Angleterre
v2. Le professeur et Mm8 Stowe, faisaient on chaud éloge «lu duc d'Argyll *ont ill Tenaient d'acherer le : fUign of Lew : — Ouel homme hors ligne! s 'écriait Mm» Stowe: aussi distingue* que s'il n'était pas dur du tout!
398 i.i:s AMÉRICAINS CHEZ EUX.
pour c m tonner l'œuvre. Oncle Tona est le modèle do toutes les vertus. Or, Oncle Tom étant le nègre du livre, si oncle Tom ne représente pas fidèlement la race, le livre est faux. Si, au contraire, Oncle Tom est le type de l'esclave nègre, quel honneur pour le Sud d'avoir arraché une telle race à la barbarie î Quelle gloire, de l'avoir fait parvenir â un niveau moral plus élevé que n'est le nôtre î — L'Oncle Tom et 1 : vieux John Brown, ajoutail Campbell, ont allumé la guerre (!) !
Horace Bushnell, à qui l'on doit : The New Life— la vie nouvelle — et bien d'autres volumes de mérite, habite Hartford.
J'eus l'honneur de l'y voir. Il était seul dans son cabinet de travail, occupé à corriger des épreuves. Je ne saisis d'abord que l'expression mélancolique de ses yeux noirs et pensifs. Busbnell a une belle figure intelligente; dos traits fortement accusés, qu'encadrent sa barbe et ses cheveux grisonnants; les lèvres sont minces ; la contraction nerveuse du front, donne une intensité particulière au regard. La grande taille de Bushnell fléchit déjà, ses pas ont perdu leur fermeté. On se son! en présence d'un homme qui a beaucoup souffert, profondément réfléchi, et qui cherche à découvrir en avant quelque but lointain, encore voilé. Bien que Bushnell sourie parfois et qu'il plaisante même avec grâce, ces passagers rayons de soleil traversent le nuage, mais sans le dissiper : la tristesse demeure au fond.
Après avoir traité quelques questions théologiques, nous abordâmes le grand sujet : La prétendue dégénérescence de la race américaine I
— Oht fit Bushnell, je le sais! Certains auteurs, chez nous, trouvent fashionable de gémir sur la dégénérescence de notre race I Pour ma part, je ne crois pas un mot de ce déclin. En énergie morale, en vigueur physique, nos Américains l'emportent sur tous les peuples du monde. Ils sont plus maigres, je l'accorde, que tel ou tel Anglo-Saxon ; mais ils ont des nerfs d'acier. Ici-bas, les plus gras ne sont pas les plus forts. Et quant à nos jeunes gens — admirablement bâtis — je vous déclare qu'ils feront, dès qu'ils voudront, des athlètes sans pairs. - On prétend que notre système scolaire use les facultés intellectuelles et nuit au développement physique! S'il en est ainsi, .qu'on le modifie. En attendant, le
1. Ce qui a déchaîné la guorro, cost l'opiniâtreté du Sud à mainteafr son crime. — Trad.
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peuple entier progresse. J'aimerais voir tontes lés Intelligences du pays largement agrandies : je voudrais rue ma cuisinière eût la tète grosse comme une chaudière; elle n'en cuirait que mieux mon rôt, et sérail capable de bien autre chose! — L'éducation générale, affirme-t-on, produit le mécontentement d'esprit! Oui, si l'éducation devient, entre vos mains, le conducteur d'idées fausses. Dit^s à un enfant, par exemple, que s'il acquiert telles ou telles connaissances, il pourra faire mieux que son père le cordonnier! voilà un garçon mécontent de son sort; dans ce cas, accusez votre sottise, et non l'instruction qu'a reçue l'enfant. L'instruction accroît les aptitudes de l'homme, elle le rend plus habile à son travail, elle fait du cordonnier un ouvrier meilleur et plus heureux : voilà ce que fait l'instruction. - Voyez les Irlandaises, absolution! ignorantes, incapables de suivre le moindre raisonnement! Une servante qui a pass,; ,,ar l'école, abattra quatre fois plus d'ouvrage que ces pauvres filles. Pourquoi? parce qu'elle y apportera ses idées acquises, son intelligence développée, et sa compréhen sion.— Les privilégiés de la fortune peuvent, s'ils l'osent, s'élever contre l'instruction donnée aux masses; mais nul n'a le droit, sousprétexte d'équilibre social, de maintenir autrui dans l'ignorance. Busbnell, qui pari it ainsi , s'opposait de toute son énergie au' mouvement en faveur des droits de la femme.
- Ce mouvement aura pour résultat, disait-il, d'ôter à la femme son caractère, et d'en faire un homme inférieur. Certes, je crois aux droits de la femme: aux vrais. Ses droits, sa gloire, seront toujours d'être femme, et non quelque mauvaise copie du genre masculin.
