LES AMERICAINS CHEZ I
il se trouva que deux mille bars se maintenaient hardiment prospères et bien achalandés.
— La faute en est aux autorités locales ! s'écrièrent en chœur les partisans de la prohibition : Les autorités locales n'appliquent pas la loi I
L'Etat, pour la faire exécuter, envoya — 1866 — un délégué spécial à Boston. Jour après jour, on opérait des saisies. En 1867, le colonel Jones, menant grand train la besogne, le commerce des spiritueux se trouva réduit de moitié.— Mais la population ne l'entendait pas ainsi. C'est alors que se forma la société occult"1 P. L. L. dont j'ai parlé ! Elle réunit les opposants, qui, fournissant le nerf de la guerre, s'assurèrent une majorité dans le gouvernement. La loi prohibitive fut révoquée ; le système des patentes lui fut substitué.
Le Massachussets, qui, en dépit de la loi Maine, buvait plus que l'Ecosse, but plus que jamais lorsqu'il eut obtenu la Licence Law. — Dans la seule ville de Boston, les arrestations pour cause d'ivresse, augmentèrent de cinq mille quatre cent quarante en six mois. Le débordement devint tel, les vices de tout genre s'accrurent en si effrayante mesure, qu'après une année d'expérience, on réclama la prohibition à grands cris. Si elle ne tuait pas le monstre, tout au moins elle l'enchaînait.
La tempérance, au surplus, fait son chemin dans l'esprit public. Plus d'un Etat maintient la Maine Liquor Law, et la fait exécuter. Ce n'est pas à dire que là même, le commerce des poisons alcooliques ait entièrement disparu. Il se réfugie dans les ruelles tortueuses ; il se cache derrière telle devanture de boutique, qui ne présente que cigares, eau de soude, ou sucreries, au bon public non initié.
A mesure que sévit plus rigoureusement la police, les empoisonneurs recourent à de plus fines rubriques. Tantôt c'est un club, une agence, dont les arrière-salons contiennent tout ce que peut rêver le gosier embrasé d'un buveur; tantôt c'est un pharmacien, qui, sous prétexte de remèdes, débite l'eau de feu. Dans les cas désespérés, les prêtres de l'alcool exhibent, que vous dirai-je ? quelque animal fabuleux, un porc groenlandais par exemple I on paie cinquante cents d'entrée, et l'on boit gratis un verre de gin. La passion de l'histoire naturelle, s'emparant alors des esprits, pas plutôt a-t-on vu le cochon groenlandais, qu'on éprouve un irrésistible désir de lui rendre une seconde, une troisième visite, et