L'HIVER CA\AI)ÏE
Qui n'a pas traversé l'hiver canadien , ne saura jamais ce que c'est que le froid.
Les Ecossais établis à Montréal, m'invitèrent gracieusement à célébrer avec eux la Saint-André (1). J'arrivai doue au moment où sévissaient les frimas.
Un touriste voulant, en pareille occurrence, se servir de son thermomètre de voyage, trouva, dit-on, le mercure blotti au fond du réservoir, d'où il ne sortit qu'au printemps. —Si j'avais été le mercure, j'aurais fait comme lui.
Les routes étaient d'airain. Le grand Saint-Laurent , qui se prenait à vue d'œil, fumait comme un cheval de course. Le vent, qui semblait descendre en droite ligne du pôle Nord, aiguisé au passage sur toutes les banquisss, vous déchirait les poumons, vous transperçait jusqu'aux os, métamorphosait votre moustache en fils de cristal qu3 chaque respiration menaçait de briser, glissait sa main hostile sous votre chapeau, promenait ses doigts glacés a la racine même de vos cheveux, vous saisissait le nez dans ses pinces, et faisait tomber de vos yeux des larmes aussi dures que des grêlons.
Il faut voir nos Highlanders célébrer une fête nationale à quelque deux ou trois mille milles du pays, pour se faire une idée du patriotisme écossais.
Les membres des Caledonian et Saint Andrew Societies de Montréal , dont J'enthousiasme défiait le thermomètre, bravant la tempête avec autant d'énergie que s'il se fût agi d'enfoncer un bataillon de Fenians, parcourant las rues hyparboréennes en longue