Busnnell n'avait guère meilleure opinion du suffrage universel!
Je cite ses paroles : — Le suffrage universel a-t-il produit plus de bien que de mal ? problème difficile à résoudre. Vous finirez ir nous apercevoir, en Angleterre, que vous avez trop élargi, pour votre sûreté, le droit de vote. — Mais toutes les nations, ajouta Busbnell, tendent à ce système : Ce qu'il reste à faire, c'est de le régulariser.
te scepticisme à l'endroit de la Tempérance et de la Prohibition.
- J'espère davantage, disait Busnnell, des vins légers èl francs Inutile de chercher des remèdes au mal, tant que, sous prétexte" de boissons toniques, nous Conserverons nos spiritueux frelatés Engagez les ?ens i en user modérément, ils videronl leur verre jusqu'à la dernière goutte p >ar voir si la modération, par hasard ûe se cacherai! pas tout au fond! -Quant à la législation, elle n'a jamais changé les hommes.
VANKI8ME8.
C'était sur la ligne Savannah-Moore. Le train s'arrêtait devant une petite station.
— Comment appelez-vous cet endroit ? demandai-je à un rôtisseur de marrons.
— Numéro dix.
— Je le vois bien t Mais le nom du village ?
— Numéro dix.
11 se trouve en effet que sur cette ligne, la plupart des hameaux ou des bourgs sont désignés par un chiffre. Il en va de même pour les îles du Mississipi, qui, au lieu de porter de vrais noms, tels que: Arran, Bute, Cumbrae, s'appellent: lien0 1, Ile n° 2, lie n° 3, ainsi de suite jusqu'à : Ile n° 125.
New York, d'autres villes encore, ont adopté pour leurs rues un système tout pareil.
A Philadelphie, la ire rue à partir du fleuve, se nomme : Première rue; celle qui vient après: Seconde rue, etc. etc.— S'agit-il des maisons ? une nouvelle centaine commence à chaque coin de rue. Dès que vous traversez la premiere rue, vous arrivez aux n° 101, 102; au coin de la Seconde, vous avez les n° 201, 202 ; de sorte que, si vous cherchez la maison n° 1302, vous savez d'emblée que sa porte est la deuxième porte de la treizième rue, et que, en partant du fleuve, vous avez à franchir douze rues pour y arriver t
Cet ingénieux système fait bien sur un plan. Dans la pratique, il ne laisse pas de susciter certains embarras. — Quelques personnes en attribuent l'invention aux Quakers utilitaires; d'autres, aux positifs Hollandais, dont le faible pour les chiffres va jusqu'à numéroter les morts dans le champ du repos. Parler du cher défunt inuméro quinze, c'est, on en conviendra, pousser la prose aux derniers confins du sentiment.
YANKISMES. 401
En Amérique, les chiffres parviennent quelquefois à la dignité de noms de baptême.— Une famille du Michigan appela ses fils- Un, Deux, Trois; et ses filles : Premier, Seconde, Troisième- méthode moins dangereuse que l'énergique mesure adoptée par ce couple de Vermont, qui nomma sa seconde fille: finis ! Hélas finis fut suivie d'une autre fille, puis de deux garçons Oue faire? On baptisa la nouvelle venue Addenda - adjonction — et les fils l'un : Supplément, l'autre : Dernier Appendice. '
Si les chiffres sont prosaïques, au moins ils n'ont rien de trivial. On n'en peut dire autant de l'audacieuse coutume qui inflige à une localité quelconqne le nom du premier occupant civilise, en y ajoutant la terminaison : ville. Déplorable vulgaire an possible quand l'endroit ne portait aucun nom, cet usage devient désastreux- j'allais dire criminel - lorsque la localité se trouvait en possession d'une harmonie «llation indienne que remplace le plus ignoble palimpseste Yankee.
Muggins,Yonh un nom fort convenable lors [U'il reste à sa place. M.Muggins peut ètreuncitoyen digne de respect, unénergtoae pion mer, un habile agriculteur; mais lorsque ce gentleman, après avoir établi quelque moulin sur le bord d'une ri Mère substitue au nom sonore de Wyano qu'elle portait, celui de Mugginmlle je me révolte et vous aussi, n'est-ce pas ?
Les Etats-Unis et le Canada fourmillent de Jonesville, Smithville BrockciUe, Barreloille, Potlsoille, SooUsviliel — si l'on se contentait d'en posséder une de phaoue espèce, passe encore. Mais nonil y a trois Millcille, quatre Sommerville, sept Greenville, huit Cm trecille; sans compter trois Centre, trjis Central, et un Centralia!
