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de dîner, essuyant sa bouche après le premier service, commandait ainsi la manœuvre :
— Maman, du pouding! Maman, sonnez Emma, je veux de l'eau t On comprend dès lors le propos de cette dame : Je m'efforce de
devenir une mère docile.
« Parents obéissez à vos enfants ! » tel est le nouveau commandement donné, paraît-il, au Nouveau-Monde t Bientôt nous lirons sur quelque enseigne américaine, non plus : John Smith et fils, mais John Smith et père.
Je déjeunais chez un ami. Près de moi, au bout de la table, perché sur sa chaise haut montée, siégeait un baby qui chez nous se serait vu, en sa qualité de mioche en bas Age, relégué dans la nursery. Celui-ci, muni des mêmes ustensiles que les autres convives, tout en se régalant de chaque mets, suivait gravement la conversation. Le repas acl^ é :
— Essuyez-vous, mon chéri, fait la mère. Le jeune Précoce la regarde fixement:
— Dites: s'il vous plait! »
— S'il vous plaît, mon chéri t
Précoce passe la serviette sur ses lèvres avec le sérieux d'un homme qui vient de donner quelque leçon de haute morale, puis se fait descendre sur le tapis où il se roule à plaisir.
Le Sud garde en quelque mesure nos vieux préjugés de soumission, nos vieilles habitudes de respect ; le vent d'indépendance qui souffle du Nord, ne les a pas encore balayés. Mais au Nord, la réciprocité règne en souveraine absolue; l'antique défroque des distinctions naturelles disparait devant l'égalité démocratique et : Traitez-moi comme vous voulez que je vous traite I semble être, depuis les enfants à la mamelle jusqu'aux vieillards, la devise de chacun.
N'allez pas, encore un coup, vous représenter de petits êtres grossiers, mal élevés, insupportables. Non: règle générale, les enfants américains se montrent plus polis et plus prévenants que les nôtres ; seulement, il faut les traiter en gens qui, possédant une volonté à eux, se sentent le droit de l'exercer; il faut s'adresser à leur raison, à l.-ur bon sens, et se garder, par dessus tout, d'invoquer l'autorité.
— Rappelez-vous à qui vous parlez! disait un père à son fils en revoit'': Je suis votre père, Monsieur!
— A qui la faute s'il vous plaît ? répliqua le jeune impertinent. A coup sûr, pas a moi!
Le bambin dont nous parlions tout à l'heure— celui qui ordôn*
nait à sa mère de sonner Emma — accompagnait Mme H*** dans une visite1 qu'elle rendait à des amis. Monsieur sut se rendre s parfaitement désagréable, que sa mère l'emmenant dans une autre pièce lui dit nei :
— Georges, si cela continue, je vous mettrai dans le cabineti noir.
— Dans le cabinet noir 1 vous savez bien qu'il n'y en a pas ici 1
— S'il n'y en a pas, il y a cette armoire, et je vous y enfermerai.
— Vous ne le ferez pas !
— Je le ferai.
— Essayez, et nous verrons!
La mère saisit l'enfant, le pousse dans l'armoire et en tourne la clef. Bourrasque effroyable. Notre jeune citoyen de cogner la porte à coups de poing, à coups de pied, si bien qu'elle ou lui vont se briser. La mère effrayée ouvre au garnement.
— Georges ! je ne sais plu1! que faire de vous 1
-— Bien vrai ? demande l'enfant qui regarde sa mère en face.
— Oui, très vrai.
— Alors, puisqu'il en est ainsi, je vais être sagel — Et sage il fut, se conduisant durant tout le reste de la visite en parfait gentleman. Où l'autorité avait échoué, la responsabilité triomphait.
Autre exemple. M. B***, chez qui j'ai passé une semaine délicieuse à Northampton, possède un petit garçon. Longtemps — je tiens le fait de lui— M. B*** avait, sans obtenir aucun bon résultat, employé la verge pour réprimer certaines sottises.
