'heure qu'il est, trois on quatre fois plus qu'il n'en peut accorder: il en refcrsa.il i nie cents l'année dei niere.

;;. La photographie du premier hrrogne que Googb arracha an rie la place d'honneur dans la bibliothèque* de l'orateur chrétien. Des centaines, des milliers d'autres, pourrait oger à côl4* de celle-là,

38i LES AMÉRICAINS CHEZ EUX.

Gough, se demande si son père lui a jamais pardonné cet acte audacieux.

Né à Sand fate, Gough y a passé son enfance. Là vivait encore, lorsqu'il y revint, une Ri" Beathie, qui, pleine autrefois de bontés pour le petit garçon, lui avait mis dans les mains, certain jour entre autres, un gros pain d'épice accompagné d'une bouteille de lait ! Le sou\ enir étail resté vivant au cœur de Gough. Son premier soin fut donc d'aller voir Mrs Beathie. Il donnait, ce soir-là même, une conférence dans la ville voisine ; on y accourait de tous côtés. Mrs Beathie aurait bien voulu se mettre de la partie, mais ses jambes lui refusaient service, et sa bourse ne lui permettait pas d'emprunter celles d'un cheval.

Gough l'apprend, part en voiture avant l'heure, va chercher sa vieille amie, l'installe au premier rang, la ramène le soir au logis, et en la quittant, lui glisse cin<[ guinées dans les doigts, avec ces mots dans l'oreille : — Payement d'une ancienne dette.

— Dette! vous! comment? — s'écrie la bonne femme stupéfaite.

— Vous ne vous souvenez pas ? Et le pain d'épice, et labouteille de lait ! Il y a vingt-quatre ans. Je vous les dois toujours !

Découvrant plus tard que Mrs Beathie était momentanément au dessous de ses affaires, en ce qui concernait l'article charbon et loyer, Gough, après avoir remis à flot sa vieille amie, lui envoya chaque fois que revint Noël, dix livres sterl. en souvenir du lait et du gâteau.

Quelques mois après ma visite, M. et Mme Gough célébrèrent leurs noces d'argent. Des centaines de conviés accoururent auprès d'eux. Lettres, télégrammes, cadeaux d'argenterie pleuvaient à l'envi;les discours succédaient aux discours. M. Gough, exprimant la reconnaissance que lui inspiraient ces nombreux témoignages d'affection, rappela comment, vingt-cinq années auparavant, il était venu chercher sa jeune fiancée dans la petite ferme, au pied de la colline ou s'élève maintenant sa villa :

— 11 n'y avait ce jour-là, dit-il, ni cartes d'invitations, ni gâteau de noces, ni splendide assemblée. Je fus prendre le pasteur au beau milieu de son déjeuner, je lui demandai de bénir notre mariage ; la chose faite, nous partîmes sans perdre un instant pour Boston, où je devais donner une conférence. Moses Grant, diacre, m'attendait à la station. Après m'avoir félicité :

— Cela ira, Johnny ! rne dit-il.

En effet, cela est allé.

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