Cette malencontreuse reproduction du même nom, jette souvent i'étrauger dans d'interminables difficultés. - Vous avez une lettre pour le docteur Brawn de Newpwt. Bien, tous consultez votre itmérair . e1 vous trouvez s >pi N rwport, disséminés sur le continenl américain. - [In ancien ami, que vow tenez par eulièrement a revoir, habite Florence, Vous consultez l'itinéraire i l'itinéraire vous apprend que ITJniOfl s'est donné des Floreiic , u Nonl,' au sud, à l Est, à 1 Ouest, neuf ni toul ; sur one étendue de quelque deux ou trois mille mill l
N'allez pas croire que >e vous rte la de* exceptions il va aux Etats-Unis dix Franklin, plus un Franklinton, el an Franklinvill* 11 y a huit Mtddletowns, douze Salem, onze Washington, quatorze Summit et deux Summitoille. 11 y a dix-neuf Union, plus trois Umonville; quatre Fremont, hait Trenton, et, grâce à une inter-
\ . spéciale de la Providence, deux Gorham seulement, sans
aucune espèce de Gorhamviile(l).
Par bonheur, plus d'un nom indien : Ontario, Wyonine, Ohio, Yowa, Susquehanna, Alabama, Wyaconda subsistenl encore. — Que tous les noms indiens soient aussi harmonieux, je ne l'affirmerai pas. il faut peut-être mettre sur le compte des rudesses du climat de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Ecosse, les appellations moins douces de Cushyhequak, Chcbiikto, et Fobby-Gozzel.
Ces noms là semblent défier les poètes. L'un d'eux cependant, a répondu au défi. Norman Macleod, durant un voyage qu'il fit, il y a bien des années au Canada, composa un poème, espèce de chant guerrier, que me récitait naguère un de ses anciens amis. — En voici deux lignes :
« Simon Fraser de Tabusinlack, Bâtit l'église de Cuschybequak ! »
L'histoire d'Alaska ouvre une carrière plus vaste encore aux prouesses de la muse. Parmi les aborigènes de cette région glacée, se trouve la tribu des Yatukskylitniicks, laquelle habite les bords d'une rivière au nom mélodieux de Atutoacodakuchargut !
Les emprunts de noms, faits à l'Europe, jouent un rôle considérable dans la géographie américaine.
Existe-t-il, dans le vieux monde, une seule ville qui n'ait son homonyme dans le nouveau? en vérité, je ne le crois pas. —Vous trouverez, par de là l'Océan, deux Edimbourg, sept Bristol, un Glasgow, un Liverpool, sept Berlin, sept Waterloo, neuf Manchester, dix Oxford, un Paris pour le moins, et tant d'autres!
Les Américains, qui ont l'antiquité sensible, peuvent sans traverser l'atlantique, visiter une Sparte, une Memphis, quatre Rome, cinq Athènes, cinq Troye, six Liban, et sept Palmyre.
Ce goût classique — véritable monomanie — pénètre au plus intime de la famille. J'ai rencontré, dans un intérieur de la Caroline du Nord, les noms que voici : Lyssisanici Vietta Me Lean ; Albinus Sidelphus McLean; Leila Austria Me Lean ; Morettus Sellers Me Lean.
Nombre d'hommes publics : Ulysse Grant, le général Tecumseh,
1. On comprend à quel point il est nécessaire d'indiquer, sur toutes les adresses de lettres, le nom de l'État dans lequel se trouve la ville habitée par le destinataire.
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Sherman, l'ex-ministre Cassius Marcellus Clay — j'en passe — font revivre, entourés d'une gloire moderne, les glorieux noms du
passé.
L'Église puritaine de la Nouvelle Angleterre, donna longtemps à ses enfants des noms bibliques ou tout au moins pieux.
Les petites Faith — foi — ; Godspeed — Dieudonnée — ; Hopessill — espérance — ; Delight — délice — ; Peace — paix — ; jouaient à cligne-musette avec les Daniel et les Miellée en miniature, sans parler des vulgaires Abraham, Isaac, Ruth, Debora, Job et Jacob.
Aujourd'hui, la mode est aux noms de fantaisie ; chaque baby en reçoit un interminable chapelet. Celui de la plus extraordinaire longueur que j'aie jamais entendu, appartient aune négresse, élève des classes du soir au Beech Institute, Savannah. Le voici : Corinthia-Marigold- Wilkinson-BaU- Wemys-Alexander-Jones-MUchell (1).
Ne riez pas. Ce nom a une signification terrible. Au temps où florissait l'esclavage, les noirs vendus, prenaient et gardaient le nom de leurs possesseurs successifs. La négresse en question avait passé par les mains de huit mailres ! — C'est en traînant après elle ces derniers anneaux de la chaîne, qu'elle parvint à la liberté.