John, un matin, est surpris en flagrant délit de récidive. M. B*** conduit le coupable dans son cabinet de travail, lui adresse une verte semonce, lui rappelle, fort inutilement sans doute, en combien d'occasions sa désobéissance lui a valu le fouet, et termine en s'écriant :
— Je suis profondément découragé, Monsieur ! j'ai tout essayé, il n'y a plus de remède I
L'enfant relève le front, une lumière jaillit de ses yeux :
— Père, si vous essayiez de prier I
Le père, vrai chrétien, est ému; mais le passé est là; mais M. B"" sait les rubriques de Master John ; et soupçonnant fort le rusé matois d'avoir suggéré la prière pour échapper au fouet, M. B*" commence par l'une, et finit... par l'autre.
Ce fut encore en vain, et M. B*** n'eut raiso de son fils, il me
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l'avoua, que lorsque, abandonnant le fouet pour jamais, il fit appel au sentiment du devoir.
Cette même expérience se répète d'un bout à l'autre des États- Unis. La plupart des écoles américaines ont renoncé aux châti< ments corporels : la loi les interdit ; or, je le déclare, la discipline qui règne dans ces établissements est bien supérieure à celle que nous obtenons chez nous.
Pour résumer, trois causes, à mon avis, produisent l'indépendance avec la précocité de l'enfant américain : Ni les parents, ni les institutions, n'exigent de lui ce respect absolu de l'autorité que nous imposons à nos fils. Parents et instituteurs enseignent l'obéissance aux principes, plutôt que la soumission aux personnes. Les idées démocratiques se respirent avec l'air.
Il résulte de là que le jeune américain, n'admettant aucune autocratie,reconnaissant à l'idée seule le droit de le gouverner, agissant en homme dès ses premiers pas, devient homme pour tout de bon, avant même de quitter la nursery.
HERVITELRS
Le service est, en Amérique, dans la plus pitoyable condition.
Entendons-nous. Pour la cuisinière, pour la bonne ou la femme de chambre, point d'Eldorado comparable à New-York ! — Chacune de ces dames gagne ses dix ou vingt dollars par mois, rogne en souveraine sur le garde-manger, se fait donner une aide, prend quand il lui plaît un jour de vacances, possède son parloir, y reçoit et y régale ses galants, ne cire point de bottes, ne répond pas à la porte, fait ce qu'elle veut, comme elle veut, et, au moindre différend avec sa maîtresse, quitte la maison, certaine de trouver dix places pour une le lendemain.
S'agit-il des maîtres ? La question se présente sous un jour moins lumineux.
Vivre sur pied de neutralité armée avec Betsy, Molly, Mary, laquelle tient salon dans sa cuisine, fait disparaître vos provisions, refuse de répondre à la sonnette, laisse bottes et souliers dans l'état où la boue les a mis, dès la première observation secoue la tête et vous répond que vous pouvez chercher ailleurs — c'est-à-dire tomber de Charybde en Scylla — la chose n'est pas gaie, on en conviendra, pour une maîtresse de maison. Or, cette misère, une des pires de la vie américaine, a pris des proportions telles, que mainte famille qui chez nous, Européens, emploierait trois ou quatre domestiques, n'en prend ni deux ni un, s'en passe absolument, préfère la fatigue des travaux intérieurs au train de guerre à domicile, ou bien, renonçant à son foyer, va percher dans un hôtel. — Pas un hôtel de l'Union, où l'on ne rencontre en foule des ménages ainsi campés.
Novice encore et trouvant, peu de temps après mon arrivée en Amérique, un de mes amis établi à l'hôtel avec femme et enfants, je lui demandai naïvement s'il n'avait pas de chez lui?
— Un chez moi ! j'en ai eu un, s'écria-t-il ; ma propre maison, dans
laquelle j'ai longtemps vécu ! Mais depuis deux ans, l'impossibilité de m'y faire servir m'en a chassé. Allumer les feux, cirer mes bottes, frotter les meubles, tel était mon service journalier. Messieurs mes domestiques se croisaient les bras. J'essayai du support, jusqu'au jour où, ramenant quelques amis à dîner, je trouvai ma femme seule, son baby sur les genoux, la table vide, et les domestiques, qu'avait froissé je ne sais quelle observation, décampés ! Cette fois, la mesure débordait ; je fermai mon logis, et me mis à l'hôtel. Point de home! c'est clair; mais, que voulez-vous? Au moins nous sommes servis, et nous avons la paix.
Les cas pareils abondent en Amérique. On ne recule devant un parti aussi extrême qu'à ta condition de recourir aux plus étranges expédients. En \ oici un exemple : Au lieu de cheminées et de poêles, que chaque ménage chauffe à son gré pour soi, la plupart des maisons jouissent d'une fournaise centrale, si bien perfectionnée par le pratique Yankee, qu'elle s'alimente et se règle toute seule, sans que personne ait à s'en mêler.
Du train dont vont les choses, je ne désespère pas de voir bientôt apparaître des cuisinières, bonnes, femmes de chambre patentées, à mouvement d hoilogerie, se remontant toutes les vingtquatre heures, cirant bottes et parquets, soignant les babys, habillant Madame et faisant le dîner I
Le désordre du service, aux Etats-Unis, explique en partie les caractères qu'y a revêtus la vie sociale. Les thés y remplacent les diners; des réunions de diverses natures, désignées sous le nom générique de socials, simplifient encore les choses. Là, rien à boire, ni à manger : fêles purement intellectuelles, où les jouissances esthétiques servent de rafraîchissements. — Vous arrivez chez un ami ; celui-ci vous propose obligeamment de vous introduire dans le monde ; vous acceptez ; aussitôt sa femme monte en voiture, lait le tour des relations de la famille, et, annonçant qu'il y aura le soir chez elle unsocial, convie à l'honneur d'y assister qu.conque lui re\ient en mémoire. Après le thé, pris entre soi, les invités . rrivem de toutes parts : ceux-ci en grande toilette du soir, ceux-là ''h costume de jour. Sauf quelques cercles extra-élégants, les toilettes aux Etats-Unis ne reconnaissent d'autre règle que la liberté. Chacun se met connue il ^seut ; mais chacun se met si bien, que tousonl toujours l'air en gala. Quelques dames apportent leur ouvrage, quelques jeunes lilies leur musique. On lit à haute voix, on organise des charades, on joue, on chante, suivant l'inspiration du moment ; la conversation, cependant, garde le^beau
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rôle ; les Américains y excellent et lui donnent le pas sur leurs autres plaisirs.
Les socials réunissent toutes les classes et toutes les carrières. Sénateurs, commerçants, avocats, docteurs, officiers de l'armée et de la marine, hommes d'affaires, professeurs, agents de mainte espèce, s'y rencontrent sur un pied de parfaite égalité.
Que d'heures intéressantes n'ai-je point passées dans ces socials, qui offrent à l'étranger la meilleure occasion de recueillir les plus précieux renseignements sur les caractères et sur les mœurs !
Si l'imperfection du service aux Etats-Unis n'avait fait que remplacer les diners de cérémonie par les socials, on lui en saurait gré ; mais comment lui savoir gré de vous laisser morfondu, après cinq ou six coups de sonnette, devant une porte qui ne s'ouvre pas, ou qui ne s'ouvre que lorsque le maître, la maîtresse de la maison, quelqu'un des membres de la famille, saisi de pitié, vient en tirer les verroux 1 Dans quelques maisons, le cordon fait vibrer deux cloches, l'une à la cuisine, l'autre à l'étage supérieur. Molly, Betsy, ne se dérangeront, soyez-en certain, que si personne, ni en haut, ni en bas, ne consent à les suppléer.
Dans une pension de ma connaissance, théâtre habituel d'interminables luttes entre les droits respectifs de la maîtresse et des serviteurs, force était de sonner pour le moins trois fois : la première annonçait l'arrivée de l'importun qui prétendait entrer ; la seconde prévenait Betsy ou Molly que sa maîtresse n'avait pas ouvert, et la maîtresse que Molly ou Betsy faisait la sourde oreille ; la troisième enfin, prouvait que l'importun s'entêtant, force était, bon gré, mal gré , d'obéir à ses injonctions. Donc, la porte s'ouvrait. Mais, servante ou maîtresse vexée de se voir, soit par la mauvaise grâce l'une de l'autre, soit par la ténacité de l'importun, contrainte à céder, tournait immédiatement les talons, laissant l'intrus s'en tirer comme il pouvait.
Faire cirer ses bottes : autre affaire ! — Dans les grands hôtels, l'individu chargé de ce soin spécial s'en acquitte avec régularité. Vous n'avez qu'à mettre chaque soir votre chaussure derrière la porte, vous retrouverez chaque matin bottes et souliers brillant du plus beau noir. Aussi, quiconque ne connaît des Etats-Unis que les hôtels, ne saura jamais quelles angoisses endure l'infortuné qui a le bonheur d'être reçu chez des amis. J'en parle par expérience. Que de fois, séjournant dans une maison pourvue de nom. breux serviteurs, ne m'est-il point arrivé, après avoir dévotement
posé mes bottes en plein corridor, de les retrouver le lendemain dans l'état, exactement, où je les avais laissées la veille !
Un jocr — c'était chez M. X"%, riche habitant du Nord, — ma chaussure, grâce à de longues courses par les rues fangeuses, était devenue imprésentable. A l'heure du déjeuner, j'ouvre ma
porte et je vois mes malheureux brodequins, recouverts de la
carapace de boue qui les ornait la veille ! Poussant la charité du désespoir jusqu'à supposer que le domestique ne les avait pas aperçus, je les place au milieu du passage, et je descends en pantoufles dans la salle à manger. Lorsque, le repas fait, je remonte quatre à quatre, un poids énorme m'est enlevé : les bottes ont disparu. Court espoir ! La première chose qui me saute aux yeux en rentrant dans ma chambre, ce sont mes bottes, vierges de tout cirage, là, et qui semblent me narguer. Que devenir ? Je devais accompagner les dames de la maison dans leurs courses du matin ; impossible de paraître ainsi équipé, ni devant elles ni devant qui que ce soit. Je regarde autour de moi, cherchant quelque moyen de salut : rien ! J'ouvre ma valise, elle contenait un journal écossais, le seul qui me fût parvenu depuis un mois ; je m'assieds, j'en dévore les articles les plus importants, puis, de ce précieux papier je fais une brosse, je frotte, je racle, je polis de mon mieux, et je parais enfin, dans la gloire d'une chaussure immaculée.
Le mois suivant me retrouvait dans la même situation. Cette fois, je voyageais avec le Révérend X"\Tenant à la main mes malheureuses bottes crottées, je vais lui demander aide et conseil. Ce respectable ecclésiastique, assis près de sa valise ouverte, boîte de cirage à ses côtés, promenait vigoureusement la brosse sur sa chaussure. Cirage et brosse — je l'ai découvert depuis — font invariablement partie de tout nécessaire américain : les voyageuses ne s'en passent pas plus que les voyageurs.
Une famille de X'", belle cité de la Nouvelle-Angleterre, réunissait un soir quelques savants et quelques littérateurs. Qu'aperçois-je au vestiaire où chacun venait, avant d'entrer dans le salon, déposer son pardessus et rajuster sa toilette ? M. X*", professeur de grec, frottant a, tour de bras ses brodequins, au vernis desquels, en praticien émérite, il donnait le dernier lustre et le suprême éclat! — Un mauvais plaisant a défini ainsi l'indépendance américaine : liberté pour chaque citoyen, de cirer ses bottes et ses souliers.
Qu'on me pardonne de m'arrèter sur ces détails, puérils en apparence; ils se relient à la question du service,question très-grave aux
États-Unis. Ne l'est-elle qu'aux États-Unis ? L'espèce d'antagonisme qui. do l'autre côté de l'Atlantique, se manifeste entre maîtres et serviteurs, ne commence-t-il point a se produire chez nous? En tous cas, là-bas comme ici, les difficultés proviennent do la guerre
acharnée que se livrent, dans los deux mondes, l'esprit républicain et l'esprit féodal. L'idée républicaine moderne établit pour tous l'égalité politique el sociale, dans son caractère le plus absolu : ni la naissanco, ni la vocation, ni le métier no font d'un homme l'inférieur d'un autre homme. — L'idée féodale maintient, au moyen des circonstancos diverses de la naissance ou de l'emploi, les vieilles classifications: supériorité, infériorité du rang, différence fondamentale — j'allais dire diversité d'espèces — entre maîtres et serviteurs, prêtres et laïques, hommes de peine et hommes de loisir, travailleurs et Messieurs. — L'idée féodale bat en retraite devant l'idée républicaine, qui lui enlève successivement ses positions, dans la politique, dans l'Église, dans les mille ramifications de la vie sociale. Comparez la condition actuelle de la noblesse avec ce qu'elle était il y a un siècle ! Le servage a disparu, l'esclavage achève de mourir ; les relations entre ouvriers et consommateurs, entre chefs et emplovés, entre serviteurs et maîtres, ont déjà subi, subiront de plus en plus ces modifications égalitaires dont le véritable créateur est l'esprit chrétien : un bien autre réformateur quo l'esprit républicain t
Si, aux États-Unis, les domestiques refusent de cirer vos bottes, ce n'est pas que cirer des bottes leur semble un travail dégradant — ils cirent les leurs— c'est parce que cirer des bottes pour vous, leur paraît humiliant pour eux. Que le préjugé s'efface, l'ouvrage se fera. A chaque coin de rue, un jeune citoyen pur sang se tient prêt, brosse en main, à frotter les bottes des passants ; il ne croit pas déroger pour cela ; ni le décrottoir ni le cirage, ne compromettent un instant sa dignité. Pourquoi ? parce que le jeune citoyen exerce librement le métier de son choix: parce qu'il agit, non en homme qui assujettit son indépendance, mais en homme qui ne dédaigne pas les petits commencements. Entre vous et lui, il y a contrat : vous donnez votre argent, il donne son travail.
Quoi qu'il en soit des principes, le fait constitue une perpétuelle vexation pour le simple mortel qui, sans trop se soucier des causes premières, demande tout bonnement qu'on lui ouvre la porte et qu'on lui nettoyé ses souliers.
Autre signe des temps. Plus question, aux États-Unis, d'appeler qui que ce soit domestique ou serviteur. Employé, aide, sont les seuls termes reçus. Une négresse blanchisseuse s'annoncera
dans les journaux en qualité de dame de couleur, qui désire un emploi de lavandière t
Dans les États de l'Ouest, j'ai vu plus d'une fois les serviteurs s'asseoir à la table de leurs patrons. J'ai vu. dans une auberge de a illage, 1"- garçons souper en bras de chemise à la même table que nous (1). Leurs manières, il faut le dire, étaient si convenables, que ce costume un peu sans gêne les distinguait seul du reste des convives.
Dans les grands centres, très-civilisés et très-raffinés, où les domestiques ne mangent pas avec les maîtres, ils prennent, sitôt le repas achevé, la place que viennent de quitter ceux-ci, et se régalent des mêmes mets (2). Lorsque la salle à manger n'est séparée du salon que par une porte, ce qui arrive parfois, le salon bénéficie de causeries et de rires dont ses hôtes se passeraient à la rigueur.
Les modifications de position amènent vite la modification de l'individu. Aux États-Unis, les domestiques ayant reçu, pour la plupart, ce que nous appellerions une éducation distinguée, leurs manières, leur extérieur sont aussi comme il faut, leurs habitudes aussi élégantes, leurs mains aussi blanches que celles du maître ou de la maîtresse de la maison. —La femme de chambre d'une famille de ma commaissance savait le latin et jouait du piano en virtuose. — Miss M"", après avoir occupé une position analogue, dirigeait une académie. Américaines, elles avaient l'une et l'autre, reçu l'éducation américaine.
Disons-1'1 au surplus, les jeunes filles, en Amérique, se résignent mal volontiers au service de maison. Elles préfèrent la couture, l'imprimerie, l«i télégraphe, le comptoir ; autant de carrières qui, tout en sauvegardant l'indépendance, leur fournissent, pour peu qu'elles aienl quelque capacité, plus de dollars par semaine que le service d'intérieur n'en produit par mois. 11 ressort de là que ce service devient presque exclusivement le lot des Écossaises, des Allemandes — très-recherchées — et des Ir-
1. Ceci e>t très-féodal. Au moyen âge, on n'en usait pas autrement dans les châleam des haut» h nous; il y a un siècle, on n'en usait pas autrement dans les maisons >le la haute bourgeoisie; à celle heure encore, les grands fermiers n'en usent pas autrement. — Tiind.
I Ce tait, manger 1rs mêmes mets — disons, achrvrr 1rs plats — qui semble ner l'auteur, est depuis longtemps entré dans la pratique des bons et larges intérieurs où l'on regarde, a juste titre, les serviteurs comme faisant partie de la famille, et où se réserver exclusivement la jouissance de friandises dont les serviteurs respirent l'arôme sans y pouvoir toucher, froisserait tous les sentiments de délicatesse que Dieu nous a rais au cœur. — Trad